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Résumé des opérations de B. pour son inventaire

COBIPTB Dfi CAPITAL.

Doit Jvoir,

1,100 fr., débit de ce compte au 31 décembre.

Crédit de ce compte au 31 décembre, 1,000 fr.

Perte sur ce compte , que B ne peut payer qu'au moyeu d'un emprunt, 100

l,160fr. 1,100 fr.

Tous les autres travailleurs se trouvant dans les mêmesconditions que B , leurs comptes présentent individuellement le même résultat. — Pour l'intelligence du fait que nous avons voulu faire ressortir, savoir, le défaut d'équilibre dans la circulation générale , il est donc inutile de reproduire chacun de ces comptes.

Le tableau qu'on vient de lire, bien autrement instructif et démonstratif que celui de Quesnay, est l'image exacte , présentée en raccourci , de l'économie actuelle de la société. C'est là qu'on peut se convaincre que le pro-

^tariat et la misère sont Teffet , non pas seulement de causes accidentelles, telles qu'inondation, guerre, épidémie ; mais qu'ils résultent aussi d'une cause organique , inhérente à la constitution de la société.

Ainsi, il est évident que par le fait de la productivité du capital , et de toutes les prérogatives que s'arroge le monopoleur, il arrive toujours et nécessairement de deux choses Tune :

Ou bien c'est le monopoleur qui enlève au salarié partie de son capital social. — B, C, D, E, F, G, H, I, K, L, ont produit dans Tannée comme 10, et ils n'ont consommé que comme 9. En autres termes , le capitaliste a mangé un travailleur.

"En outre, par le fait de la capitalisation de l'intérêt, la position des travailleurs s'aggrave chaque année de plus en plus ; de telle sorte qu'en poussant la démonstration jusqu'au bout , on arrive, vers la septième année , à trouver que tout l'apport primitif des travailleurs est passé, à titre d'intérêts et de bénéfices , entre les mains du propriétaire-capitaliste-entrepreneur, ce qui signifie que les travailleurs salariés, s'ils voulaient payer leurs dettes, devraient travailler chaque septième année pour rien !

Ou bien c'est le travailleur qui, ne pouvant donner de 'son produit que le prix qu'il en a lui-même reçu , pousse le monopoleur à la baisse, et par conséquent le met à découvert de tout le montant des intérêts, loyers et bénéfices dont la propriété lui faisait un droit et une né- /jBcssité.

%%n est donc amené à reconnaître que le crédit, dans le système actuel , a pour résultat inévitable la misère du travailleur, et pour correctif la banqueroute de l'entrepreneur, la ruine du capitaliste-propriétaire. Le privilège de propriété agit ici comme une épée à deux tranchants: quelque part qu'il frappe, il tue.

Le travailleur, dira-ton, peut couvrir le déficit, en produisant davantage.

C'est faire un cercle vicieux.

En effet , le producteur, c'est le consommateur, c'est le travailleur. Gomment donc, si déjà le travailleur ne peut racheter son produit quand il le proportionne à sa consommation, pourra-t-il le racheter quand il le poussera au delà de cette limite P

Pour combler le déficit , il faudrait qu'il prit à côté de la société : mais à côté de la société , il n'y a rien. 11 aurait tout simplement créé une non- valeur; ou plutôt il aurait anticipé sur la production de Tannée suivante : par le fait, il aurait escompté son avenir. Et l'agio de cet escompte se composerait, non-seulement, comme tout à l'heure, de l'intérêt du capital incorporé dans le produit et du bénéfice ordinaire de l'entrepreneur, mais encore de Tavilissement de prix qu'entraîne toujours la surproduction. Dans une pareille hypothèse , la marche du travailleur vers la misère, du monopoleur vers la banqueroute, n'en est que plus assurée.

Comprenez - vous maintenant comment j'ai pu dire que la propriété est le vol, et que cependant les propriétaires ne sont pas des voleurs? car il n'y a de voleur que celui qui vole avec connaissance de cause.

La propriété est le vol réciproque, le vol bilatéral , de même que le crédit , tel que je le proclame, est réciproque et bilatéral.

Tant que la propriété a existé comme principe et soutien unique de la société et de la famille, c'est-à-dire antérieurement à la division du travail et à la séparation des industries, avant que cette vaste circulation, qui relie entre eux les privilégiés et les travailleurs , fût établie, la propriété n'étaitqu'une forme de possession, susceptible de plus ou de moins , mais sans action , sans iniluence sur la condition des personnes. Il y avait inégalité entre les fortunes; il n'y avait pas injustice dans les rapports.

Mais lorsque, par la séparation des industries et la spécialisation des fondions, les propriétés individuelles n'ont

plus été que les mailles du réseau circulatoire; lorsque chaque propriétaire, capitaliste et entrepreneur s est trouvé changé, par le fait de la solidarité générale, en une espèce de péager, gardant la porte d'une écluse et exigeant , comme jadis le seigneur féodal , de chaque produit en circulation un droit de transit; lorsqu'enfin le propriétaire a été forcé d'exercer ce prélèvement sur le travailleur, sous peine de voir son privilège demeurer nul et périr : alors la propriété s'est trouvée être vol , vol exercé par chacun à légard de chacun , et qui toujours , frappant le salarié ou se retournant contre le monopoleur, a fait une victime.

