III' SÉRIE
tS4S
e 4a i^EIJPlLE \.
Patriotes,
Nous sommes les élus de vos suffrages ;
Nous venons \ vous comme des suppliants, la branche d'olivier à la main, la consternation dans le cœur.
Qu'avons-nous fait de cette révolution que vous aviez confiée à notre garde, si pleine d'espérance et si pure, aux élections d'avril et de juin?
La presse muselée, l'ouvrier démoralisé, le Peuple des barricades calomnié, l'Assemblée nationale décimée, les républicains delà veille traduits devant les conseils de guerre, condamnés, déportés, proscrits, suspects ; le règne dii sabre substitué au règne delà loi ; une parole sardonîque et froide remplaçant chez l'homme du pouvoir uûe parole pompeuse et vide ; un état de siège qui se prolonge/ qui ne finira que par la volonté du Peuple, et le Peuplé est dans les fersl
' Le jourDal le Peuple, auquel ce Manifeste servait de spécimen, a publié son premier numéro le 2 septembre. Ce Manifeste devait être tigné de plusieurs représentants du peuple qui reculterent devkatUs^
une constitution monarchique dont toute la pensée se résume en ces mots, refus de travail à l'ouvrier ! la misère, le désespoir, le sang des pères, les larmes des mères, les cris des orphelins ; à côté, le capital réactionnaire et conspirateur qui rit et triomphe... vous répondent !
Ah ! sans doute nous ne formons dans TÂssemblée natîo^ nale qu'une minorité imperceptible ; nous n'avons rien pu empêcher, nous ne pouvons rien, et, devant la conspiration des égoïsmes, toutes nos protestations resteront impuissantes. Mais une grande responsabilité n'en pèse pas moins sur nos têtes ; et nous croirions avoir démérité de la République et de voti e estime, patriotes, si dans ces circonstances décisives, où Tunion seule et la discipline font notre force, nous ne pensions pas à nous rapprocher de vous.
Le succès de la contre-révolution nous a rejetés sur la défensive : c'est la défense qu'il s'agit en ce moment d'organiser, en attendant que nous puissions organiser la victoire. Et c'est comme gage de bataille que nous venons demander à votre patriotisme un dernier effort, l'acte de vertu suprême du chrétien et du citoyen, la Patience !
La patience est le tout de l'homme : patience au travail et patience à l'élude, patience à la guerre, patience dans la persécution. C'est la patience qui lait les héros et les génies, qui donne la victoire au droit sur la force, à la pauvreté sur la fortune. C'est la patience qui fait les peuples libres, les grands peuples. Les complots, les provocations à la révolte vous environnent : que le Peuple soit, comme Dieu, patient parce qu'il est tout puissant et immortel, patiens quia œternuSy dit l'Ecriture.
Donnez-nous donc, ô travailleurs, nos frères, donnez-nous
' pour quelque temps encore la patience ; écoutez nos paroles
de paix et de sacrifice, et nous vous promettons en échange
justice pour vous, honte et condamnation pour vos ennemis.
JVous venons, contre un gouvernement qui méconnaît son origine et sa fin, ma\% c\u(i wovx'à \x^ ^^^^'sj^xcsos ^^ de
ramener encore, reprendre Tœuvre commencée, il y a dixhuit ans, par Godefroy Cavaignac, contre le gouvernement à jamais infôme de Louis-Philippe.
En fondant le Peuple, organe de la pensée ouvrière, nous venons constituer Tunité des travailleurs en présence de l'anarchie des privilèges, poser Tidée révolutionnaire, ridée progressive, en face des projets réactionnaires, des idées rétrogrades. La Révolution de février, qui devait satisfaire à tous les vœux du Peuple trompé en juillet, la Révolution de février n'est déjà plus, comme celle de 1830, comme celle de 89 et 92, qu'une étape dans la route de notre émancipation ; ce sera la dernière.
Nous ne sommes d'aucune secte, d'aucune école : nous ne jurons par l'autorité de personne. Nous sommes du Peuple. Au Peuple seul, disait Platon, il appartient de créer des mots et des formules : toute expression, toute conception individuelle est une prison pour la pensée du Peuple.
Le Peuple a nommé la République démocratique et sociale :
Nous sommes de la République démocratique et sociale.
Nous avons , comme le Peuple , pour principe la liberté , pour moyen l'égalité, pour but la fraternité.
La liberté, c'est-à-dire l'âme, la vie, le mouvement, la spontanéité , progressive dans son développement , infinie, absolue dans son essence et son idéal ;
L'égalité , progressive et absolue ;
La fraternité, progressive et absolue.
Toute notre science consiste à épier les manifestations du Peuple, à solliciter sa parole, à interpréter ses actes. Interroger le Peuple, c'est pour nous toute la philosophie, toute la politique.
Nous voulons la famille , et nous la voulons pour tout le monde. Qui donc, parmi nous, hommes du Peuple, a jamais attaqué la famille? Qui ne sait que l'homme de labeur est aussi, et par excellence, l'homme d'amour?... Nos yeux ont cherché les eanemis de la famille, elïvoxxç» «csç^w^VcwxV^ o^'ew
ces ennemis de la famille étaient précisément les nôtres. Vous, dont l'ambition est de gagner de quoi nouirir une femme et la rendre heureuse, voulez-vous savoir qaéh sont les ennemis de la famille ? Portez le flambeau chez votre voisin le capitaliste, le rentier, l'homme de bourse, le gros salarié, le parasite, l'intrigant, l'oisif; péinétrez dans sa vie intime ; interrogez sa femme, sa bonne, son petit garçon, et vous saurez quel est celui qui, par son égoïsme avare, par ses amours désordonnées, corrompt les mœurs publiques et dissout la famille. C'est la misère qui fait l'ouvrier lS)ertin et fornicateur ; chez lui il y a horreur naturelle du vice et entraînement à la vertu. C'est le luxe qui rend le riche incestueux et adultère : la satiété et la paresse sont en lui des agents indomptables de désordre.
Nous voulons le mariage monogame , inviolable et sans tache, contracté en toute liberté d'amour, dégagé de motifs sordides, résoluble seulement paria mort ou la trahison. Où donc trouverez- vous cet idéal de mariage, si ce n'est parmi vous, ouvriers et ouvrières? Les riches, non plus que le rois, ne connaissent l'amour en mariage.
Nous voulons le travail , comme droit et comme devoir, et sous la garantie de la Constitution , pour tout le monde. Le droit à l'assistance, dont on nous entretient avec une philanthropie hypocrite, n'est que le corollaire, la sanction du droit au travail, c'est l'indemnité du chômage.
N'est-il pas étrange que nous en soyons réduits à de pareilles professions de foi?
Le Sauvage fait la guerre au Sauvage afin de ne pas travailler. Le plus grand mal qu'il souhaite à son ennemi est de cultiver un champ. Et nous, parce que nous demandons a travailler, on nous traite de Sauvages?...
Le Grec et le Romain, grands travailleurs au commencî-
menf, mais engoués de politique, mirent les nations dans n
servitude afin d(i se décharger sur elles du travail, et de va-
quer sans dist^acl\ou'a\e\^t^«^^t^\^^^ \^^<i\\i«»^?i^^. La
politique, dit Virgile, fat le métier des enfants de la louve : Tu regere imperio populos , Romane , mémento ; hœ tiH êrunt urteê. C'était un principe , parmi les publicistes de l'antiquité , que Thomme de travail ne pouvait être un homme politique : aussi, loin de refuser le travail au prolétaire , ils le lui imposaient de force. — Aujourd'hui , nos politiques ne veulent ni travailler ni nous donner le travail. Ils voudraient tout pour eux, le travail et le gouvernement. Au moyen âge , le système , le point de vue , les idées , tout se modifie. La caste féodale , non plus qu'autrefois la caste praticienne , ne prend part active au travail : elle le laisse au vilain. Mais, au lieu de contraindre , elle se fait payer. Par lettres-patentes (voilà l'origine de ce que nous appelons jpa^ente^), et moyennant redevance, à tous ceux qui voudront travailler le seigneur donne crédit de la terre , crédit du commerce, de l'industrie et des arts, crédit, en un mot, du travail : absolument comme le Juif et le Lombard donnaient crédit de leur argent. Le peuple travailleur, après un long esclavage , avait tellement pris goût à la besogne, que la caste oisive en était venue à penser qu'au lieu d'exiger de lui le travail, elle pouvait le lui vendre ! C'est le principe de tout le droit féodal.
De nos jours, sous ce régime de bancocratie, ne travaiUe pas qui veut, même en payant. L'ouvrier a beau laisser à son exploiteur 10, 20 et 50 pour cent de son salaire légitime : il n'obtient pas de travail. Le travail, autrefois privilège de l'esclave, est devenu le privilège du propriétaire. On se battait jadis pour ne pas travailler, c'était la guerre sociale ; on se bat aujourd'hui pour travailler, c'est la guerre sociale. La civilisation est allée d'un pôle à l'autre : on se tuait d'abord parce qu'il n'y avait pas de loisir pour tout le monde , et cela pouvait se comprendre ; on se tue maintenant parce qu'il n'y a pas de travail pour tout le monde, et cela ne se comprend plus.
No» càfiïaUsies législateurs TeîuseiA ô^ç.. te-oASKCL^^^ "^^
droit au travail : Peuple, encore une fois, nous te demandons la patience!...
Pour nous conformer au langage vulgaire, et afin d'éviter toute calomnie, toute équivoque, nous dirons que nous voulons la propriété^ la propriété, c'est-à-dire la libre disposition pour chacun des fruits de son travail, de son industrie et de son intelligence.
Mais nous voulons la propriété , comme le travail , pour tout le monde, parce que, dans la société, la faculté de produire est comme la faculté d'acquérir, infinie.
Nous voulons la propriété, moins l'usure, parce que l'usure est l'obstacle au développement de la production, à l'accroissement et à l'universalisation de la propriété.
On a dit que la propriété ainsi entendue, ainsi dépouillée de ce qui en fait le privilège et l'abus , n'était plus la propriété. »— Hommes de pratique encore plus que de théorie, nous laissons cette discussion aux savants ; il nous suffit, en maintenant la possession individuelle, de l'affranchir de toute inégalité et monopole.
Nous voulons, pendant cette époque de transition, que la révolution de Février a inaugurée, le respect de la propriété acquise, sauf la réduction progressive du privilège. Quel est donc, parmi nous, celui qui prêche la confiscation et le vol? Les doctrines les plus hardies sur la propriété ont circulé parmi le Peuple : combien ont-elles fait de pillards?. .. Nous avons cherché les voleurs , et nous les avons trouvés , avec les impudiques et les adultères, à la cour de l'ex-roi, dans la pairie, à la chambre des députés, aux ministères, partout, excepté parmi les travailleurs. Nul n'est plus ennemi du vol que celui qui travaille. C'est contre le vol privilégié qu'a été faite la révolution de Février : avis aux instigateurs et fauteurs de contre-révolution.
Nous voulons le maintien du principe d'hérédité, c'està-dire la transmission naturelle du père au fils des instruments et des produis &u Vt^n^A ^ \iQu\a.\x«sfisai&sion du
monopole, du droit du seigneur. En quoi le principe d'hérédité, qui relie les générations et fait la force de la famille, sera-t-il contraire à Tégalité et à la fraternité, lorsqu'il ne servira plus à transmettre et accumuler des privilèges ?
Famille, travail, propriété sans usure et sans abus, en d'autres termes, gratuité du crédit, identification du travailleur et du capitaliste ; hérédité des droits , non des privilèges ; tels sont les éléments de notre droit public, de notre science sociale.
Or, la base économique de la société ainsi modifiée, tout revire, tout change dans la société. Les causes de misère deviennent cause de richesse ; les agents d'inégalité et d'antagonisme , agents d'harmonie et de fraternité. Sous ce nouvel horizon, les idées, laphilosophie s'élargissent et se réforment ; la science et l'art prennentune autre signification, un autre style ; la religion est expliquée.
La France a montré , dans ces derniers temps , combien elle était religieuse , religieuse dans le cœur et dans la raison. La religion, dans notre incomparable pays , est le ferment secret de tout ce qui a vie, autorité et durée. Les questions économiques, si vastes qu'elles se posent, ne suffisent pas à notre intelligence contemplative et pleine de tendresse ; les grands problèmes de la philosophie nous laissent indifférents et tristes; l'idée pure ne peut nous ravir. Il faut à notre âme quelque chose de plus que le nombre et la mesure, quelque chose au-delà même de l'idée.
Oa sont, parmi nous, les matérialistes et les athées? Nous avons regardé autour de nous» et nous ne les avons découverts que parmi ceux qui nous calomnient et nous persécutent. Voyez-vous cet être froid et laid, subtil et souple comme le Serpent, railleur, chifPreur, sans pudeur, qui d'une voix argentine conclut toujours aux mesures impitoyar blés; qui ne veut pas du droit au travail ; qui vous parle de la Provid^ice, et qui adore la fatalité ; qui ne voit dans la religion gu'un instrument de poliûque, ^«x\% \^ Và^xss«>>
convention, dans la Révolution qu'un fait! Cet homine*tt| c'est un matérialiste^ c'est un impie.
Oui, nous voulons la religion : mais que personne ne s'y trompe. La religion, pour nous, n'est pas la symbolique ; c'est le contenu, le mot de la symbolique. Pour décoiiyrir la vraie religion, il faut recommencer notre exégèse, mon* trer philosophiquement, à l'aide des nouvelles données sociales, le surnaturalisme dans la nature, le ciel dans la société, Dieu dans Thomme. C'est quand la civilisation nous apparaîtra comme une perpétuelle apocalypse, et l'histoire comme un miracle sans fin ; quand, par la réforme de la société, le christianisme aura été élevé à sa deuxième puissance, que nous connaîtrons la religion. Alors aussi nos. calomniateurs, arrachés à leurs mythes, sauront quel est notre Dieu, quelle est notre foi...
Nous voulons comme forme de gouvernement et de société la République. Nous sommes les irréconciliables ennemis de la royauté, de tout ce qui y touche, de tout ce qui y ressemble. La royauté est une vieille fiction dont le sens est depuis longtemps connu, dont la restauration serait un outrage à la raison publique, à la dignité nationale. La royauté est le contraire de tout ce que nops voulons et que nous attendons de la République.
La République est l'égalité coordonnée des fonctions et des personnes : la royauté n'en est que la hiérarchie et la subalternisation.
La République exclut la distinction des castes : la royauté ne peut se passer de castes. A la féodalité nobiliaire, elle a substitué la féodalité mercantile : pourquoi aurionç-noui chajssé Louis-Philippe, le type, l'élu de la caste bourgeoise, si nous devions conserver une bourgeoisie, si nous voulions cultiver cette semence de laquelle a surgi la pire espèce de royauté, la royauté constitutionnelle?
La République est l'organisation du suffrage universel : arec h royauté, ce s\i%a%e tl^^V ^\«ska VûVato. — Nous
dirons plus tard ce que nous entendons par ces mots : Organisation du suffrage universel,
La République suppose, avec la division des fonctions, rindiyisibilité du pouvoir. — Nous prouverons que le support le plus ferme du despotisme, la pierre angulaire des monarchies, se trouve justement dans cette distinction des pouvoirs en législatif, exécutif et judiciaire; distinction où la liberté, Tégalité, la responsabilité, le suffrage universel, la souveraineté populaire, les principes de justice et d'ordre j périssent tous.
. La République est la centralisation du crédit, du commerce, de l'industrie, de l'agriculture, aussi bien que de la police et de l'enseignement : la royauté n'en est que Fanarchie ou le vasselage.
La République est un régime de responsabilité et de droit : la royauté ne subsiste que par la faveur et la corruption.
La République est, comme la religion, essentiellement expansive et universelle, embrassant le monde et l'éternité. — La royauté, toujours personnelle, locale, statîonnaire, vivant chez soi et pour soi, la royauté est l'ennemie du genre» humain et du progrès.
La République dirait à l'Autrichien : a Je veux que tu sortes de l'Ilalie ! d Et l'Autrichien en sortirait. Elle dirait au Scythe : « Je veux que tu laisses ma Pologne chérie ! » El le Scythe reprendrait la route du désert. — La royauté dit aux tyrans : « Frères, combien me donnerez-vous, et je vous livre l'Italie et la Pologne?... »
Aux tendances bourgeoises du gouvernement et de l'Assemblée nationale; aux restrictions apportées à l'exercice du droit de suffrage ; aux entraves jetées sur la liberté d'association et la liberté de la presse ; au projet de constitution monarchique soumis aux délibérations des représentants du Peuple ; à la guerre faite aux idées sociales ; aux pactes conclus avec les usuriers ; à l'abandon de%ii^^o\vtX\V^%^^^\^^i^^
et italienne ; aux transactions entamées avec les gonvernements aristocratiques de l'Europe, il est facile déjuger que notre pays est en pleine voie de restauration royaliste. A peine Thercule populaire a tranché une tête de dynastie que de ce tronc exécré il en surgit de nouvelles, repullulat hydra! Là est en ce moment le péril, là doit se porter TefiTort de notre résistance.
Républicains, comptez sur nous!... Mais si vous voulez que notre dévouement soit utile, qu'il nous soit permis à notre tour de compter sur votre appui. Et cet appui, quel est-il? nous vous le répétons en finissant, cet appui, ce qui fait votre force et la nôtre, c'est la patience.
Gardez-vous de céder aux perfides instigations de ceux qui vous poussent à la révolte et à la guerre civile : la guerre civile est le seul moyen de succès qu'ait en ce moment la royauté. Les choses, par la combinaison providentielle des événements, sont arrivées à ce point, que si le Peuple reste quelque temps immobile, la royauté, avec son inf einal (crtége, est perdue à jamais.
Patience donc, citoyens ; aucune vérité sur les hommes et sur les choses ne vous sera par nous dissimulée, aucune résolution timide suggérée. Mais, encore une fois, patience! c'est tout l'avenir du Peuple, et le salut de la République.
La PréAldence*
Novembre.
Muse du pamphlet; du pamphlet révolutionnaire, coifie ton bonnet phrygien, brandis ta: pique, et chantons la JlfarseiUaisel A moi DesmouUns, à moi Rouget de Tlsle, à moi Chénier, Paul-Louis, Béranger, Cormenin î prêtez-moi vos traits et vos flammes. Vieux Lamennais, n'as-tu point encore quelques Paroles pour les Croyants? Viens aussi, jeune poète qui mis en rimes sanglantes la misère du travailleur. La contre-ré vol 'xtion s'approche, assise sur un sac d'écus, pleine du vin de la colère des rois. Faubouriens, aux armes! Montagnards, ceignez vos écharpes!... Et toi, Lagrange, mon ami, qui juras de mourir pour la souveraineté du Peuple, prends tes capsules et ton fusil ! Que le tocsin sonne! que les lampions, les lampions s'allument comme dans les nuits de février! que le Chœur des Girondmsj que le Chant du Départ retentissent, que la voix du cornet à piston remplisse mon cœur d'un saint enthousiasme ! J'entends les cris des monarchiens, des valets du capital, des exploiteurs du prolétariat : Fêtons, célébrons, esclaves, la venue de notre maître ! Noël, noël, nous allons nommer le Président! Noël, noël, VIVE LE ROI !....
Mais non, amis, pas d'émotion ! C'est le carnaval dynastique. Restons chez nous, rougos et bleus ! et puisque Dieu l'a voulu, et que les hommes le permettent, regardons par la fenêtre, les bras croisés, cette descente de la Courtille!
L Que la présidence f c'est la monarchie.
Tu Tas dit, Cavaignac, et je l'ai enteodu de mes oreilles : JLa France va prouver^ par le choix de son président^ si Wfo est républicmne au non.
Vous croyiez donc, vous autres, la question de la République résolue par le coup de balai de février? — Pauvres sots!
Vous la croyiez résolue pai" la manifestation du 17 mars? — Imbéciles !
Vous la croyiez résolue parles élections d'avril, première application du sufihige universel? — Insipides!
Vous la croyiez résolue, le 5 mai, par Tadhésion des plénipotentiaires du Peuple? — Qui? messieurs de l'Asseni'^ blée nationale? vos représentants? Est-ce qu'ils àont engagés à quelque chose? est-ce qu'ils ont prêté serment?...
Vous croyiez la question de la République jugée, confirmée par le vote de la Constitution? — Mais la Constitution, c'est la question.
La Constitution, vous dis-je, n'a fait que poser au pays la question de la République. A présent c'est au pays et au paysan à la résoudre. Nous saurons dans six semaines si la France est républicaine ou non!...
Bravo, constituants ! Vous voulez que votre fille demeure vierge, et vous commencez par la marier? Prenez-vous donc la République pour une Victoria, que vous lui mettez pour condition ce qui fera d'elle une monarchie ? Et vous prétendez que nous l'aimions, votre matrone ! que nous, fils de la Liberté, nous ayons foi dans sa vertu ! que nous prenions son drap de noces pour notre drapeau ?Avez-vous oublié ce que chantait la Vivandière, au retour de Moscou :
Quand au nombre il fallut céder
La victoire inGdèle, Que n'avais-je pour vous guider
Ce qu'avait la Pucelle !
Ahl citoyens représentants, que votre Constitution se
sent des lieux que vous avez fréquentés trop longtemps !..•
Je veux dire Técole des CWxVe^ , t^wx. wsix^ <:ihose. Vous
èxdteZ; dans le pays, la fringale monarchique; le pays vous répondra par une monarchie.
Chaque pays, chaque guise. En France, le Peuple, qui se soucie peu des subtibilités parlementaires, mais qui a rouïe fine et la langue afQléc, le Peuple ne sait, ne comprend qu'une chose : c'est que celui qui commande les autres, qui agit, qui exécute, en un mot qui gouverne, celui-là est le mdtre de la maison. Et quand on lui parle d'une demoiselle de bonne maison qui a besoin d'un protecteur, d'un «mi, pour lui tenir compagnie, gérer et administrer ses biens, la conduire dans le monde, yeillef sur elle la nuit, le Peuple comprend tout de suite qu'il faut la marier ! Mar%(m pleure^ Marion crie, Marion veut qu'on la marie I
Votre président sera roi, vous dis-je, ou ne sera rien du tout. Et si vous voulez causer un moment, je m'engage à vous le faire voir, clair comme eau de roche.
Vous seriez-vous par hasard imaginé, nos Solons et nos Lycurgues, que le Peuple ayant à marier sa fille, la République, irait lui donner un manant tel qiie vous ou moi? — Gavaignac, Lamartine, Ledru-Rollin ou Thomas Diafoirus? — Qui, un soldat, un rimeur, un bachelier! président de la République ! Fous que vous êtes ! Est-ce que le Peuple connaît ce monde-là? Est-ce qu'il s'inquiète de leurs galons ou de leurs diplômes?... Ce qu'il faut au Peuple, pour la République, ce qu'il demande, c'est un bon mâle, dé forte encolure et de noble race.
Le Peuple s'inquiète peu, croyez-moi, de la distinction du législatif et de Yeœécutif. L'exécutif, pour lui, c'est tout. Autre sans doute sera le notaire, autre le fiancé. Pourvu que le président fasse vite et bien, il aura, au jugement du Peuple, assez d'esprit. Sa virilité fera son mérite, et hahet mea mentula mentemi Votre législatif , c'est un eunuque, quelque chose au dessous de rien!
Eh î dites-moi : Jamais despote manqua-t-il de léçlda.tîojifl> de constitutions et de tradUîoBs ço\a ^a^iV^^vt ^%
fougue et modérer sa jeunesse? Cela pourtant ne fit jamais le moindre fort au despotisme.
Les lois de Moïse, la charte du peuple juif, étaient écrites bien avant qu'ils eussent des rois. Cela n'empêcha point les melks hébreux d'être rois dans toute la force du terme, et rois despotes. Pourtant, les bourgeois d'Israël n'avaient entendu ordonner que la puissance executive ; ils s'étaient réservé le greffe.
La loi des XII tables et toute la Constitution romaine existaient depuis longtemps lorsque vinrent les Césars, qui ne firent qu'ajouter le titre, ancien dans la République, d'empereur, à celui de consul, que portaient auparavant les chefs du pouvoir exécutif. Les Césars en furent-ils moins des AUTOCRATES, tfàs bons, très pieux^ très clémente , très augustes, je le veux; mais enfin des autocrates ? Or, V autocratie, la plénitude de la puissance executive, était la même chose que ï autonomie, la plénitude du pouvoir législatif : les magnanimes empereurs le firent bien voir !
Est-ce que la Russie n'a pas ses institutions, ses lois, ses castes, etc., contre lesquelles lutte depuis deux siècles le génie des Pierre-le-Grand, des Catherine et des Nicolas? — Eh bien ! Nicolas, c'est un monarque absolu, un despote.
Croyez- vous qu'en France, avant 89, il n'y eût ni constitution, ni parlement, ni loi?.. Et cependant le roi, parce qu'il faisait les choses, parce qu'il avait seul le droit de les faire, était réputé la loi vivante. Si veut le roi, si veut la loi! c'était encore un despote. Et quand la Constitution semi-républicaine de 1790 eût été faite, Louis XVI, chef du pouvoir exécutif de par cette Constitution, était encore si bien le maître, malgré le contrat paraphernal qui le liait, qu'il lui suffisait, pour avoir raison de la République, de lui répondre, lorsqu'elle lui faisait quelque amoureuse instance : Je ne veux pas I et se tenir coi !...
