II. — UNE SOCIÉTÉ EST UN ORGANISME
21i. —Le premier trait propre à nous faire considérer la société comme un organisme, c'est sa croissance continuelle.
215. — A mesure qu'une société se développe, ses parties se différencient; elle présente un accroissement de structure.
216. — Cette communauté de caractère entre la société el l'organisme individuel sera mieux appréciée en observanl que la différenciation progressive des structures sociales [s'accompagne d' différenciation progressive des fonctions
sociales.
217. — Les fonctions ne sonl pas simplement différentes, mais leurs différences sont unies de façon a se rendre l'une l'autre
possibles. Cetle aide réciproque produit une dépendance mutuelle des parties. Et ces parties dépendant mutuellement Iqs unes des autres, vivant par chacune et pour chacune d'elles, forment un agrégat constitué d'après les mêmes principes qu'un organisme individuel. À l'égard de la « division physiologique du travail», lés deux organismes sont absolument semblables.
218. — Nous comprenons plus clairement comment les actions départies mutuellement dépendantes constituent la vie du tout, et comment il en résulte un parallélisme entre la vie sociale et la vie animale, quand nous apprenons que la vie de chaque organisme visible repose sur la vie d'unités trop petites pour être aperçues à l'œil nu. Voyant cela, on fait moins de difficulté pour regarder une nation d'êtres humains comme un organisme.
219. — La relation entre la vie des unités et celle de l'agrégat présente un autre caractère commun aux deux cas. Une catastrophe peut détruire la vie de l'agrégat sans détruire immédiatement celle de toutes ses unités, tandis que d'autre part, si nulle catastrophe ne vient l'abréger, la vie de l'agrégat est bien plus longue que celle de ses unités. La vie de l'ensemble est tout à fait dissemblable de celle des unités, bien qu'elle soit le produit de cette dernière.
220. — Il nous faut quitter ces points de ressemblance entre l'organisme social et l'organisme individuel pour examiner une extrême dissemblance. Les parties d'un animal forment un tout concret, mais celles d'une société forment un tout discret. Tandis que les unités vivantes constituant le premier sont unies dans un contact étroit, les unités vivantes composant l'autre sont libres, discrètes, et plus ou moins dispersées.
221. — Comment, alors, y a-t-il analogie ?Bien que discret au lieu d'être concret, l'agrégat social devient un ensemble vivant par le langage de l'émotion et de l'intelligence ; ainsi se trouve établie la dépendance mutuelle de parties qui constitue l'organisation.
222. — Nous arrivons maintenant à une différence cardinale entre les deux sortes d'organismes. Dans l'un, la conscience est concentrée dans une petite partie de l'agrégat. Dans l'autre elle est répandue partout dans l'agrégat ; toutes les unités pos-
sèdent l'aptitude au bonheur et au malheur, à peu près à un degré égal. Puisqu'il n'y a pas de sensorium social, le bien-être de l'agrégat, considéré en dehors de celui des unités, n'est pas une fin qu'il faille chercher.
-2-2-i. — Ayant ainsi considéré sous leurs formes les plus générales les raisons de regarder une société comme un organisme, suivons la comparaison dans ses détails.