XXI — CULTE DES IDOLES ET DES FÉTICHES
154. — La propitiation de l'homme qui vient de mourir mène à la propitiation de son corps conservé ou d'une partie conservée de son corps. On suppose que l'esprit est présent dans la partie
comme dans le tout.
- 155. — La transition de ce culte du corps conservé, ou d'une de ses parties, à celui des idoles, se voit quan d l'objet adoré est une image du défunt faite en partie de ses restes, et en partie
d'autres substances.
156. — Les Mexicains nous offrent une transition de plus. Quand les corps des guerriers tués à la guerre manquaient, on
en faisait des simulacres qu'on honorait, qu'on brûlait, ensuite,
la crémation étant pratiquée au Mexique. En Afrique, il y a des observances du même genre.
157. — Nous n'avons qu'à nous rappeler La terreur d'un enfanl quand il voit une grande personne mettre un masque hideux, même lorsqu'on lui a montré celui-ci à l'avance, pour concevoir la crainte qu'une effigie grossière inspire à un espril primitif. La figure sculptée du mort éveille la pensée du véritable mort, et fait naître la conviction qu'il est présent.
KiK. — Pourquoi n'en serait-il pas ainsi? Si l'autre soi peut revenir animer de nouveau le corps mort, pourquoi un esprit n irait-il pas dans une image ? Un corps vivant est plus différent d'une momie, par sa texture, que ne l'est celle-ci d'une effigie de bois. C'était évidemmenl ainsi que raisonnaient les Égyptiens qui pourvoyaient le /«>/, ou double, du défunt, d'une ou plusieurs si a lues qu'on ensevelissait avec son corps desséché, pour le remplacer s'il venait à être détruit. Il y a beaucoup de preuves, et des plus concluantes, montrant que le sauvage, pensant que l'effigie de l'homme mort est habitée par son esprit, s'occupe en conséquence de se le rendre propice. Et à mesure que l'effigie se transforme en idole du dieu, les sacrifices qu'on lui offre sont faits avec une croyance analogue en un esprit qui l'habile.
159. — La croyance naît que puisqu'un espril peul entrer dans un corps mort ou momie, ou une effigie, il peut de même entrer dans une pierre. L'adoration des objets inanimés ainsi possédés par des esprits, devient l'adoration des esprits qui les habitent, et la puissance qu'on leur attribue est la puissance de ces esprits.
160. — Dr tous côtés les preuves directes abondent en faveur de la conclusion que le fétichisme n'esl que le culte d'une âme particulière ayanl établi sa demeure dans le fétiche, âme qui, de môme que tous les agents surnaturels en général, éiail primitivement le double d'un bouillie mort.
161. — Quel que suit le fétiche, l'esprit résidenl n'est qu'une modification d'un espril d'un ancêtre, variant plus on inoins suivant les circonstances. Le fétiche, outre qu'il correspond autrement à l'esprit, lui correspond en ce qu'on s'attend à ce qu'il reprenne de la même manière la forme corporelle primitive.
16-2. — On peut déduire un corollaire (le celle interprétation du fétichisme. Il a été prouvé que beaucoup des types humains
les plus bas n'ont ni l'idée de réveil après la mort, ni idées vagues et ilottantes : la conception du fantôme n'est pas développée chez eux. Si, ainsi qu'on l'a soutenu ci-dessus, le fétichisme est le culte d'un esprit résident, ou d'un être surnaturel dérivé d'un esprit, il suit que la théorie du fétichisme, dépendant comme elle le fait de celle de l'esprit, doit lui succéder dans l'ordre du temps. Il y a d'abondantes preuves montrant que le fétichisme ne se produit que lorsque la théorie spiritiste a paru.
163. — L'idée que le fétichisme serait la première des superstitions est non seulement contredite par l'induction, mais démontrée fausse par la déduction. Le sauvage n'a pas de mots pour exprimer les propriétés particulières, encore moins de mots pour la propriété en général ; et s'il ne peut même concevoir une propriété séparée de l'agrégat qui la présente, comment imagineraitil une seconde entité invisible comme cause des actions de l'entité visible? Ce n'est qu'avec la théorie spiritiste que cette idée peut naître.
164. — Les sacrifices propitiatoires aux morts, d'abord origine des rites funéraires, se développant en observances constituant le culte en général, aboutissent ainsi, entre autres résultats divergents, à l'idolâtrie et au fétichisme. On peut suivre toutes les phases de cette genèse. On verra plus clairement encore que l'idolâtrie et le fétichisme sont des produits aberrants du culte des ancêtres en passant au groupe de faits de même genre qui suivent.