Est-ce que le système constitutionnel n'existait pas tout formé f e( l^% matériaux. 4es co3l^?»> Vi?» ^\:\xi^\^<^'3» da Uadmi-
nistratioQ n'étaient-ils pas là, quand arriva Bonaparte? Estce que la Constitution de l'an VIII, que jura d'observer le générial, œuvre de Sieyès, n'était pas le résumé des idées et de l'expérience antérieure? Est-ce qu'à tout prendre, Bonaparte ne gouverna pas uniquement en vertu des lois, des mœurs, des institutions qu'il n'avait point faites, et qu'il avait trouvées ? — Mais il avait le pouvoir exécutif, et bien qu'on ne l'eût donné d'abord à la République que comme tuteur, il fit d'elle tout ce qu'il voulut... Il fut empereur et despote.
La Charte de 1814, et celle de 1830, ne furent-elles pas tour à tour le préb'minaire obligé de l'avènement des deux dernières dynasties? N'avait-on pas eu soin de stipuler que le roi ne pourrait rien faire qui ne fût prévu dans le contrat? Mais il était dit aussi que le chef de l'État exercerait le droit conjugal; et que reste-t-il au père de la fille, quand le mari et la femme coucbent ensemble?. . Je maintiens que la puissance royale fut plus grande encore, sons les deux dernières dyaasties, qu'elle n'avait été sous l'ancien régime. Ne savez- vous pas que toute obligation suppose réciprocité? Plus vous gênez l'étalon, plus vous enflammez sa vertu.
Vous croyez énerver votre président parce que vous lui mettez des entraves ! Je vous dis, moi, que vous ne faites qu'irriter sa fougue, et la rendre plus irrésistible. Ne vous ai-je pas entendu tous, dire, à propos de la présidence, comme cela se disait autrefois de la monarchie constitutionnelle, que le président, tout-puissant pour le bien, serait impuissant pour le mal? comme si, en fait de gouvernement, pas plus qu'en fait de mariage, l'homme pouvait répondre de ses œuvres !. .. Sauriez- vous, par hasard, le secret de faire à volonté des garçons ou des filles?...
Votre président sera tout-puissant, cela suffit. Le Peuple, qui sait très bien qu'en telle affaire qui peut pense, le Peuple se rit de vo3 distinctions. Le futur sera \vaou\:e.w^, x'i ^^\i&
eh avertis. Ce n'est pas tout, il sera noble. N*âyéz crainie que le Peuple» qui s'y connaît, fasse pour sa pupille une mésalliance.
On déclame, on plaisante à tort et à travers, sur Louis Bonaparte. Quelques-uns, comme Antony Thouret, vont jusqu'à l'indignation. Pour moi, après y avoir réfléchi, je suis de l'avis du prince : je trouve que son véritable titre à la présidence est justement de n'être rien de ce que ses envieux lui demandent, ni homme de guerre, ni homme d'affaires, ni homme d'état. Son titre, à lui, c'est d'être Napoléon. La France, monarchique jusqu'à la moelle, ne demande rien de plus. N'oubliez donc pas que le président de la République est avant tout le mari de la République : le reste lui viendra avec le mariage. Ceux-là ont grand tort, à mon sens, qui, confondant, comme dit le proverbe, le bon Dieu avec les prunes, s'en vont fouiller la vie du candidat, calomnier ses intentions, préjuger ses principes, oa bien encore lui demander un programme 1...
Quoi ! cet écervelé veut régner sur la France ! s'écrie ufl républicain badaud, à qui il faudrait un grand homme pour gouverner l'État! lui qui entrant un matin dans Strasbourg, en culotte jaune et petit chapeau, aux cris de Vive l'empereur ! se laissa prendre dans un cul-de-sac comme un blaireau dans un terrier !
Lui qui faillit allumer la guerre entre deux nations amies, pour prix de Thospitalité que lui donnait l'une, et du pardon que lui avait dédaigneusement accordé l'autre !
Lui qui, coupable du même crime que le duc d'BiUghien, aurait dû être traité comme le duc d'Enghien, si le gou-' vernement suisse et le gouvernement français avaient fait justice !
Lui que plus tard nous avons vu revenir en France par Boulogne, un aiglon sur le poing, comme un varlet de fauconnerie !
Lui que la cour des ç^its ^iûno^^^u\ ^ai^\î& ^^feti. d<!
Ham^ aux sifQets et aux éclats de rire de tous les Parisiens!
Lui qui, grâce à quelque connivence du pouvoir, s'évada de prison, déguisé en blouse, une planche sur l'épaule, et cassa sa pipe en passant sur le pont-levis, comme il Ta raconté dans l'histoire de son évasion^ écrite par lui-même, édition Temblaire, prix un sou /...
Lui qui depuis fut sergent de ville à Londres l
Qui joua la comédie à Eglington !
Qui, par deux fois, monté à la tribune de l'Assemblée nationale, s'en tira comme madame Mansion, Qui ne dit ni om ni non I
Il est drôle le Napoléon, avec sa pipe cassée ! avec son aigle ! avec sa culotte de peau !...
Mais, reprend un autre, au langage plus parlementaire, sans doute son altesse est comme le perroquet de Normandie, qui, s'il ne chante pas, n'en pense pas moins. A défaut d'une campagne d'Italie, d'un traité de Campo-Formio, d'une expédition d'Egypte, nous aurons au moins un programme ?
Nous connaissons les idées de M. de Lamartine ; nous savons, à peu près, ce que veut le citoyen Ledru-RoUin, ce que veulent MessieursThîers et Mole. Gavaignacet Bugeaud, si leur politique laisse à désirer, peuvent invoquer hurs états de service. Mais Louis Bonaparte?...
Je demande à Louis Bonaparte :
S'il renonce aux droits que lui conférait certain sénatusconsulte de 1804, invoque par lui contre Louis-Philippe, lors de l'expédition de Strasbourg ? conscquemment, s'il prétend faire relever sa candidature d'autre chose que de la volonté du Peuple?
Si, n'ayant pas voté sur les principaux articles de la Constitution, il croit pouvoir, en sûreté de conscience, prêter serment à la Conslitulion?
S'il accepte Ja Bépu|)]ique démocraûqa^i, wxkfe <iV Ssl&j^^v-
ble, telle qu'elle est définie par la Constitotion ; on s'il est pour la République démocratique et sociale ?
S'il est vrai qu'il se laisse ou se fasse appeler Monm» gneur?
S'il croit à la durée de la paix en Europe, et pourquoi ?
S'il serait partisan de l'intervention en Italie, en Pologne et ailleurs , et sur quoi il fonderait, devant l'opinion du pays et la diplomatie européenne, l'utilité pour nous et la légitimité de cette intervention ?
S'il est vrai qu'il ait pns, au sujet de sa candidature , les conseils de l'AngletciTe et de la Russie, comme le bruit en court ; ou s'il s'en tient au bon plaisir des électeurs français?
S'il a un système de crédit à substituer au système actuel, qui, au moment du péril, trahit à la fois le pays et l'État, et quel est ce système ?
S'il considère toute espèce de papier-monnaie comme une contrefaçon des assignats, et comment il pense résoudre le problème du crédit agricole?
S'il croit possible de réduire l'effectif de l'armée, de diminuer le chiffre du budget, et comment?
S'il admet le droit au travail, ou s'il le repousse?
Quelles sont ses idées sur le recrutement, la colonisation, l'organisation judiciaire, le conseil d'État, les libertés communales et départementales, la liberté de la presse, la liberté de l'enseignement, l'impôt progressif? etc., etc.
Si, après avoir vu les hommes de la gauche, de la droite, du centre,— on dit même les socialistes ! — il compte faire un gouvernement de conciliation, ou un gouvernement d'exclusion? Dans l'un et l'autre cas, où sont ses sympathies, ses préférences?...
— Bah ! interrompt là-dessus un républicain du lendemain, bien connu du Charivari^ Jérôme Paturot, vous demandez au prince Louis son programme î Vous l'avez ce programme ; c'est XEsctificiion du paupéristney un volume in'32^ Paris, rueNeuve-àe&-PeV\VvÇXvMa^,Ti?*3ft.« L'ex-
linction du paupérisme , entendez-vous? Que demandezvous de plus ? L'Empereur y a rêvé vingt ans, sans pouvoir résoudre le problème. Or, ce que n'a pu faire Napoléon-le- Grand, Napoléon-le-Jeune l'accomplira. Car Napoléon-le- Jeune est socialiste, communiste même, ne vous en déplaise. Voici son système.
Il pose en principe, page 5, que la prospérité d'un pays dépend de la prospérité générale.
A côté de ce principe lumineux^ fécond, il pose cette mineure, non moins merveilleuse, pages 6, 7, 8, 9, — que le commerce, l'industrie, l'agriculture, l'administration, sont minés par «n vice organique, lequel vice organique consiste principalement dans la division égalitaire des propriétés.
Il conclut parla nécessité, pour sauver le pays, de recréer la grande propriété, et d'organiser le travail sur des bases nouvelles.
Cette organisation, suivant le réformateur napoléonien, sera la suivante :
Dans chaque département et commune, les ouvriers et prolétaires nommeront des prud'hommes, à raison d'un prud'homme par dix ouvriers ;
Il y aura pour dix prud'hommes un directeur ; Et pour dix directeurs un gouverneur.
Les prud'hommes, auront le grade de sous-officier ; les directeurs celui de capitaine ; les gouverneurs celui de coloneL
Les ouvriers seront considérés comme simples soldats. — Ils seront organisés militairement. (Page 28.)
Il sera formé par eux des colonies agricoles, auxquelles seront livrés les 6 millions 127,000 hectares de terres actuellement incultes. Ces colonies serviront tout à la fois de réservoirs pour l'industrie libre, qui y prendra les ouvriers dont elle aura besoin, et de déversoirs pour le trop-plein de la population. (Pag* 26.)
Les prud'hommes seront chargés, conjointement avec les maires des communes, d'envoyer à ces colonies les hommes que rindustrie libre ne pourra occuper; et réciproquement de fournir à l'industrie les sujets dont elle pourra avoir besoin. (Pag. 27.)
f^s colons seront logés dans des barraques en tùrckis d dayonnage, de 4 m. 60 sur 2 m. 90. La discipline y sera sévère; la vie salutaire {sic)^ mais rude; l'entretien leplùs simple possible. Le logement, là solde^ la nourriture, r habillement, réglés diaprés le tarif de l'armée (pag. 30), et bornés au strict nécessaire, (Pag. 96.)
Les individus sans ouvrage trouveront dans ces établissements à utiliser leurs forces et leur intelligence au profit de la commufiauté. (Pag. 23.)
Les colonies, lorsqu'elles seront en plein rajpport, devant donner, grâce à la modicité de la solde, d^immehses bénéfices, ces bénéfices seront employés à acheter de nouvelles terres; car, observe l'auteur avec une souveraine raison, tout syitème qui ne renferme pas en lui-même un moyen d' accroissement continuel est défectueux. (Pag. 32.)
Les colonies agricoles auront donc la facilité d'étendre leur domaine, de multiplier leurs établissements, {çsigQ dS), au détriment, bien entendu, de la propriété privée, qui devra peu à peu disparaître.
Ainsi, tandis que par notre loi égalitaire les propriétés se divisent de plus en plus — ce qui nous rapproche de plus en plus du régime démocratique, — le communisme napoléonien reconstruira la grande propriété et la grande culture. (Page 33.)
El quand il ne restera plus en France de terres à acheter et de propriété à envahir, la compagnie établira des succursales en Algérie, en Amérique me'mc (page 34): le globe entier y passera. Parloul où il y aura un hectare de terre à défricher et à acquérir, Voi covam\yûaM\^ ^^V^\Â&-^^^l^oa
— lissera là amec ses eapitauœy avec son anuiée de irmaUUwrSy avec son incessante activité. (Ibid.)
Pour organiser de la sorte le travail^ et convertir le pays en communautés militaires^ il en coûtera, toutes rectifications faites aux calculs du prince Louis, environ 160 millions PAR AN au pays (voir le devis de son altesse impériale, pages 35 à 43.)-— Cette somme de 160 millions sera acquittée, comme de justice et de raison, par la propriété rurale et industrielle, puisque c'est à l'intention de cette propriété, Qt pour la débarrasser du prolétariat, que doivent être fondées les colonies agricoles. )
Vous demandez à Napoléon-Louis Bonaparte son programme, son système ? Il existe, je vous le répète, ce programme ; il était, en septembre dernier, à sa quatrième édition. Enlevé qu'il est par les habitants des campagnes, qui tous app^udissent aux idées du futur empereur, il n'est pas étonnant que les représentants du Peuple, à Paris, n'en aient pas connaissance.
Ah ! vous ne vouliez point de l'organisation anodine de Louis Blanc ! Eh bien ! vous serez organisés, haut la baguette, par M. le constable.
Ah 1 vous ne vouliez pas du phalanstère ! Eh bien ! Napoléon-le-Jeune vous fera loger dans des barraques ! ' Ah I vous ne vouliez de la communauté pas plus que de la conscription ! Eh bien ! vous serez tous soldats, soldats à vie, comme Napoléon sera président. Vos femmes seront cantinières; vos garçons, tambours ; vos filles, à douze ans, feront l'œil aux tourlourous.
Ah ! vous vous plaigniez des 45 centimes de la République ! Vous paierez 90 avec l'empereur.
Ah ! vous trouviez que c'était trop lourd, un budget de 1840 millions! Vous l'aurez de deux milliards, plus la communauté de gamelle.
Ah ! ah î gaillards ! on vous apprendra ce cjae c e&t q{A
h liherfé, l'égâlifé et h fraternité î
Ainsi dit Jérôme Paturot.
Honte à la France ! hurle à ces mots un montagnard à barbe rouge et cheveux plats : honte et malédiction ! Nous sommes toujours la même race, vaniteuse, hypocrite el lâche ! Et nous osons nous attribuer Tinitiative de la ciTilisation et du progrès! Nous qui depuis quatorze siècles avons baisé la semelle de 60 tyrans ; nous qui avons massacré nos frères les Albigeois et les Huguenots, coupables d'avoir revendiqué la liberté de conscience ; nous qui avons proscrit l'industrie de notre pays, parce qu' elle |>rot«#*a»* contre le pape ; nous que Tavarice seule a faits révolutionnaires en 89, et qui, repus des biens nationaux^ sommes vite revenus au despotisme ; nous qui avons délaissé les Vauban et les Turgot, pendant que nous caressions les Louvois et les abbés Terray ; nous qui laissons mourir de faim nos inventeurs et nos artistes ; nous qui ne subsistons que de contrefaçons et de plagiats : nous qui n'avons aujourd'hui ni constitution nationale, ni philosophie nationale, ni art national, qui avons laissé périr jusqu'à notre littérature nationale ; nous qui avons adoré et flétri tour à tour la Légitimité, la République, l'Empire, la Restauration, la Quasi-Restauration, aussi incapables de vivre avec nos rois que de nous passer de rois ; nous qui n'avons jamais su que jouer à cache-cache avec la liberté ! — A quoi nous sert-il d'avoir produit Montaigne, Rabelais, Bayle, Descartes, Molière, Montesquieu, Voltaire, Rousseau, Buffon, Diderot, Dalembert, Gondillac, Gondorcet, Volney, la série la plus riche, la plus éclatante de libres penseurs ? L'agitation philosophique n'a jamais été chez nous qu'une dispute de marguillers, le mouvement politique qu'une querelle de robins et de gentillâtrcs. Les premiers soldats de la liberté, dans la rue : au coin du feu, valets de cour et rats d'église.
Viens donc, Napoléon, viens prendre possession de cette
race de tartufes, de ce peuple de courtisans. Ils disent de
toi que tu n'es qu un cxèVm, xxu «N«ti^\a^K^^^scL^^^. Tu as
fait la police et joué la comédie ; tu as toute Fétoffe, à la férocilé près qui n'est plus de notre âge, des Néron et des Galignla. Viens, te dis-je, tu es l'homme qu'il nous faut. Yiens^ mettre à la raison ces bourgeois ; viens prendre leur dernier enfant et leur dernier écu ! Viens venger le socialisme, le communisme, le fouriérisme, le cabétisme ! Viens : lee apostats de tous les règnes sont là qui t'attendent, prêts à te faire litière de leurs consciences comme de leurs femmes ! Ton oncle Jérôme disait, dans sa pétition à Louis-Philippe, qu'il ne demandait plus, en rentrant en France, qu'à vivre et mourir en cito^fen français. Mais toi, tu l'as compris : ta famille était réservée pour de plus grandes choses; il manquait une gloire au nom des Bonaparte. Viens terminer nos discordes en prenant nos libertés ! Viens consommer la honte du Peuple français ! Viens, viens, viens !...
A ces invectives, à ces sarcasmes, Napoléon-Louis n*a qu'une chose à dire, mais à laquelle je défie qu'on trouve de réplique : La France est en folie; il lui faut un homme !.. A défaut d'homme, elle ne reculerait pas pour un âne !... Que parlez-vous de titres, de programmes, de solutions financières, de droit au travail, de respect à la propriété ? Napoléon nous tombe comme Priape dans la Guerre des Dieux. Dès qu'il parait, les autres ne sont auprès de lui que
des polissons
Voulez-vous maintenant que je vous dise la raison de tout ceci, ce qui fait qu'en ce moment nous éprouvons un si grand besoin de nous donner un roi ! Je vais vous satisfaire. Mais , auparavant, laissez-moi vous conter un apologue.
IL Que le principe de la monarchie, comme de l^ anarchie^
c'est la politique.
Sur la fin du moyen-âge, il parut un livre, un livre étrange, écrit en ia(in, ayant pow iWre De oî^eT^X^X'sX^
papœ^ c'est-à-dire^ de la possibilité pour les chrétiens de se passer de pape.
Dans cet écrit, consciencieux, impartial, savant, fort de logique et d'autorités, Fauteur se plaçant an point de vue de certains sectaires, examinait ce qu'il adviendrait de l'église romaine, du catholicisme tout entier, et, par siiite, de la religion elle-même, si, comme le voulaient Jean Hos et les autres, on supprimait le pape.
Et il prouvait, et il arrivait à cette conclusion, qui est le fond de toute la controverse que soutint plus tard lé grand Bossuet contre les églises protestantes :
Que si l'autorité du pape était ébranlée, l'Église de Rome, dont le pape est Tévéque particulier, perdrait immédiatement sa primauté entre les églises :
Qu'alors le catholicisme, manquant de centre visible et d'unité, ne serait plus qu'un assemblage d'églîses indépendantes, égales en autorité et juridiction ;
Qu'aucune de ces églises ne pouvant être jugée, remontrée ni condamnée par les autres, la foi perdrait son caractère d'universalité, et de chose nécessaire et universelle, deviendrait chose individuelle et locale ;
Que par le mouvement incessant et la curiosité indiscrète de l'esprit humain, la foi chrétienne, n'ayant plus ni gouvernement ni paradigme traditionnel, serait livrée au changement, à l'instabilité, aux innovations, et conséquemment tendrait à une inévitable dissolution ;
Que le lien ecclésiastique venant à se rompre, et les esprits n'ayant plus de guide, le dogme chrétien, parcourant toute la chaîne des hérésies, aboutirait, par une insensible dégradation, au déisme ;
Que le déisme conduisait fatalement au panthéisme ;
Que le panthéisme n'était qu'une étape sur la route de l'athéisme ;
Que raibéisme se rcsolvaiV âLMv%\^ \|^tt\vQitLS&m^ fina-
laliient le pyrrhonisme dans le nihilisme, dans la négation de Dieu, de rhonime et de l'univers !
En sorte que, suivant le raisonnement de ce théologien, delà reconnaissance du pape et de ses sandales, dépendait l'existence, non seulement du catholicisme, non seulement encore de la foi chrétienne, mais de la religion naturelle, mais de la raison et de la philosophie.
Si bien enfin, qu'entre ]a<;royance à l'infaillibilité du pape et le pyrrhonisme le plus absolu, le plus absurde, il n'y avait pas de moyen terme où la raison pût s'établir; qu'il fallait choisir entre l'un ou l'autre, à peine de rester dans le libertindgey c'est-à-dire de n'être qu'un mauvais plaisant et on raisonneur de mauvaise foi.
Et chose singulière, l'événement a justifié la prévision de ce théologien. Partout où l'esprit s'est insurgé contre le pape, soit au nom de l'autorité spirituelle locale, comme ont fait, en France, les Gallicans; soit au nom du libre examen, comme îl est arrivé pour les protestants ; soit par une distinction entre le fait et le droit, comme le voulaient les jansénistes ; on a vu la foi catholique et chrétienne se résoudre peu à peu en un pur déisme ; et comme le déisme n'est, comme toutes les opinions de juste-milieu, qu'une hypocrisie, l'immense majorité des nations a été plongée tout à coup dans l'indifférence et le libertinage. Il n'y a pas un minisire de la confession d'Augsbourg qui reconnaisse la divinité du Christ : demandez à M. Athanase Coquerel ! — il n'y en a pas un qui ait le courage de se déclarer pyrrhonîen. C'est la même chose pour les catholiques. On parle de religion, on invoque le Christ, on prie Dieu, on se recommande à l'Éternel, on espère en rÉlre suprême. Hypocrisie ! hypocrisie 1 nous ne croyons plus à rien ; nous n'adorons que notre fantaisie et notre bon plaisir ; il n'y a*pas plus de foi que de bonne foi, ni en deçà du Rhin, ni au-delà.
Et ce qui est vrai en Europe du pape, est vrai en Asia d»^ grand lama^ vrai du rauphti, vrai de \o\x\. ?»^ç,^Ac^^^ ^^ ^^
— ISO —
toute religion. Partout où vous supprimez l'aotorité naiblè, vous anéantissez la foi ; et, la foi anéantie, ou vous arrivez au néant, ou vous créez l'arbitraire, le libertinage.
Cependant, comme il répugne également à la raison de se précipiter dans le doute absolu, ou d'admettre l'infaillibilité du pape, et que d'autre part l'expérience et la logique ont démontré des millions de fois qu'entre ces extrêmes il n'est point de parti honorable, de station possible, que c'est là une vérité passée en force de chose jugée, le premier dogme de toute philosophie, force a été de chercher, hors de cette ligne fatale, un point solide où pût s'accrocher la raison.
Et voici ce qu'on a découvert.
On s'est aperçu que cette fatalité logique, qui conduit invinciblement la raison à l'esclavage par la superstition, ou au suicide par le doute, avait sa cause dans une certaine maladie ou hallucination de la pensée, connue dans l'école sous le nom d'oNTOLOGiE. L'ontologie, voilà ce qui faisait le désespoir des pauvres chrétiens autant que des libres penseurs : c'était le cauchemar de la raison et des sociétés. Qu'est-ce, me direz- vous, que l'ontologie ?
L'ontologie est cette hypothèse que personne ne s'était avisé de contester jusque-là, tant elle semble naturelle ! et qui consiste à affirmer la distinction substantielle de la matière et de l'esprit!... Je n'ai nulle envie, croyez-le bien, de vous embourber dans cette ornière métaphysique ; j'en ai déjà trop dit pour un pamphlet. Je répète seulement, et j'en atteste l'expérience des quatre derniers siècles, et le libertinage du nôtre, que pour quiconque croit à l'ontologie, pour quiconque admet la réalité, soit de la matière , soit de l'esprit, soit de ces deux natures ensemble , mais séparées, pour celui-là, point de milieu : ou bien il est le serviteur du pape, ou il est le disciple de Pyrrhon.
Pour ceux, au contraire, qui ne reconnaissent point
l'autorité de l'ontologie, qui considèrent la matière et l'es-
k prit^ non pJus comme àes su\>^V^u<^^^x^ÀVis»^\x!L^ conmie
les deux faces générales de TÊtrb ; pour ceux-là, dis-je, rafiranchissement est complet. Ils n'ont plus rien à redouter ni des indulgences du pape, ni des séductions de Méphistophèles. Leur dialectique, établie sur un terrain solide, marche sans broncher à la construction de la science humaine, à rintelligence de la religion et du progrès.
Dans un autre ordre d'idées, celui dont nous nous occupons aujourd'hui, il arrive quelque chose de tout à fait semblable.
Depuis quatorze siècles, la France s'est posée la question, de auferibilitate régis j — s'il est possible de se passer de roi? — sans avoir pu jusqu'à présent la résoudre.
L'inclination secrète du pays , l'indocilité du caractère national pousse sans cesse les esprits vers la démocratie ; l'expérience et la théorie les ramènent continuellement au despotisme, à l'autorité d'un seul. Il est démontré, pour quiconque y a voulu voir, qu'entre le bon plaisir monarchique et l'anarchie universelle, deux extrêmes également inadmissibles, il n'y a pas de position tenabie : ceux qui l'ont cru ont été frappés du sobriquet de doctrinaires ; ils ont perdu une fois déjà la République, et trois ou quatre fois la Monarchie.
