III. — DIFFÉRENCIATIONS DANS LES TISSUS EXTERNES DES PLANTKS
±1-1. — Les faits observés impliquent, avec évidence, que la dilférenciation physiologique entre la partie de la surface d'une plante qui est exposée à l'air et à la lumière, et celle qui est exposée à l'obscurité, à l'humidité et au contact des solides, est due, originellement, aux actions dissemblables de ces parties dissemblables du milieu. Si l'on considère combien doit être forte, chez une plante, la tendance héréditaire à prendre ces caractères spéciaux qui sont le résultat d'une énorme accumulation d'actions antécédentes, on s'étonnera peut-être que cette tendance puisse être contrariée à tel point par le changement des conditions. On ne comprendra qu'elle soit modifiée à ce degré qu'en se souvenant combien l'intégration des fonctions d'une plante est faible, et comment, par suite, les fonctions de chaque partie peuvent être modifiées, sans qu'on ait à vaincre tout h- momentum des fonctions dans toute la plante. Mais, du moment où cette aptitude à se modifier est si grande, il n'est plus difficile de comprendre comment, avec l'action cumulative de la sélection naturelle, cette différenciation originelle de la surface des plantes est devenue ce qu'elle est.
273. — Nous pouvons maintenant tourner notre attention vers les contrastes secondaires qui existent entre les parties différentes de la surface libre des plantes. Chez les Algues, où les surfaces Libres ne se trouvent pas dans des conditions différentes — telles que les Ulveset les Fucus, balayés en tous sens par les vagues de la mer — il n > a pasde différenciation systématique de ces surfaces ; tandis que les parties, inférieure et supérieure, dissemblables, des Champignons sont en rapport avec des conditions différentes. On peut rattacher a la même cause la différen-
dation physiologique de la surface qui se produit entre les organes axiaux et les organes foliaires des Phanérogames. Le fait que, en l'absence de différenciation des conditions il ne se produit pas de différenciation physiologique, ou quelle s'oblitère, fournit une preuve concluante que cette différenciation est déterminée parles dissemblances dans les relations des parties avec le milieu.
274. — Les feuilles offrent des différenciations superficielles déstructure et de fonction. La surface supérieure des feuillesest habituellement plus verte que l'inférieure. L'examen microscopique montre que cette couleur plus foncée provient du groupement plus serré des cellules parenchymateuses remplies de chlorophylle qui sont en relation avec les fonctions de l'assimilation ; et qu'au-dessous d'elles il y a de nombreux passages intercellulaires qui communiquent avec les ouvertures, ou stomates, par lesquelles passe l'air nécessaire à la plante. Si l'on se souvient que la formation de la chlorophylle est clairement due à l'action de la lumière, que les axes et pétioles succulents, tels que le Chou marin et le Céleri, demeurent, blancs quand ils sont à l'abri de la lumière, et verdissent quand on les y expose, il devient indubitable que cette plus grande production de la chlorophylle près de la surface externe d'une feuille est le résultat direct de la plus grande quantité de lumière reçue. Ces différenciations doivent être considérées comme un effet dû en partie à l'équilibration directe, en partie à l'équilibration indirecte. Là où des feuilles poussent dans des attitudes à peu près verticales et des attitudes où les positions relatives des deux surfaces ne demeurent point constantes, on trouve une ressemblance insolite entre les deux surfaces.
275. — Laissant de côté les contrastes existant entre les feuilles cotylédonaires etcelles qui les suivent, entre les feuilles submergées et les feuilles aériennes, entre les feuilles et les bractées, entre les bractées et les sépales, nous arrivons à ces dissemblances profondes qui existent entre les tissus des parties les plus caractéristiques des fleurs et les tissus des organes foliaires homologues. Les extrémités des axes latéraux, ayant le moins directement accès aux matériaux fournis par les racines, sont les points probables où s'opérera la fructification. Et comme
ce sont les points où les couleurs héritées des types inférieurs se représentent d'une manière plus accusée, on peut conclure que les organes de fructification ne laissent pas de coexister souvent avec les couleurs de L'extrémité de ces axes. Il est possible que l'intensification de ces couleurs soit due à l'intervention des insectes. Les insectes les plus aptes à distinguer les parlies de la plante leur offrant du miel auront le plus de chances de survivre et de laisser une postérité. Les plantes offrant lapins grande quantité de la nourriture désirée, et, montrant le mieux où elle se trouve, auront leur fécondation et leur multiplication assurées au plus haut degré. On peut expliquer de même la genèse des sécrétions et odeurs douces des fleurs. Ces différenciations physiologiques qui distinguent les organes foliaires des fleurs d'autres organes foliaires sont les conséquences d'une équilibration indirecte.
276. — H y a donc des preuves sérieuses que des actions externes dissemblables ont causé des actions internes dissemblables, et, en correspondance avec celles-ci, des structures dissemblables, soit en changeant l'équilibre fonctionnel chez l'individu, soit en le changeant chez la race, soit par ces deux moyens.