Que de questions éclairées par cette analyse !..

On dispute sur l'égalité des salaires. L'égalité des salaires est-elle juste? est-elle injuste? Faut-il la regarder comme un droit ou comme une absurdité ?

La réponse est facile : il en est du salaire comme de la propriété féodale. Qu'il soit égal ou inégal, pourvu qu'il soit la juste expression du produit, cela ne peut jamais faire tort à personne. Ce n'est pas l'inégalité de puissance productive qui fait la misère des ouvriers, pas plus que l'inégalité desfîefs n'était une cause de mendicité pour les nobles. Sans doute, la tendance sociale est de niveler sans cesse les facultés physiques et intellectuelles des travailleurs , et, par suite , d'égaliser leurs conditions. C'est une loi du progrès qui ne touche point à la question qui nous occupe en ce moment. Ce qui engendre le déficit , qui ruine à la fois et maîtres et salariés, c'est l'inégalité entre le produit livré et le salaire reçu ; or, je viens de prouver que la propriété, par le progrès de l'économie générale, est devenue l'une des grandes causes de celte inégalité.

Il y a des gens qui se révoltent et qui disent :« Et quoi ! l'homme n'aura pas la libre disposition des fruits de son travail et de son industrie?...» C'est l'arguinent favori des défenseurs de la propriété.

Qui donc , bourgeois indoleats , vous a jamais parlé des fruits du travail? Il s'agit des profits du capital ! — Point de communauté de travail ; point de société universelle de biens ni de gains; mais aussi point de primes, point d'entraves sur la circulation : voilà notre devise! voilà la théorie ! voilà le problème !

Daignez donc une fois vous mettre à la question , si vous voulez que la question avance; et n'excitez pas d'aveugles colères contre la seule doctrine qui puisse sauver la patrie et donner satisfaction à tous les intérêts.

Toute affirmation , dans la science , la philosophie , l'économie sociale , est nécessairement précédée d'une négation.

C est d'après ce principe de logique éternelle que j'ai nié d'abord, non pas au hasard, mais méthodiquement , la propriété. C'est pour cela qu'ensuite je me suis appliqué à construire tout un système de négations économiques, certain que j'étais qu'un système négatif était le revers d'un système positif, et demandant partout , aux philosophes, aux socialistes, aux économistes, si, abstraction faite de leurs idées favorites, ma négation était rationnelle , si mon système de contradictions était logiquement établi ?

Et parce que vous ne pouvez ni vous familiariser avec cette méthode , ni en deviner le résultat , vous me répondez par des injures!

Vous me signalez à la vindicte du peuple !

Vous indiquez ma porte à vos intelligentes baïonnettes!

Depuis près de dix ans je ne cesse de dire à la propriété: «Tu es le dieu, non seulement de l'homicide, mais du suicide !» — Et des propriétaires à moitié ruinés, et leurs avocats et leurs sophistes, crient : A bas /

A bas! en temps de révolution, c'est « mort!

Venez donc, vous les premiers, mes nouveaux confrères , journalistes de la propriété;

Venez, théologiens au jargon biblique , philosophes , moralistes , juristes , publicistes , idéologues , avec votre galimatias ;

Venez , économistes à la double langue;

Et si vous ne me tuez à la première décharge, je vous dirai en expirant : «Avant de parler de propriété, allez tous rue de Rambuteau , 15 , chez M. Hippolyte Vannier^ faire un cours de tenue de livres. »

Jusque-là, vous n'êtes que des menteurs et des lâches !

IDENTITÉ DE LA QUESTION POLITIQUE ET DE LA QUES- TKm ÉCONOMIQUE. — MÉTHODE DE SOLUTION.

8 mai.

L'un des hommes les plus remarquables de ce siècle, le philosophe Jouffroy, me disait un jour, et jamais je n'oublierai cet entretien qui fut pour moi un trait de lumière : a Une révolution n'est plus possible par l'instinct populaire, parla fantaisie d'un révélateur, par le retour aux traditions. Une révolution n'est possible que par la philosophie. Tout ce que pouvaient donner l'enthousiasme de la liberté , le sentiment religieux et patriotique , les souvenirs républicains , est épuisé. A un problème compliqué dont les nœuds ont été formés par l'entrelacement des institutions, il faut une solution rationnelle , un principe supérieur, que le sens commun et l'instinct rapide des masses ne suffisent plus à poser, qui ne peut être saisi que par la réflexion , dans les sources profondes de la philosophie. j>

Cet homme, conservateur intrépide, dévoué au ministère, dont le nom figurait sur la liste des fonds secrets.

était plus révolutionnaire que toutes nos célébrités républicaines!...

^ C'est par la philosophie que nous avons entrepris la solution du problème social ; c*e^t par la philosophie que nous essayerons de révéler à la révolution de Février ce qu'elle porte , ce qu'elle veut , ce qu'elle est , et de donner aux hommes du mouvement conscience de leur mismission.