Ainsi, d'une part, nous ne cessons de démolir la royauté; de l'autre l'anarchie, dernier terme de la démocratie, nous fait horreur. La monarchie, en France, .est impossible; la république impossible; tous les termes mitoyens impossibles : nous ne pouvons ni vivre ni mourir, et comme pour attester notre indélébile contradiction, nous prenons pour devise à la fois la liberté et Y ordre l — Sortez de là !!î
C'est une pauvre philosophie que d'accuser tour à tour des oscillations révolutionnaires de notre malheureux pays, tantôt la sottise, tantôt le machiavélisme des princes, ou la corruption des ministres, comme de s'en prendre à la violence des passions démocratiques et à la division des démagogues. C'est toujours alléguer le fait en explication du fait, prouver la révolution par la révolwlxQW* Oi .^v^^^"^^
la tyranme et ta maavaise fbi du monàr^cie^ c'est Fiiidj^H^ bilité organique du système ; ce qui ptofduit l'àtiarclMe des déntiocrates, ce qui fait qu'en ce moment même lé Peuple français, républicain de cœur et d'esprit, va riomtner, eiï jurant et maugréant, un président de la République, et recommencer la restauration de la royauté, c'est encore là même impossibilité. Pourrions-nous donc^ une fbîé, sortir de cette alternative filiale, bien autremierit ititéréssàntè poiir le Peuple que la querelle des papistes et des protestantst
Je connais votre impatience, ami lecteur, et je ne veux pas vous faire attendre.
Ce qui produit la situation fâcheuse oîi nous sonâmes en ce moment, après y être déjà tombés tant de fois, c'est une certaine maladie de Topinion, connue dès la haute anfiquité, et qu'Aristote, grand philosophe, grand historien, grand naturaliste, a nommée Poutique.
La politique est dans les afiaires humaines ce qu'est l'ontologie dans la question du salut : c'est une hypothèse qui, feisant du gouvernement une chose, non de raison, mais d'habileté ; non de science, mais de sentiment (appelez ce sentiment comme vous voudrez, ambition, orgueil, dévouement ou patriotisme), tend continuellement à distinguer daùs TEtat deux personnes, deux volontés, Tune qui pense, l'autre qui exécute.
Or, s'il est une chose prouvée dans la philosophie et dans l'histoire, c'est que, de quelque manière que se fasse le partage, quelque équilibre que l'on mette entre les attributions; qu'on fasse la nation tout entière législatrice et souveraine, et le roi simple mandataire de ses volontés ; ou bien que le despote veuille et ordonne seul ce qu'auront à exécuter ensuite tous les citoyens; ou bien, enfln, que la puissance législative soit confiée à une ou plusieurs assemblées de représentants, et la puissance executive à un conseil de directeurs ou de ministres ; toujours, par cela môme qu'il Y aura dislinclion, \V ^^\xT^o^^Q^\^QVi,^i3ùX^%^^^^
iaipossibilitéi (oqocirg il j «m dotation «t eatastrbpM.
La pensée et Faction doivent être dans k gcinveirtfeHièfff , comme dans rhomme, indivisiblement unies : voilà le' point de départ de la nouvelle critique. En conséquence dé ce principe, TAssemblée nationale, représentant la natiôH; exerce tous les pouvoirs, le pouvoir exécutif comnie le pouvoir législatif, non point par délégation à dès ministres, comme le supposaient et Tamendement Grévy et l'amendement Flocon, comme le supposent encore la plupart des^ démocrates» mais par elle-même, en divisant le travail entre ses comités, lesquels nomment chacun leur ministre et leurs agents, sauf ratification et contrôle de TAssemblée.
De plus, tous les citoyens étant égaux , tous étant censés, par conséquent , participer au gouvernement et à la toi , il résulte que le gouvernement et la loi doivent découler d'une science exacte et mathématique, qui n'ait plus rien de personnel, d'occasionnel, de circonstanciel , mais qui , absolue dans ses principes et ses conclusioiïs, implique le consentement et l'adhésion de tous les citoyens, ce mode de participation au gouvernement et à la loi étant le seul possible dans une démocratie de 36 millions d'hommes !...
Voilà, encore une fois, ce qu'ont dit, sur la politique, les nouveaux réformateurs , plus connus généralement soifs le nom de socialistes.
Les socialistes sont opposés aux politiques , comme les idéalistes , ceux qui nient l'ontologie , le sont aux matérialistes et aux psycologues. Pour les premiers, la politique est tour à tour et indifféremment anarchie ou arbitraire ; comme l'ontologie est pour les idéalistes, tour à tour et indifféremment , le culte des indulgences ou le doute absolu. Quant aux politiques , l'arbitraire est tout ce qu'ils veulent : sans l'arbitraire, en effet, il est évident qu'ils ne seraient rien.
Le socialisme aspire à gouverner la société par une science positive : la politique n'est que fantaisie.
Le socialisme dit, par exemple ; T^nV q^<^ \^ ^àiscx^ ^sa^
tiuTailleur ne sera pas égal à son produit^ le travaiUeiir sem spolié, et la production, au lieu de donner la richesse, créera la misère. CSela est démontré , cela est aussi sûr que deux et deux font quatre. Il faut donc trouver une formule d'opération industrielle qui, en respectant toutes les libertés, &isant la part de toutes les aptitudes, donne le moyen d'équilibrer le travail et le salaire. — C'est possible , dit la politique, mais ces cboses-là ne sont pas bonnes à dire ; il faut s'en référer à la tradition révolutionnaire. Occupons-nous de dégommer les ministres et de changer les préfets !
Le socialisme dit : La vraie et réelle fraternité des nations consiste dans la libre communication de leurs idées, dans la circulation de leurs produits et dans le juste équilibre de leurs échanges. Tant que vous n'aurez pas, d'un seul coup et par uiie même opération d'économie générale , aboli les douanes et garanti le travail national, les peuples, quoi que vous fassiez , seront divisés d'intérêts, séparés par des barrières : ils seront ennemis. — C'est encore possible, répond la politique ; mais je ne connais rien à votre balance du commerce , et je m'en soucie comme de cela. Commençons par déchirer les traités de 1815 ; marchons au secours de l'Italie et de la Pologne ; envoyons une garnison à Ancône !...
Le socialisme dit encore : Il faut centraliser le crédit, réduire le taux de l'intérêt, organiser l'échange direct et mutuel.
Car le droit au travail n'est autre chose que le droit au capital ;
Le droit au capital, aujourd'hui que tout est approprié, ne peut s'exercer, pour ceux qui ne possèdent rien, que par le crédit ;
Et le crédit, là où manque l'hypothèque, c'est l'échange.
Tant que vous n'aurez pas trouvé moyen de créer la richesse pour tous parla facilité de la circulation, l'extension du débouché, la gratuité de l'échange, le peuple sera misémbJc, mal nourri , mal \ogé, uwxV NviV\i>N\deux^ crapuleux,
ignorant, sujet à toutes lés infirmités du corps et de Tâme. .Cela est prouvé par A plus B , c'est certain comme une pro- .position d'algèbre.
— Et qu'j a-t-il de commun entre Talgèbre et moi, s'écrie sur ce coup la politique? Je ne connais rien à vos a?. Je m'en vais décréter 400 millions d'assignats, tant pis pour les derniers porteurs ! prendre un milliard aux riches, tant pis pour les citoyens qui ne seront pas pauvres ! abolir l'hérédité, tant pis pour les pauvres qui ont des parents riches ! imposer les objets de luxe, tgmt pis, pour les ouvriers de luxe ! faire des ateliers nationaux , tant pis pour l'industrie libre I la liberté n'est pas nationale. Je m'y connais , allez, en économie politique ! Ne porte-t-elle pas mon nom ? ne suis-je pas sa marraine?...
Le socialisme reprend : Les affaires d'une nation doivent être administrées comme celles d'une société anonyme, sui- *Vant les règles de la science économique et de la comptabilité, par des agents dont les attributions soient rigoureusement définies , relevant directement de l'assemblée des actionnaires, et contrôlés à toute heure par un conseil de 'surveillance. L'autorité doit rester une, impersonnelle; les fonctions être séparées , le travail divisé, les emplois coordonnés...
— Je vous dis que l'économie politique est la servante de la politique, répond celle-ci, et vous, vous êtes un endornaeur du peuple, vous n'êtes point révolutionnaire. Je vous parle constitution, constitution, entendez- vous? c'est-à-dire séparation des pouvoirs , et vous me répondez par la séparation des emplois!... Il s'agit de gouvernement, et vous vous occupez d'équilibre ! Nous sommes dans la hiérarchie, et vous faites de l'économie !... Laissez donc, socialisme rêveur, le monde aller comme il va , et mêlez-vous de vos a£Faires !
— Ah! s'écrie alors le socialisme, politique metLle.\wft. ^ jKditiqne hypocrite f je te connais, je sai% ce Qp^fcNxx &KŒ«a.\^^^
Tu es aujonnj'hiii ce qne tu étais il y à soixaâte ans; ta veux toujours recmnmencer l'histoire '; sous le nom dé démocratie, c'est la royauté que tu appelles. Tiens, te reconnais-tu dans ce tableau prophétique? Regarde :
Epoques parallèles de V histoire de France.
Louis XYI> roi. ... . Louis-Philippe^ roi.
Mirabeaa. Lamartine.
Lafayctte Gavaignac.
Eobespïerre ...... Ledni-Rollin.
Barras Tbiers.
BoNAPARTB, empereur • Bonap^rtie, empereur.
Est-il clair, à présent, qu'en volant pour la présidence (a votes pour la monarchie? Est-il clair que T^martine, Gavaignac et Ledru-RolHn, qui ne s'en doutent guère, te mènent droit à Bonaparte? Veux-tu, oui ou non, politicjue maudite, être du Peuple? veux-tu être socialiste?...
Il est deux choses que les moins éclairés du Peuple on comprises : c'est, d'un côté, que la présidence est la pierre d'attente de la monarchie , tous les démocratent l'avouent ; d'autre part, que, pour opérer une révolution, il faut des principes. En 89, la révolution était plus spécialement politique ; elle a eu ses principes politiques qui nous régissent encore. En 1848, la révolution est plus particulièrement économique et sociale ; l'idée politique étant épuisée, il faut donc découvrir de nouveaux principes , absolus en théorie , mais que la société appliquera selon la mesure de ses forces et de ses besoins.
Les démocrates, conduits par leur lanterne politique, n'en sont pas là.
Ainsi , après des votes réitérés contre la présidence , ils
votent la Constitution, c'est-à-dire la présidence, puisque
sans distinction des pouvoirs, en un mot sans présidence.
Il ny a pas de Cons\ilu\.îoti\ —- ^'^V^-<iice cyi'ils volent la
iooDarcbie,
Ceyx ifai m ?rotea.t pas s'abstiennent : c'est-à-dke que fpr )a gueslioft monarchique, nettemient posée par la €onstitution^ ils n'ont pas le mot à dire^ ils sont iudifférenls.
Et ceux , en très petit nombre — dix ou douze ! -r- qui ont yoté contre la Constitution , n'en trouvent pas moins très boQ; très légUime, très démocratique^ de poiser ensuite une candidature à la présidence, c'est-à-dire d'adhérer à la Constitution ! ]Le [»>iacipe est sacrifié à l'homme y la politique immolée à la politique !
Quant aux principes qui doivent régir la société nouvelle, les démocrates s'en inquiètent peu y ou plutôt ils les nient. Qs déclarent qufils sont avant tout hommes politiques, qu'ils veulent vivre de la vie politique. Seulement , comme le Peuple n'est pas tout à fait du même sentiment, ils se disent, en murmurant, qu'il serait impolitique de repousser ouvertement le soioiaUsme, et vite ils publient un manifeste^ le plus spcisdiste, à les en croire, de tous les manifestes.
Lisez plutôt ;
Organisation du travail par l'État;
Item des banques par TEtat ; Exploitation des chemins de fer par FÉtat ;
Item des canaux par TÉtat;
Itcqa des mines par l'État ;
Item des assurances par l'État; Colonisation par l'État ; Apprentissage par TÉtat ; Etc., etc., etc.. par l'État.
Rien par les citoyens, tout par l'État!
JSq vain le socialisme leur crie que ce qu'ils veulent est li^narchie pure, pur despotisme : ils n'entendent pas. L'^t^), par lui-même, est improductif; il ne travaille point: n'importe, on le fera organisateur. L'Ëtat est obéré : c'est loi qui donnera crédit. Les travaux confiés à l'État coûtent 50 pour cent plus qu'ils ne valent : on chargera l'État di^s ^jLflQiUdïons }es plu9 difficiles.
Ajoutez à ce système des inventions comme cdles-ci : Abolition des octrois, — qu'on remplacera par une antre
taxe :
Abolition de l'impôt indirect, — précisément le seul normal, le seul conforme aux principes, le seul démocratique et égalitaire, quand on Taura établi sur sa yéritable base.
Substitution de l'impôt direct et progressif à tous les autres : — ce qui est précisément encore reconnaître la suzeraineté du capital et consacrer le privilège.
Le socialisme dit qu'il faut faire Produire au Peuple, par la réforme économique, la liberté, l'égalité et la fraternité, comme il produit, par le travail, la richesse. La politique confisque la liberté, prend d'une main à la propriété ce qu'elle donne de l'autre au prolétariat ;] et elle appelle cela du socialisme.
Comment est-il possible que le Peuple, étourdi, démoralisé, tiraillé en tous sens, ne prenne à la fin une résolution funeste?
Comment, pour ne parler ici que de politique, alors que la prudence et les principes commanderaient de s'abstenir en masse, et de renvoyer à l'Assemblée nationale la nomination du président de la République, comment la nation ne tomberait-elle pas dans le piège tendu à sa bonne foi? Comment, échapperait-elle à la contradiction? Comment, après avoir voté la République en avril, ne voterait-elle pas la Monarchie en décembre ? Comment, à une question mal posée, ferait-elle une réponse raisonnable?...
C'est en vain que le socialisme, qui, lui, cherche la paix avant tout , qui ne veut triompher que par la discussion , qui ne s'adresse qu'à la raison , montre les conséquences funestes du vote politique sur la présidence , l'essor donné aux espérances royalistes, les coups d'État, la guerre civile!
La politique ne veut rien entendre. Suivant elle , l'agitation est nécessaire à la vie politique ; il lui faut de l'éclat, des /nanifestatlons, du moviNemcoX. Q^vsasA. ^<i \il^ \s<iuve
pas matière à portefeuilles, elle y trouve' matière à discourir : elle a son compte^ elle est satisfaite.
Ce que cherche la politique , hélas 1 à moins que le bon «eiis populaire ne vienne déjouer ses intrigues, elle Tobtien- ,dra, La Constitution y passera. Examinons, s'il vous plaît; xe chef-d'œuvre de la politique.
ni. — Que la Constitution y en organisant tes pouvoirs, a
organisé la discorde.
En faisant la Constitution, l'Assemblée nationale, il faut lui rendre cette justice, a montré plus de bonne volonté que de jugement. Elle a pris toutes les précautions imaginables •pour empêcher l'usurpation du président. Elle a enlacé, eramaillolté, garrotté le chef du pouvoir exécutif, de manière à faire de lui un instrument passif, docile et obéissant. Par malheur, l'Assemblée nationale ne s'est pas aperçue que ses précautions tournaient contre elle-même , et qu'en vertu des principes qu'elle a elle-même posés, si le président de la République , le jour de son arrivée au pouvoir, s'emparait de l'autorité et jetait les représentants par la fenêtre, il ne ferait , après tout, que se conformer à la Constitution, violée dans ses propres articles et par ses projîres auteurs.
Si j'étais président de la République , voici la harangue que je ferais pour ma bien-venue à l'Assemblée nationale :
a Citoyens représentants ,
a La Constitution est renfermée tout entière dans les articles 20 et 43, que je vais vous rappeler :
a Art. 20. Le Peuple français délègue le pouvoir législatif à une assemblée unique,
a Art. 43. Le Peuple français délègue ^e pouvoir rxécutip à un citoyen qui reçoit le titre de président (te la JRrfpu-
a Ces deux articles préexistaient à votre mandat Ils résultaient, en faity de la volonté du Peuplç qui demandait une GonstiUition et qui vous a envoyés pour en faire une ; en droit, du principe reconnu par vous, article 19, et hon duquel il n'y a pas de Constitution, savoir, que la sfyaro' tion des pouvoirs est la première condition d^un gouteme* ment libre,
< Qr, la Constitution que ypus avez faite, citoyeps reprér sentants, est d'un bof^t à l'autre la violation de ce principe, de ce droit et de ce fait. Et le premier acle de mon autorité sera de revendiquer vis-à-vis de vous les droits que je tenais du Peuple avant que je fusse désigné par ses suffrages, avant jméme que vous eussiez proclamé la Constitution, droits que vous avez arbitrairement , abusivement , fr^uduleuseipent sacrifiés et méconnus.
a Par votre (article 49 ^ yous ot)ligez le président de la République c^ prêter serment à la ÇonstitMtiony en présence de V Assemblé^ nationale.
« Je suis prêt à jurer devant Dieu et les hommes, mais à condition que yous prêterez à votre tour serment entre mes mains. Car les pouvoirs de l'État sont égaux , émanés tous deux du suffrage universel, également soumis à la Constitution, et réciproquement responsables, comme double manifestation de la souveraineté du Peuple. Pourquoi , je vous le 4emande, le président de la République serait-il tenu de jurer quand les représentants ne jurent pas ?
« Par votre article 48, vous limitez la durée de la présidence à quatre ans, de même que, par l'article 31 , vous avez borné a trois années la durée de votre propre mandat. A cela je n'ai rien à dire. Mais vous ajoutez que le président de la République ne pourra être réélu qu'au bout de quatre autres années , pendant que les représentants demeurent , eux , toujours et indéfiniment rééligibles.
G Je serais indigne des suffrages du Peuple si je ne ra'opposais à cette inégalité de coïviiVvowç» ^uVc^X'^'ï^ \q\s^w:ç^^ V
cçtt,e iji$]a)fante cpixtir^idliclipn. Ou je $f3}s votre égal, citoyens représefft^Lnt^, ou je ne suis rien : je m'en réfère à Tafticle 19.
^ Yqi^S iiifi^y ^tjde 50 : Le président dispose 4e Içl force qrfifée sqnf po^ypir jamais la cofnfnafyier en personne.
« Je vous defuapderaiy citoyens, comment vous accorilez e;}^^b}e ]^ Ijlbye ^i^posifion et la privation de Taulçrité ; l'Iji^rdictioif i]l çQfnn^mdement et la qualité de chçf d)i pfli^YÇjf e:ç:écijtif, et, qui plus est, dç clj ef reçpoijsable ? Qui ^pjlp comp^dera, si je ne commande? Sera-ce vous, citQyeps? sera-ce le pouvoir légidçitif?. ^ïitre vous et moi, il 9'.ef içfe pas^ jl ne peujt exister d'autorité mjtoyeiuiç : je demnp^f^ la .rèfp.rjpe de cet article.
« L'article 53 porte :
« L$ président de la RépMique négocie et RAirpip les traitéf, T-: Mios^ ^oute-t-il aussitôt, aftcun traité n'est défi^ n^if iff après avoir été approuvé pqrrAssefnbféefwiionaU.
a .Quelle diÇérence, je vous prie, ipettez-vous entre Yapr prohation et la ratification?... Évidemment, ce n'est plu$ ici le pouvoir exécutif qui exécute , c'est l'Assemblée. Car rapprobaUop , c'est tout. Que diriez-vous d'un conseil de surveillance qui, dans une société en commandite , ferait ac^e d'administration? Vous diriez que dans cette société les pouvoirs ne sont pas divisés, mais confondus ; que surveillance et gérance étant même chose, ne sont plus rien... Je demande , sur l'article 53 , que le second paragraphe soit supprimé.
a Art. 54. // veille à la défefisé de VÈtat, mais il ne peut entreprendre aucune guerre sans le consentement de V Assemblée nationale.
a Doue .encore, c'est l'Assemblée nationale qui veille à la défense de l'État; ce n'est pas le président de la République, qui n'est plus qu'une sentinelle en faction devant l'ennemi.
c< Ou conservez par devers vous tous les pouvoirs, citoyens Représentanls; ou bien, si la charge vous semble trop lourde, et que vous teniez à la GouçjV\\\v\\^\v,%Q\ys>'s^V
primerez le second membre de cet article, qtd, sans cek, serait uoe violation flagrante du principe constitutionnel.
a Art. ^.11 a le droit de faire grâce, kais il ne peiàt exercer ce droit qu'après avoir pris Vatis du conseil d^Etai. '^Im amnisties ne peuvent être accordées que par une loi.
« Toujours des mais I — Mais le conseil d'État est Totre créature, citoyens Représentants ; mais le conseil d'État est un bureau établi par vous, afin de tous assister dans vos travaux ; mais si le président de la République doit, pour l'exercice de son autorité, prendre l'avis du conseil d'État, le président de la République n'est plus que le procureur de l'Assemblée nationale ! Croyez-moi, rayez ce mais et ce qui s'ensuit.
« Par les articles 57 et 58, sous prétexte que vous seuls avez le droit de légiférer, vous ôtez au président de la République le droit de faire opposition à vos décrets, alors même qu'il les trouverait inexécutables, et ne lui accordez qu'un mois pour la promulgation.
a Ceci est de la tyrannie, citoyens Représentants. Si vous pensiez que le chef du pouvoir exécutif dût répondre de l'exécution de lois qu'il n'aurait point faites, tandis que les auteurs mêmes de la loi demeuraient irresponsables, il fallait retenir par devers vous l'exécutif aussi bien que le législatif, et supprimer la Constitution. Citoyens, vous allez faire de deux choses Tune : ou vous accorderez le veto au président de la République ; ou bien, à défaut du veto, vous vous donnerez à vous-mêmes une seconde Chambre pour contrôle et contrepoids ; sans cela, nous ne pouvons marcher d'accord et je déclare dès aujourd'hui que je m'q)pose à la promulgation de vos lois, je ne les exécuterai pas.
a Art. 59. — A défaut de promulgation par le président
de la République, dans le délai déterminé par l'article pré-
cèdent, il y sera pourvu par le président de l'Assemblée
nationale.
i< (/surpation de pouvoirs, c.ov!fi^\VïvyxiW\V^%. i<i vous dé-
fends, citoyens Représentants, de promulguer qaoi qne ce soit; sinon, je m'oppose à vos délibérations.
« Art. 65. Il a le droit de suspendre^ pour un délai qui ne pourra excéder trois mois, les agents du pouvoir exécutif élus par les citoyens.
« Suis-je donc le chef du pouvoir exécutif, ou n'en suisje que Yinstrument? Suis-je responsable ou non?... Je demande formellement la suppression de cette incidente, pour un délai qui ne pourra excéder trois mois.
a H ne peut les révoquer que de Vavis du conseil d'État.
a Je Yous défends, une fois pour toutes, à vous et à votre conseil d'État de vous ingérer dans mes attributions.
«Art. 68. Le président de la République, les ministres, etc, M(M responsables,
« Je vous rappelle, citoyens Représentants, au principe de la séparation et de Tégalité des pouvoirs. — Ou le président de la République ne répondra de Texécution que comme TAssemblée nationale répond de la législation ; c'est-à-dire que sa personne sera déclarée constitutionnellement inviolable, et élevée au-dessus de toute responsabilité effective ; ou bien il participera à la confection de la loi, et la loi résultera du concours des deux pouvoirs, comme disait notre ancien droit public : Lex fit consensu populi et constitutione régis. Vous ne pouvez sans injustice, sans péril pour Tautorité présidentielle et pour Tordre public, le vouloir autrement.
« Toute mesure par laquelle le président de la République dissout l* Assemblée nationale, la proroge, ou empêche V exercice de son mandat est un crime de haute trahison.
« Ajoutez donc, citoyens Représentants :
« Tout empiétement de la part de l'Assemblée nationale a dans les attributions du président de la République; « toute usurpation de ses pouvoirs, tout empêchement « à l'exercice de son autorité, est un crime de haute « trahison. i>
< Par ce seuf fait, h Priêi^ent e9t iM^y..p fti S^9^ exécutif revient de plein droit ^ VAe^efiiibfée fuitfîon^Jf,
a Je <}eq[i^n((]l£ )a radifttion de ces fi^ot^ : L^ pouvoir e^cutif revient §e phin ^oif ^ l'Aeeet^l^ ffQtiqi^lf^ pojiïmg inconstitutionnels, et iinpliquant[cette id,ée an^i^ji^açque |ç pouvoir exéjcntif est une;déiégation .d(f i^j^Jatif.
Art. 75. Le conêeil tÈtqt e$t eon^^ltê (fur Ipffj^QJefi 4f lof ^u gquvernfriMnt.
