VII. — LA POLYGYNIE
304. — L'éducation, et surtout l'histoire des Hébreux racontée aux enfants, nous a préparés à apprendre sans étonnement que la polygynie est commune dans toutes les parties du monde que n'occupent pas les nations les plus avancées. Il ne faut pas croire cependant qu'elle soit portée au point qui est souvent affirmé ou impliqué. Le nombre des femmes ne serait pas assez grand pour le permettre. Dans les sociétés polygynes, la polygynie n'existe que chez les riches, et les gens d'un rang élevé. Dans beaucoup de cas, à côté d'elle, la monogamie coexiste à un degré plus étendu.
305. — La prédominance de la polygynie est aisément comprise. La supériorité de certains hommes devenus guerriers ou chefs, leur donnait le pouvoir de s'assurer des femmes. De là suivait que la possession de plusieurs femmes était considérée comme un honneur, une marque de status social. Comme, dans chaque société, les actions des puissants et des riches donnent le type de ce qui est bien et de ce qui est mal, la pluralité des femmes obtient, dans les contrées où elle existe, une sanction morale. Dès le commencement, aussi, excepté dans les quelques régions où le travail des femmes ne pouvait être utilisé, un des motifs de désirer des épouses était celui d'avoir des esclaves.
306. — Il n'est pas besoin de prouver que la polygynie vaut mieux que la promiscuité ; et il y a plusieurs raisons de croire qu'elle est préférable à la polyandrie.
307. — La polygynie a pour effet de mener à un degré plus élevé de conservation sociale que les types inférieurs de relations conjugales, en rendant possible, plus promptement, le remplacement des morts à la guerre, et ainsi l'augmentation des chances de survivance sociale. En établissant la descendance clans la ligne masculine elle tend vers la stabilité politique; et en rendant possible une forme développée du culte des ancêtres, elle consolide
la société. Ses effets ne sont pas mauvais de tout point sur la vie des adultes ; car, là où des femmes ne peuvent se nourrir, parce que le nombre d'hommes fait défaut, La polygynie empoche qu'il h \ ru ail qui restent sans ressources, et mènent dos des misérables. La polygynie réprime en grande partie les émotions l»-s plus élevées de l'association des sexes. On ne trouve pas d'assistance inspirée par l'affection domestique, et de là suit qu'après une \ ieillesse précoce, les époux ont une fin misérable.
308. — On peut regarder la décadence de la polygynie comme étant en partie produite par ces modifications qui, en élevant de plus en plus une des femmes, réduisaient les autres à une condition relativement servile, et les faisaient passer à un rang de plus en plus secondaire.
309. — Ainsi, tandis que le type polygyne de la famille est supérieur aux types précédemment examinés ; tandis que, dans quelques cas, il diminue la mortalité des enfants et celle des femmes en excès, il reproduit dans la vie domestique la barbarie qui caractérise la vie publique.