On m'a fréquemment adressé le reproche de n'avoir jamais su que détruire, sans pouvoir édifier quoi que ce soit. A cela j'ai répondu déjà qu'en philosophie, la véritable méthode de construction est la négation. Toute négation, en effet, correspond dans Tesprit à une affirmation; d'où il suit qu'un système qui se composerait uniquement de négations, si ces négations étaient rationnelles et liées Tune à l'autre par un rapport nécessaire, serait le corrélatif d'un système d'affirmations adéquates, absolument comme le revers d'une tapisserie est adéquat à la face. En sorte que , si une négation est logiquement établie, il ne faut , pour obtenir l'idée positive et vraie, que la retourner par un procédé dialectique bien connu des logiciens.

Ainsi la négation implique nécessairement l'affirmation, et si l'on avoue que le système des contradictions économiques est la démolition pièce à pièce et méthodique de toute la société , on reconnaît par là même que c'en çst aussi la construction, méthodique et pièce à pièce. Pour montrer le système social dans sa vérité positive, il n'y a plus qu'à renverser la série négative , opération qui, je le répète , pour un homme tant soit peu exercé aux procédés de la logique , ne présente aucun embarras.

La question sociale tout entière se résume pour nous dans la propriété. Au principe d'individualisme se rattache tout ce qu'il y a de subjectif dans la philosophie, la religion , le droit , la politique , la morale , l'art , la littérature : tellement que réformer la propriété , c'est ré-

former louteja société , c'est refaire tout l'homme. C'est ce qu'ont parfaitement compris les diverses écoles socialistes, qui (outes, sans exception , mais avec plus ou moins de conscience et d'audace, tendent à ce seul but, la réforme de la propriété.

/jv^ la négation de la propriété et de ses corollaires économiques, le monopole , la concurrence, etc., une fois admise , une première conclusion s offrait d'elle môme : c'était de s'adresser au principe contraire , d'opposer à la propriété la communauté , à l'intérêt privé l'intérêt collectif, à Tautorité du citoyen l'autorité de l'État. Dans ce cas le réformateur, se plaçant au sommet de la soi-iété, s'emparant de la centralisation , disposant de la force publique et de l'impôt, procédant enfin par voie d'autorité et de gouvernement, essayerait de substituera la propriété individuelle une sorte de propriété collective, à rinitiative du citoyen l'initiative du pouvoir, à la libre concurrence le monopole de l'État.

La réforme , dans ce système , porte directement sur le travail et la production ; elle n'atteint qu'indirectement et par voie de [conséquence la circulation. Aussi ce système a-t-il été désigné, et à juste titre, par les mots organisation du travail. Telle est l'idée de M. Louis Blanc et de la plupart des républicains socialistes : c'est une forme du communisme.

Que si maintenant ron]|soumet à l'analyse le systènic delà communauté, on rencontre les mêmes contradictions, les mômes impossibilités, mais en sens contraire que l'on avait observées d'abord dans l'autre système ; en sorte qu'après avoir nié la propriété , on se trouve conduit invinciblement par la théorie à nier aussi la communauté. Quant à la pratique du communisme , il nous a été donné d'en voir un échantillon ; cet échantillon confirme de tous points la théorie. A peine commencée , l'organisation du travail par TÉtat a vu se dresser devant elle une chaîne d'impossibilités inéhu tables, qui ont foné 1rs

novateurs à s'arrêter, dupes d'une conclusion parfaitement déduite, mais qui, n^étant elle-même que la transition à une idée supérieure, devait être écartée comme la première.

Il est arrivé à l'organisation du travail ce qui arrive j)rdinairement dans les sciences , lorsque Tesprit est à la recherche d'une solution. Presque jamais la première hypothèse qui se présente , et qu'indique le sens commun, n'est vraie. M. Louis Blanc a eu le malheur et l'avantage de personnifier en sa personne une idée qui était alors dans la pensée de tout le monde , et qui conserve encore une foule de partisans. Cette idée avait sa place marquée dans la science économique, comme opposition au principe individualiste : comme conclusion finale elle était certainement fausse, mais comme conclusion relative et préparatoire elle était vraie. Or, il est toujours honorable d'avoir été le représentant d'une idée. Combien de philosophes ont leurs noms burinés dans l'histoire, qui méritent encore moins les honneurs de Timmortalité que M. Louis Blanc !...

Le principe communiste et le principe propriétaire étant niés l'un et l'autre , que reste-t-il à faire à l'économiste? C'est de chercher un troisième terme qui soit i'oppo.é de tous deux , comme ils sont l'opposé l'un de l'autre; c'est, en un mot, de découvrir leur rapport.

Sans entrer dans d'autres détails , l'analyse de la propriété nous le fournit.

Nos précédentes considérations sur la propriété ont prouvé deux choses :

La première, que la société moderne est constituée sur le fait général et prépondérant d'une circulation qui rend solidaires les unes des autres toutes les industries, toutes les fortunes; contrairement aux sociétés antiques , constituées sur la propriété individuelle, et où, par le peu d'importance de la circulation, Tindépendance des fortunes était complète. — De ce premier fait nous avons immédiatement déduit cette conséquence i que le pro-

blême pose par la révolution de Février est avant tout un problème de justice commutative, un problème de circulation , de crédit, d'échange, non un problème d'organisation de fatelier.