« Oui, si tel est le bon plaisir 4.^ présidenl ^ 1^ I^^PPr bfiqup. »
f // (le cpjiseil d'étal) propose les régiments d'administration publique»
f Oi^i, encore, Iprsqu'i) eji s^ra ^requis pjEur le Pré$ide]it. »
« // fait seul ceux de ces règlements à Viggr^ dfsgtfels V Assemblée nationale lui a donné w^ délégation jfpéeiale.
a Je renouvelle à votre «conseil d'état, toutes inhit^itiom ejt déjSenses d'intervenir en rien dans radministratipn, don| je cuis seul chef plénipotentiaire et respçjai^le.
a Tels sont les principaux artic^eç de la Copstiiut^on pour lesquels je requiers une révision immédiate, avec les modifications indiquées par moi.
a Mais ce n'est pas tout, Citoyens.
Le décret du 28 octobre, par lequel vous avez fixé le jour de mon élection, et auquel je dois Tinsigne honneur de représenter devant vous le peuple français, ce décret renferme une série de nullités sur lesquelles j'appelle votre atteptioa patriotique.
« Le jour où vous avez voté la Constitution, citoyens Représentants, ce jour-là, bien que non encore appelé, bien que non élu, j'existais. J'existais, dis-je, avec la plénitude de mes droits, comme l'enfant au sein de sa mère existe avec la plénitude des droits du fils de famille. Vous n'étiez plus alors, en attendant ma venue, que les dépositaires de mon autorité, que vous deviez conserver intacte, et me reaeiire dans son inlégrilè. Comm^wV^ow^ v^^-l-nqxisi^ju, en
yotant le décret sqxa la nominatloa du pri$9i4eiit de la République et la mUe ^ exécution àq pac}^ national^ vou» rér server pour uiji teyppçi iij^éfipi, l'exiercice d*uu,e partie d$ mes pouvoirs? Coipqaenl ayez-vous pu donner et retenir? fiiire à la fois du provisoire et du définitif; i'nn côté amoindrir mon autorité, et puis confisquer l^ reste î . ^ Vous dijes d^^ votre dé.crel :
a Art. 6. Aussitôt apf^è qp'il aura éféprQçlamé par l'Air semblée natiofiafef le présidât dp fa ^publique eaifsrçera Ips pouvoirs qui lui sont conférés par la Constitutiorij ^ l'0xç^ tion toutefois des droits qui ly^i sowt attribt^pof les articles 55, 56, ^let 58, le droit de promulgatiqfi étant réservé au président de VA^emblée national^.
a Usurpation I
^ L'Assemblée nationale çmstitt^ante conferveréj^, jî^s^u'à l'installation de la prpchaim qssemblée législativ^j tous lef pouvoirs dont elle est sqi^ie aujoprd'hui, sauf le pouvok' exécutif, confié au président.
« Usurpation !
a Art. 7. Jusqu'à la constitution définitive dvk conseil d'Etat^ une commission de trente me^re^, élf^s pffr l'Asr: semblée, dans les bureaux, au scrutin Sficrfif ef à Iq vf^ai^rité relative, exercera les pouvoirs attribués a^ conseil d'État par les articles 54, 64 et 79 de la Constitution»
« Usurpation!
« En vain pré tendez- vous que les lois organique^ font partie intégrante de )a Constitution, que jusqp'à ce que pe? lois soient votées, votre mission n'est pas remplie, et que vous gardez la plénitude de vos pouvoirs.
a Les lois organiques sont des lois comme foutes les autre$, ainsi que vous Ta dit un l)iommequi s'y entend, Tboiiorable Tfl., ikrrot. Toutes les lojs sont de nature organique, vous dis-je, regardez-y de plus près, et vous en resferez convaincus.
« Elles sont si bien organiques, qu'il ue vou^ e&\.^'îkS»Y^^''
«ble de déterminer rationnellement le nombre, l'objet ni l'importance de celles auxquelles vous prétendez réserver cette qualification, et que le provisoire que vous avez arbitrairement créé pourrait ne jamais finir !
a Ou plutôt, la seule chose qui soit véritablement organique, c'est la séparation de nos pouvoirs respectifs. Hors de ]à, toute loi est loi, indistinctement, et comme telle doit être délibérée en commun entre l'Assemblée nationale qui la vote, et le président de la République, seul responsable de l'exécution.
a En saisissant le pouvoir qui m'est confié par la Constitution, je déclare donc solennellement, à l'Assemblée nationale et au Peuple, qu'à dater de ce jour la Constitution est en vigueur, et que vos pouvoirs sont expirés. Je vous invite, en conséquence, Citoyens, à vous dissoudre, et à faire place à l'Assemblée législative qui doit vous succéder immédiatement. Des ordres sont donnés pour faire fermer le lieu de vos séances!.. »
Croit-on que l'Assemblée nationale constituante eût quelque chose à répliquer à cela? Et si la politique, qui n'est autre chose que la tactique de l'arbitraire, qui ne vit que de division de pouvoirs et de conflits d'autorités ; si cette politique qui, après six mois de bavardage, est enfin accouchée de laCharte-Marrast, digne sœur de la Charte-Bérard, devait prévaloir dans les conseils du pays, croit-on que le Peuple dût protester contre les prétentions du président et remuer un pavé pour la défense de ce chef-d'œuvre ?
A Dieu ne plaise que j'excite le Peuple au mépris, pas plus qu'à l'émeute, pour ce chiflbn de papier qu'il appelle aujourd'hui sa Constitution ! Et puisque nous sommes condamnés, de par la politique, à prendre parti sur cette ridicule question de la présidence, puisque nous avons la main forcée, à Dieu ne plaise que je conseille aux citoyens de rester dans l'inaction.
^ La politique l'a vou\vv ; WîaxiV NoV.^t\ VqIqxis donc, non
pour choisir, mais pour protester. Votons, puisque la monarchie est à nos portes, et que chaque vole qui se dérobe donne une chance de plus au candidat monarchique. Votons, par égard pour nos législateurs, par respect pour Tordre et la paix publique ! Votons : mais n'oublions pas que si, aux termes de la Constitution, la présidence, la royauté, aurait tout droit contre TAssemblée nationale, ce droit tombe devant la souveraineté du Peuple, qui seul peut dire en quelle mesure il entend donner son pouvoir et conférer son autorité.
Le comité électoral central , composé des délégiuîs de; quatorze arrondissements de la Seine , à TeSe^ d,e piCjép^ l'élection du président de la République, vient de terminer ses opérations.
Le citoyen Raspail, représentant du Peuple, a été désigné à l'unanimité pour le candidat à la présidence du parti républicain, démocratique et social.
Le comité central publiera incessamment sa circulaire aux électeurs.
Pour nous , qui avons adhéré d'esprit et de cœur à cette candidature ; qui, dans cette circonstance, avons jugé nécessaire, pour la dignité de nos opinions, de nous séparer des autres fractions moins avancées de la démocratie, nous croyons devoir rappeler ici quels sont nos principes : ce sera la meilleure manière de justifier notre conduite.
îios principes!
De tout temps les hommes qui, pour arriver au pouvoir, ont recherché le suffrage populaire , ont abusé les masses par de prétendues déclarations de principes qui , dans le fond, n'ont jamais été que des déclarations de promesses !
De tout temps les ambitieux et les intrigants ont promis au Peuple, en phrases plus ou moins sonores :
La libertéy Y égalité^ la fraternité ;
Le travail, la famille, la propriété, le progrès ;
Le crédit, l'instruction, l'association, l'ordre et la paix;
La participation au gouvernement, l'équitable répartition de rimpôt, radminislTaWoti VowûfeXfc ^V i V^qw marché, la
sèment du prolétariat, rexJLLacUon ^ h mi^rej
n ont tan^ promis j qu'après eiqc , il faut l'aTOiier, il ne reste rien à promettre.
Mais aussi qu'ont-il» tenu? C'^sk au Pçuplis de répondis ; Bien!..
Les vrais amis du Peuple doiy^|lt changer d'allure désormais. Ce que le Peuple atten4 de ses candidats, ce qu'il leur (^emande, ce ne sont plus des promesses, ce sont des
JIOTENS.
C'est sur les moyens qu'ils proposent qu'il kut juger les Jiommes : c'est aji^si que nous demandons qu'on nous juge.
Démocrates-socialisies , nous ne sommes, à vrai dire, d'aucune secte, d'aujcune école ! Ou plutôt, s'ilûdlait à toute force nous classer nous-mêmes, nous dirions que nous jBommes de l'école critique. Le socialisme pi'est point pour nous un système ; c'est tout simplement une protestation. Toutefois, nous croyons que des travaux socialistes il s'est dégagé un ensemble de principies et d'idées en opposition avec la routine économique, et qui ont passé dans la foi po* jpulaire : et c'est pour cela que nous nous disons socialistes. Faire profession de socialisme, et ne rien accepter du socialisme, comme le font de plus habiles, ce serait nous moquer du peuple et abuser de sa crédulité.... Ce n'est pas tout d'être républicain ; ce n'est pas tout de recontjiaître que la République doit s'entourer d'institutions sociales ; ce n'est pas tout d'écrire sur son drapeau : fi,épublique démocratique et sociale y i) faut marquer nettement la différence de l'aur cienne société d avec la nouvelle ; jl faut dire ce qu'a produit de positif }e socialisme ; en quQJ et pourquoi )^ révolution de Février, qui en eçt l'expression > est upe révolution sociale. Rappelons d'abord le dogme fondamental, le doggie pur du socialisme.
Le socialisme a poi^r but T^ffranchisseipept 4.M prolétariat et l'extinction de la mis^e ^ c'es^ràrdire l'ê%«i\M^ ^&j^^
des conditions parmi les hommes. Sans égalité , il y aura toujours misère, toujours prolétariat.
Le socialisme, égalitaire avant tout, est donc la formule démocratique par excellence. Si des politiques moins sincères éprouvent quelque répugnance à l'avouer, nous respectons leur réserve ; mais il faut qu'ils le sachent , à nos yeux ils ne sont point démocrates.
Or, quelle est la cause de Tinégalité?
Cette cause, selon nous, a été mise en lumière par toutes les critiques socialistes qui se sont succédé, notamment depuis Jean-Jacques ; cette cause est la réalisation dans la .société de cette triple abstraction : Capital , — travail , — talent.
C'est parce que la société s'est divisée en trois catégories de citoyens correspondantes aux trois termes de cette formule ; c'est-à-dire parce que Ton a fait une classe des capitalistes ou propriétaires, une autre classe des travailleurs, et une troisième classe des capacités , que l'on est arrivé constamment à la distinction des castes, et que la moitié du -^enre humain a été l'esclave de l'autre.
Partout où l'on a prétendu séparer de fait, organiquement, ces trois choses, le capital, le travail et le talent, le travailleur a été asservi : il s'est appelé tour à tour esclave, serf, paria, plébéien, prolétaire ; — le capitaliste a été exploiteur : il se nommait tantôt patricien ou noble, tantôt propriétaire ou bourgeois ; — Thomme de talent a été un parasite, un agent de corruption et de servitude ; c'a été d'abord le prêtre, plus tard le clerc, aujourd'hui le fonctionnaire public, toute espèce de capacité et de monopole.
Le dogme fondamental du socialisme consiste donc à résoudre la formule aristocratique : Capital-Travail-Talent en celle-ci plus simple : travail ! — à faire, par conséquent, que tout citoyen soit en même temps, au même titre et dans un même degré, capitaliste, travailleur, et savant ou artiste.
Le joroducteur et le consommateur ^ &!&xâ W cé&tité des
choses comme dans la science économique, c'est toujoiifg le même personnage, considéré seulement de deux points de Yue différents. Pourquoi n'en serait-il pas de même du capitaliste et du travailleur? du travailleur et de l'artiste? Séparez ces qualités dans l'organisation sociale, vous créez fatalement les castes , l'inégalité , la misère ; unissez-les , au contraire, dans chaque individu : vous avez l'égalité , vous avez la République.
C'est encore ainsi que dans l'ordre politique doivent s'effacer un jour toutes ces distinctions de gouvernants et gouvernés, administrateurs et administrés , fonctionnaires publics et contribuables, etc. Il faut, par le développement de l'idée sociale , que chaque citoyen soit tout : car, s'il n'est pas tout, il n'est pas libre ; il souffre oppression et exploitation en quelque endroit.
Quel est donc le MOYEN d'opérer cette grande fusion?
Le moyen, il est indiqué par le mal même .
Et d'abord, tâchons de mieux définir encore, s'il est possible, le mal.
Puisque le prolétariat et la misère ont pour cause organique la division de la société en deux classes : l'une qui travaille et ne possède pas ; l'autre qui possède et ne travaille pas, qui, par conséquent, consomme sans produire ; il s'ensuit que le mal dont souffre la société consiste dans cette fiction singulière, que le capital est, par lui-même, productif ; tandis que le travail, par lui-même, ne l'est pas. En effet, pour que les conditions fussent égales, dans cette hypothèse de la séparation du travail et du capital , il faudrait que , comme le capitaliste recueille par son capital, sans travailler ; de même le travailleur pût recueillir par son travail, sans capital. Or, c'est ce qui n'arrive pas. Donc l'égalité, la liberté, la fraternité sont impossibles dans le régime actuel ; donc la misère et le prolétariat sont la conséquence £a.laie da \a.<^Q!ûr sîïtution présente de Ja propriélc.
Qnicomftre le sait et ne Taverne pas, ôfent également à la bourgeoisie et au prolétariat ;
Quiconque sollicite les ^ffrages du Peuple et disriimale avec lui, n'est ni socialiste ni démocrate.
Nous le répétons :
La productivité du capital^ ce que le christianisme a condamné sous le nom d' usure , telle est la vraie cause de la misère, le vrai principe du prolétariat, Tétemet obstacle à rétablissement de la République. Point d'équivoque, point d'imbroglio, point d'escobarderie ! Que ceux qui se disent démocrates-socialistes signent avec nous cette profession de foi ; qu'ils adhèrent à notre communion : à ce signe, mais à ce signe seulement , nous reconnsdtrdns en eux des frères, de véritables amis du Peuple ; nous souscrirons à tous leurs actes.
Et maintenant, le moyen d'extirper le mal, de jEûre cesser l'usure, quel est-il? Sera-ce d'attaquer le produit net, de nous emparer du revenu? sera-ce , en professant le plus grand respect pour la propriété , de ravir par l'impôt , à mesure qu'elle s'acquiert par le travail et se consacre par la loi, la propriété?
C'est ici surtout que les vrais amis du Peuple se distinguent de ceux qui ne veulent que commander au Peuple ; c'est id que les vrais socialistes se séparent de leurs perfides imitateurs.
Le moyen de détruire l'usure , ce n'est pas , encore une fois, de confisquer l'usure ; c'est d'opposer principe à principe, c'est, en un mot, d'organiser le crédit.
Organiser le crédit, pour le socialisme, ce n'est point emprunter à intérêt , puisque ce serait toujours reconnaître la suzeraineté du capital ; c'est organiser la solidarité des tra- ^vailleurs entre eux, c'est créer leur garantie mutuelle, d'après ce principe d'économie vulgaire, que tout ce qui a une valeur d'échange peut être un objet d'éc^an^e, çeut, par coaséquent, donner matière îji ctfeâix»
Dé même qae le banquier fait crédit de ses écus au ù^gbciânt qui lui en paie intérêt;
Le propriétaire foncier crédit de sa terre au paysan qui lui paie un fermage ;
Le propriétaire de maison crédit d'un logement au locataire quî en paie loyer ;
Le marchand crédit de sa marchandise à la pratique qui aôh'ète à terme ;
De même te travailleur fait crédit de son travail au patron qui le paie à la fin du mois ou à la ûq de la semaine. Tous (àùt que nous sommes y nous nous faisons réciproquement crédit de quelque chose : ne dit-on pas , vendre à crédit , travailler à crédit, boire^ manger à crédit ?
Donc, le travail peut donner crédit de lui-même, il peut être créancier comrne le capital.
Donc encore deux ou plusieurs travailleurs peuvent se faire crédit de leurs produits respectifs, et s'ils s'entendaient pour des opérations suivies de ce genre , ils auraient organisé entre eux le crédit.
C'est ce qu'ont admirablement compris les associations ouvrières, qui spontanément, sans commandite, sans capitaux, se forment à Paris et à Lyon, et par cela seul qu'elles se ndettent en rapport les unes avec les autres, qu^elles se font crédit, organisent, comme l'on dit, le travail. En sorte que, organisation du crédit, organisation du travail, association, c'est une seule et même chose. Ce n'est pas une école, ce n'est pas un théoricien qui dit cela : c'est le fait actuel, le fait révolutionnaire qui le prouve. Ainsi l'application d'un principe conduit le Peuple à la découverte d'un autre, une solution obtenue amène toujours une autre solution.
Si donc il arrivait que les travailleurs s'entendissent sur tous les points de la République, s'organisassent delà même manière, il est évident que, maîtres du travail, et produisant incessamment, par le travail, de nouveaux capitaux^ ils aoraient bientôt reconquis^ parleur orga^ixm^Àox!t ^\\fc>« ^'^^•.
currence, le capital aliéné ; ils attireraient à eux, d'abord la petite propriété , le petit commerce et la petite industrie ; puis la grande propriété et les grandes entreprises ; puis les exploitations les plus vastes, les mines, les canaux, les chemins de fer : ils deviendraient les maîtres de tout par l'adhésion successive des producteurs et la liquidation des propriétés, sans spoliation ni rançonnement des propriétaires.
Par cette organisation du travail et du crédit s'opérerait l'alliance de l'agriculture et de l'industrie , maintenant en perpétuel antagonisme. Car, qui peut faire crédit au laboareur, si ce n'est l'industriel? Et quel sera le déboudié de l'agriculture, si ce n'est l'industrie?
Telle est l'œuvre commencée spontanément sous nos yeux par le Peuple, œuvre qu'il poursuit avec une admirable énergie , à travers toutes les difficultés de la chicane et les plus affreuses privations. Et il ne faut pas se lasser de le dire , ce ne sont pas les chefs d'école qui ont commencé ce mouvement, ce n'est pas TËtat qui a donné la première impulsion, c'est le Peuple. Nous ne sommes ici que ses interprètes. Notre foi , la foi démocratique et sociale, n'est déjà plus une utopie, c'est une réalité. Ce n'est point notre doctrine que nous prêchons ; ce sont les idées populaires que nous prenons pour thèmes de nos développements. Ceux-là ne sont pas des nôtres, qui le méconnaissent, qui nous parlent d'association et de République, et qui n'osent avouer pour leurs frères les vrais socialistes, les vrais républicains.
Dévoués depuis dix ans à cette idée , nous n'avons pas attendu le triomphe du Peuple pour nous ranger avec lui ; nous n'avons pas attendu la résurrection du Christ , pour croire à la divinité de sa mission.
Que le gouvernement, que l'Assemblée nationale, que la
bourgeoisie elle-même nous protège et nous assiste dans
Vaccomplissement de notre œuvre, nous en serons reconnais-
sants^ mais qu'on n^cYietdY^ \\\3kS>k\skûvi& distraire de ce que
notts regardons comme les vrais intérêts du Peuple ; qu'on n'essaie pas de nous leurrer par de vains semblants de réforme. Nous sommes trop éclairés pour être encore dupes, nous savons mieux comment va le monde que les hommes politiques qui nous honorent de leurs remontrances*
Nous serions heureux que TÉtat , par des allocations prises sur le budget, contribuât à l'émancipation des travailleurs : nous ne verrions qu'avec méfiance ce que l'on appelle organisation du crédit par l'État, et qui n'est, selon nous, que la dernière forme de l'exploitation de l'homme par l'homme. Nous repoussons le crédit de l'État , parce que l'État, endetté de huit milliards, ne possède pas un centime dont il puisse donner crédit; parce que sa commandite ne repose que sur un papier à cours forcé ; parce que le cours forcé entraine fatalement la dépréciation , et que la dépréciation atteint toujours le travailleur de préférence au propriétaire ; — parce que nous, producteurs associés ou en voie d'association , nous n'avons besoin ni de l'État, ni de cours forcé pour organiser nos échanges ; parce qu'enfin le crédit par l'État est toujours le crédit par le capital, non le crédit par le travail , toujours la monarchie , non la démocratie.
Dans le système qu'on nous propose, et que nous repoussons de toute l'énergie de nos convictions, l'Étal, pour donner crédit , doit au préalable se procurer des capitaux. Ces capitaux, il faut qu'il les demande à la propriété, par la voie de l'impôt. C'est donc toujours revenir au principe , alors qirîl s'agit de le détruire ; c'est déplacer la richesse tandis qu'il faudrait la créer ; c'est retirer la propriété, après l'avoir déclarée par la Constitution inviolable. Que d'autres, aux idées moins avancées et moins suspectes , à la morale moins méticuleuse^ appuient de telles idées, nous n'accuserons point leur tactique. Quant à nous, qui ne faisons point la guerre aux riches, mais aux principes ; nous que lacontrerévolution ne cesse de calomnier, nous AaNOVi^ ^\.^^ ^^^s.
rï^ofrïste^. Nods sommes dés socialistes , ndtlàr né soinibes pas des spèlistfeurs.
Nous ne Toulons pas de l'impôt progressif , parce qtiè Fimpdt progressif est la consécratloii du produit Hèiy et c[ùe nous voulons abolir, par l'association, le prûdoit n^; — parce que si l'impôt progressif n'enlève pais au riche la totalité de son revenu, il n'est qu'une concession faite an fiolétariat, une sorte de rachat du droit d'usure , en un mot une déception ; et q[ûe s'il f)rend tout le revenu , il est la confiscation de la propriété y l'expropriation sans indeinmté préalable et sans utilité publique.
Que ceux-là donc q'ûi se disent , avant tout, hommes politiques , invoquent l'impôt progressif commie une repfé- ^ille vis-à-Vis de ta propriété , comme iin châtiment à Pégoïsme bourgeois : nous respectons leurs intentions, et si jamais il leur est donné d'appliquer leurs principes, nous laisserons passer la justice de Dieu. Pour nous, représentants de ceux qui ont tout perdu au régime du capital, l'impôt progressif, précisément parce qu'il est une restitution forcée, nous est interdît ; nous n'en ferons jamais la proposition au Peuple. Nous sommes des socialistes, des hommes de réconciliation et de progrès ; nous ne demandons ni réaction, ni loi agraire.
Nous ne voulons pas de l'impôt sur les rerites de l'État , parce que cet impôt n'est, comme l'impôt progressif, vis-àvis des rentiers, qu'une confiscation, et vis-à-vis du Peuple, qu'une transaction, une duperie. Nous croyons que l'Étal a le droit de rembourser ses dettes , par conséquent d'emprunter à plus faible intérêt : nous ne pensons pas qu'il lui sfoit permis, sous prétexte d'impôt, de manquer à ses engaments. Nous sommes des socialistes, nous ne sommes pas des banqueroutiers.
Nous ne voulons pas de l'impôt sur les successions, parce g«e cet impôt n'est aussi qji'un retrait delà propriété, et que la propriété élanl \xaàxo\\. <iQ\i'à>[\X\x^<^\s^^
fppt \fi fjfionàe, il font re$pecter en dlQ le t^u de h n^Jopté ; panpl^ .qv.ç ce seraijt une atteinjte à la faojiille ; parce que nous n'avons que faire , pour émanciper le prolétariat ^ de cette ï^oyureWe hypocrisie. La transmission des biens, sous )â Ipji 4|^ r^3pciatioD, ne s'appliquant point aux instnimeQts i^u tr&^aily ^^ p.eut deyenir une cause d'inégalité. Laissez i^ojxç aller la forjtune du propriétaire défunt à sa parenté la pli^s éloignée , souvent la plus pauvre. Nous commet des socialistes , nous ne sommes pas des captateurs de succ0Sliions.
Nqus ne voulons pas de Timpôt sur les objets de luxe , parce que ce serait frapper les industries de luxe ; parce que les produits de luxe sont l'expression même du progrès; parce que, sous l'empire du travail et avec la subpr- 4inatipn du capital, le luxe doit descendre à tous les citoyens sans exception. Pourquoi, après avoir encouragé la propriété, punirions-nous de leur jouissance les propriétaires? Nous sommes des socialistes, nous ne sommes pas des envieux.
L'impôt est la contribution de chaque travailleur aux charges de la communauté : l'impôt a donc pour base naturelle le |>rodmï. Ce sont quelques centimes pour cent à ajouter au prix de revient de tout ce qui circule et qui se consomme. Quant à la terre et aux capitaux, ils ne peuvent être imposés qu'autant qu'ils sont appropriés : la contribution directe n'est autre chose que le prix de la tolérance accordée au propriétaire. Puis donc que dans Tassociation universelle la propriété de la terre et des instruments de travail est uae propriété sociale , il s'ensuit que l'impôt direct doit être à .peu près aboli, comme consécration du privilège, signe de féodalité et d'usure. C'est tout le contraire de ce que nous proppsent les néophytes de la démocratie sociale^
Les frais de perception de l'impôt coûtent en ce moment a )'Éta]t plus de 50 millions. — Avec l'a^sociatioi), {elle que le Peuple l'a conçue et telle qu'il Vexèe\x\Çi, ç,^'àfe^\e«\^ûN.
et doivent se réduire & rien. Qu*en disent les nouveaux socialistes, défenseurs officieux, mais peu intelligents, de la propriété?
