CHAPITRE IL
DES SYNDICATS DE LA PRODUCTION 00 DE LA CONSOMaiATION ENVISAGÉS DANS LEUR ENSEMBLE.
An nombre des membres de la commission chargée d'élaborer le projet de la Banque du Peuple, se trouvait le citoyen Jules Lechevalier, notre ami commun, que vous connaissez tous , et auquel ses nombreux travaux comme socialiste assignaient une place justement méritée. C'est à lui que nous sommes redevables de l'idée de rétablissement des deux syndicats dont nous allons vous entretenir; c'est sous sa direction spéciale que s'est faite l'élaboration de leur organisation, telle qu'elle vous sera présentée dans la suite de ce travail.
De même que Proudhon avait organisé, dans son projet de banque, la circulation, Jules Lechevalier s'est demandé si, pour compléter cette œuvre, il n'était pas indispensable du lui constituer deux grands leviers, par l'organisation de la production, d'une part, et de la consommation , de l'autre; de telle sorte que la production et la distribution des produits puissent s*opérer le plus économiquement possible, et que la transformation sociale soit facilitée par L'élimination progressive *des fonctions parasites, soit dans la production, soit dans la consommation , de même que la Banque du Peuple procède relativement à la circulation.
. Sous ce nom de syndicats, il a donc tout d'abord conçu dciux grandes sociétés, chargées de contraliser les fonc-
lions de production et de consommation , de telle sorte que toutes les diverses opérations de détail , qui venaient à la Banque du Peuple comme au grand agent de la cir^^ culation , eussent à passer préalablement par une de ces deux sociétés t qui, indépendantes de la Banque , lui of« friraient y en outre , des garanties inhérentes à Taffaire en elle-même, celle provenant de la collectivité de ces mêmes affaires , représentée comme corps par chacune de ces deux grandes sociétés, qui se portent garants de toutes les opérations qu'elles envoient à la Banque ; de même aussi, les rapports de ces deux sociétés entre elles de* vaient passer par la Banque du Peuple , qui se trouvait pour elles , comme pour toutes les affaires qu'elles centralisaient , le grand et seul élément de circulation.
Et d'abord, nous avons à vous présenter fidée fondamentale sur laquelle roulera une grande partie du travail dans Télaboration duquel nous avons à entrer.
Jusqu'à présent, les divers économistes n'avaient compris , sous le nom de capital , que deux choses :
V La matière première appropriée;
2® Le travail amassé, représenté par cette même matière mise en œuvre.
Mais rhomme , le grand créateur de toutes les richesses, si son travail était considéré comme un revenu par ceux qui Texploltaient ; le talent accumulé dans son individu, qui était la source de ce revenu, n'était pas considéré comme un capital. Et cependant , dans les pays à esclaves, là où une race d'hommes est tellement appropriée qu'elle est désignée sous le nom de propriété réelle, là Thomme est considéré comme un capital sur lequel toutes les opérations de circulation, connues sous le nom d'opérations de banque , ont lieu comme sur les propriétés, meubles et immeubles, qui constituent ce que nous appelons le capital en Europe.
Examinons donc si l'homme placé dans des conditions de liberté perd, par cela même qu'il s'appartient, sa vertu
^'étre capital , c'est-à-dire de pouvoir faire sar lui-même et à son profil les opérations que dans Fétat d'esclavage le maître faisait sur lui et à son détriment.
La seule objection qui puisse être faite est celle-ci : L'homme à Tétat d'esclavage est une source constante de travail , car ce travail est fofcé ; mais à l'état de liberté, pouvant à volonté cesser de produire, il ne présente pas le même degré de solvabilité que dans le premier état.
Quelque spécieuse que soit cette objection , les faits répondent victorieusement; car sur le sol le moins encombré de ceux où la civilisation s'est assise, auxËtats-Unis, l'esclavage disparaît de jour en jour devant la concurrence du travail libre.
Si maintenant nous comparons Thomme envisagé sous ce nouveau point de vue avec les matières mortes qui ont étéjusquici considérées comme seuls capitaux, nous trouvons qu'il a la double propriété de pouvoir se mettre en valeur par lui-même et se consolider d'une manière en-core plus efficace par l'assurance mutuelle sur la vie.
