V. — LA RÉCONCILIATION
27. >'ous sommes donc forcés de regarder tous les phénomènes comme la manifestation d'un pouvoir illimité, incompréhensible, qui agit sur nous. La Religion et la Science se réconcilient dans cette conclusion. Pour comprendre pleinement a quel point cette réconciliation est réelle, il est nécessaire d'examiner l'attitude que la Religion et la Science ont, chacune, continuellement gardée à l'égard de cette conclusion.
28. — Rendons à la Religion cette justice que, parmi beaucoup d'erreurs et de corruptions elle a affirmé et propagé une vérité suprême : que toutes choses sont la manifestation d'un pouvoir qui dépasse notre connaissance. Dès le principe, la reconnaissance de cette vérité suprême, même d'une manière imparfaite, a été son élément vital ; et ses vices, autrefois excessifs, mais diminuant graduellement, sont venus de ce qu'elle ne reconnaissait pas entièrement ce qu'elle reconnaissait en partie. L'élément vraiment religieux de la Religion a toujours été bon ; ses éléments irréligieux seuls ont été reconnus insoutenables en théorie et mauvais en pratique ; mais elle s'en est de plus en plus purifiée.
29. — L'agent de cette purification a été la Science. La Science, en groupant des relations particulières de phénomènes sous des lois; puis en groupant ces lois spéciales sous des lois plus générales, progresse dans un sens qui lui fait découvrir des causes de plus en plus abstraites. Or, des causes de plus en plus abstraites sont des causes de plus en plus inconcevables. 11 résulte de là que la conception la plus abstraite, vers laquelle la science s'avance graduellement, est celle qui se confond avec l'inconcevable ou l'inintelligible. C'est ce qui justifie notre assertion que les croyances que la science a imposées à la religion sont, au fond, plus religieuses que celles qu'elles supplantent. Dans chaque phase de son progrès, cependant, la Science s'est contentée de solutions superficielles. Et c'est ce caractère inscienlifique de la Science qui a toujours été, en partie, la cause de sa lutte avec la Religion.