La douane, c'est-à-dire la protection du travail national, coûte au pays vingt-six millions. Avec l'organisation du crédit, (elle que la suppose le principe socialiste^ les Peuples auraient tout à la fois le libre échange et Tégal échange. Le travail serait protégé par cela seul qu'il ne pourrait se donner que contre du travail : la protection coûterait zéro. Ce n'est pas une simple révision des tarifs de douane que demande le socialisme , à l'exemple de ses jeunes amis : c'est leur complète abolition.
Nous ne voulons pas de l'exploitation par l'État des mines, des canaux et des chemins de fer : c'est toujours de la monarchie , toujours du salariat. Nous voulons que les mines, les canaux, les chemins de fer, soient remis à des associations ouvrières , organisées démocratiquement , travaillant sous la surveillance de l'État, aux conditions établies par l'État, et sous leur propre responsabilité. Nous voulons • que ces associations soient des modèles proposés à l'agriculture, à l'industrie et au commerce, le premier noyau de cette vaste fédération de compagnies et de sociétés, réunies dans le commun lien de la République démocratique et sociale.
Nous ne voulons pas plus du gouvernement de l'homme par l'homme que de l'exploitation de l'homme par Thomme : ceux qui prennent si vite la formule socialiste y ont-ils réfléchi?
Nous voulons l'économie dans les dépenses de l'État , de même que nous voulons la fusion complète, dans le travailleur, des droits de l'homme et du citoyen, des attributs du capital et du talent. C'est pour cela que nous demandons certaines choses que le socialisme indique, et que les hommes qui se prétendent plus spécialement politiques ne comprennent pas.
La politique tend à spécialiser et multiplier indéfiniment les emplois ; le socialisme tend à les fondre les uns dans les autres.
Ainsi, nous croyons que la presque totalité des travaux publics peut et doit être exécutée par Tarmée ; que cette participation aux travaux publics est le premier tribut que doit payer à la patrie la jeunesse républicaine ; qu'en conséquence le budget de la guerre et celui des travaux publics font double emploi. C'est une économie de plus de iOO millions ; la politique ne s'en soucie pas.
On parle d'enseignement professionnel. — Nous croyons que Fécole d'agriculture, c'est l'agriculture; l'école des arts, métiers et manufactures, c'est l'atelier; l'école du commerce, c'est le comptoir ; l'école des mines, c'est la mine; l'école de navigation, c'est le navire; l'école d'administration, c'est l'administration, etc.
L'apprenti est aussi nécessaire au travail que le compagnon : pourquoi le mettre à part dans une école? Nous voulons la même éducation pour tous : à quoi bon ces écoles, qui, pour le Peuple> ne sont que des écoles d'aristocrates , et pour nos finances un double emploi? Organisez l'association, et du même coup, tout atelier devenant école, tout travailleur est maître, tout étudiant apprenti. Les hommes d'élite se produisent aussi bien et mieux au chantier qu'à la salle d'étude.
Même chose dans le gouvernement.
Il ne suffit pas de dire que l'on est opposé à la présidence, si l'on n'abolit les ministères, éternel objet de l'ambition politique. C'est à l'Assemblée nationale d'exercer, par l'organisation de ses comités, le pouvoir exécutif, comme elle exerce, par ses délibérations en commun et ses votes, le pouvoir législatif. Les ministres, sous-secrétaires d'Etat, chefs de division, etc., font double emploi avec les représentants, dont la vie désœuvrée, dissipée, livrée à l'intrigue et à l'ambition^ est une cause incessaj\Ve difttiÎB^^t^^V^^^
radminislralion, de mauvaises lois pour Ifi soci^, de stériles dépenses pour l'Etal.
Que nos jeunes recrues se le mettent dans Tespril : le socialisme est le contraire du gouvernementalisme. Cela est aussi vieux pour nous que le pjf'écepte : Entre maître 0f setviteur, point de société»
Nous voulons, à côté du suflrag<$ universel, et pomme conséquence de ce suffrage^ J'appljcatiop du ^and^ ^(Ç* ratif. Les hommes politiques y répuçpentl C^quf y^fit/pr^ qu'à leurs yeux le Peuple, en élisant des répréçei^tai^t ne se donne point des mandataires, il aliène saspui^ër^eté {••• A coup sûr, ce n'est pas là du ^oc^alisme» ce n^est p^s môme de la démocratie.
Nous voulons la liberté illimitée de Thompie et du dtoyen, sauf le respect de la liberté d'autruj : Liberté d'association, Liberté de réunion.
Liberté des cultes, Liberté de la presse, Liberté de la pensée et de la parole, Liberté du travail, du commerce et de l'industrie. Liberté de l'enseignement.
En un mot, liberté absolue.
Or, parmi ces libertés il en est toujours quelqu'une que la vieille politique n'admet pas, ce qui entraîne la ruine d^ toutes! Nous dira-t-on, une fois, si l'on veut lai liberté avec exception ou sans exception?
Nous voulons la famille : où sont ceux qui la respectent plus que nous?... Mais nous ne prenons pas la famille pour type de la société. Les défenseurs de la monarchie nous ont appris que c'était à l'image de la famille que les monarchies s'étaient constituées. La famille est l'éfément patriarcal ou dynastique, le rudiment de la royauté : le tjpe de la société civile est la société fraternelle. Nous voulons la pvoçvVfeli, vvv^\«. \;«v\vi.\\4Q à ses justes
hot^p^9 ç-est-ft-djrQ à la }ibre disposition des fruits du tra« yàil; la propriété moins l'usubb!... Nous n'avons pas besoin d'en dire davantage. Ce^z qui nous conn^çent nous entendent.
Tei)e est; ^n substance, notre professiop de foi. La IMcfaration des députés de la Montagpe nous faisait un devoir de ]a reproiJuire, afin qp'pn jugeât si c'est nous qui, en n'acceptant pas, $ur la recommandation de ses amis, lacan- ^idajiur^de rhQporableM. Ledru-Rolljn, faisons défaut à la cause démocratique et sociale, ou si ce sont les auteurs dç I^ Déclqratiof^ qui sont en retard sur le socialisme.
Mous rendoqsjusjdce^ux tendances de la jeune Montagne, liofis applaudissons à ses efforts, pous prenons acte de ses progrès. La Montagne, aujourd')iui, va au prophète ; la politique se résout dans le socialisme : quelques pas de plus, et toutes les nuances républicaines sont confondues.
Mais la Montagne n'est guère socialiste que d'intention, ][>ien qij'elle dise le contraire, et que sans doute elle le croie. Le Peuple a lu sa Déclaration^ \\ lira notre Manifeste. Qu'il compare et qu'il juge. Qu'il dise si, devant cette pièce, aussi légère d'idées que compromettante pour nous par sa politique, nous devions nous dissimuler et amener pavillon.
La Montagne, peu ou point socialiste, malgré son envie, ^t epcore peu ou poipt révolutionnaire, malgré son ardeur. Siss actes politiques, autant que ses idées, le prouvent.
Était-elle révolutioniiaire en septembre, aux élections?
Était-elle révolutionnaire en juin î
Était-elle révolutionnaire en avril?
Était-elle révolutionnaire aux séances du Luxeml)0urg?
Et nous, nous l'avons été autant qu'elle et plus qu'elle en février.
La Montagne se plaint que nous ne soyons jidis politiques!
Nous répondrons que la Montagne se fait étrangement illusion si elle s*jmagine que la politique, sans le socialisme, soit quelque chose. Le socialisme esl U ^;A\!l\^^ \v&^^
— 3fS —
-dans son but et dans ses moyens. Jnsqo'à loi, la poIUiqae n'a été que de l'habileté. En deux mots, le socialisme est la chose^ la politique est Thomme. D'où il suit que le socialisme peut très bien se passer de la politique, tandis que la politique ne peut pas se passer du socialisme. Nous en prenons à témoignage la profonde médiocrité des actes politiques qui se sont produits, nous ne dirons pas seulement depuis neuf mois, mais depuis dix-huit ans!...
Et maintenant venons à cette misérable question de la Présidence.
C'était chose grave assurément, que de savoir, d'une part, si le Peuple devait s'abstenir ou voter ; en second lieu, sous quel drapeau se ferait l'élection, sous quelle profession de foi. Quant au candidat, le premier venu eût été le nôtre.
L'opinion démocratique et sociale devait être directement consultée : la Montagne a agi seule.
Elle publie sa Déclaration, comme Louis XVIII fit sa charte octroyée, sans consulter personne.
Elle pose une candidature à Paris et dans les déparlements, sans en prévenir.
Puis, quand le comité électoral se forme, elle vient lui dire : Les choses sont trop avancées, la retraite est impossible ! pas de division ! La Montagne nous impose à la fois le vote, le programme, le candidat. Elle semble nous dire : Vous viendrez jusqu'ici, vous n'irez pas plus loin. Pour nous servir d'une expression qui a passé dans le style parlementaire, elle escamote, à son profit, le socialisme !
Nous n'insisterons pas sur la question personnelle. Nous regrettons qu'un homme politique (et nous employons ici cette cpithète sans ironie) tel que l'honorable M. Ledru- RoUin, ait pu servir d'instrument à de maladroits amis. Nos sympathies personnelles, nos préférences lui étaient acquises. L'humeur agressive, les injurieuses méfiances de son entourage nous ont rcjelés àaikâ\o^^Qfs\V\«vv.,,
Aa reste^ nous croyons qne cette division, loin de diminuer la force du parti démocratique et social, ne fera que l'augmenter. Dans Tétat actuel des choses, aucun candidat ne pouvait rallier tous les suffrages : des dissentiments trop profonds existent encore entre la démocratie-socialiste de la veille, et celle du lendemain.
Le comité électoral central a décidé, à Tunanimité, de porter candidat à la présidence le citoyen Raspail.
Raspail, l'élu de 66,000 suffrages parisiens, et de 35,000 lyonnais ;
Raspail, le démocrate-socialiste;
Raspail, l'implacable dénonciateur des mystifications politiques ;
Raspail, que ses travaux dans l'art de guérir ont placé au rang des bienfaiteurs de l'humanité.
En adhérant à cette candidature, nous n'entendons point, comme on l'a écrit quelque part de l'honorable M. Lcdru- Rollin, donner éventuellement à la République un chef: loin de là, nous acceptons Raspail comme protestation vivante contre le principe de la Présidence ! nous le présentons au suffrage du Peuple, non parce qu'il est ou se croit possible, mais parce qu'il est impossible; parce qu'avec lui la présidence, image de la royauté, serait impossible.
Nous n'entendons pas davantage, en appelant les voix sur Raspail, jeter à la bourgeoisie, qui redoute ce grand citoyen, un défi. Ce que nous cherchons avant tout, c'est la réconciliation, la paix. Nous sommes des socialistes, nous ne sommes pas des brouillons.
Nous appuyons la candidature de Raspail, afin d'exprimer plus fortement aux yeux du pays cette idée, qua désormais, sous le drapeau de la République, il n'y a plus que deux partis en France, le parti du travail et le parti du capital.
Il ne tiendra pas à nous que le dernier vestige de cette antique division ne soit bientôt effacé.
Argmiieiit à la Mmmimgmem
Lorsque, le 24 Février, fut formé le gonTememeDf proyisoire, les honorables cifoyen3 qui tarent .fPpefjSs à en feire partie, et dont plusieurs avaiept (ipparJteni^ jjijsque-li à IV pinion monarchique constitutionnelle, ne marcbaii,dàrefft point avec la volonté du Peuple. Ds sentirent tous, y» proclamèrent bien haut que Tévénement qui yesait de &*^cçqjft plir traînait à sa suite quelque chose de plus .qu'une République, qu'il avait pour conséquence logique et nécessaire une Révolution sociale. Cette idée respirait dam Ions leurs décrets.
Lorsque ensuite le gouvertiement s'occupa d'envoyer dans les départements des commissaires pour préparer les esprits à celte grande révolution, qu'il dut remplacer préfets, souspréfets, procureurs-généraux, tout le personnel amovible dont les intentions pouvaient paraître douteuses, ceuï qui vinrent offrir leurs services à la République n'hésitèrent point non plus sur le caractère de la j^évqlution : ils répétèrent tous qu'à leurs yeux elle était sociale.
Lorsque, deux mois après, vinrent les élections, et qpe tomba sur le Peuple victorieux l'avalanche des pro&3sioDS de foi, les candidats ne manquèrent pas de dir^ epcpre, pour la plupart, qu'ils étaient prêts à reconnaître le droit du travailleur. Us avouaient par là que la Révolution était non seulement politique, mais sociale, qu'elle n'était iné|^e politique qu'autant qu'elle était sociale.
La bourgeoisie, k celle feçocfie^ ^'^\Quait vaincue. Elle
sfentàîf ^ lé vieux sifsféme était brisé, que les pôles de la Sociêfé fifàreirf intervertis et le centre dlè gravitation déplacé. Aû^i là borii-geôisie èri avait pris son parti ; le Peuple pouvait obtenir d'elle alors tout Ce qu'il eût voulu : la révolution de février éfaîf déclai^ée, saluée, reconnue sociale ; on acceptait la définition.
Aujourd'hui mêiûê, après toutes les défections, les trahisons; après là défaite sanglante du parti démocratique et social, et k restauration de la féodalité mercantile et financî&e^ tout le monde est encore d'accord que la Révolution âê février doit, àpêînè de nullité, être une Révolution soiàulê. Car, ai elle n'est point une Révolution sociale, elle n'a* fàà la moindre raison d'existence, elle n'est rien. Toute la question est de savoir si l'on passera outre, je veux dire, ai cette Révolution s'accomplira.
Comment donc, si l'opinion est et n'a jamais cessé d'être unanime sur le sens et la portée delà Révolution de février, comment ceux qui, pendant quatre mois, furent chargés de là conduire, ne s'occupèrent-ils que de la faire avorter?
Comment, s'ils étaient révolutionnaires et socialistes, après avoir exilé dès le 25 février la Révolution sociale au Luxembourg, la laissèrent-ils bafouer, emprisonner, fusiller, le 16 avril, le 15 mai, le 26 juin ?...
Comment lès hommes de la Révolution n'ont-ils jamais su que se mettre en travers de la Révolution?
Coinment les républicains , sans reproche tant qu'il ne s'agit que de la forme politique, ne sont-ils plus, dès qu'il s'agit de socialisme , que des obscurants et des réacteurs?
Le pays est en ce moment comme le pécheur endurci dont parle l'Écriture , qui invoque la paix !. la paix ! et qui ne peut jamais trouver la paix. Nous crions : Révolution ! révolution! mais, grâce à nos hommes politiques, il n'y a point de révolution !
Qu'il nous soit permis de le dite, fe^ov^. ^^ wq>\x^ n^^^^»^"^
faire le procès à personne. Si la Révolution est entravée, si même elle n'a pas encore pris commencement, si nous n'en sommes toujours qu'à l'aurore , cela vient de ce que nous ne connaissons pas, ou, pour parler franchement, de ce que nous méconnaissons la matière révolutionnaire ^ de ce que le but et l'objet de la révolution sociale sont dissimulés, niés. Nous acceptons le nom, nom nouveau, qui amuse la curiosité par son indécision : nous ne voulons pas de la chose, nous détournons les yeux de crainte de l'apercevoir.
Pourtant, il faudrait nous entendre , ou bien nous taire. Que la jeune Montagne, soi-disant démocrate et socialiste, aille dans les clubs et les banquets recruter des voix pour son candidat; qu'elle verse à flots, dans ses toasts, ses manifestes, ses journaux, ses harangues, son éloquence tribunitienne, tout cela peut témoigner d'une excellente intention, mais tout cela, en vérité, est fort innocent ! Il faut que les montagnards le sachent : ils ne seront rien, ils ne représenteront rien, ni la politique, ni le socialisme, ni la révolution, tant qu'ils n'auront pas confessé , devant la France et devant l'Europe, le but, le véritable but de la Révolution de février.
Or, c'est ce but que nous allons faire connaître pour la centième fois.
Nous le dirons de façon à ce que la Montagne ne puisse s'y méprendre, et que personne ne s'y trompe, de façon à rendre impossible toute équivoque, tout faux-fuyant. L'idée sera si nette, si catégorique, si palpable, qu'il n'y aura plus qu'à se prononcer par oui ou par non, à se déclarer pour ou CONTRE la Révolution.
En 89, lorsque Siéyès voulut déterminer le mouvement, mettre en branle la Révolution, il commença par en définir l'objet et en montrer le but. Pour cela, son œuvre fut simple. Il n'eut qu'à présenter au Peuple le tableau des privilèges ou prétendus droits féodaux, des iniquités féodales, des turpitudes cléricales, des corïuçVvoxks» To^^^-à^ ^<Kà VxiSMiûaJiQas
jMUis fin du Tiers-État. Et voilà , s'écria-t-îl, ce qu'il s'agit Maintenant d'abolir ou de consacrer pour l'éternité.
La réponse fut alors comme la question : elle fut nette et catégorique^ et ne se fit pas attendre.
Nous ferons comme Siéyès. Nous présenterons en quelr ques lignes , claires et précises, le bilan de Texploitation capitaliste, le bilan de la misère du prolétariat. Et nous dirons comme Siéyès : Voilà , ô sublime Montagne, voilà la Révolution! En voulez-vous ou n'en voulez-vous pas?.*.
Le Peuple français produit chaque année, pour les besoins de sa subsistance, de son gouvernement et de son luxe, une somme de valeurs d'environ neuf milliards.
Neuf milliards f voilà, au maximum, d'après les approximations les plus dignes de foi , le montant de la production nationale.
C'est avec ces neuf milliards que le Peuple doit subvenir à toutes les nécessités de sa consommation, à toutes les dépenses de son gouvernement, à toutes les fantaisies de ses citoyens.
Ces neuf milliards, s'ils étaient également répartis entre les citoyens, au nombre d'à peu près 36 millions , donneraient pour chacun 250 francs par an, 69 centimes par jour et par tête. •— Ainsi chaque famille, composée de quatre personnes, aurait pour vivre, d'après cette moyenne , un revenu de 2 fr. 75 cent., 55 sous par jour.
Mais il s'en faut que la moyenne du revenu ou salaire des travailleurs soit de 55 sous par jour et par famille de quatre personnes.
Sur les neuf milliards de produit annuel, le travail, avant de se payer lui-môme , doit rembourser au capital , pour prix de sa prestation bénévole :
i<» Intérêts et frais d'hypothèques, à 8 pour cent en minimum, sur un capital d'au moins 8 milliards, 960 millions
2» Intérêts et frais d'obligations fiduciaires,
A reporter ^^ \ssî^\^^>s.
jb X.
960 milliom
Report
à 6 pour cent, sur un capital d'au moins 4 milliards ,
3« Escomptes du commerce (commisrions, frais de protêts, etc., etc.,- compris), à 8 p, cent, sur une circulation de 20 milliards, échéance à trois mois,
4° Dette publique, flottante et consolidée, 5« Monts-de-Piété , 6"* Douane, c'est-à-dire frais de protection du capital national contre la concurrence des capitaux étrangers, primes, différentiels, contrebande, etc.,
7° Intérêts d'actions de commandite, évalués à
8° Loyers et fermages, déduction faite des intérêts de la dette hypothécaire, évalués à 5 pour cent, sur un capital de 8 millards,
9° Budget de l'État et des communes, déduction faite de la dette publique.
Total 6,302 miUions
Nous disons 6 milliards 302 fnillioASy qae le travail dbit prélever sur son produit avant d'acheter le premier morceau de pain, pour acquitter les redevatibeé du capitlàl, les frais de prestation du capital, et les charges de TÉtat.
Sur cette somme de 6 milliards 302 milKonsj il convient de détruire 1,302 millions pour le service indispensable de la communauté nationale , et l'amortissement dés capitaux engagés chaque année dans la production.
Restent donc cinq milliards, net, que coûte chaque année, au peuple travailleur, le parasitisme du capital.
Il suit de là ,
Que sur les neuf mîWiatis. A.^ ^toSiXwX. ^wxssy^^ ^\sm\^cqâI- JKarJs; environ 55 pour cexvV, ^Xxi^^ÎL^X^^ï^^^^^^^^wiXV^^-
S.eOO 1,400
lîïremerit èileyés au travàiî pour riémunéfâfion du service, Vrai ou sùpi)6sé, qu'il fire dti capiiàl ;
Qu'ainsi là moyenne de 69 centime^ par jour et pâi* iete^ qti'aLuraîf donnée là répartition égale des tieùf milliards^ se réduit à 29 centimes , soit 1 franb 16 centiniês ou 23 sous par jour, avec lesquels chaque famille composée de quatre personnes doit subsister.
C'est-à-dire qu'un ouvrier qui gagne Î9 francs 25 centimes par semaine, pour vivre, lui, sa fémniie et deux enfants, ne profite en réalité que de 8 francs 12 centimes ; le surplus, soit 11 francs 13 centimes, étant remboursé par Jui au maître de maison, au boulanger, au boucher, au marchand de vin, au percepteur, etc., etc., pour la rétribution du capital.
Et comme les salaires des travailleurs , ainsi que les revenus des capitalistes, sont inégaux, il résulte, en dernière analyse, que pour une partie notable du peuple français, le montant du salaire ou revenu est fort au-dessous de 29 centimes par jour et par tête : il descend aujourd'hui à 5 centimes 5 millièmes, — cinq lïards par jour, en nombre rond, ainsi qu'il résulte des comptes de l'administration , dont les secours aux citoyens dans le besoin sont fixés à 12 centimes et demi , le droit à l'assistance , reconnu par la Constitution, combiné avec le droit de propriété, reconnu également parla Constitution, ne permettant de faire ni moins ni plus.
Cinq liàrds par jour, voilà le minimum que la société garantit à l'ouvrier sans travail ; voilà le droit que, s'il faut en croire certains républicains, le Peuple aurait conquis en février!...
Suivant que les temps sont calmes , que la situation politique semble plus ou moins chanceuse, qu'il plaît au capital de se prêter ou de se refuser, comme dit spirituellement M. Thiers, un nombre plus ou moins considérable de travailleurs se trouve déchu de la mo^euae i&^ ^^\sSkcùKî»^^ condamné à là, porûon congrue 4e cinqUari^l
— iso- Or, cette condition du travailleur, dans le régime écon(H mique actuel, est iRRBMiDiABLB. Que la population augmente ou qu'elle diminue ; que le travail abonde ou qu'il devienne plus rare , peu importe. La classe qui travaille n'en aura pas moins à payer à celle qui possède :
Tant pour le loyer de la terre,
Tant pour le loyer des maisons et instruments de travaO , amortissement non compris,
Tant pour la prestation fiduciaire et hypothécaire des capitaux,
Tant pour l'escompte des marchandises et effets de commerce,
Tant pour les rentiers de l'Etat,
Tant pour la protection des capitalistes du pays, contre la concurrence des capitalistes étrangers, autrement la douane.
Tant pour la police, pour les juges, les gendarmes, en un mot pour l'État.
Quoi qu'il fasse, et de quelque manière qu'il s'y prenne, le travailleur, tant qu'il est placé sous la commandite du capital, est comme l'abeille que le paysan héberge, comme la brebis à qui il donne une étable. Il faut qu'il paie au capitaliste, pour le loyer du capital, 55 pour cent de son miel, de sa laine et de son lait ; et s'il fait la mauvaise tête . s'il s'avise de chagriner son doux seigneur, qu'il se contente pour vivre de cinq liards par jour. Cinq Hards 1 voilà ce que gagne le travailleur à vivre en domesticité, comme les moutons et les mouches, au lieu de vivre en homme libre !' La Montagne , qui répand partout , à l'intérieur et à l'étranger, que nous sommes un Hébert , un Chaumette, un faux frère, vendu à Gavaignac, — que veut-elle donc qu'il fasse de nous, Gavaignac? — la Montagne, qui nous appelle orgueilleux , impolitique , rêveur, endornieur, enlraveur^ apôtre de l'individualisme , de l'égoïsme ; homme à idées âxeSf mauvais cilcjen, semewt ôi^ imxjÀa^ ^>\\si\i\ ^\. fauteur
de la scission arrivée entre elle et le socialisme , contrerévolutionnaire, que sais-je? défenseur de la propriété, c'est tout dire!... la Montagne a-t-elle jamais, dans sa sagesse, réfléchi sur tout cela? Sait-elle ce que c'est que le travail et ce que c'est que le capital?...
Supposez, par contre, que la fonction, parfaitement inutile, suivant nous, de capitaliste, soit abolie, comme furent abolies en 89 celles de moine et de noble ; — que tout trar vailleur devienne à lui-même son propre capitaliste, comme en 89 tout citoyen devint son propre suzerain, que résulterait-il de là?
D abord , les cinq milliards prélevés aujourd'hui sur les travailleurs par les capitalistes , resteraient à ceux qui les produisent.
En second lieu , les citoyens vivant actuellement du capital seraient amenés à prendre part au travail, par conséquent à produire eux-mêmes cinq milliards qu'ils dévorent, ce qui porterait immédiatement la production de neuf milliards à quatorze.
Enfin , par la suppression de toutes les entraves capitalistes, de tous les droits sur la production, la circulation et la consommation, droits perçus tant par les détenteurs de capitaux que par l'État, le travail serait augmenté de moitié, et, par conséquent, la richesse annuelle doublée.
