‹ Résumé de la philosophie de Herbert SpencerChapitre 337 sur 409 · XV. — MORALE ABSOLUE ET RELATIVE · texte numérisé non relu

XV. — MORALE ABSOLUE ET RELATIVE

99. — Si, comme l'impliquent les chapitres précédents, 1rs principes d'action distingués, en relatifs el absolus, intéressenl la conduite d'êtres conditionnés, de quelle façon faut-il comprendre ces mois? Une critique des idées courantes de bien et de mal l'expliquera mieux.

100. — Une grande partie des perplexités des spéculations naît de ce qu'on néglige de distinguer ce qui est absolument bien de ce qui est relativement bien. Et beaucoup d'autres perplexités sont dues à la prétention qu'il peut être décidé, d'une façon quelconque, dans chaque cas, laquelle des deux alternatives est moralement obligatoire.

101. — Pour rendre claire la distinction qui existe entre cette conduite parfaite qui est le sujet de la Morale Absolue, et cette conduite imparfaite qui est le sujet de la Morale Relative, nous donnerons deux exemples.

102. — Examinez le rapport d'une mère saine avec un enfant sain. Entre les deux il existe une dépendance mutuelle qui es1 une source déplaisirs pour tous deux. En donnant à l'enfant sa nourriture naturelle, la mère éprouve une satisfaction, et à l'enfant vient la satisfaction de l'appétit, qui favorise sa vie, sa croissance et sa jouissance. Si le rapport est suspendu, des deux côtés il y a souffrance. Par conséquent, l'acte dont nous parlons est absolument bon. En comparaison, la fatigue <\u travail productif, comme il es1 d'ordinaire exercé, le rend dans un sens mauvais ; mais une bien plus grande souffrance résulterait, à la fois pour le travailleur eL pour sa famille, et, par conséquent, plus de mal serait réalisé, si cette fatigue n'étail pas supportée. Cet acte esl donc relativement bon,

103. — 11 nous faut maintenanl reconnaître l'autre fait que dans beaucoup de cas il n'esl pas de marche absolument bonne, mais qu'il y a un choix de marches à sun re plus ou moins mauvaises, et il Il'esl |>;is toujours possible de din- quelle esl la moins mauvaise. Par exemple, il > aunpoinl j usqu' auquel il est relati-

ôiQ LES PRINCIPES DE LA MORALE

veinent bien pour un parent de pousser le sacrifice de soi-même pour sa progéniture, et il y a un point au delà duquel cette immolation de soi ne peut être poussée sans amener non seulement sur lui ou elle, mais aussi sur la famille, des maux plus grands que ceux qu'empêcherait l'abnégation. Qui dira quel est ce point? Dépendant des constitutions et des besoins de ceux qui sont en cause, il n'est jamais le même dans deux cas, et on ne peut sur ce point que faire des conjectures.

104. — Maintenant nous voilà prêts à traiter de la distinction entre la Morale Absolue et la Morale Relative. Les vérités scientifiques, de quelque ordre qu'elles soient, ne se peuvent atteindre que par l'élimination des facteurs perturbateurs ou hostiles, et la reconnaissance des seuls facteurs fondamentaux. Quand, en traitant abstraitement de ces facteurs fondamentaux non comme les représentent les phénomènes existants, mais comme ils sont vus idéalement, dégagés de ceux-ci, on a constaté les lois générales, il devient possible de tirer des inductions dans des cas concrets en tenant compte de facteurs incidents. Mais ce n'est qu'en ignorant d'abord ceux-ci, et en ne reconnaissant que les éléments essentiels que nous pouvons découvrir les vérités essentielles que nous cherchons.

103. — D'où il suit que la Morale Absolue doit nécessairement prendre le pas sur la Morale Relative. Celui qui aura suivi jusqu'ici notre raisonnement ne niera pas qu'on ne puisse concevoir un être social idéal constitué de façon que ses activités spontanées soient d'accord avec les conditions imposées par le milieu social formé par d'autres êtres semblables. Il suit de là comme implication nécessaire qu'il existe un code idéal de conduite formulant la conduite de l'homme complètement adapté à la société qui a complété son évolution. Ce code est celui que nous appelons ici Morale Absolue pour le distinguer de la Morale Relative, code dont les injonctions doivent seules être considérées comme type absolu du bien, opposées à celles qui ne sont que relativement bien ou moins mal; code qui, comme système de conduite idéale, doit servir de type pour nous guider, et nous aider à résoudre, de notre mieux, les problèmes de la conduite réelle.

105 bis. — Lorsque, en formulant la conduite qui serait normale dans une société idéale, nous avons atteint la science de

LES DONNÉES DE LA MORALE V.l

La morale absolue, nous avons en même temps atteint une science qui, employée à interpréter les phénomènes des sociétés réelles dans les états transitoires pleins des misères causées par le manque d'adaptation, nous met à môme de former des conclusions à peu près vraies concernant la nature des anomalies, et d'indiquer la marche qui tend le plus dans la direction de la normale.

106. — Pour présenter un type d'homme idéal, nous devrons le définir en fonction des conditions qui sont remplies par sa nature, en fonction de ces exigences objectives auxquelles il doit satisfaire pour que sa conduite soit bonne ; le défaut commun des conceptions de l'homme idéal formées par les moralistes en général est qifils supposent que l'homme est bon de rapport avec ces conditions. Nous devons examiner l'homme idéal comme existant dans l'état social idéal. Dans l'hypothèse de l'évolution, les deux se présupposent réciproquement ; et ce n'est que lorsqu'ils existent que peut exister cette conduite idéale que la Morale Absolue doit formuler, et que la Morale Relative doit prendre comme l'étalon par lequel elle estime les déviations du bien et les degrés du mal.

107. — En \oyant quelles doivent être les injonctions de la Morale Absolue pour l'homme idéal sous les conditions idéales impliquées, nous serons préparés à voir de quelle manière 1rs hommes vivants, sous leurs conditions actuelles, peuvent le mieux leur obéir.

108. — On peut douter qu'il soit jamais praticable de poser des règles précises pour la conduite individuelle. Mais la fonction de la Morale Absolue se trouvera remplie quand elle aura produit la garantie de ses exigences, comme elles sont générale ni exprimées; quand ''Ile aura montré la nécessité impérieuse de leur obéir; quand elle aura ainsi enseigné le besoin d'examiner, d'une façon délibérée, m' la conduite satisfait à ces exigences autant que possible.

Kl'.). — En passant a ia division de la Morale qui, considérant exclusivement les effets de la conduite sur les autres, traite de

sa bonne réglementation en vue de ces effets, nous trouvons que la justice, qui formule les limites de la conduite, et les limitations qui en résultent pour elle, est la division de la morale à la fois la plus importante et la mieux définie. Bien que nous ne puissions considérer les membres d'une société comme absolument égaux, cependant, les considérant comme à peu près égaux en vertu de leur nature humaine commune, et traitant les questions d'équité d'après cette supposition, nous pourrons parvenir à des conclusions suffisamment définies.

110. — Des deux subdivisions de la bienfaisance, la négative et la positive, aucune ne peut être spécialisée. Mais quoique, ici, la Morale Absolue, par le type qu'elle donne, n'aide pas beaucoup à la Morale Relative, cependant, comme en d'autres cas, elle y aide quelque peu en maintenant devant la conscience une conciliation idéale des divers droits en jeu, et en suggérant de chercher entre ces droits un compromis qui n'en néglige aucun, mais qui les satisfasse tous au plus haut degré praticable.

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