En conséquence, une commandite moyenne d'environ £00 fr. par tête, soit 18 milliards pour la totalité des Français , sera donc parfaitement garantie par le capital vivant auquel elle aura été faite , puisque l'ensemble des travailleurs , en ne prenant pour base que la création effective des richesses dans le régime actuel d'insolidarité, représente un capital qui varie de 169 à 259 milliards , selon que Ton considère le revenu de la France coinme étant de 8 milliards 503 millions ou de 12 milliards.
Passons maintenant à l'examen spécial de chacune de ^es institutions.
Syndicat général de la production.
Ce syndicat sera composé , comme membres actifs , des délégués naturels des diverses branches de la production. .
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- 3ff —
Ses attributions consistent :
1^ A constituer la corporation libre et démocratiquecomme régime absolu et définitif de tous les travailleurs,, quelle que soit leur condition présente dans la société ; qu'ils soient déjà organisés en association , qu'ils appartiennent encore au patronat , ou qu'ils travaillent isolément.
Il devra aussi provoquer l'organisation des associations.
2^ A liquider la position des travailleurs , c'est-à-dire rendre leurs personnes et leurs instruments de travail disponibles.
Les avances à faire aux travailleurs reposent sur trois bases.
V Liquidation préalable de chaque producteur. . 2^ Commandite réciproque des travailleurs pour les instruments de travail.
3"* Commandes réciproques pour Talimentation de Ta^ lelier et du travaiL
4"* A centraliser les rapports des fabricants en tous produits.
B*" A contrôler les produits..
6*^ A concourir à la répartition du travail , et par con^ séquent du chômage entre les différents ateliers , dans le but d'amener Téquilibre entre la production et la consommation.
7® A concourir à la liquidation de la vieille industrie par rapport à la nouvelle.
8® A pourvoir aux frais généraux du mouvement industriel et à la compensation des déplacements opérés dans Tindustrie à cause de remploi des procédés nouveaux.
9** A désintéresser les inventeurs.
10° A solliciter les inventions et améliorations.
iV A constituer le fonds commun pour les indemnités k
accorder aux diverses industries par un mode de compensation réciproque.
1 2"* A constituer Fassurance mutuelle de toutes les corporations contre tous les sinistres susceptibles d^évalualion.
13" A négocier et garantir les emprunts de chaque corporation spéciale vis-à-vis la Banque du Peuple, étant bien entendu que les seules couvertures seront en capital la vie du travailleur évaluée équitablement,et en circulation courante les obligations de main-d'œuvre.
]4<> A organiser Tapprentissage de telle sorte :
l^'Que Teufant puisse toujours trouver à se placer suivant sa vocation.
2^ Que Tengorgement des travailleurs ne puisse pas se produire dans une corporation.
3® Que Tapprenti, moyennant engagement de remboursement contracté pour lui par ses parents, puisse recevoir le crédit d*alimentation nécessaire pendant le temps où son travail ne couvrira pas sa dépense.
i** Que toutes les corporations qui ont besoin d'apprentis puissent en avoir à volonté.
15"* A régler les rapports de chaque corporation avec le syndicat général quant à leur participation aux dépenses faites pour les apprentis et afférentes à la corporation ainsi que les moyens de rembourser ces dépenses.
IG"* A régler les conditions d'indemnité et de services mutuels en cas de maladie , d'accident ou d'invalidité.
Il y pourvoira au moyen de son fonds de réserve et par une contribution de l'ensemble des travailleurs à la caisse générale.
Il traitera avec chaque corporation des conditions dans lesquelles elle devra intervenir en ce qui concerne ses membres.
17^ A organiser une caisse centrale pour les pensions de retraite. Les fonds de cette caisse seront formés par la cotisation des corporations.
Lar caisse centrale, de coacert ou en participation avec les corporations, contribuera aux pensions de retraite it servir aux travailleurs.
18® Chercher le mode d'engrenage des travaux, afîir d'éviter les chômages inhérents à certaines indiis^tries, et contre-baiancer Tinfluence^ funeste exercée surThomme par l'extension de la division paîrcellaire dans les travaux.