‹ Résumé de la philosophie de Herbert SpencerChapitre 245 sur 409 · XXVI. — LA THÉORIE PRIMITIVE DES CHOSES · texte numérisé non relu

XXVI. — LA THÉORIE PRIMITIVE DES CHOSES

205. — On verra à quel point révolution du système d'idées de l'homme primitif est naturelle, quand nous aurons récapitulé, sommairement, les résultats auxquels nous sommes arrivés dans les dix-huit divisions précédentes.

206. — Les changements dans le ciel et sur terre favorisent chez le sauvage la notion de la dualité, qui est confirmée d'ailleurs parles ombres et les échos, les rêves et le somnambulisme, et encore plus par l'insensibilité anormale de la syncope et de l'apoplexie ; ces formes temporaires d'inconscience se lient dans son esprit avec cette forme durable d'inconscience d'où le double ne peut pas être rappelé, avec la mort. La croyance que ces doubles d'hommes morts étaient les causes de toutes les choses étranges et mystérieuses, a poussé les hommes primitifs à s'en garder à l'aide d'exorcistes et de sorciers, ou à se les rendre propices par des prières et des louanges. Toutes les catégories de culte sont nées de ces dernières observances. Outre ces produits aberrants du culte des ancêtres qui résultent de l'identification des ancêtres avec des idoles, des animaux, des plantes et des forces naturelles, il y a les développements directs de ce culte. Dans la tribu, le chef, le magicien, ou quelque autre personnage d'une habileté quelconque, respecté durant sa vie parce qu'il manifeste une puissance d'origine et d'étendue inconnues, inspire un degré de crainte plus grand, quand, après sa mort, il acquiert l'autre puissance que possèdent tous les esprits. Avec encore plus de raison, on traite l'étranger qui apporte des arts nouveaux, et le conquérant de race supérieure, comme un être surnaturel pendant sa vie, et on l'adore après sa mort comme un être surnaturel plus grand encore. Ainsi, en partant de l'idée du double voyageur que le rêve suggère, passant au double qui s'en va au moment de la mort; passant de cet esprit, auquel il n'attribuait d'abord qu'une vie temporaire, à des esprits existants à jamais et dont le nombre va toujours croissant, l'homme primitif en vient peu à peu à peupler l'espace ambiant d'êtres sur-

naturels, petits et grands, qui deviennenl dans son espril les cansesde tout ce qui esi extraordinaire. Kl en poussanl Logiquement relie méthode d'interprétation ainsi inaugurée, il est engagé dans les superstitions toujours plus nombreuses que nous avons retracées-.

207. — On verraquela genèse de ces croyances est dans l'ordre des choses quand on remarquera comment les changementssubis se conforment à la formule générale de l'Évolution. On ne peut nier qu'un s\ stème (le superstitions se forme par développement continu, de la môme manière que toute autre chose. Par une intégration et une différenciation continuelles il forme un agrégal qui, pendant qu'il augmente, passe d'une homogénéité indéterminée et incohérente à une hétérogénéité définie et cohérente. Celte correspondance est d'ailleurs inévitable. La loi à laquelle obéit l'évolution de l'être humain, et à laquelle obéit aussi l'intelligence humaine, est celle à laquelle tous les produits de l'intelligence obéissent nécessairement.

-208. — Notre raison pour avoir compris dans les données précédentes beaucoup de matières qui font partie de la Sociologie même est que, dans aucun cas, on ne peut formuler les données d'une science avant d'avoir acquis une certaine connaissance

de Cette science.

209. — On peut maintenant formuler la conclusion générale à Laquelle nous arrivons. C'est que tandis que la conduite de l'homme primitif est en partie déterminée par les sentiments avec lesquels il regarde les hommes qui l'entourent, d'autre part elle se détermine en partie par les sentiments avec lesquels il considère les hommes qui ne sonl plus. La crainte des vivants est le point de départ du gouvernement politique, La crainte des morts esl le point de départ du gouvernement religieux.

-Jlo. — l'aria ni des unités sociales conditionnées et constituées

connue nous Les avons VUeS, la Science de LaSoCÎOlogie doit rendre

compte de tous les phénomènes (■•'■su lia ni de Leurs actions combinées. Commençant par le développement de la famille, la Sociologie passe ensuite.àla description et à L'explication de la manière

dont naît et se développe F organisation politique ; révolution des institutions et fonctions ecclésiastiques ; l'autorité incarnée dans des observances d'étiquette ; et les rapports entre les divisions régulatrice el exécutrice de toute société. Après ces développements elle doit suivre ces autres développements combinés qui aident l'évolution sociale en môme temps qu'ils sont aidés par elle, les développements du langage, du savoir, de la morale et de l'esthétique. Enûn, nous avons à considérer la dépendance réciproque des appareils, des fonctions et des produits, pris dans leur totalité. Le plus beau résultat de la Sociologie est d'embrasser le vaste agrégat hétérogène du genre humain, de manière à voir comment chaque groupe se trouve, à chaque étape, déterminé en partie par ses propres antécédents, et en partie par les actions passées et présentes que les autres exercent sur lui.

211. — Ces préliminaires achevés, abordons les généralisations empiriques dans lesquelles on peut ordonner les faits de la Sociologie.

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