‹ Résumé de la philosophie de Herbert SpencerChapitre 244 sur 409 · V. — LES DIVINITÉS · texte numérisé non relu

V. — LES DIVINITÉS

194. — L'Évolution de la classe des divinités qui sonl nées de la simple idéalisation et expansion de la personnalité humaine reste maintenant à considérer.

1'.)."). — Le sauvage regarde lotit ce qui dépasse l'ordinaire comme surnaturel ou divin. D'où il suit qu'appliquant !<■ titre de dieu à tout ce qui est nouveau, étrange ou extraordinaire, il s'en sert tout naturellement pour désigner les personnes puissantes vivantes ou mortes, de loui genre.

19G. — Il faut d'abord mentionner ici les individus dont la supériorité est la moins définie, les individus qui sonl regardés

par les autres, ou par eux-mêmes, comme étant meilleurs que le reste des hommes.

197. — Si le supérieur et le divin sont des idées équivalentes, le chef ou souverain tendra à devenir une divinité pendant sa vie, et une divinité plus haute après sa mort. Cette conclusion se justifie par les faits.

198. — Comme, d'abord, le divin signifie simplement le supérieur, des hommes distingués par d'autres qualités que leur souveraineté seront considérés comme des dieux. Bien qu'il n'y ait pas beaucoup de témoignages directs montrant que les sorciers, dont la domination n'a d'autre origine que leur habileté, sont traités comme dieux pendant leur vie, il est prouvé qu'ils sont divinisés après leur mort. En réalité, les faits font soupçonner que leurs esprits sont les premiers que l'on considère comme redoutables. Entre sorcier et inventeur d'arts nouveaux il n'y a qu'une distinction nominale ; le forgeron lui-même est une espèce de magicien pour l'Africain. D'où résulte la divinisation de ceux qui ont montré un savoir ou une adresse plus grands. Par exemple les nombreuses divinités grecques et romaines décrites comme ayant enseigné tel ou tel procédé nouveau, ou inventé tel ou tel perfectionnement.

199. — De nos jours, il arrive parfois que des Européens, tels que les matelots naufragés, jetés parmi des peuplades sauvages, obtiennent sur elles un ascendant que leur savoir et leur adresse ont justifié ; et si l'on se rappelle que , après la mort de tels hommes, la légende, exagérant leurs facultés, fait redouter leurs esprits au delà de tous les esprits ordinaires, on reconnaîtra aisément la source qui produit les divinités. Dans quelques cas, les sauvages croient que les étrangers remarquables qui sont ainsi devenus leurs dieux sont les esprits de leurs propres héros revenus parmi eux.

200. — De cette déification d'hommes particuliers des races supérieures, il y a une transition naturelle à la déification des races conquérantes in toto. On comprend aisément alors l'expression « dieux et hommes » qui revient dans les traditions de divers peuples, car lorsque des sauvages qui s'appellent « des hommes » sont vaincus par des sauvages portant un autre nom, mais que la conquête prouve avoir cette supériorité qui dans

l'esprit du sauvage équivaut à la divinité, les noms de conquérants et vaincus deviennent équivalents, en signification, à ceux de « dieux et hommes ».

201. — Si l'on compare le panthéon des Grecs à celui d'une autre race — celle des Fidjiens, par exemple — on trouvera que l'hypothèse précédente s'accorde mieux avec les faits que celle des mythologues. Si quelqu'un proteste contre cette comparaison comme étant insultante pour les Grecs, nous lui rappellerons que ces derniers attribuaient le cannibalisme à quelques unes de leurs divinités, el que les sacrifices humains à Zens furent continués jusqu'à des temps relativement rapprochés de nous.

202. — Nous faut -il reconnaître une seule exception à la vérité générale jusqu'ici vérifiée partout ailleurs? Tandis que parmi toutes les races de tous pays, les conceptions delà divinité ont eu le développement naturel que nous avons décrit, devonsnous conclure qu'un petit clan de la race sémitique est arrivé par une méthode surnaturelle à une conception, qui tout en paraissant superficiellement semblable à celle des autres peuples,, est au fond absolument différente ? Si nous suivons les procédés de la science en nous défiant des conclusions surannées, et traitons la conception des Hébreux comme nous avons traité les autres, nous ne pouvons conclure autrement qu'en lui attribuant la même genèse qu'aux autres conceptions semblables. L'idée actuelle de Dieu chez les Sémites modernes — les Sémites errants de nos jours — est identique à celle que s'en faisait Abraham, ri à celle des hommes non civilisés en général.

•2o:». — Ainsi l'universalité de l'anthropomorphisme s'explique par la cause suffisante que la conception de l'homme divin a partout pour antécédent La perception d'un homme puissant. Bien loin qu'il soit vrai que L'idée de la divinité dis personnes cultivées soit innée, il est, au contraire, certain que cette idée ne naît que dans une phase de progrès relatif, comme résultat du savoir accumule d'une portée intellectuelle plus grande. et de sentiments plus élevés.

304. — Derrière L'être surnaturel de ce1 ordre, comme de ions

Les autres ordres, il > a toujours eu i personnalité humaine.

En donnant au terme • culte des ancêtres ■ le sens le plus étendu, celui qui comprend tout culte rendu au\ morts, qu'ils

soient ou non de même sang, nous concluons que le culte des ancêtres est la racine de toute religion.

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