En sorte que le revenu moyen du travailleur, qui, par les déductions à faire au profit du capital, n'est aujourd'hui, quand les affaires vont bien et que le travail ne manque pas, que de 1 fr. 16 centimes par jour et par famille de quatre personnes, et seulement de 22 centimes quand il y a chômage ; — ce revenu, désormais assuré, continu, équitablement réparti, serait de 5 fr. 52 centimes, soit, par année, 2,014 fr. 80 centimes, au lieu de 423 fr. 40«
Par le doublement de la production et l'égale répartition, le bien-être ou revenu moyen du travailleur serait çresa^<^ gui9i4u/>fé/
Voilà 9 qviQ^i h nou^, ce qu'est la matière ré^,qMionr^e, le bût eiV objet de la Révolulfon de février. Pas n'est besoin, pour comprendre cela^ d'être d'aucupe école. Le communisme, le fouriérisme, n'ont rien à voir ici : il n'y a là dedans ni utopie ni systèpie. C'est de la plus palpable réalité. Ou cela, ou rien. La Bévolution, en 89, a détruit la fédoajité cléricale et nobiliaire; la Révolutiop, en AS^ abolira-t-elle la féodalité capitaliste? Telle est la question.
Oui, oui, montagnards, mettez-le-vous l?ien dans la cervelle ; la Révolution de février n'a pas autre chose à faire que d'abolir la rente, ou pour mieux dire, le ststsmb des droits seign.euriaux du capital, et par ce seul &it, de quintupler la fortune du travailleur. Plus tard, quand il sera complètement afiTranchi, le travail fera sa constitution, comme le Tier3-État fît la sienne, après avoir aboli la féodalité. C'est alors que le Peuple choisira entre les systèmes d'association qui lui seront proposés et qui servent de ma« tîère au progrès. Jusque-là, l'œuvre du Peuple n'est pas d'organiser, elle est de révolutionner, de démolir.
Oui, il faut que le Peuple le sache, que le gouvernement le sache, que le monde entier le sache : la Révolution de février doit, en centralisant le crédit, abolir peu à peu l'intérêt des capitaux, et donner à tous le crédit et l'escompte pour rien ; — abolir le loyer des maisons et des instruments de travail, et, sauf l'amortissement du capital engagé, donner à tous le logement et les outils pour rien ; — abolir le fermage, et donner au laboi^reur, par l'association, la terre ppur rien; — changer l'impôt en prestation, par conséquent diminuer le budget de tous les frais que colite aujourd'hui la perception de l'impôt ; rembourser la dette de l'État, et par suite supprimer Imslitution inutile et absurde de l'amortissement ; orgaqiser l'échange de nation à nation, et partant abolir encore la protection coûteuse de la douane.
Encore une fois, ou cela, ou rien. Nous déûons qui que ce soit de découvrir auVte dvo?.^ àt^\x^\^^^^OL\s!ds^\i.,
Eh t>ien ! npus e^ pceuoiis à té|:poJi} le Pâ^pjie touf etUier. Qu'a-t-on fait jusqu'ici pour la Révolution? ou plutôt que n'a-t-on pas fait pour 1^ déguiçer et la pervertir? L^ Révolution a-t-eUeété seulement comprise^ nous ne dirons pas par le gouvernement, qui pous a donné le droit à l'assistance, cinq liards par jour aux travailleurs qui sont dans le besoin; -^ nous ne dirons pas par la presse : nous ne pouvons le dire; i^ous qi|i sommes journalistes : la presse, eq majorité, ne cesse de calomnier la Révolution ; chaque fois que le trayail parle de s'émanciper du capital, elle crie : — Haro I TOUS détruisez la famille, vous attaquez la propriété !— mais par la Montagne?
Nous ne faisons point ici de personnalités. Nous connaissons individuellement tous les montagnards, peut-être mieux qu'ils ne se connaissent eux-mêmes. Nous serons plus juste à leur égard qu'ils ne le sont envers nous. Nous savons ce qu'il y a, dans chacun d'eux, de patriotisme, de dévouement, d'intelligence ou d'instinct révolutionnaire. ]^ais, qu'ils nous permettent de le leur dire : ils nous ont prouvé une fois de plus, par leur coalition, ce que les académies, ce que toutes les assemblées savantes, politiques ou littéraires nous avaient depuis longtemps appris, c'est qu'une réunion de cinquante hommes de tête et de cœur peut n'avoir pas le sens commun.
La veille de la Révolution, la Montagne repoussait le socialisme. Ce n'jétait pas, croyez-le bien, par esprit d'opposition : c'était par politique. Le lendemain de la Révolution, la Montagne se sépara du socialisme : c'était encore par politique. Depuis, la Montagne a fini par se déclarer socialiste ; mais en professant le socialisme, elle n'ep a pris que la formule ; elle n'a pas eu le courage d'avoué)!* le fond, elle s'iest rejetée dans la philsùithropie et les palliatif : c'est tpur jours par politique.
Il s'agit 1° de rendre au travail les cinq fnillUtrds sur neuf que lui enlève chaque année le capital ; — 2<* de dou- }>]er la production du pjays; — 3f* àe çwVsv ^^ >a^^^*V
2,044 la moyenne de revenu net pour chaque famille ouvrière.
Au lieu de cela, la Montagne offre au Peuple quelques mesquines rognures de budget^ six à huit millions, d'après le comité des finances ! elle parle d'impôts sur le revenu mobilier, le revenu net, les successions collatérales, les domestiques, les chiens et autres misères. C'est une centaine de millions, dont, à grand renfort de répartiteurs, de percepteurs, de contrôleurs, d'agents fiscaux et de veiations fiscales, on trouverait peut-êtrb le moyen de dégrever la contribution de l'ouvrier, en augmentant d'autant celle du capitaliste-propriétaire.
Cent millions sur cinq milliards !
Quelque chose comme un centime par jour et par tête, voilà quelle satisfaction révolutionnaire, voilà quel supplément de solde, la Montagne, soi-disant socialiste, parle de donner au Peuple.
Au lieu des cinq liards du gouvernement, la Montagne en donnera MO?/
Pour nous, nous le déclarons résolument. Si la révolution de 4848 n'a pas pour but de supprimer le privilège capitaliste, comme la révolution de 89 a supprimé le privilège féodal, la révolution de 4848 est un crime inexpiable, une vengeance du ciel, qu'il faut, non seulement réparer, en Centrant au plus vite dans la vieille ornière, mais pleurer avec des larmes de sang.
Si, au contraire, le Peuple, tout en obéissant à d'aveugles instigateurs, ne s'est pas trompé en février, si depuis neuf mois sa pensée s'est hautement et clairement exprimée sur le sens et le but de la Révolution, il faut croire aussi que le Peuple, qui a conçu le but, a conçu en môme temps le moyen.
Ce moyen existe-t-il? Ce moyen est-il praticable? Le travail peut-il s'affranchir 4e Yx^swce Am capital ^ comme le Tiers-État s'est affranchi deYo^p^'^'àsycL ^fc\^^<:î«\«5sjt ^
du clergé? Le prolétariat, en un mot, peut-il se dispenser de payer cinq milliards au capital, et de vivre avec cinq liards par jour?
Nous l'affirmons pour notre compte ; et cette a£Qrmatioa forme la seconde partie de l'argument que nous adressons à la Montagne.
Oui, la classe travailleuse possède en soi-même le mojen d'opérer son émancipation et de fonder pour toujours son bien-être ; mais c'est ici que la Révolution de 1848 se distingue de la Révolution de 89.
En 89, le Tiers-Étal n'eut besoin, pour conquérir la liberté et se débarrasser de l'oppression , que de ces deux choses : REFUSER et PRENDRE i Tcfuser Tobéissaucc aux ordres supérieurs, prendre leurs propriétés, ou, comme l'on disait alors , les biens nationaux.
En 1848, le prolétariat, s'il veut s'affranchir de l'exploitation capitaliste, doit s'y prendre d'une toute autre manière : sa loi révolutionnaire est de s'abstenir. Il faut, disons-nous, que le prolétariat s'abstienne scrupuleusement de toute atteinte, directe ou indirecte, politique, fiscale ou autre, au capital et à la propriété, parce qu'une telle atteinte, sous quelque nom qu'on la déguise, ne serait qu'une manière de reconnaître la prépondérance du capital, une contradiction. C*est en opérant en lui-même et sur lui-même, par l'association, la garantie mutuelle, l'organisation spontanée, que le travail peut triompher du capital.
En 89, le but de la Révolution était le déplacement du pouvoir et de la propriété : c'est pour cela que cette Révolution fut une bataille. En 1848, le but de la Révolution est la démocratisation du pouvoir et la réorganisation de la propriété ; c'est pourquoi cette Révolution est une fusion. Or, on n'organise, on ne fusionne qu'avec des principes ; la force et la fraude sont impuissantes à concilier et organiser.
Tel est donc l'argument que nous adressons à la Maur i&gae.
Le but de la Révolution de 1848 est connu ; c'est Fabo* litioil complète du privilège propriétaire.
Le moyen d'arriver à cette abolition est également copnu: c'est l'association ouvrière, c'est la substitution de la solidarité industrielle à la commandite capitaliste ; c'est la ceniralîsation , par le crédit mutuel ^ de toutes les forces travailleuses ; c'est, en un mot, l'excommunication de la propriété.
Or, vous n'osez pas, vous. Montagnards, avouer le but de la Révolution : la preuve, c est que vous vous déclarez partisans, quand même, de là propriété ; c'est que vous \)arlez du crédit comme de vrais propriétaires.
Vous ne reconnaissez pas l'instrument, le moyen de cette Révolution ; vos projets de réforme économique , tous empruntés à l'école anglaise , sont là qui l'attestent.
Que pensez- vous donc de la Révolution? Expliquez-vous, car le temps brûle.
Ou plutôt, que ne devons-nous pas penser de vous, quand, après avoir lu vos déclarations , nous vous voyons faire les plus grands efforts contre le socialisme , refouler ses manifestations, calomnier ceux qui le défendent?...
Vous soufflez, par toutes vos paroles et à tout propos , à propos de la politique du dehors comme de la politique du dedans, l'insurrection au peuple. Soit : que le Peuple s'insurge ! Nous n'avons pas la prétention de pouvoir l'empêcher. Mais, de grâce, nous direz-vous pourquoi il faut que le Peuple s'insurge ? Est-ce pour ajouter un centime aux cinq dont l'a doté la Constitution ?
Plus de réticence : vous êtes pour ou vous êtes contre la Révolution, c'est-à-dire, vous êtes pour ou vous êtes contre la restitution à la classe travailleuse de cinq milliards de rentes ; pour ou contre le doublement du produit national, pour ou contre la moyenne de 2,000 fr. de salaire, à la place des 5 centimes 5 millièmes de l'assistance.
Si vous êtes CONTRE, nous n'avons rien à objecter : toutes les opinions sont à nos ^ewx é^à^m^u\.\:^^^^^\a.Ues* Nous
vous prierons seulement de rayer de votre programme la formule démocratique et sociale.
Si vous êtes POUR, il faut le dire, mais nettement^ carrément^ comme le négociant qui répond aux offres d'un autre négociant, en répétant les jn^mes cl^oses et dans les mêmes termes. H faut, en le disant, donner votre parole, vos signatures ; il faut donner des gages, car le Peuple est devenu méfiant, et nous, nous sommes Peuple.
Quand vous aurez fait cela, tout dissentiment entre nous aura disparu ; toute polémique cessera. £t puisque vous aiinez le pouvoir, vous nous trouverez à votre dévotion. /Cpipptçz $ur nous alors : Tallaire ira bien!...
Cavaisiiac.
'J 5 DéeeinlHre.
Il y a quelquesjours, nous écrivions les paroles sulyames:
a C'est le socialisme qui nous sépare de GaTaignac : ri^ « que cela! Sans le socialisme, peut-être voterions-nous a pour lui, au lieu de voter pour Raspail. €ar, sans le soft cialisme, nous n'eussions jamais eu l'idée d'une Répu- « blique démocratique et sociale ; sans le socialisme, nous a n'eussions pas eu les journées de juin, [de mai, d'avril; a nous n'eussions pas eu les délibérations du Lui^emboutgy « où fut définie la Révolution de février. Sans le socialisme, « en un mot, nous ne serions rien, nous n'existerions pas. »
Ces paroles, mal interprétées, commentées par la malveillance, ont paru chagriner quelques-uns de nos amis ; elles ont fait crier au scandale nos adversaires.
Nous disions de plus, dans le même article, que l'élec^ tion de Gavaignac, chose horrible ! ne nous paraissait pas douteuse : et nous faisions en même temps le calcul approximatif des voix que la démocratie-socialiste, à peine née, se trouve déjà en mesure de donner, tant à Raspail qu'à Ledru-Rollin. C'est ce que l'on a considéré de notre part comme une réclame en faveur de Gavaignac.
£h bien ! nous allons faire entendre, pour l'instruction de nos lecteurs et la malignité de nos ennemis, un bien autre blasphème : nous déclarons aujourd'hui, de la manière la plus formelle, sans détour ni réticence, qu'à l'exeeptioa de Raspail, — àonXY^ ç^xvMîaNxxt^ \i<i^\.^ w!L\R.mt>
de notre part, qu'une protestation contre le principe présidentiel, -— de tous les candidats, avoués ou tacites, qui peuvent s'offrir au choix du pays, celui que nous souhaitons le plus de voir arriver est le général Cavaignac.
Nous faudra-t-il vingt ans de polémique pour expliquer à ceux qui nous lisent ce que signifie cette grande protestation qui a surgi en France depuis 1830, et qu'on appelle le socialisme^ Comprendra- t-on, une fois, qu'engagés irrévocablement dans la question sociale, nous avons dû accommoder notre politique à notre socialisme, et non pas notre socialisme à notre politique? Écoutez donc, et pesez bien ce que nous allons vous dire, vous tous que nos idées intéressent, amis ou émules, prolétaires et propriétaires :
Si nous n'étions pas pour la raison, nous serions pour la foi ;
Si nous n'étions avec Voltaire, nous serions avec le pape ;
Si nous ne défendionsla liberté, nous subirions l'autorité ;
Si nous ne poursuivions l'égalité devant la fortune, nous serions partisans du privilège ;
Si nous ne voulions la démocratie, nous accepterions la présidence ;
Si nous n'étions pour le travail, nous serions pour le capital ;
Si nous ne votions pour Raspail, nous voterions pour Cavaignac.
Voilà sept propositions qui, pour nous, sont toutes entre elles identiques et adéquates ; la dernière est semblable aux autres : elle ne fait que traduire en noms propres ce que nous considérons comme les formules abstraites de notre symbole politique et social. Il y a nécessité absolue dans notre esprit de se prononcer pour l'une ou pour l'autre de ces diverses alternatives : le dilemme est inexorable.
Cavaignac représente en ce moment, pour nous, le capital, et, par voie de conséquence, d'analogie ou de similitude, la foi, le pape, l'aulorilé, le çdVAfeç^,\^VL\»%^vcc^^a.^
Cavaisiiac.
sj 5 Décembre.
Il y a quelquesjours, nous écrivions les paroles suivantes :
a C'est le socialisme qui nous sépare de Gavaignac : rien a que cela! Sans le socialisme, peut-être voterions-nous a pour lui, au lieu de voter pour Raspail. €ar, sans le so- « cialisme, nous n'eussions jamais eu l'idée d'une Repu- « blique démocratique et sociale; sans le socialisme, nous a n'eussions pas eu les journées de juin, ;de mai^ d'avril; a nous n'eussions pas eu les délibérations du Lui^emboutgy « où fut définie la Révolution de février. Sans le socialisme, (( en un mot, nous ne serions rien, nous n'existerions pas. »
Ces paroles, mal interprétées, commentées par la malveillance, ont paru chagriner quelques-uns de nos amis ; elles ont fait crier au scandale nos adversaires.
Nous disions de plus, dans le même article, que l'élection de Gavaignac, chose horrible ! ne nous paraissait pas douteuse : et nous faisions en même temps le calcul approximatif des voix que la démocratie-socialiste, à peine née, se trouve déjà en mesure de donner, tant à Raspail qu'à Ledru-RoUin. C'est ce que l'on a considéré de notre part comme une réclame en faveur de Cavaignac.
£h bien ! nous allons faire entendre, pour l'instruction
de nos lecteurs et la malignité de nos ennemis, un bien
autre blasphème : nous déclarons aujourd'hui, de la ma-
nière la plus formelle, sans ÔLfe,\.o\vcivY \^N\ç,^tL^^^Q^'à l'ex-
ceptioa de Raspail, •— douVU çaxvô;vôa.Vwcç; vi^'sx., wn.V. ^w&^
gnac, -r Raspail toujours mis à p^rt^ — nous pré£^ns donc le dernier. La raison, ce nous semble, "est désormais facile à concevoir.
Avec Bonaparte, nous j^urions djeyant nous le capital^ plus l'empire, la gloire, les aventures, r^xpédition d*Éé^ pagne ou de Russie, le silence de la libierlé, Stluit terra in cotispectu ejus! — Candidat rétro^pectîj, queslion complexe.
Avec MM. thiers. Mole, 0. Barrot lùi-mémé, nous aurions le capital, plus le système constitutionnel, deux pou^ voirs égaux, deux chambres, etc. — Candidats à bascule, question complexe.
Avec M. dé Montalembert, nous aurions le capital, plus les billets de confession, la soumission du temporel au spirituel, les pèlerinages en Terre-Sainte. — Candidat croisé, question complexe.
Avec M. de L^rochejaquelein, nous aurions le capitalt plus la légitimité et tous ses droits. — Candildat féodal, question complexe.
Avec M. de Lamartine, nous aurions toutes les conlpadiçtions à la fois, capital, monarchie, aristocratie, papisme, etc. — Candidat omniïFbrme, question complexe, indéchiffrable.
Avec M. Lcdru-Rollin, nous aurions, ce sont ses amis qui le disent, le capital, plus des tendances anti-capitalistes ; la propriété, avec certaines modifications. peu ou point définies; l'économie de l'État, comme dit M. Jean Reynaud, à la place de l'économie de la société. Nous faisons trop de cas de l'intelligence de M. Ledru-Rollin pour lui attribuer ces fadaises. Ce n'est pas au moment de la lutte qi^'jun.chef por litique se pose en hçmijpe de transition, de transacjtipn ppuc parler plus juste : c'est après la victoire. La candidature d^ M. Ledru-Rollin en ce moment est plus qu'un non-sens ; c'est une faute. Qu'il nous permette donc de dire de Ijai, pour cette fois : Candidat en réserve, question ajournée.
Cavaignacseul représente le cap'ildX, ^^ifè ^\x.^gcck^\i^s^V^'^
Révolution, lo levain qni^ dans le temps fixé pjEif le destin, fera lever la pâle sociale. C'est pour cjela que nous tenons i nous poser dans l'intégrité de notre principe et djans la plénitude de notre antagonisme ; c'est pour cela que nou§ voulons; comme symbole de la situation présente^ non pas Raspail et Ledru-Rollin, ce qui n'exprimerait qu'pne divi-r sion fratricide ; non pas Ledru-Rollin et Gavaignac^ ce qui exprimerait la transaction avant l'opposition ; mais Raspajl et Gavaignac, le travail et le capital. Serions-nous donc les seuls hommes dans la République à qui il fût interdit de professer hautement leurs opinions^ et de les formuler pa^ une candidature?
Oui, général, vous êtes notre ennemi, et parce que vous êtes notre ennemi, nous nous garderons de vous avilir. Vous nous avez fait trop de mal, pour que, au moment de commencer avec vous cette lutte suprême, nous ne tenions pas à vous grandir encore, à vous élever.
Vous avez été habile, quoi qu'on ait dit, parce que vous • avez été vrai.
Vous avez été habile en juin, quand la commission executive vous disait : Nous allons avoir une bataille : il faut en finir! — Il n'a pas tenu à vous, en vérité, que ce ne fût fini!
Vous avez été habile quand vous avez appelé MM. Vivien et Dufaure. Votre situation était mal dessinée jusquelà : on pouvait douter encore si le vainqueur de juin avait fait la guerre au socialisme ou à des échappés de bagne. MM. Dufaure et Vivien vous ont donné votre véritable nom, votre véritable signification : vous vous êtes appelé dès lors le capital.
Vous avez été habile, quand, au grand regret de vos
anjis, et à la grande joie de vos accusateurs, vous avez
voulu que l'élection du président de la République fût
fixée au 10 décembre. Vous aviez calculé que le délai était
plas que suffisant cour novx.^ m^£^<^^V!î,t dans votre essence,
et marier k Fintérét de voire candidature rmtérét du capitai. Vous saviez qu un gQUvcrnepent, quel ^11 sô^t^ est toujours sûr d'avoir la majorité à peinç de révojiutîoâ : or,' le pays, encore chaud de février, ^e mar^, d'avril, àe mai, de juin, le pays a peur des ^ évolutions.
Vous avez été habile, quand, à la surprime gépéjrsde, vojqi^ avez défié à la trii)unç vos adyersj^re^ politiques. ^ Vousf saviez encore que vojas ne pouviez rencontrer en eux quç des complices, qu'autre part étaient vos accusateurs.
Vous êtes habile, quand vous vous refusez obstinément, $ous prétexte d'assignats, à toute création de papier do crédit. Tout ce qui peut amoindrir la féodalité capitaliste est contraire à votre principe; et dans l'état actuel des choses, organiser le crédit, ce serait vous suicider.
Vous êtes habile, quand, malgré les clameurs de la gauche, vous vous renfermez, vis-à-vis de l'Europe, dans une neutralité impertubable. Vous savez que ce qui agite l'Europe en ce moment est le socialisme, et votre mission n'est pa9 « de faire, pour le compte du socialisme, une propagande armée. Ceux qu'on fusille à Vienne sont les frères de ceux que vous avez fusillés à Paris : il faut être stupide pour ne pas le voir.
Vous êtes habile, et qui plus est, vous êtes heureux quand vous ofTrez au saint-père l'hospitalité de la République : parce que la République à laquelle vous allez présider, n'est autre chose que la République du capital, la Républir que très chrétienne, entendez-vous, dont le cen^e ne s^eK^ plus désormais à Rome, mais, comme le voulait l'Eippe* reur, à Paris. Il y a longtemps que le catholicisme a fait, en occident, un pacte avec l'usure : ce pacte, vous allez le renouveler par l'union mystique des noms de Pie IX et de Gavaignac.
Suivez donc, sans broncher, votre ligne ; faites chaque jour acte de gouvernement; agissez, çend'MVlajjfc^^'îk^^RKscfi-
QévQlution, h )eyain qni^ dans le temps fixé pjELf le destin, éra lever la pâte sociale. C'est pour c.ela que nous tenons S nous poser dans l'intégrité de notre principe et dans la plénitude de noti^ antagonisme ; c'est pour cela que nouç voulons^ comme symbole de la situation présente^ non pas Raspaîl et Ledru-Rollin, ce qui n'exprimerait qu'pne diVi-r sîon fratricide ; non pas Ledru-Rollin et CavaigijLac^ ce qui exprimerait la transaction avant Voppositipn ; mais Raspajl et Cavaignac, le travail et le capital. Serions-nous donc les seuls hommes dans la République à qui il fût interdit de professer hautement leurs opinions, et de les tormuler paf une candidature?
Oui, général, vous êtes notre ennemi, et parce que vous êtes notre ennemi, nous nous garderons de vous avilir. Vous nous avez fait trop de mal, pour que, au moment de commencer avec vous cette lutte suprême, nous ne tenions pas à vous grandir encore, à vous élever.
Vous avez été habile, quoi qu'on ait dit, parce que vous • avez été vrai.
Vous avez été habile en juin, quand la commission executive vous disait : Nous allons avoir une bataille : il faut en finir! — Il n'a pas tenu à vous, en vérité, que ce ne fût fini!
Vous avez été habile quand vous avez appelé MM. Vivien et Dufaure. Votre situation était mal dessinée jusquelà : on pouvait douter encore si le vainqueur de juin avait fait la guerre au socialisme ou à des échappés de bagne. MM. Dufaure et Vivien vous ont donné votre véritable nom, votre véritable signification : vous vous êtes appelé dès lors le capital.
Vous avez été habile, quand, au grand regret de vos an^is, et à la grande joie de vos accusateurs, vous avez voulu que l'élection du président de la Républi(][ue fût fixée au 10 décembre. Vous aviez calculé que le délai était plus que suffisant pour vous manifester dans votre essence,
et marier k Tintérét de voire candidature rmtérét du capitaJ. Vous saviez qu un gQuvcrncunent, qujel ^u'il sôjt, est toujours sûr d'avoir la majorité à peihç de révojiutîon : or, le pays, encore chaud de février, de mar^, d'prîl, de inai, de juin, le pays a peur des ^ évolutions. ' .
Vous avez élé habile, quand, à la surprise générée, vous avez défié à la tribune vos adversaire^ politiques. ^ Vous saviez encore que vofls ne pouviez rencontjrer en eux que des complices, qu'autre part étaient vos accusateurs.
