CHAPITRE YII
« La différenciation progressive des fonctions examinée de même, et interprétée de même comme résultant de l'exposition des différentes parties des organismes à de différentes séries de conditions. »
265. — Comment l'hétérogénéité d'action a-t-elle progressé en môme temps que l'hétérogénéité de structure ? C'est la question que nous allons traiter, et pour la solution de laquelle nous ne pouvons nous servir que des faits spéciaux dont la Physiologie s'occupe d'ordinaire. Nous aurons à retracer le développement des organes par lesquels on sait que s'accomplissent les fonctions, supposant que la différenciation et l'intégration des fonctions ont marché du môme pas que la différenciation el l'intégration des organes. Les faits de structure nous serviront maintenant à interpréter les faits de fonction, au lieu de l'inverse.
266. — Les prohlèmes de la Physiologie, dans le sens étendu expliqué ci-dessus, doivent, comme ceux de la Morphologie, être considérés comme des prohlèmes dont la réponse doit être formulée en termes de forces incidentes. Ici, comme précédemment, nous devons tenir compte de deux classes de facteurs. Ce sont les résultats, transmis par hérédité, «les actions auxquelles les organismes antécédents ont été soumis, el, joints à ceux-ci, les résultais des actions présentes.
267. — On peut faire marcher parallèlement l'exposition induclive et l'interprétation déductive, ce qui nous permettra d'établir chaque principe général avant de passer au suivant.
II. — DIFFÉRENCIATIONS QUI S'ÉTABLISSENT ENTRE LES TISSUS EXTERNES ET LES TISSUS INTERNES DES PLANTES
268. — Parmi toutes les diversités que nous offrent les agrégats végétaux du premier ordre, il règne un caractère uniforme — une différence prononcée entre les parties qui sont en contact avec le milieu et celles qui ne sont pas en contact. Par l'équilibration directe, ultérieurement continuée par l'équilibration indirecte, doit se produire la distinction entre la partie externe adaptée à résister aux forces externes, et la partie interne, adaptée pour résister aux forces internes. Et leurs actions respectives en résistance avec ces diverses forces doivent être ce que nous appellerons leurs fonctions respectives.
269. — Les agrégats du second ordre présentent des traits analogues , comportant des interprétations analogues. Les masses intégrées de cellules ou unités homologues chez les protophytes nous offrent habituellement des contrastes entre les caractères des tissus supeliciels et ceux des tissus centraux.
270. — Les plantes supérieures nous présentent sous diverses formes la môme différence fondamentale entre le tissu externe et le tissu interne. Si mince qu'elle soit, chaque feuille est une preuve de cette règle. D'abord, les cellules composant la feuille sont toutes pareilles, et la dissemblance entre les cellules de la couche extérieure et celles de la couche interne prend naissance simultanément en coïncidence avec le changement de leurs conditions — différences qui ont agi sur toutes les feuilles des plantes ancêtres, comme elles agissent sur la feuille individuelle. Une dissemblance d'une sorte plus marquée, mais de même signification, existe entre l'écorce de chaque branche et les tissus qu'elle recouvre.
271. — Le contraste n'est point, comme on pourrait le supposer d'après nos descriptions précédentes, un contraste simple : il est composé. La partie externe elle-même est, d'ordinaire, divisible en parties concentriques. Cela est aussi vrai d'unprotophyte que d'un axe de phanérogame. Entre le centre d'une cellule végétale indépendante, et sa surface, il y a au moins deux couches ; et l'écorce enveloppant la surface d'un rameau, outre
DÉVELOPPEMENT PHYSIOLOGIQUE i:>l
quelle est elle-même composée, renferme un antre tissu entre elle et le bois. Ces tissus différenciés, et les fonctions différenciées qu'ils accomplissent, chacun de son côté, sont incontestablement subordonnés aux relations du dehors et du dedans. Les actions dissemblables des forces impliquées par les relations du dehors et celles du dedans déterminent ces différences, en partie directement, en partie indirectement.