La seconde chose que nous avons prouvée , c'est que, par suite du progrès économique qui a changé la constitution de la société , par la séparation et Tengrenage des fonctions productrices, la propriété, sur laquelle l'antique société vivait , est devenue une entrave à la circulation , un obstacle à la vie sociale.

Cette entrave , cet obstacle doit disparaître. Il est entendu, et je ne devrais pas avoir besoin de le dire , que cette réforme , toute fiscale , doit avoir lieu sans violence, sans • spoliation , sans dépossession, et avec l'indemnité préalable. C'est une liquidation à faire de la nu-propriété ainsi que de la rente , analogue au rachat des actions de jouissance des canaux.

Tel est donc le système que nous proposons. Au lieu de prendre la société par la tête, comme faisait M. Louis Blanc, ou par la base, comme fait la propriété, il faut Tattaquer par son milieu ; agir directement , non point ' sur Tatelier, le travail, ce qui est agir toujours sur la liberté, la chose du monde qui souffre le moins qu'on y touche; mais sur la circulation et les rapports d'échange, de manière à atteindre indirectement, et par voie d'influence , le travail et l'atelier.

En un mot, au lieu d'agrandir la sphère d'action du gouvernement et de restreindre la liberté, il faut changer le milieu où ils se meuvent , ce qui sera changer la loi de leurs rapports et de leurs mouvements.

Ce système a donc pour principe, non plus l'individualité ou l'autorité, mais la réciprocité d'action. Au lieu de faire appel tantôt à Tégoïsme, tantôt au dévouement, ce qui est une autre espèce d'égoïsme, notre théorie s'appuie sur la justice commutative et l'égalité des rapports. Sa tendance est de développer à l'iufini la liberté, Téga-

îité, la fralernittS par raccroisseraeiU de la richesse , par le nivellement des conditions, et par la solidarité (réelle, non personnelle) des producteurs. C'est ce que nous avons appelé , par opposition à l'organisai ion du travail , organisation du crédit et de la circulation. Car, comme dans Fétre vivant la circulation est fonction mattresse, et l'appareil circulatoire le premier formé; ainsi la révolution économique doit commencer par la circulation et l'échange, et abandonner à la liberté individuelle, restaurée , le travail et Tatelier. Ajoutons , enfin , qu'autant il y a d'arbitraire dans l'organisation du travail par TÉtat, autant il y a de spontanéité dans Torganisation du crédit par le concours de tous les citoyens , qu'il suffit d'avertir de ce qu'ils ont à faire pour que la réforme s'opère, par leurs soins, librement.

C'est donc par la négation simultanée du système propriétaire et du système communiste , que nous arrivons à concevoir le système mixte de l'égal -échange. La négation , une double négation, s'est transformée tout à coup en affirmation, et cette affirmation, il est évident que les deux négations l'impliquaient. En effet, qui dit cause et phénomène suppose le rapport de la cause et du phénomène; qui dit fini et infini suppose le rapport du fini à l'infini. De même qui dit propriété et communauté, individualisme et autorité , suppose le rapport de l'individu à la ^société, du citoyen à TÉtat, suppose, par conséquent, une réciprocité qui se traduit par le fait matériel de la circulation.

Nous savons sur quelle partie du corps collectif doit porter la réforme ; il reste à déterminer comment cette

réforme devra s'appliquer.

Ici encore la philosophie pouvait seule nous diriger. Reprenons notre négation fondamentale, la négation de la propriété. '

, Qu'est-cç que la propriété?

/ La propriété , pour nous renfermer dans le cercle éco-

noniique, est le veto mis sur la ciixuialiou par les détenteurs de capitaux et d'inslrumcnis de travail. Pour faire lever ce veto et obtenir passage , le coasommaleur producteur paie à la propriété un droit qui, suivant la circonstance et Tobjet, prend tour à tour les noms de rente, fermage, loyer, intérêt de l'argent, bénéfice, agio, escompte, commission, privilège, monopole, prime, cumul , sinécure , pot-de-vin , etc. etc.

Cette immense organisation de péages sur les produits circulants, a pour corollaire et pour soutien la police , la guerre, Les tribunaux, le culte même, en un mot FËtat , représenté par le budget ; — pour conséquence , le parasitisme, le luxe, Tanarchie mercantile, la fraude, l'inégalité des conditions, la mendicité, le vagabondage, la prostitution, le vol, le meurtre et le suicide ;— pour correctif, la bienfaisance publique, la charité chrétienne, la philanthropie.

Nous nions donc, avec la propriété, cause de toutes les perturbations sociales : 1^ les droits seigneuriaux de la propriété, de quelque nom qu'ils se décorent, de q^ielque prétexte qu'ils se couvrent; 2^ les satellites de la propriété, malgré la pourpre et For, malgré le caractère sacré dont ils sont revêtus; 3^ les palliatifs de la propriété, quelque purs et honorables que soient les sentiments qui les inspirent.

La question est de savoir maintenant comment toutes ces négations, dont le simple énoncé soulève tant de colères et répand tant d'effroi, se convertiront en autant d'affirmations positives,, rassurantes, fécondes pour tous, aussi acceptables à la bourgeoisie qu'au prolétariat. Là est la plus grande difficulté du problème.