Vous êtes habile, quand vous vous refusez obstinément, 30US prétexte d'assignats, à toute création de papier do crédit. Tout ce qui peut amoindrir la féodalité capitaliste est contraire à votre principe ; et dans l'état actuel des choses, organiser le crédit, ce serait vous suicider.
Vous êtes habile, quand, malgré les clameurs de la gauche, vous vous renfermez, vis-à-vis de l'Europe, dans une neutralité impertubable. Vous savez que ce qui agite l'Europe en ce moment est le socialisme, et votre mission n'est pas <. de faire, pour le compte du socialisme, une propagande armée. Ceux qu'on fusille à Vienne sont les frères de ceux que vous avez fusillés à Paris : il faut être stupide pour ne pas le voir.
Vous êtes habile, et qui plus est, vous êtes heureux quand vous offrez au saint-père l'hospitalité de la République : parce que la République à laquelle vous allez présider, n'est autre chose que la République du capital, la République très chrétienne, entendez-vous, dont le centjre ne sera plus désormais à Rome, mais, comme le voulait l'Empereur, à Paris. Il y a longtemps que le catholicisme a fait, en occident, un pacte avec l'usure : ce pacte, vous allez le renouveler par l'union mystique des noms de Pie IX et de Cavaignac.
Suivez donc, sans broncher, votre ligne; faites chaque jour acte de gouvernement; agissez, pendant que vos corn-
n'avions point pris Tiaitiative ; et , en faisant le sacrifice de notre opinion personnelle, nous donnâmes l'exemple de la discipline. Le but de notre vote ainsi marqué^ peu nous importait le candidat ;. il était même égal pour nous qu'il y en eût deux ou un seul : toute la quës'liôn était de connaître nos forces et d'écarter Napoléon.
Depuis, nous avons pu juger, à la vivacité de l'opposition qui nous fut faite au sujet de la candidature de Raspail, que plusieurs de nos co-réligionnaires politiques, tout en signant la foi déinocratiqae et sociale , et faisant serment de haine à la présidence, cachaient la pensée, coupable à nos yeux parce qu'elle était aussi contraire au socialisme qu'à la démocratie, de faire aboutir leur candidat. La candidature de M. Lédru-Rollin, qui île devait être, comme celle de Raspail , qu'une simple protestation , devint tout à coup une candidature sérieuse y aussi sérieuse , par conséquent aussi menaçante, aussi hostile pour nous que celles de Napoléon et de Gavaignac. C'était une apostasie contre laquelle notre devoir était de protester , une combinaison machiavélique que nous avons combattue de tbuS nos efiorts,mais que nous ne nous vantons pas d'avoir fait échouer : la minorité flagrante du parti démocratique et social rendant, pour le moment, l'échec inévitable.
Au reste, pour mettre tout le monde à l'aise et ne rien déguiser de notre pensée , nous dirons sans feinte qu'indépendamment de notre fidélité inviolable au principe antipîrésidenliel , si la candidature de M; Ledru-Rollin avait eu la moindre chance de succès , et qu'il eût dépendu de nous dé la faire avorter, nous l'eussions fait. Nous n'avons pas plus de confiance aux idées que représente aujourd'hui M. Ledru-Rollin qu'à celles représentées par le National et Gavaignac. M. Ledru-Rollin , — nous voulons dire la fraction démocratique dont il est le chef, — n'a pas fait une a^sêz longue quarantame da\i^\e\^aa^te\.^QO\.^vsXfc^xix <sç^^ nous le croyion? dcî?i tows^toxmfe , \^v^^^^^ $v& ^nx^\^xsJ^^
politique qui a produit tous les échecs de la Révolution depuis février.
Ainsi donc^ si aujourd'hui Louis-Napoléon Bonaparte çst élu président de la République , la responsabilité ne peut nous en revenir. Elle est tout entière à ceux qui, mangeaut le mol d'ordre , ont voulu exploiter à leur profit l'horreur qu'inspirait Cavaignac, et qui, ne pouvant faire croire à leur succès y ont précipité vers Napoléon la plupart des démocrates.
Qu'on essaie, maintenant , d'atténuer la portée du vote ; qu'on l'explique , qu'on le torture , qu'on l'excuse, il n'en demeurera pas moins vrai que le fruit appartient tout entier à la téàctibn : car, eh toute guerre, ceux-là seuls profitent te lu victoire qui ont teiiu le drapeau dans le combat. La dénlOcraiie socialiste a cotnmis la même faute que le parff légitimisite, qui, lui aussi , a volé, par tactique, pour Napoléon, croyant servir les intérêts de Henri V, et qui n'a faft autre chose que couronner le prétendant bonapartiste à la! ftaJcé du sien.
Quoi qu'il en soit, Louis-Napoléon Bonaparte est présidètlt; t'est le président de la réaction , non pas de la réaction légitimiste, qui s'est annihilée en lui portant ses voix; non pas de la réaction jésuitique , réduite , depuis 89, à se dissimuler sous tous les gouvernements et à chanter le Domine salvum fac pour tous les princes ; non pas même de la réaction financière et bourgeoise , qui depuis juin s'était personnifiée en Cavaignac ; mais de la réaction monarchique^ constitutionnelle , qui , sur ce pivot de la présidence, s'apprête à reconstruire le système à bascule brisé en février.
Voilà ce que, de par la loi du vote, est pour nous Napoléon.
En vain vous protesterez, démocrates ; en vain vous essaierez de pallier votre défaite par les calculs d'une misérable tactique. Louis-Napoléon vous dirait , le sénatus-consvlie de iSO^ et ïacte additionnel de i%\^V\i\ivic^\^^ suis Je vrai monarque constilulionneV qjxi àftNi\\ \fe^^^ '^'^'^
la FVance. Louis XVIII, Charles X et Louis-Philippe n*ont été que des intrus, des usurpateurs contre lesquels le Peuple a protesté en juillet 1830 et février 1848, comme il vient de protester, en me choisissant pour président, contre la République du Luxembourg et des 45 centimes. La restauration et le dernier règne n'ont été qu'une surprise de l'histoire , un vol fait à la famille du grand Napoléon. Est-il surprenant que cet admirable système constitutionnel, œuvre de Siéyës et de l'Empereur, exploité par le mensonge, n'ait produit que le mensonge , et qu'il ait été balayé par deux révolutions? Français, vous n'avez pas vécu depuis 1814: A recommencer avec moi !...
Tel pourrait être le discours de Louis-Napoléon» appuyé sur son parrain le Constitutionnel et sa marraine la Preue^ et escorté de cinq millions et demi de suffrages ! Recommençons donc, puisqu'ainsi Ta voulu le Peuple. La voix du Peuple , dit-on , est la voix de Dieu : cette idée nous revient sans cesse depuis que nous voyons fonctionner le suffrage universel. Il faut convenir pourtant que le Peuple a parlé cette fois comme un homme ivre. Mais, dit le proverbe, il est un dieu pour les ivrognes. Recommençons. Combien durera Texpérience? C'est ce qu'il s'agit de calculer.
S'il n'est pas douteux que Télection de Napoléon-Louis soit un retour vers le système monarchico-constitutionnel , aux trois pouvoirs balancés, à l'allure équivoque et bourgeoise ; il est certain aussi qu'il y a dans cette élection quelque chose qui en amortit singulièrement l'effet, disons même qui en condamne le principe. Napoléon le Jeune, de même que Napoléon le Grand, porte avec lui l'idée, le dard qui le tuera. Notre devoir , à nous démocrates socialistes , loyaux adversaires, qui ne voulons pas la mort du pouvoir, mais qu'il se convertisse, est de dégager publiquement cette idée. Notre plan de campagne était fait d'avance contre Cajj^lQn/giiac : nous allons dite ççûiçWV^et^ çûwNx^^^^fA&c^xv^ si,
dans le labyrinthe oii il vient de s'engager, Napoléon se trompe de route I
Dans l'élection de Louis Bonaparte nous faisons deux parts , ou , pour employer le style des gens d'affaires , nous établissons deux comptes : l'un qui comprend tous les progrès de la réaction triomphante sous l'emblème de Bonaparte j et qui se résume dans cette expression décisive , XONARCHIK CO58TITUTI0NNELLB ; — Tautrc , qui Contient toutes les obligations contractées envers le pays et les électeurs par le prétendant. Le premier de ces comptes forme, pour ainsi dire, Yactify le second forme le passif de la présidence.
Nous savons suffisamment , par l'expérience des trentetrois dernières années, en quoi consiste l'actif : — voyons un peu quel est le passif.
■ Dans son manifeste aux électeurs, Louis-Napoléon Bonaparte a dit entre autres choses , que son unique ambitioii était, après avoir rendu la République heureuse et prospère, de rendre, à l'expiration des quatre années de sa présidence, le pouvoir, tel qu'il le reçoit aujourd'hui, à son successeur. '
Par ces paroles, Louis -Napoléon a fait acte d'adhésion formelle, non-seulement à la République , mais à la Constitution. Il s'est engagé à respecter et à faire respecter la Constitution. Il a abjuré toute prétention monarchique , toute arrière-pensée contre-révolutionnaire. Et ceux qui ont Toté pour lui, ont fait, comme lui, acte d'adhésion à la République à la Constitution.
C'est une première obligation , une première dette , qui engage l'avenir de Louis Bonaparte, qui l'arrête tout court sur la ligne où le porte fatalement le sens politique de son élection. — Louis Bonaparte , par le principe de sa candidature, bien plus encore que par son inclination, tend à rétablir la monarchie constitutionnelle , et , comme Louis- Philippe, à fonder une autre dynastie. Parles articles de son manifeste, au contraire, et par le principe de vote, il s'est obligé à rendre au bout de quatre an^ \^ Ç»o\»V\\.vv^^^'SS^^
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sidentielle en Tétat où il l'aura reçue : je voùdrus savoir CionHnent lui et ses conseillers pensent satisfaire en même temps au vœu du principe et au devoir de rengagement?..* Ce n'est pas tout. -, . ^
Louis Bonaparte , qui , depuis son entrée à l'Assemblée nationale, a constamment gardé un silence prudent ; qui a su avec tant d'habileté se taire, alors que tout le provoquait à parler ; Louis Bonaparte n'a pas eu toujours la même réserve, n a eu dans sa vie le malheur d'écrire : il a écrit des choses singulièrement hasardées, et ces choses-là, , bien loin d^ les dissimuler, il les a reproduites à l'occasion de sa candidature ; il s'en est servi comme d'un levier électoral ; elles font partie de son manifeste , car elles l'accompagnaient. Nous voulons parler ici surtout de la brochure intitulée : Extinction du paupérisme.
Un Bonaparte doit savoir ce qu'il dit. L'extinction du paupérisme , c'est l'émancipation du prolétariat ; c'est le droit au travail ; c'est la société sens dessus dessous^ Bonaparte, en un mot, n'a fait ni moins ni plus que Raspail et Ledru- Rollin : pour obtenir des voix , il s'est fait socialiste. Ainsi l'ont compris les paysans et ouvriers qui ont donné leurs voix à Louis-Napoléon.
Vive la République I criaient les uns : Amnistie I disaient les autres. A bas Cavaignac I à bas les riches ! c'était le refrain de la majorité. Les plus déterminés ajoutaient : Nous lui donnons six mois ! doublant le terme assigné au gouvernement provisoire par les insurgés de février. ,. Tout cela , qu'est-ce autre chose que le commentaire du Manifeste et de Y Extinction du paupérisme ?
Vive la République! donc, à bas l'empire ! à bas la monarchie constitutionnelle, bâtarde de l'Empire et de la République I
i Amnistie I c'esl-k-d\ïe •. Rewdai-îious Barbes , Raspail , Blauqui, Caussidièrc, Lou\^î^mç..^^xv\^T.-^wi^^^^ tés de Brest; de GherbouYS eV. â.Q^oOcl*i^^.^^^^û\^&>^'^^'^-
relies de mars, d'avril, de mai, de juin, de décembre ! Amnistie! Àh ! président de la République, si tous avez jamais pressé la main du prolétaire, si votre cœur a battu sur sa poitrine, ce sera de toutes vos dettes la plus douce à acquif; ter, la moins périlleuse ! L'amnistie vous fera durer autant que vos quatre millions de suffrages.
A bas Cavaignae I c'est-à-dire, à bas le capital! A bas les Hches I traduisez : A bas les pauvres ! à bas l'exploitation dé l'homme par l'homme ! à bas la misère ! — Les représen*tants du Peuple , dévoués à la conservation du monopole , étaient allés solliciter en faveur de Cavaignac. — ^Non ! non î point de Cavaignac, leur ont répondu les paysans : Vive Napoléon l A bas les riches I
La République , la Constitution , l'amnistie , l'extinction du prolétariat, l'organisation du travail ; voilà ce que nous appelons, nous, le passif de la présidence.
Maintenant il s'agit, pour le çouvel élu, de faire honneur à sa signature. Avec quoi paiera-t-il, le citoyen président? Comment pensez- vous qu'il satisfasse à toutes ces demandes, qu'il remplisse ces promesses, qu'il acquitte ces obligations, qu'il évite le protêt à l'échéance ? Croyez-vous que ce soit avec la remise de quelques impôts, qu'il faudrait immédia* tement remplacer par d'autres, que Louis Bonaparte donnera le change à ses créanciers?...
L'impôt sur le sel , la gabelle , produit au trésor 56 millions. Je suppose cet impôt intégralement aboli et la consommation doublée : ce sera comme si Louis Bonaparte faisait don au Peuple, qui l'a élu, de 116 millions par an.
L'impôt sur les boissons produit 103 millions. Je suppose cet impôt aboli , et la consommation doublée , c'est-à-dire l'usage ou bénéfice du vin augmenté du double pour le consiommateur qui s'en prive, et par conséquent la vente doubljée pour le vigneron qui Qe sait qu'en faire : Cje sera comme si Louis Bonaparte faisait un nouveau don au Peuple dp 206 millions.
Je porte à i 00 millions les droits d'octrois et de douanes sur la viande^ les céréales et autres substances alimentaires. Supposant ces droits abolis, et la consommation doublée : bénéfice pour le Peuple : 200 millions.
I^s droits sur les sucres produisent 70 millions. — Supposons cette perception abolie et la consommation doublée : ce sera un nouveau surcroît de bien-être pour le Peuple de 140 millions.
Ensemble 662 millions dont il faudrait dégrever immédiatement le budget des communes et de TÉat , dans Tintérét du bien-être et de la santé publics !
Six cent soixante-deux millions divisés par 36 millions de citoyens, et 365 jours dont se compose Tannée, donnent au quotient , — comme expression arithmétique de l'amélioration physique, morale et intellectuelle du Peuple, obtenue par l'abolition de 662 millions d'impôts, — cinq cmtimes dix millièmes par jour et par tête I...
Mais ce résultat est exagéré, parce que les 662 millions défalqués au profit de la classe travailleuse devront être reportés sur la classe riche : c'est-à-dire que pour combler le déficit du budget il faudra augmenter ou créer d'autres impôts ; or, c'est ici que la question se complique et que l'embarras augmente.
L'impôt foncier ne peut pas subir d'accroissement : ce ne sont pas seulement les 45 centimes de la République qu'il faudrait en retrancher, ce seraient plutôt 90 centimes.
La patente est dans le même cas.
La personnelle et mobilière peut être rendue progressive au moyen d'un impôt sur le revenu : on évalue à 60 millions la recette qu'on en tirerait.
L'enregistrement et le timbre sont déjà excessifs : seulement on pourrait, par le procédé Goudchaux, faire rendre davantage au droit établi sur les successions collatérales : soit 20 millions par an.
Tabacs, postes, droits de navigation et transit, déjà trop forts : pas d'augmentation possible.
Soient donc 80 millions à déduire des 662 dont il faudrait dégrever la consommation du Peuple ; ce qui ramène à cinq centimes, au lieu de cinq centimes six dixièmes , la somme de bien-^tre que pourrait donner au Peuple l'abolition des quatre catégories d'impôts que nous avons précédemment énumérées ; impôt sur le sel, impôt sur les boissons, impôt sur la viande et les céréales, impôt sur les sucres.
Ainsi , pour donner au Peuple cinq centimes de revenu par jour et par tête, on endetterait chaque année l'État de 582 millions ! Mais comme l'État ne peut pas plus se passer de budget que la société ne peut se passer de gouvernement , il su'riverait infailliblement, avant l'expiration de la première année, ou que tous les impôts seraient rétablis , et par conséquent la misère ramenée au statu quo; — ou que l'État ferait banqueroute, c'est-à-dire que la nation n'aurait plus de gouvernement , chose impossible dans une république à présidence.
Au lieu de 662 millions, ne diminuez que la moitié, le tiers ou le quart ; faites telle combinaison et compensation que vous voudrez : vous ne sortirez jamais de ce cercle de la misère du Peuple et de la banqueroute de l'État.
On parle en ce moment d'un emprunt de 500 millions, à 6 pour cent, sous la caution de l'empereur Nicolas! — — J'admets que cet emprunt soit rempli demain. Quand vous aurez comblé le déficit déjà connu pour l'année 1848, et le déficit prévu pour l'année 4849, il ne restera des 500 millions empruntés qu'une rente annuelle de 30 millions à ajouter au budget de la Républiqe et à répartir entre les travailleurs. Tel est le résultat le plus clair, le plus net, qui puisse nous advenir de la nomination de Napoléon.
Je demande donc à Louis-Napoléon Bonaparte, président de la République française :
Avez'Vous de quoi faire face k \os o\>\\%^NÀ»\v5i ^tiçX<5>\^^<v
Et sans m'enquérir des questions politiques, faciles à résoudre quand \ous aurez résolu le problème de la inisère, pouvez-Yous, dites-moi, réduire des trois quarts yotre budget, doubler la production nationale, quadrupler la moyenne du revenu du travailleur?
Pouvez-vous dégrever le prolétariat, non pas momentanément de 500 millions, qu'il vous faudra lui redemander ensuite , à peine de livrer le pays à Tanarchie ; mais à perpétuité de cinq milliards de rentes que le travail paie au capital?
Pouvez-vous créditer les associations ouvrières, foire cesser l'antagonisme industriel, garantir à tous Tinstmction, le travail, la santé, la richesse, la liberté?
Si vous le pouvez , hâtez-vous de nous le faire connaître et de justifier le choix du peuple : car nous sommes, vis-àvis de ceux qui nous gouvernent, impatients et impitoydiles. Sinon, je vous le déclare au nom dé ce même Peuple, vous n'êtes qu'un emprunteur de mauvaise foi , un misérable faussaire, qui , le jour même où il signe son contrat , rêve déjà aux moyens de faire banqueroute.
h^ Bernk^nt*
21 Pécemkre.
Hier, à quatre heures et demie de relevée, dans la salle des séances de rAssemblée nationale, Louis-Napoléon Ponaparte; président de la République française de par le suffrage universel, a prêté serment à la Constitution.
Ce serment y a-t-il dit dans son discours, engage son honneur et sa politique.
Nous ne douions pas de la parfaite bonne foi, de la résolution sincère de M. Bonaparte. Mais, en vérité, qu'est-ce que cela prouve? S*agit-il de l'observation littérale du serment? S'agit-il même de l'intention actuelle du président? Ne sait- on pas qu'il est mille moyens, sans violer un serment, de faire exactement le contraire de cej qu'il suppose? Et d'ailleurs, la nécessité n'est-elle pas plus forte que tous les serments?
Ce matin, nos lecteur^ ont dû apprendre avec une satisfaction bien vive que cinq millions et demi de citoyens avaient fait, par la bouche de M. Bonaparte, acte d'adhésion à la République. Ils ont dû croire que la Constitution et la République, grâce à M. Bonaparte, étaient affermies pour jamais. Eh bien ! que ces mêmes lecteurs daignent ^uiyre notre raisonnement, ils se convaincront bientôt que si M. Bonaparte était maître de jurer, il n'est pas du tout maître de tenir.
Nous procéderons comme les géomètres, nous ferons, pour ainsi dire, une opérafion de trigonométrie parlementaire, dont le résultat sera de prouver que M. Bonaparte, à son insu, travaille dès ce momeu\kàèmQYi£\^Çx^\x^^v3&a^
1. Il est de faitf et on Ta remarqué maintes fois, que M. Bonaparte s'est constamment abstenu de voter lors de la discussion de la Constitution. Il n'a rien Yoté de cette Gonstitution, ni chapitre, ni article, ni paragraphe, ni ensemble. Si M. Bonaparte professe une opinion quelconque sur la Constitution, nul ne la connaît : il Ta toujours tenue secrète. Pense-t-il, sur cette importante matière qui a fait l'objet de son serment, comme M. Thiers ou M. de Larochegacquelein, comme Ledru-RoUin ou Pierre Leroux? Il serait singulier que le président de la République, le premier organe de la Constitution, la créature de la Constitution, n'eût pas d'opinion arrêtée sur la Constitution !....
M. Bonaparte, en prêtant serment à la Constitution, a donc juré comme président de la République, parce qu'il ne pouvait faire autrement : il n'a point engagé sa conscience d'homme. En lui, le citoyen a fait ses réserves contre Je magistrat. Pendant que le président de la République donnera l'exemple de l'obéissance au pacte, il se pourrait que le neveu de l'Empereur pensât, sur le pacte, tout juste comme le dernier des croisés ou lé premier des socialistes. Que peut-il résulter de cette contrariété d'opinion entre l'homme public et l'homme privé? C'est ce que la suite \a nous apppendre. Voilà notre premier jalon planté : voici le second.
2. Après la prestation du serment, le premier acte de M. Bonaparte a été de nommer M. 0. Barrot président du ministère.
Or, il se trouve que M. Barrot n'a, non plus que M. Bonaparte, voté la Constitution. 11 était présent au vote sur l'ensemble, il s'est abstenu. Ce n'est pas tout : M. Barrot a appuyé et voté l'amendement de M. Duvergier de Hauranne, relatif à la dualité de la Représentation nationale : principe tout à fait contraire à la pensée démocratique qui dowine foute la Gonslilution.
iSaiis doute M. Barrol, c^\x\e?X\iouu^\^Vwsasvçi,^\«^^^^
une transaction avec sa raison, respecter et faire respecter le pacte; maisil n'est pas moins vrai qu'en agissant de la sorte, il agira contre sa conviction, il fera un sacrifice au serinent prêté par le président. Nous aimerions mieux un ministre qui n'aurait rien à sacrifier, et en qui la conviction serait d'accord avec le pouvoir.
Les autres ministres, choisis par M. Barrot, sont à peu près dans le même cas que lui. Tous ont voté, il est vrai, l'ensemble de la Constitution : mais tous ont voté aussi le principe monarchique des deux chambres, posé par M. Du* vergier de Hauranne. De sorte qu'en résumé, le ministère premier-né de M. Bonaparte, se compose en entier de parti sans du système constitutionnel renversé en février. Le président du conseil, M. Odilon -Barrot, est le même que Louis-Philippe, cédant à la pression de la bourgeoisie mécontente, et au vœu de l'opposition dynastique, offrait au pays la veille de son expulsion. Sauf quelques noms nouveaux, — tel que celui de Bonaparte qui remplace celui de d'Orléans, le personnel gouvernemental est de même nature, même valeur, qu'il était la veille du jour où fut proclamée la République. Supprimez, par la pensée, la fusillade des Capucines et ce qui s'en est suivi jusqu'au 20 décembre, et vous trouverez que dans l'intervalle de ces dix mois, l'histoire n'a pas marché, tant les dates se raccordent !
3. Ce que nous venons de dire de la foi personnelle du président de la République et de ses ministres à rencontre de la Constitution, ne pourrait donner lieu qu'à une probabilité. Ce que nous allons rapporter convertira cette probabilité en certitude.
La bouche parle de l'abondance du cœur. M. Bonaparte, qui, jusqu'au jour du serment, n'avait dit mot, le serment prêté, a montré ce qu'il avait dans l'âme en prononçant son Discours de la Présidence,
Ce discours confirme ce que nous n'avions fait que soupçonner, savoir, que le présidenlà^X^^fe^^"^^^ ^ï:^^s•
du discours de M. Bonaparte. Il s'agit de la politique du cabinet.
5. Cette politique était donnée par la situation, et il fant convenir que M. Bonaparte Ta saisie admirablement.
La révolution de février est non seulement politique, mais sociale.
En politique, la révolution consiste à abolir rancienne distinction des pouvoirs et à gouverner TËtat au moyen d'une Convention nationale, légiférant par ses délibérations d'ensemble, et gouvernant par ses comités. L'amendement Grévy était la transition naturelle à ce système.
En économie sociale, la Révolution consiste à abolir la distinction de propriétaires et prolétaires, entrepreneurs et salariés, capitalistes et travailleurs, au moyen de rassociation intégrale et de la soumission du capital au travail.
J^ Révolution ayant été vaincue sur le terrain politique, devait Têtre aussi sur le terrain économique : l'idée gouvernementale et ridée socialiste étant au fond la même idée, sous une double formule.
L'Assemblée nationale le comprit tout d'abord ; Cavaignac y conforma sa pensée : Bonaparte, en prenant possession de la présidence, suit la même tradition, les mêmes errements.
