‹ Résumé de la philosophie de Herbert SpencerChapitre 8 sur 409 · Nous avons donc vu que dès l'origine les fautes de · texte numérisé non relu

Nous avons donc vu que dès l'origine les fautes de

la Religion, comme celles de la Science, ont été les fautes d'un développement incomplet. Simple rudiment au début, chacune a grandi et revêtu une forme plus parfaite ; à toutes les époques, le tort de chacune a été de ne pas être achevée ; les désaccords entre elles n'ont jamais été autre chose que les conséquences de leur imperfection, et à mesure qu'elles touchent à leur état définitif, l'harmonie s'établit entre elles.

31. — On nous dit que, bien que la Cause Ultime des choses ne puisse pas nous être réellement connue, comme possédant des attributs spécifiques, nous pouvons cependant affirmer ces attributs. Inutile de dire que ce n'est point la conclusion adoptée ici. Notre devoir est de nous soumettre avec humilité aux limites de notre intelligence, et de ne pas nous révolter contre ces limites. Il est probable que nous serons toujours dans la nécessité de contempler l'Existence Ultime comme quelque mode d'existence, c'est-à-dire de nous le représenter à nous-mêmes dans une forme de pensée quelconque, si vague soit-elle. En obéissant à ce besoin, nous ne nous égarerons pas, tant que nous ne verrons dans les notions que nous formons que des symboles absolument dénués de ressemblance avec ce qu'ils représentent. Construire sans fin des idées qui exigent l'effort le plus énergique de nos facultés, et découvrir perpétuellement que ces idées ne sont que de futiles imaginations, telle est la tâche qui plus que toute autre nous fait comprendre la grandeur de ce que nous nous efforçons en vain de saisir. Ces efforts et ces échecs peuvent servir à maintenir dans l'esprit un sentiment juste de la différence incommensurable qui sépare le Conditionné de l'Inconditionné.

32. — L'immense majorité des hommes rejettera avec plus ou moins d'indignation une croyance qui paraît si impalpable et si mal définie. Ils ont toujours personnifié la Cause Ultime autant qu'il en était besoin pour se la représenter mentalement ; aussi doivent-ils voir avec peine l'avènement d'une Cause Ultime qu'on ne peut aucunement se représenter. Cette résistance à un changement d'opinions théologiques est dans une grande mesure salutaire. Il n'y faut pas voir simplement un antagonisme excité entre des sentiments puissants et fortement enracinés, rendu plus intense par la haute valeur et l'importance vitale de la croyance

qu'on veut démolir; mais une véritable adaptation existe entre une croyance établie et la nature de ceux qui La défendent, et la ténacité de la défense donne la mesure de la perfection de L'adaptation. Les formes de religion, de même que les formes de gouver- Dement, doivent être appropriées a ceux qui s'y soumettent; et dans le premier cas comme dans l'autre, la forme à laquelle ils sont le plus aptes est celle qu'ils préféreront instinctivement. Toutes les fois qu'une race barbare a besoin d'une autorité ternaire rigoureuse, et montre habituellement de l'attachement à un despotisme capable de la dompter, aussi certainement, cetterace aura besoin de croire en une autorité céleste tout aussi dure, et montrera habituellement son attachement à une telle croyance. Le système conservateur a, en théologie comme en politique, une fonction de la plus haute importance. Il modère la marche consente du progrès et l'empêche de prendre une course trop rapide.

33. — Pour que notre esprit de tolérance soit aussi large que possible, rappelons-nous toujours ces trois faits cardinaux :

L'existence d'une vérité fondamentale sous toutes les formes de religion, si dégradées qu'elles soient;

Les éléments concrets dans lesquels chaque croyance incarne cette vérité sont bons relativement, mais non absolument ;

Les croyances diverses sont des parties essentielles de l'ordre de choses établi, et sont des accompagnements nécessaires de la vie humaine; chacune d'elles est appropriée à la société où elle se développe spontanément.

3i. — Les concessions n'impliquent point qu'il faille accepter d'une manière passive la théologie régnante. Bien que les idées religieuses et les institutions existantes soient en moyenne adaptées au caractère des gens qui vivent à leur ombre, pourtant com me ces caractères sont toujours en voie de changements, l'adaptation devient toujours plus imparfaite, et les idées et les institutions ont besoin d'être refondues aussi fréquemment que l'exige la rapidité du ebangement. D'où il suit que s'il faut laisser à l'idée et à l'œuvre conservatrices toute liberté, la pensée et l'œuvre du progrès ont aussi droit à toute liberté. Sans le libre jeu de ces deux forces, la série continuelle des réadaptations nécessaires au progrès régulier ne peut se produire.

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