Gomme toujours, deux partis inverses l'un de l'autre se présentaient : le premier, indiqué par le sens commun , accepté par tout le monde, mais radicalement nul; le second, accessible seulement à la réflexion philosophique, mais d'une puissance , d'une efficacité certaine.

Le premier parti consistée attaquer en détail et séparéroeat les diverses formes et abus de la propriété ; à refaire, reconstituer, remanier TÉtat, ce que l'on nomme réforme politique; à multiplier les institutions de charité, les largesses, les aumônes, etc. L'ensemble de ces moyens forme le bréviaire des réformateurs depuis six mille ans.

Or, la propriété est inattaquable dans ses forteresses : TÉtat est irréformable de sa nature, malgré les oscillations de la politique, de monarchie en démocratie, de démocratie en aristocratie, d'aristocratie en autocratie, etc. ; la charité, enfin, est impuissante contre le paupérisme, comme un cataplasme contre la lèpre. Quelques lignes suffiront pour mettre chacun de ces points hors de doute.

Ainsi, Ton ne saurait, en Tattaquant directement, supprimer la rente foncière. Quand vous auriez à votre service un million de baïonnettes et tout Tor du Potose, vous n'en viendriez point à bout. Ni la spoliation ni le rachat ne peuvent rien contre la rente; car, ou l'État s'adjugerait à lui-même la rente, et dans ce cas on n'aurait fait que remplacer les rentiers par une autre caste d'improductifs; la rente serait déplacée, elle ne serait point abolie, et s'il convenait aux rentiers d'entrer dans le gouvernement, ils rentreraient ainsi en possession de leurs droits seigneuriaux, en sorte que l'expropriation n'aurait eu d'autre effet que de doubler leur fortune. — Ou l'État abandonnera la rente au fermier, ce qui constituera, au profit du fermier, un privilège équivalent à la rente; — ou bien enfin, l'État , se substituant à la fois au propriétaire et au fermier, fera exploiter en coinmun : système que l'expérience et la théorie ont démontré impraticable.

La propriété, dans la rente, est donc invincible.

Ce que nous disons de la rente, il faut le dire de l'intérêt des capitaux. L'abolition de cet intérêt est impossible. Si vous supprimez l'intérêt, que deviendra le crédit? ou plutôt que deviendra la circulation, puisque toute vente faite à terme implique réserve de l'intérêt.^ Ordou-

nerez-vous que toutes les affaires se règlent au comptant? c'est impossible.

Le bénéfice du commerce, ce qu'en économie politique on appelle produit net, est aussi inattaquable que la rente de la terre et l'intérêt des capitaux.

Dans ce temps de ferveur socialiste, tout le monde, et la bourgeoisie elle-même, propose d'associer l'ouvrier aux bénéfices de l'entrepreneur. L'idée en soi est juste; elle est même nécessaire : mais je n'hésite point à dire qu'elle est incompatible avec le régime actuel. Pour que l'ouvrier participât aux bénéfices, il faudrait le faire participer également aux pertes : première impossibilité. Il faudrait, en second lieu , rendre cette participation obligatoire à l'entrepreneur, sans quoi il n'y a rien à attendre de celui-ci. Or, l'association forcée, c'est du communisme, c'est de l'esclavage : deuxième impossibilité. Je dis , de plus, que cette participation, fût-elle possible, serait anti-économique ; qu'il en serait d'elle comme de l'impôt progressif: elle tuerait l'esprit d'entreprise et ruinerait l'industrie sans améliorer le sort du travailleur. La raison de cela est bien simple. Puisque, dans la société, le produit brut et le produit net sont identiques, et que la production totale ne donne à chacun, en moyenne , que 70 centimes par jour : la participation de l'ouvrier au bénéfice de rétablissement se réduirait donc, en général, à lui assurer, ainsi qu'à sa femme et à ses enfants, 70 centimes par jour et par tête, aussi longtemps que l'entreprise marcherait. Or, elle cesserait bientôt de marcher si elle cessait de capitaliser. Et comment capitaliserait-elle, sans bénéfices?

Réduire les traitements et salaires, établir des maximums, mettre tout le monde à la portion congrue en même temps qu'à la tâche, c'est tout à la fois de l'envie et de l'arbitraire; de plus, c'est une contradiction, puisque la valeur des produits et services doit se fixer, non par l'opinion ou l'estime du législateur, mais par Téquilibre général de la production, lequel n« dépend point du bon plaisir du gouvernement.

Quant à TÉlal, c'est surtout au point de vue de l'impôt que Téconomiste le considère. Or l'impôt, tant que le principe de propriété sera respecté, et quels que soient la forme du gouvernement et le système de constitution, est Irréformable et surtout irréductible.