Rcuseoir la iociété sur ses hases, que le socialisme a ébanlées;
Relever le pays, que la Révolution de février a abattu ;
Guérir ses plaies; — il ne s'agit déjà plus de rembourser les 45 centimes !
Ramener les hommes égarés, par les théories anti-malthusiennes, sans doute !
Pas d'utopie! surtout, c'est-à-dire pas de réforme, pas de papier-monnaie, pas de droit au travail, voilà pour le dedans !
Au dehors, la paix! la paix partout et toujours, comme
au temps de M. Guizot; avec cela, si nous ne faisons pas de
g^randes choses, nous tdcKeron» au \yvo\t^% d'en (aire de bon--
nés! telle est la conclusion de cette étonnante profession ^e foi.
Ainsi, à rintérîeur, M. Bonaparte borne son ambition à remettre les choses en Fétat où elles étaient avant février, et à arrêter, s'il est possible, le torrent socialiste ; à Textérieur, sa politique se résume en un mot, la paix ! Et de vrai, ce qui agite l'Europe, ce qui soulève les Allemands contre leurs despotes, les Italiens contre leurs conquérants, les Romains contre le pape, n'est-ce pas Tutopie, le droit au travail, la folie socialiste ?
A qui donc irions-nous déclarer la guerre? Aux conservateurs de Berlin, de Francfort, de Vienne ou de Rome? Contradiction ! La cause qui vient de triompher là-bas est la même que celle qui a vaincu en juin à Paris. En vertu de la solidarité des castes, notre devoir est de rester chez nous.
Boargeois, formez une Sainte-Alliance, Et donnez-vous la main !
On ne parlera plus même de la Pologne. La Pologne ! c'est le foyer du socialisme chez les peuples slaves 1...
Donc, M. Bonaparte ne vient point continuer la Révolution, il vient pour refouler la Révolution. C'est pour cela qu'il loue la politique du général Cavaignac, qu'il lui serre la main en signe d'intelligence, qu'il le salue comme son maître et son modèle. Cavaignac a aplani la route à Bonaparte : après Dieu et les électeurs, c'est à Cavaignac que Bonaparte doit le plus. — C'est pour cela que Bonaparte appelle à lui des hommes de toute couleur et de toute or gine : il veut, dit-il, former un ministère de conciliation, traduisez de coalition, contre la barbarie moderne, contre le socialisme. — C'est pour cela enfin que l'on parle de donner à M. Bugeaud le commandement de cette armée des Alpes qui, au lieu de regarder le Piémont, a l'œil constamment ouvert sur Paris et Lyon, les deux centres de l'iasurrectioD proJélarienne.
Courage donc, Bonaparte ! Marchez, par les voies légales, à la restauration monarchique, contre laquelle vous avez prêté serment; organisez la croisade des exploiteurs contre les exploités, qui vous ont donné cinq millions et demi de voix ; élu de la Révolution, étouSez, autant qu'il est en vous, la Révolution. Vous n'arrêterez point la destinée; vous ne saisirez point au vol ces idées que vous voulez proscrire ; vous ne les empêcherez pas de se traduire en faits plus puissants que votre politique et vos bataillons.
Courage ! il est une gloire que vous êtes sûr d'obtenir ; comme ce dernier des empereurs, que les contemporains nommèrent par dérision Romulus Augustulus, vous serez Bonaparte le petit. Napoléon le nain.
Htm
'Eommi à la Ré^alntlMu
17 Odokre.
Citoyens,
Quand nos amis de la République démocratiquei inquiets de nos idées et de nos tendances, se récrient contre la qualification de socialistes que nous ajoutons à celle de démocrates, que nous reprochent-ils? — Ils nous reprochent de n'être pas révolutionnaires.
Sachons donc une fois qui d'eux ou de nous est dans la tradition ; qui d'eux ou de nous est dans la vraie pratique révolutionnaire*
Et quand nos adversaires de la bourgeoisie^ inquiets pour leurs privilèges, déversent sur nous la calomnie et Toutrage, quel est le prétexte de leurs accusations ? — C'est que nous voulons tout détruire et tout perdre : propriété, famille, civilisation.
Sachons donc aussi qui de nous ou de nos adversaires mérite le mieux le titre de conservateurs.
Les révolutions sont les manifestations successives de la JUSTICE dans l'humanité. — C'est pour cela que toute révolution a son point de départ dans une révolution antérieure.
Qui dit donc révolution dit nécessairement progrès^ dit par là même consei^ation. D'où il suit que la révolution est en permanence dans l'histoire, et qu'à proprement parler il n'y a pas eu plusieurs révolutions, il n'y a qu'une seule et même et perpétuellle révolution.
La révolution» il y a dix-huit 8iècles^s'aQQelaltl'Évk'ïi;5».\5.> Ja jBonm NquuIU. Son dogme ioiidAm%ik\a^.^\a^ ^
Dieu ; sa devise, \ Egalité de tous les hommes devant Dieu. L'esclavage antique reposait sur rantagonisme et Tinégallté des dieux, ce qui voulait dire sur rinfériorité relative des races, sur l'état de guerre. Le christianisme créa le droit des gens, la fraternité des nations ; ce fut en raison de son dogme et de sa devise que furent abolis simultanément Tidolâtrie et l'esclavage.
Certes, on ne niera pas aujourd'hui que les chrétiens, ces révolutionnaires qui combattaient par la parole et par le martyre, ne fussent des hommes de progrès : j'ajoute qu'ils étaient des hommes de conservation.
L'initiation polythéiste, après avoir civilisé les premiers humains ; après avoir converti ces hommes des bois, sylvestres hominesj comme dit le poète, en hommes des villes, en citoyens, était devenue elle-même, par le sensualisme et le privilège, un principe de corruption et d'asservissement. L'humanité était perdue, quand elle fut sauvée par le Christ, qui reçut pour cette mission glorieuse le double titre de Sauveur et Rédempteur, comme qui dirait, dans notre langue politique, conservateur et révolutionnaire.
Tel fut le caractère de la première et de la plus grande des révolutions. Elle renouvela le monde, et eu le renouvelant elle le conserva.
Mais, toute surnaturelle et spiritualiste qu'elle fût, cette révolution, n'exprimait pourtant que le côté le plus matériel de la justice, l'affranchissement des corps, l'abolition de l'esclavage. Établie sur la foi, elle laissait la pensée esclave; elle ne suffiait pas à l'émancipation de l'homme, qui est esprit et corps, matière et intelligence ; elle appelait une autre révolution. Mille ans après la venue du Christ, commençait, au sein de la religion qu'il avait fondée, une agitation inconnue, prélude d'un nouveau progrès. La scolastique portait dans ses flancs, à côté ;de l'autorité de l'Église et des Écritures, l'autorité de la raison!.... Vers le XVI* siècle la révoWliou feçXaXai.
La révolution, à cette époque, sans abandonner sa première donnée, sans se renier elle-même, prit un autre nom, nom déjà célèbre ; elle s'appela la Philosophie. Elle eut pour dogme, la liberté de la raison ; et, je puis bien le dire, puisque Tune est la conséquence immédiate de l'autre, pour devise, l'égalité de tous devant la raison.
Voici donc Thomme déclaré inviolable et libre dans sa double essence, Tâme et le corps ! Était-ce progrès? Quel autre qu'un tyran pourrait le nier? Était-ce conservation? cela n'a pas même besoin de réponse.
La destinée de l'homme, a dit un sage, est de contempler les œuvres de Dieu. Après avoir connu Dieu par le cœur, par la foi, le temps était venu pour l'homme de le connaître par la raison. L'Évangile avait été pour l'humanité comme une instruction primaire, maintenant adulte, elle avait be** soin d'un enseignement supérieur, à peine de croupir dans l'idiotisme et la servitude qui le suit.
Ainsi les Galilée, les Arnaud de Bresce, les Giordano Bruno, les Descartes, les Luther, toute cette élite de savants, de penseurs et d'artistes, qui brillèrent dans les xv**^ xvi* et xvn® siècles, grands révolutionnaires, furent en même temps les conservateurs de la société, les hérauts de la civilisation. Ils poursuivirent, contre les représentants du Christ, le mouvement commencé par le Christ : à eux aussi la per* sécutîon et le martyre ne manquèrent pas !
Voilà quelle fut la seconde révolution, la deuxième grande manifestation de la Justice. Elle aussi rajeunit le monde ; elle le sauva.
Mais la philosophie, ajoutant ses conquêtes à celles de l'Évangile ne remplissait pas, il s'en faut, le programme de cette justice éternelle. La liberté, évoquée du sein de Dieu par le Christ, n'était encore qu'individuelle : Il fallait l'établir sur le forum ; il fallait de la conscience, la faire passer dans la loi.
Vers le milieu du siècle dernier commÇiWS^.ij^^^vBûR.^'^Qr
velle élaboration; et comme la première révolution avait été religieuse, et la seconde philosophique, la troisième révolution fîit politique. Elle s'appela le Contrat sogul.
Elle prit pour dogme la souveraineté du peuple : c'était la contre-partie du dogme chrétien, l'unité de Dieu.
Sa devise fut Y égalité devant la loi; c'était le corollaire de celles qu'elle avait précédemment inscrites sur son drapeau, l'égalité devant Dieu et l'égalité devant la raison.
Ainsi, à chaque révolution, la liberté nous apparaît toujours comme l'instrument de la justice, et l'égalité comme son critérium. Le troisième terme est le but de la Justice; ce but, toujours poursuivi, toujours approché, est la fraternité.
Ne perdons jamais de vue cet ordre du développement révolutionnaire. Au témoignage de l'histoire, la fraternité, but suprême des révolutions, ne s'impose pas, : elle a pour condition la liberté d'abord, l'égalité après. Comme si la justice nous disait à tous : Hommes, soyez libres ; citoyens, devenez égaux ; et puis, frères, embrassez- vous.
Qui oserait nier que là révolution entreprise, il y a soixante ans, par nos pères, et dont l'héroïque souvenir fait vibrer nos cœurs avec tant de force qu'il nous ôte presque le sentiment de nos propres devoirs ; qui niera, dis-je, que cette révolution fût un progrès? Personne. Eh bien! je le demande : n'est-il pas vrai qu'autant elle était progressive autant elle fut conservatrice? La société pouvait-elle vivre avec son despotisme usé, avec sa noblesse avilie, avec son clergé corrompu, avec des parlements égoïstes, indisciplinés, livrés à l'intrigue, avec un peuple en guenilles, avec une genl taillable et covéable à merci et miséricorde ?
Mais qu'est-il besoin d'éclairer le soleil, de démontrer l'évidence? La révolution de 89 fut le salut de l'humanité ; c'est pour cela qu'elle mérite lé titre de révolution.
Mais, citoyens, si nos pères ont fait beaucoup pour la Jiberié et l'égalité, Us oat ouvert ^)lus profondément la roule de là fraternité, Us tiow% oT\\.\^\%'feîi «^u^^^^^xw.W^^'ç..
La justice n'a pas dit, en 89, son dernier mol ; et qui sait quand elle le dira?
Ne sommes-nous pas témoins, nous génération de 1848, d'une corruption pire que celle des plus mauvais jours de l'histoire ; d'une misère pareille à celle des temps féodaux ; d'une oppression de l'esprit et de la conscience, d'un abrutissement de toutes les facultés de l'homme, qui dépassent tout ce que l'on a vu aux époques de la plus affreuse barbarie? A quoi nous servent les conquêtes du passé, et la religion, et la philosophie, et les constitutions et les codes^ quand, en vertu des droits mêmes que nous garantissent ces constitutions et ces codes, nous nous trouvons dépossédés de la nature, excommuniés du genre humain? Qu'est-ce que la politique, alors que nous manquons de pain, alors qu'on nous Ole jusqu'au travail qui donne le pain? Que nous importent la liberté d'aller et devenir, la liberté de penser ou de ne pas penser, la garantie de la loi, et le spectacle des merveilles de la civilisation, et le maigre enseignement qu'on nous délivre, quand, par le retrait de tous les objets sur lesquels peuvent s'exercer l'activité humaine, nous nous sommes plongés dans le vide absolu ; quand à l'appel de nos sens, de nos cœurs, de notre raison, l'univers et la société répondent : Néant î...
Citoyens, j'en jure par le Christ et par nos pères ? La justice a sonné sa quatrième heure, et malheur à ceux qui ne l'ont point entendue !
— Révolution de 4848, comment te nommes-tu?
— Je me nomme le Droit au travail!
— Quel est ton drapeau ?
«— V Association I
— Ta devise?
— U Egalité devant la fortune I "^L
— Oh nous mènes-tu?
— A la Fraternité!
— Salut à toi; Révolution l je 1^ %^tN\x^\ WîïWûfc^^
Dieu, comme j'ai servi la Philosophie et la Liberté, de tout moû cœur, de toute mon âme, de toute mon intelligence et de tout mon courage, et n'aurai point d'autre souveraine et d'autre règle que toi !
Ainsi la Révolution, après avoir été tour à tour religieuse, philosophique, politique, est devenue économique. Et comme toutes ses devancières, ce n'est rien de moins qu'une contradiction au passé, une sorte de renversement de Tordre établi qu'elle nous apporte ! Sans ce revirement complet de principes et de croyances, il n'y a pas de révolution, il n*y a que mystification. Continuons à interroger Thistoire, citoyens.
Sous l'empire du polythéisme, l'esclavage s'était établi et se perpétuait, au nom de quel principe? Au nom de la religion. — Le Christ parut, qui abolit l'esclavage précisément au nom de la religion.
Le christianisme, à son tour, soumit la raison à la foi; la philosophie renversa cet ordre : elle subordonna la foi à la raison.
La féodalité, au nom |de la politique, asservissait tout le monde, soumettant l'ouvrier au bourgeois, le bourgeois au noble, le noble au roi, le roi au prêtre, le prêtre à une lettre morte. — Au nom de la politique aussi, 89 soumit tout le monde à la loi, et ne reconnut plus parmi les hommes que des citoyens.
Aujourd'hui le travail est à la discrétion du capital. Eh bien ! la révolution vous dit de changer cet ordre. C'est au capital à reconnaître la prépondérance du travail , à l'instrument de se mettre à la disposition de l'ouvrier.
Telle est cette révolution, à qui le sarcasme et la calomnie, à qui la persécution n'aura pas manqué, non phis qu'aux autres. Mais, comme les autres aussi, le révolution de 1848 devient plus féconde par le sang de ses martyrs. Sanguis worti/rum, scmcn cftrts^fanorum / s'écriait l'un des plas grands révolulVotviv^vte^ôi^^V^^^'^^^^^s'^'^^^^^'^-
table Terlullien. Sang de républicains, semence de républicains.
Qui n*ose pas avouer celte foi, scellée du sang de nos frères, n'est pas révolutionnaire : c'est un infidèle. Qui la dissimule est un renégat. Séparer la République du socialisme, c'est vouloir accorder la liberté de l'esprit avec l'esclavage des sens, l'exercice des droits politiques avec la privation des droits civils : c'est contradictoire, c'est absurde.
Voilà, citoyens, la généalogie des idées sociales : sommesnous, oui ou non, dans la tradition révolutionnaire ? Il s'agit de savoir à présent si nous sommes aussi dans la pratique ; si, comme nos pères, nous serons tout à la fois hommes de conservation et hommes de progrès : car ce n'est qu'à ce double titre que nous serons des hommes de révolution.
Nous avons le principe révolutionnaire, le dogme révolutionnaire, la devise révolutionnaire. Que nous manque-til pour accomplir l'œuvre confiée à nos mains par la Providence ? Une seule chose : La Pratique révolutionnaire !
Or, quelle est cette pratique qui distingue, des temps ordinaires, les époques de révolution?
Ce qui constitue la pratique révolutionnaire, c'est qu'elle ne procède plus par détail et diversité, ou par transitions imprescriptibles, mais par simplifications et enjambements. Elle franchit, dans de larges équations, ces termes mitoyens que proposent l'esprit de routine, dont l'application aurait dû normalement se faire dans la période antérieure, mais que Tégoïsme des heureux ou Tinertie des gouvernements a repoussée.
Ces grandes équitations de principes, ces transitions gigantesques dans les mœurs, ont aussi leurs lois, rien de moins arbitraire, de moins abandonné au hasard que la pratique des révolutions.
Mais quelle est-elle enfin celte pratique?
Je suppose que les hommes d'État que nous avons vus au pouvoir depuis le 24 février; que ces ço\vV.\Ç!^\^'î> '^ ^^n\^\^
me, à petks inoyens, à routine étroite et méticuleuse, eussent été à la place des apôtres ; je vous le demande, citoyens, qu'auraieat-ils fait?
Ils seraient tombés d'accord avec les novateurs dans des conférences particulières, en conciliabule secret, que la pluralité des dieux était chose absurde ; ils auraient dit^ comme Gicéron, qu'ils ne concevaient pas que deux augures pussent se regarder sans rire ; ils auraient condamné très philosophiquement, et à voix bassC; Tesclavage.
Mais ils se seraient récriés contre celte propagande téméraire qui, niant les dieux et tout ce que la société avait de plus sacré, soulevait contre elle la superstition et tous les intérêts ; ils auraient cru de bonne politique, au lieu d'attaquer les vieilles croyances, de les interpréter; ils auraient voulu qu'au lieu d'abolir le culte, on le purifiât. Ils se seraient inclinés devant Mercure le larron, Vénus l'impudique, Jupiter l'incestueux. Ils auraient parlé avec estime, avec respect, des jeux Floraux et des Bacchanales. Ils auraient fait la philosophie du polythéisme, raconté l'histoire des dieux, renouvelé le personnel des temples, publié des règlements pour les sacrifices et les fêtes publiques, accordé, autant qu'il eût été en eux, la raison et la morale avec les impures traditions de leurs pères, à force de ménagements, de complaisance, de respect humain ; au lieu de sauver le monde, ils l'auraient fait périr.
H y eut, dans les premiers siècles de l'ère chrétienne, une secte, un parti puissant par le génie el l'éloquence, qui, en face de le révolution chrétienne, entreprit de continuer l'idolâtrie à ce point de vue d'une république modérée et progressive ; ce furent les néoplatoniciens, auxquels se rattachent Appolonius de Thyane et l'empereur Julien. C'est ainsi que nous avons vu, de nos yeux, certains prédicateurs essayer la rénovation du catholicisme, en interprétant ses symboles au point de vue des idées modernes.
Vaine tentative l La çvéJivç^^NÀo^x 0vit^>ciKû5\fc,*^ ^^xs.i, diL^e
la pratique révolationnaire emporta tout, les àîeWi et leurs hypocrites adorateurs ; et Julien, le plus grand pôîitî(jtie el le plus bel esprit de son lemps, ^our s'être follemeût opposé à la justice évangéliqae, est resté flétri datis l'histoire du nom à apostat.
Citons eticore un exemple.
Supposons qu'en 89, les conseillers prudents du despotisme, les esprits avisés de la noblesse, les tolérants du clergé, les sages de la bourgeoisie, les patients du peuple ; supposons, dis-je, que cette élite de citoyens, aux vues les plus droites, aux idées les plus saines, aux intentions les plus philanthropiques, mais pénétrée du danger des brusques innovations, se fût entendue pour ménager, suivant les règles de la haute politique, la transition entre le despotisme et la liberté? Qu'auraient-ils fait?
Ils auraient voté, après longue discussion, mûre délibération, en mettant entre chaque article dix ans au moins d'intervalle, une charte octroyée; ils auraient négocié avec le pape, el avec toute sorte de soumission, la constitution civile du clergé ; ils auraient traité avec les couvents, à l'amiable, le rachat de leurs biens ; ils auraient ouvert une enquête sur la valeur des droits féodaux, sur l'indemnité à accorder aux seigneurs ; ils auraient cherché des compensations aux privilèges pour les droits accordés au peuple. Us auraient fait durer mille ans une révolution que la pratique révolutionnaire accomplit en une nuit.
Et tout ceci n'est point une vaine hypothèse : il ne manqua pas d'hommes en 89 pour enchaîner avec cette fansse sagesse de révolution. Le premier de tous fut Louis XVI, Louis XVI, révolutionnaire de cœnr et de théorie autant que porsonne, mais qui ne comprit pas qu'il devait l'être également en pratique. Louis XVI se mit à nmrchander et chicaner sur tout, tant et sibieny que ht révohition, impatientée, l'emporta !...
Voici donc ce que j'enteads, aujourd'hui, par pratique révolutionnaire.
La révolution de février a posé le droit au travail y c'està-dire la prépondérance du travail sur le capital.
Partant de ce principe, je dis qu'avant de passer outre à toute reforme, nous avons à nous occuper d'une institution généralisatrice, qui exprime, sur tous les points de l'économie sociale, la subordination du capital au travail ; qui, au lieu de faire commanditer comme auparavant le travailleur par le capitaliste, rende le premier arbitre et commandeur du second, une institution qui change le rapport entre les deux grandes puissances économiques, le travail et la propriété, et de laquelle découlent ensuite, par voie de conséquence, toutes les autres réformes.
Sera-ce donc procéder révolutionnairement que de proposer ici une banque agricole servie, comme toujours, par les monopoleurs d'argent ; là, de créer un comptoir de garantie, monument de stagnation et de chômage ; ailleurs, de fonder une salle d'asile, un mont-de-piété, un hôpital, une crèche, une pénitencerie, une prison cellulaire, d'augmenter le paupérisme en en multipliant les foyers?
Sera-ce faire œuvre de Révolution que de commanditer de quelques millions, tantôt une compagnie de tailleurs, tantôt une société de maçons; de réduire l'impôt sur les boissons et de le relever sur les propriétés ; de convertir des obligations à terme en fonds perdus ; de voter des graines et des pioches à douze mille colons partant pour l'Algérie . ou de subventionner un phalanstère d'essai ?
Sera-ce parler ou agir en révolutionnaire que de disputer quatre mois durant si le peuple travaillera ou ne travaillera pas, si le capital se cache ou s'il s'expatrie, s'il attend la confiance ou si c'est la confiance qui l'attend , si les pouvoirs seront divisés ou seulement les fonctions , si le président sera Je supérieur, ou le subordonné, ou l'égal de l'Assemjbiée Uâtionale, si\e pre\met c\js\t^m^t^^^\fc^\!a.aeveu
d'empereur ou fils de roi , ou s'il ne vaudrait pas mieux , pour ce bel emploi, d'un solat ou d'un poète ; si le nouveau souverain sera nommé par le peuple ou par les représentants, si le ministère de réaction qui s'en va mérite mieux la confiance que le ministère de conciliation qui vient , si la République sera bleue, blanche, rouge ou tricolore ?
Sera-ce être révolutionnaire , quand il s'agit de reporter au travail Ja production fictive du capital, de déclarer le revenu net inviolable, puis de le saisir par l'impôt progressif ; quand il faudrait organiser l'égalité dans l'acquisition des biens , de s'en prendre au mode de transmission ; quand 25,000 commerçants implorent un concordat , de leur répondre par la banqueroute ; quand la propriété ne reçoit plus ni fermage ni loyer, de lui refuser encore crédit ; quand le pays demande la centralisation des banques, de livrer ce crédit à une oligarchie financière qui ne sait que faire le vide dans la circulation et entretenir la crise en attendant que le découragement du peuple ramène la confiance?
Citoyens, je n'accuse personne.
Je sais qu'à l'exception de nous autres, démocratessocialistes, qui l'avons prévue et préparée, la Révolution de février a été une surprise pour tout le monde ; et s'il est difficile à de vieux constitutionnels de passer en si peu de temps de la foi monarchique à la conviction républicaine, il l'est encore plus à des politiques de l'autre siècle de comprendre rien à la pratique de la nouvelle Révolution. Autres temps, autres idées. Les grandes manœuvres de 93, bonnes pour l'époque, ne nous vont pas plus que la tactique parlementaire des trente dernières années ; et si vous voulez faire avorter la Révolution , vous n'avez pas de plus sûr moyen que de reprendre ces errements.
Citoyens, vous n'êtes encore dans le pays qu'une minorité. Mais déjà le flot révolutionnaire grossit avec la rafûdité de l'idée , avec la majesté de l'Océan. Encore quelque temps de celte patience qui a fait votre siic(Lè^ , ç^VV^ V^\^\sv^^ ^
la Révololîon est assuré. Vous alvez prcycrvê, de^xns Jùîn, par votre discipline^ que vous aussi tous étiez des hommes politiques : vous prouverez désonnais ^ par v6!s aetes^ pai^ votre association, que vous êtes des otganisateuris*
Le gotrvemement suffira, je Fespère, atvec FAssemUéé nationale , à maintenir la forme républicatùe : félTe est it moins ma conviction. De ce cAté, vônfsn^avez rien à redouter, rien à craindre. Mais le potrvoir réVolotiônnaire , le pouvoir de conservation et de progrès, n*eÈÎ phi^ aujourd'hui dans le gonvemement; il n'est pas dtoA FAssèttiblée nationale : il est en vous. Le peuple seul, opérant ^r lui-même sans intermédiaire, peut achever la Révolution é^nomique londée en février. Le peuple seul petit sauvefr là civilisation et faire avancet rhumatfité !
yiN.