III. — CROISSANCE SOCIALE
224. — Les sociétés, comme les corps vivants, commencent sous forme de germes, — naissent de masses extrêmement ténues» en comparaison de celles qu'elles finissent parfois par former.
223. — La croissance des agrégats de classes différentes varie extrêmement dans sa quantité. Nous pouvons le voir dans le règne animal, en jetant un coup d'oeil sur les Protozoaires et sur les Vertébrés ; et dans les sociétés, en comparant les Veddahs des forêts, qui vivent parfois par couples seulement, et ces sociétés très avancées composées de millions d'individus agrégés.
226. — Dans les deux cas, aussi, la grandeur augmente par deux processus qui parfois s'opèrent séparément, et quelquefois simultanément. 11 y a accroissement parla simple multiplication des unités, qui agrandit le groupe ; il y a aussi accroissement par l'union des groupes; et enfin par union de groupes formés de groupes. La croissance sociale procède par une composition et une recomposition analogues à celles dont nous avons parlé dans [a Biologie (180-211) où nous avons sun ile processus d'intégration organique depuis les plantes de l'ordre le plus inférieur jusqu'au rameau pourvu de ses organes foliaires ; et aussi des animaux les plus petits jusqu'au! membres des Annelés. Le groupe social primitif, de même que le groupe primitif de molécules vivantes par où commence l'évolution organique, n'atteint jamais une grandeur bien considérable par simple accroissement. Pour former une pins grande société, il faut que plusieurs petites sociétés se réunissent. On peul Foir, actuellement, ce processus s'effectuer parmi les races non civilisées, comn Ile s'esl effectuée jadis chez les ancêtres des races civilisées. La répétition de
cette opération, sur une plus grande échelle, produit des agrégats tertiaires.
227. — Il y a encore une autre analogie. La croissance sociale nous montre le trait fondamental de l'évolution sous un double aspect ; l'intégration se manifeste, à la fois, dans la formation d'une masse plus grande, et dans le progrès de cette masse vers l'état de cohérence dû à l'étroit rapprochement des parties.