‹ Résumé de la philosophie de Herbert SpencerChapitre 303 sur 409 · I. — l'idée religieuse · texte numérisé non relu

I. — l'idée religieuse

583. — On ne saurait se faire une idée vraie d'un organe si l'on ne se fait une idée vraie de sa fonction. Pour comprendre comment une organisation a pris naissance et s'est développée, il est nécessaire de comprendre le besoin par elle desservi, au début, et par la suite. Pour suivre exactement l'évolution des institutions ecclésiastiques, par conséquent, il nous faut savoir d'où viennent les idées et les sentiments qu'elles impliquent. €es idées et ces sentiments sont-il innés, ou sont-ils dérivés ? Ils sont dérivés. Ni clans l'esprit de ceux qui, parmi les civilisés, ont été privés par quelque imperfection de leurs sens de l'instruction commune, ni dans l'esprit de divers peuples primitifs, l'idée religieuse n'existe.

584. — Les idées religieuses n'ont donc pas l'origine surnaturelle qu'on leur attribue d'ordinaire, et nous savons, par raisonnement, qu'elles ont une origine naturelle. Quelle est cette origine ? Nous avons donné dans les « Données de la Sociologie » un exposé des idées primitives, en général, et surtout des idées relatives à la nature et aux actions d'agents surnaturels. Peutêtre sera-t-il plus commode pour le lecteur que nous remettions sous ses yeux, le plus succinctement possible, les phases et les facteurs principaux de la genèse des croyances religieuses.

585. — De l'absence ordinaire de l'autre soi dans le sommeil, et de ses absences extraordinaires dans la syncope, l'apoplexie, etc.,

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on passe à la croyance de L'absence illimitée <lu double, à la mort: après un intervalle d'attente on esl obligé de renoncer à l'espoir de le \<>ir revenir. Cependant on suppose communéniciii que l'esprit tourne autour du corps, ou revient le visiter, cl qu'il a les mêmes sensations et les mêmes émotions que de son vivant. D'où suit l'universalité, chez les sauvages el les demicivilisés, des soins donnés au double du mort, habituellement a l'enterrement, et souvent continués après. <>n conçoit de diverses manières l'habitat du double, quoique partout se retrouve une analogie approximative entre la vie présente el la vie à venir telle qu'on L'imagine. A côté du développement des tumulus en autels, des caveaux en édifices religieux, et des aliments offerts au double en sacrifices, il se produit un développement du processus de louanges et de prières. Passant à certains résultats plus indirects de la théorie spiritiste, nous voyons que, ne distinguant que confusément l'apparence de la réalité, le sauvage pense que la représentation d'une chose participe des propriétés de cette ebose. D'où il résulte que l'effigie d'un mort passe pour être la demeure de son esprit, et l'on adresse des prières aux idoles pour se rendre propices les doubles qui les habitent. L'identification des ancêtres avec les animaux se fait de diverses manières, tantôt avec ceux qui fréquentenl des maisons ou des endroits que les doubles sont supposés hanter, tantôl avec ceux qui ressemblent à quelqu'un des morts par leur nature bienfaisante ou maligne. — Dans certains cas, il \ a oaésihterprétation des noms, ce qui mène à l'identification d'étoiles avec des personnes, et, par suite, au culte des étoiles et du Soleil. Dans leur forme normale, aussi bien que dans les formes anormales, Les dieux proviennenl d'une apothéose. A l'origine, le dieu esl L'homme vivanl supérieur dont on imagine le pouvoir comme surhumain. Gomme, dans la pensée du sauvage, la divinité est