Irréformable, en ce sens qu'il frappera toujours moins sur le riche que sur le pauvre? En effet , qu'est-ce que Fimpôl? Un prélèvement sur la production générale, destiné à payer les charges de l'État. L'impôt doit donc être supporté par le produit, au prorata du produit; il est absurde de l'établir sur le' producteur. Or, l'impôt progressif, aujourd'hui en faveur à cause du principe d'envie qui le caractérise, n'est, au fond, qu'une injustice, et une injustice absurde, qui consiste à grever certains produits, certaines portions du produit collectif plus que les autres. 11 en résulte que l'impôt progressif, là où il s'abat , comprime la production, refoule la richesse, arrête la formation des capitaux, empêche la consommation de luxe; et comme le luxe, en économie politique, est toute production destinée à satifaire les besoins supérieurs de l'intelligence et du goût, il s'ensuit que l'impôt progressif tue le travail en le faisant rétrograder sans cesser de l'art à l'industrie et de l'industrie à la barbarie. Un prêtre , invoquant la charité évangélique , peut décider d'un trait déplume que l'impôt doit être progressif ; un club de badauds, usurpant la qualité de révolutionnaires, peut applaudir à ce coup d'État qui flatte leurs mauvais sentiments. L'impôt progressif n'en est pas moins un monument de haute ignorance, de brutalité, et de réaction économique.

Je dis maintenant que l'impôt est irréductible; que même, bien loin qu'avec le régime propriétaire il puisse diminuer, il est fatal qu'il augmente continuellement. En deux mots, on va le concevoir. D'un côté , TÉtat restant organisé sur le type de l'administration domestique e( féodale ; de l'autre , la population, ainsi que la masse des

affaires, aujj^meiilanl toujours, rinipôt, à travers ses oscillations annuelles, doit nécessairement augmenter dans une proportion encore plus forte, par cette raison d'économie politique, que dans tout établissement qui prend de Textension, les frais généraux croissent toujours plus vite que les bénéfices. A cet égard, on conviendra que Texpérience est parfaitement d'accord avec ia théorie.

D'après ce que nous venons de dire sur Timpôt^on conçoit de quelle impuissance sont les réformes politiques contre la misère. Toutes ces réformes, en effet, se réduisent invariablement à Tune ou à Tautre de ces deux choses: diminuer Timpôt, ou le faire tantôt progressif, tantôt proportionnel , selon que le gouvernement mène plus ou moins à la démocratie ou à la propriété. Toutes ces conversions de monarchie en république et de république en monarchie, délices des brouillons et des oisifs, n'ont pas d'autre objet ni d'autre cause. Or, Timpôt ne pouvant être, dans aucun cas , ni dégrevé, ni reporté , sans dommage pour le travail, de la classe ouvrière sur la classe riche, il s*ensuit que toute révolution purement politique est une mystification, un escamotage.

Jen dis autant des œuvres de la charité publique, et de tous les efforts delà philanthropie : vains palliatifs avec lesquels la conscience générale essaie de réparer les torts de la raison générale.

La réforme économique, la négation de la propriété , de ses corollaires, de ses suppôts, de ses abus, de ses conséquences, est. irréalisable, si on veut Tatlaquer parle détail. Quoiqu'on fasse, et quelque tempérament qu'on y apporte, le privilège de propriété est invincible par cette voie. 11 faut découvrir une autre issue; il faut, en un root, généraliser la réforme.

Généraliser, dans l'espèce, c'est employer la méthode révolutionnaire, la méthode du peuple. Percutlam pastorem, et dispergentiir oves, dit le psalmiste. Frappez le tyran, et le système de la (yrannic est à bas.

Quel est, dans Tordre des faits économiques, tous plus ou moins imprégnés d'appropriation, celui qui exerce à Tégard^des autres la dictature ? Quel est le despote de la circulation], le^tyran du commerce, le chef de la féodalité mercantile, le pivot du privilège, le symbole matériel de la propriété ?

C'est le numéraire, c'est l'argent.

Parmi les marchandises , l'argent et l'or occupent la première place ; ils exercent le commandement , ils trônent. L'argent donne aux autres produits leur valeur, comme le monarque distribue les emplois et assigne les traitements; — il sert d'intermédiaire à l'échange, comme le prince intervient dans les transactions, par la justice , les offices ministériels, l'enregistrement, le timbre; il représente la richesse, comme le prince représente la société et l'ordre.

L'argent est le signe, non -seulement, comme on le dit, de la valeur, mais de tous les abus de la propriété, de toutes les servitudes qu'elle impose à la production, à la circulation et à la consommation; de toutes les misères et de tous les crimes que provoque le système de ses extorsions.

C'est donc l'argent que nous allons ruiner; c'est dans la négation de l'argent que nous attaquerons le système des négations économiques. Il s'agit d'abolir la royauté de l'argent, comme nous avons aboli celle de l'homme; de créer l'égalité entre les produits, comme nous Ta vous faite entre les citoyens ; de donner à chaque marchandise la faculté représentative, comme nous avons donné à tous le droit de suffrage ; d'organiser la permutabilité des valeurs, sans Tintermédiaire de l'argent, comme nous aurons à organiser le gouvernement de la société par tous les citoyens, sans l'intermédiaire de royauté, présidence ou directoire. En un mot , il s'agit de faire pour Tordre économique, ce quenous voulons pour Tordre politique; sans cela la révolution serait tronquée et boiteuse.

Ces deux réformes, la réforme économique et la ré-

forme politique, sont donc liées intimement ; elles ne peuvent l'une sans Tautre se réaliser. Séparer l'organisation politique de l'organisation écononn'que , c*est rétrograder vers l'absolutisme, c'est prendre toujours l'opinion pour loi au lieu de la réalité ; c'est enrayer le progrès.