SJ ii"ii\ me de Supériorité, et que. d'abord, le dieu j >. • 1 1 1 être soil

une personne puissante vivante, soil une personne morte ayant acquis après sa mort un pouvoir surnaturel, il résulte deux origines des êtres semi-divins, l'une par des unions entre la race divine conquérante el la race bu inaine conquise, el L'autre par n ii prétendu rapport entre les vivants et lesesprits, comme la croyance aux incubes e1 aux succubes qui a persisté dans L'his-

in LES PRINCIPES DE LA SOCIOLOGIE

toire européenne jusqu'à des temps relativement récents. Ainsi, quand on examine les preuves, la sociologie comparée révèle une origine commune pour chaque élément principal de croyance religieuse. La conception de l'esprit-fantôme, accompagnée des idées multipliées et compliquées qui en dérivent, se retrouve partout: à la fois, dans les régions arctiques et sous les tropiques, clans les vallées des Himalayas et dans la jungle africaine, sur le flanc des Andes et dans les îles de la Polynésie. Elle se montre avec une égale clarté chez des races de type tellement différent que des juges compétents pensent qu'elles ont dû se séparer avant que la distribution de la terre et des mers fût établie, chez des races à cheveux plats, à cheveux bouclés, à cheveux crépus ; chez des hommes blancs, jaunes, cuivrés, noirs. Et on la retrouve chez des peuples n'ayant fait aucun progrès dans la civilisation, de même que chez les demicivilisés et les civilisés. Nous avons donc des preuves abondantes de l'origine naturelle des religions.

586. — Le dicton d'après lequel la moitié du monde ne sait comment vit l'autre moitié, a pour parallèle celui d'après lequel la moitié du monde n'a aucune idée de ce que pense l'autre, ni de ce quelle-môme pensait autrefois. D'ordinaire, beaucoup d'idées et de sentiments de l'enfance se sont si complètement évanouis, à l'âge d'homme, qu'on est incapable de se les représenter; et, semblablement, il a disparu si complètement de la conscience de l'humanité cultivée certaines notions qui étaient naturelles à l'humanité primitive qu'il nous semble presque impossible que celle-ci les ait jamais acceptées. Mais tout comme les croyances absurdes, dont les parents se moquent quand leurs enfants les expriment, ont été celles de ces mêmes parents, de même les peuples cultivés à qui les conceptions des peuples primitifs semblent ridicules, avaient des ancêtres acceptant ces mêmes idées. Leur propre théorie des choses est sortie, par de lentes modifications, de cette théorie primitive des choses dans laquelle la prétendue réalité de rêves donnait naissance à la prétendue réalité des esprits, d'où provenaient tous les genres d'êtres surnaturels supposés.

587. — Faut-il conclure que parmi les nombreuses religions, variant dans leurs formes et leurs degrés d'élaboration, qui ont

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cette origine commune, il y en a une qui ait une origine différente ? Devons-nous faire une exception en faveur de la religion établie chez nous? Si, cherchant une réponse à cette question, nous comparons cette religion supposée exceptionnelle avec, les autres, nous ne la trouvons pas assez différente pour impliquer une genèse différente. Au contraire, elle offre avec les autres des ressemblances remarquables. Si nous disons que ses ressemblances avec les autres cachent une dissemblance transcendantale, il faut admettre plusieurs postulats. L'un est que la Cause qui n'a pas de limites dans l'Espace ni dans le Temps, et dont notre système solaire tout entier n'est qu'un produit relativemeni infinitésimal, a pris la forme d'un homme pour conclure une alliance avec un chef de bergers en Syrie. Un autre serait que cette Force, qui se manifeste sans cesse partout, dans le passé, le présent el l'avenir, se serait attribué, sous celle forme humaine, non seulement le savoir restreint et la puissance limitée que certains passages bibliques donnent à Jéhovah, mais aussi des attributs moraux qui aujourd'hui déconsidéreraienl un être humain. Et le troisième seraitplus répugnant encore à notre sens moral. Car si les nombreux parallélismes entre la religion chrétienne et les autres, que montrent les faits, ne sont pas des preuves d'une ressemblance d'origine et de développement, alors la supposition serait que le surnaturel a \oulu, de propos délibéré, simuler le naturel, afin de tromper ceux qui examinent avec un espril critique ce qu'on leur enseigne. Les apparences ont été arrangées de façon à égarer les esprits sincères afin de les exposera la damnation éternelle pour avoir cherché la vérité. :>ss. — Aucun raisonnemenl n'aura d'effet sur ceux qui acceptent cette dernière alternative. Nous nous séparons d'eux ici, en acceptant la première. Et en l'acceptant nous trouverons, du môme coup, que les Institutions Ecclésiastiques, dans leur origii l leurs progrès, de\ iennent intelligibles.

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