Pour être vraiment révolutionnaire, il faut que la nouvelle constitution soit, qu'on me pardonne ces termes d'école, à la fois subjective et objective, qu'elle soit une organisation de Fégalité entre les choses comme entre les personnes. La balance des produits est la même chose que la justice entre les citoyens; la justice devient ainsi, pour nous^ chose concrète et chose idéale. Et comme la révolution de 1848 est, avant tout, une révolution économique, c'est à la science économique que nous devons demander le nouveau principe républicain.

Organiser le crédit et la circulation , créer une banque en un mot, voilà le point de départ de la constitution politique, aussi bien que de la constitution économique. La même équation sert à résoudre la question sociale et la question d'État; la même formule exprime cette double solution.

Nous allons exposer le plan de cette reforme.

BANQUE D*ÉCHA]\GE.

10 mai.

Il y a deux espèces de contre-révolutionnaires, suivant que nous jugeons la conlre-révoluiion au point de vue politique ou au point de vue économique.

La première espèce comprend tous ceux qui se sont désignés eux-mêmes sous le nom de républicains-rf^mocrates, par un semblant d'opposition avec les répirbli-

mw^- monarchistes , leurs compétiieurs et leurs coinpères.

Entre les uns et les autres, il y a autant de différence qu'entre jaune et safran. Ce sont ces démocrates qui travaillent à concentrer et personnaliser le pouvoir, quand il faudrait disséminer et dépersonnaliser le pouvoir; qui appellent les écus au secours de la République, quand il faudrait apprendre aux républicains à se passer des écus; qui veulent que le travail soit commandité (exploité) par le capital, tandis que le travail doit créer le capital de rien, et se commanditer lui-même par la réciprocité de Téchanfîe.

La seconde espèce de conlre-révolulionnaircs se compose de tous les prêteurs d'argent et d'instruments de travail, représentants de la féodalité mercantile, agricole, industrielle, financière; suppôis de la royauté in utroque jure, politique et économique; auteurs de toutes les restaurations, fauteurs de toutes les tyrannies, et qui reconnaissent pour chefs les juifs.

Quant à nous, nous sommes purement et simplement républicains, sans augmentatif ni diminutif. — Nous ne .sommes ni royalistes, ni démocrates, ni juifs; nous nions le pouvoir et le numéraire; nous soutenons que le crédit , pour s'exercer, n a pas plus besoin de la garantie des pièces de cent sous que la liberté n'a besoin , pour faire route, du laisser-passer d'un citoyen-monarque ou d'un citoyen-président.

Aussi pouvons- nous dire avec vérité que nous sommes de la Révolution , et que nous poursuivons l'œuvre de la Révolution. Nous protestons contre le retour des Juifs et la restauration monarchique; nous sommes en permanence d'insurrection contre le capital et contre le pouvoir.

Nous avons dit précédemment que toutes les négations économiques rentrent les unes dans les autres, et se gé- Béralisent notamment dans la négation de l'argent, con-

sidéré comme signe représentatif des valeurs et ins(ruments d'échange. Il est peu d'économistes, aujourd'hui, qui après réflexion, ne conviennent de la possibilité d'une telle réforme; mais il n'est pas moins vrai que dans les idées de la vieille économie politique, de cette économie politique anglaise tant vantée, que l'on s'efforce d'implanter parmi nous comme on y a implanté déjà la monarchie constitutionnelle , la pensée de supprimer le numéraire est souverainement absurde, aussi absurde que la pensée de supprimer la propriété.

Car enfin, objecte-t on, tout papier de banque est nécessairement gagé, soit sur du numéraire ou des lingots, soit sur des valeurs mobilières ou immobilières, réalisables en numéraire. Hors de là, il n'y a que collusion et fraude. Déjà même on voit le papier de banque diminuer de valeur, perdre de la confiance et subir un agio dans les transactions, à mesure qu'il a pour gage des immeubles d'une réalisation plus difficile, ou sujets à une dépréciation plus éventuelle. Cest donc toujours l'argent qui fait la valeur des billets; conséquemment l'axiome : point d'argent, point de crédit; point de crédit, point de circulation; point de circulation, point de travail, est vrai d'une vérité absolue.

Nous avons donné ailleurs (1) la théorie d'une institution de crédit et de circulation, que nous avons appelée Banque d'échange, et que nous considérons comme l'acte le plus révolutionnaire qui soit sorti d'une pensée réformiste, comme l'application la plus décisive que nous puissions faire de nos principes. Cette théorie, nous en reproduirons tout à l'heure les principes fondamentaux. Quelques réflexions seulement sur la manière dont le problème a été résolu, et sur les circonstances qui seules pouvaient amener la solution.

(i) Organisation du Crédit et de la Circulation , et Solution du problème soeial; Paris, Garnier frères, Pa1ais-?9ational.

Les produits ne s échangent que contre des produits: cet aphorisme de réconomie politique ne rencontre plus, aujourd'hui, de contradicteurs. Socialistes et économistes sont d'accord du fait et de la loi : c'est le terrain commun où devront se concilier les théories, et les opinions se réunir dans une même doctrine.

L'échange est direct ou indirect.

Un fabricant de fauteuils, demeurant à Paris, a besoin d'une pièce de vin , en même temps qu'un marchand de vins, demeurant à Bordeaux, a besoin de fauteuils. Les deux producteurs peuvent échanger leurs produits respectifs en se les envoyant mutuellement. Voilà l'échange direct.

Mais supposez, ce qui est le cas le plus ordinaire, que l'un des deux échangistes n'ait pas besoin du produit de l'autre; que, par exemple, le marchand de vin de Bordeaux, au lieu de fauteuils, demande du calicot : réchange n'est plus possible. Le parisien paiera son vin en argent, et, avec cet argent, le bordelais fera venir de Mulhouse l'étoffe qui lui est nécessaire : voilà réchange indirect.

Or, cet échange, que le défaut d'un commun lien de crédit rend nécessairement indirect, s'opérerait directement, et sans intermédiaire, s'il était possible à tous les échangistes d'un même pays, à tous ceux qui ont besoin d'acheter et de vendre, de se connaître. Supposons, par exemple, que le parisien, le mulhousien et le bordelais aient connaissance, au même instant, qu'ils ont chacun besoin, le premier d'une pièce de vin, le second de fauteuils, le troisième d'une certaine quantité de calicot : il est clair que réchange se pourra faire entre eux, sans aucune intervention de l'argent. Le fabricant de Paris enverra ses fauteuils au fabricant de Mulhouse, qui, de son côté, enverra son calicot au fabricant de Bordeaux, lequel, à son tour, expédiera son vin à Paris. Au lieu de trois échangistes, mettez-en cent mille, et ce sera la mêm« chose : [^échange ne cessera pas d'être direct.

Que faut-il donc pour rendre possible l'échange direct,

non pas seulement entre trois, quatre, six, dix ou cent échangistes, mais entre cent mille, mais entre tous les producteurs et consommateurs de Tunivers ?

Une chose très-simple : centraliser toutes les opérations de commerce au moyen d'une banque dans laquelle seront reçus toutes les lettres de change, mandats et billets à ordre, représentant les factures des négociants; puis généraliser ou convertir ces obligations en un papier qui en serait l'équivalent, qui, par conséquent, aurait lui-même pour gage les produits ou valeurs réelles que ces obligaliqqs représentent.

Le papier de banque, ainsi formé, aurait toutes les qualités du papier le plus solide.

Il ne serait point sujet à dépréciation, puisqu'il ne serait délivré que contre bonnes valeurs et lettres de change acceptables, et qu'il reposerait ainsi, non pas sur des produits fabriqués, niais sur des produits vendus et livrés, dont, par conséquent, le remboursement serait exigible.

Il n'aurait rien à redouter de l'excès d'émission, puisqu'il ne serait délivré que contre papier de commerce de première qualité, c'est-à-dire contre promesse certaine et authentique de remboursement.

II ne serait refusé par personne, puisque, par le fait de la centralisation des échanges, par l'adhésion de tous les citoyens à la banque, il représenterait pour chacun une valeur égale à celle qu'il aurait à payer bientôt lui-même en papier de banque.

Le fait le plus remarquable à noter dans cette constitution de la banque, ce n'est pas tant Tidée en elle-même, idée aussi simple, plus simple peut-être que celle qui a donné naissance à la monnaie, que la coïncidence de l'emploi du numéraire avec le règne de la propriété féodale et avec r<n*gani$ati(m monarchique des sociétés.

Nous l'avons fait observer déjà plusieurs fois, et nous ne saurions trop le redire : tant que la famille a dô vivre , par son activité propre et comme un petit monde clos,

sor la propriété , la propriété a été le principe et la pierre angulaire de i'ordre social. Alors la rareté des échanges, la pauvreté des transactions nécessitèrent remploi exélusif du numéraire. L'agent circulatoire devait porter avec soi sa garantie et répondre de son acceptalion. Ce fut Tâge deTor, comme c'était làge des royautés.

Mais quand, par la multiplicité du travail, par la séparation des industries , par la fréquence des échanges , la circulation fût devenue le fait capital de Téconomie des nations; la propriété individuelle, devint, comme nous Tavons dit, un obstacle à la vie collective, et remploi du numéraire ne fut plus, dans la circulation, que le signe du privilège et du despotisme, de même que la prérogative royale fut le signe de la corruption et de Farbitraire.

Ainsi, la société, en se développant, détruit ou transformé ses créations antérieures : c'est quand nous aurons acquis la pleine intelligence de cette loi que les révolutions pourront s'opérer pacifiquement.

La royauté, la propriété, le numéraire , voilà la trinité monarchique que nous avons à démolir ; voilà la triple ovation dans laquelle se résume pour nous, tout entière, Tœuvre révolutionnaire commencée en février.

Car, ainsi que nous aurons lieu de le démontrer par la suite, toute négation, c'est-à-dire toute réforme dans la religion, la philosophie, le droit, la littérature, Tart, se ramènent à la négation de l'idée purement sqbjective, à la n^ation de la propriété. Et la propriété abolie , on verra, pour employer le langage vulgaire, ce que nous entendons mettre à la place de la propriété, à la place de l'autorité, à la place de Dieu...

Tout cela posé , et pour rintelligence de ce qui va suivre, nous mettons sous les yeux de nos lecteurs, le projet de constitution tel que nous l'avions d'abord conçu, d'une Banque d'échange.

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