PRÉFACE DE L'ÉDITEUR
Ceci est la Révolution de février jugée dans ses phases diverses par l'homme qui , de l'aveu de ses adversaires eux-mêmes , en est la personnification la plus complète.
A ce titre, ce livre se recommande à l'attention de quiconque ayant foi dans cette Révolution tient à la comprendre dans son idée, dans sa portée et dans son but.
A proprement parler , ce n'est point un ouvrage dans la vraie acception du mot ; car si c'est un tout , ce n'est point un ensemble. Les divers fragments qui le composent n'ont de lien entre eux que la pensée commune qui les a dictés et le critérium de vérité qui guidait l'auteur dans ses apprécia lions, L'aiile.vvt \ft.^ ^
écrits le plus souvent au courant de la plume, toujours sous le coup des premières impressions causées par les événements , et parfois comme Jouant lui-même un rôle imporlantsur la scène révolutionnaire.
Cette situation d'esprit, qui est habituellement un danger, en ce sens qu'elle laisse le champ libre aux passions, n'en a point été un pour lui. Soumis dans son intellig'ence comme dans sa conduite politique à une méthode sûre et rationnelle, il n'a mis de chaleur et de sentiment que dans son style; le logicien le plus sévère et l'impartialité la plus scrupuleuse ne trouveraient pas malièrc à l'accuser d'avoir manqué aux règles de la dialectique pour faire poser un préjugé , ou d'avoir rompu la série des événements pour faire triompher un parti.
Nous présentons donc hardiment ce livre comme pouvant donner seul la clé de cette charade révolutionnaire qui se joue en France depuis un an et qui se dénouera bientôt. C'en est plus que l'histoire, c'en est le commentaire.
Nous avions essayé, nous, le serviteur de l'idée qui fait la vie de ces pages , de coudre un lambeau k ces lambeaux, et d'y joindre quelques considérations nécessaires, ce nous semblait, à guider le lecteur? L'auteur ne commence son livre qu'au lendemain du 16 avril. Que faut-il penser des événements qui précèdent cette date devenue célèbre , et qui le deviendra bien plus encore? Voilà, disions-nous, ce qu'on se demandera sans doute , et ce sur quoi il est impossible de ne pas dire quelques mots.
Mais nous avons craint de rompre le fil logique qui unit ces pages, en déposant A eôlé notre ponstHîparlicu-
lière. L^auteur du reste avait ailleurs (i ) , beaucouj^ mieux que nous ne pouvions le faire nous-inâme, exprimé son opinon sur ces événements extraordinaires. Nous n'avions rien de mieux à faire que de nous m référer à lui-même. Ce qu'on va lire n'est donc pas de nous ; mais de lui. Nous nous sommes permis de resserrer en quelques pages, ce qu'il avait dit plus longuement. Voilà à quoi s'est borné notre travail.
Qui a fait la Révolution de février? quel en est le véritable auteur ?
Certes , ce n'est point là une question indifférente , car de sa solution dépendent et la moralité et la justice et la légitimité de l'insurreclion qui , en jetant à bas le trône de Louis-Philippe , nous a donné la République.
L'intérêt des passions monarchiques peut seul insinuer que cette Révolution n'est due qu'au hasard de quelques causes indifférentes. Il y a longtemps que tout le monde l'a dit : l'auteur de la Révolution de février, c'est le Peuple.
En effet, ce n'est pas l'Opposition qui , le 22 février, par la bouche de M. Odilon Barrot, se désistait devant le veto des ministres.
Ce n'est pas la garde nationale qui , malgré son sincère amour de la liberté et son dégoût de ce qu'on appelait le système ; malgré Tappui qu'elle a donné par
(4) Voir Solution du problème social, 4'« livraison.
ses armes à la révolte, redoutait une catastrophe autant au moins qu'elle souhaitait la chule du ministère.
Ce n'est pas la presse radicale , puisque le 23 au matiu ta feuille la plus avancée du parti républicain , posant les conditions auxquelles elle pensait pouvoir garantir le rétablissement de l'ordre, était loin de s'attendre à l'élonnant succès du lendemain.
Enfln ce n'eslpointrulopiesocialiste, qui, dans toutes ses publications, prêchait aux ouvriers la patience j se défiant d'une République dans laquelle elle ne pouvait voir que l'ajournement indéfini de ses rêveries.
Ce n'est ni un parti ni une secte qui a fait la Révolution ; c'est le Peuple, le Peuple en dehors de tout parti et de toute secte. C'est lui dont la conscience a tout à coup fait explosion et qui, en moins de temps qu'on n'en avait mis en 1830 à bâcler la Charte, a constitué la République.
Mais comment le Peuple s'est-il levé? Pour qui , pourquoi a-t-it pris les armes ? Quel a élé son but en ce grave événement ; — son idée ; nous dirons plus , son droit?
Il y a dans la réponse à ces questions un profond enseignement. C'est ici qu'il faut étudier la logique du Peuple, supérieure à la logique des philosophes, el qui seule peut nous guider dans les obscurités de l'avenir.
Si dans ces glorieuses journées le Peuple se tùl comporté comme n'eût pas manqué de le faire tout homme amoureux de la légalité , il n'y aurait pas eu de révolution. Car, ne craignons pas de l'avouer, tout ce qui s'est fait par le Peuple a élé fuit en violation de la légalité.
En effel, le 20 féviier, par le manifeste do TOppo-
sition qui appelait dans ses rangs la garde nationale, la loi su ries attroupements était violée ! la loi sur la garde nationale, violée. Il n'estmêmepas sûr que sur ce droit de réunion , objet de tant de querelles, la loi et la jurisprudence ne fussent, quoi qu'on ait dit, pour le ministère : à cet égard, la légalité aurait donc été violée.
Ce n'est pas tout , la minorité de la Chambre, agissant par intimidation sur la prérogative royale , violait la Charte; l'abdication de Louis-Philippe, que la responsabilité ministérielle devait couvrir, violait la Charte ; la loi de régence était deux fois violée , d'abord par la substitution de la duchesse d'Orléans au duc de Nemours, puis par l'appel fait à la nation; enfin le Peuple, faisant prévaloir sa volonté par la force, au lieu de s'en tenir à un acte juridique, comme le voulait l'Opposition, foulait aux pieds toutes les lois.
Et cependant le Peuple n'a point été parjure ! La Révolution, produit d'une série d'illégalités, n'a point été faite contre le droit; elle est au contraire , dans son principe, marquée au coin de la légitimité la plus haute.
Le Peuple , — nous disons le Peuple un et indivisible, nous n'entendons point par là la multitude, ce qui n'est que pluralité sans unité , — le Peuple raisonne avec une conscience etd'un point de vue supérieur à toute raison individuelle : aussi ses conclusions sontelles presque toujours autres que celles des légistes.
Le Peuple est souverain. Comme tel, il n'est obligé qu'envers lui-même. Nul ne traite avec lui d'égal à égal ; et lorsqu'il se lève pour sa dignité offensée ou compromise, il est absurde de demander si cette manifestation du Peuple est ou non légale. Une constitution n'est pas un contrat synallagma tique eulre toi ei\. Ç^>\^Ss^^
entre législateur et citoyens, entre mandants H mnndatflires. C'est le système par lequel le Peuple , l'homme collectif, organise éternellement ses fonciions,équilibre ses pouvoirs.
Le Peuple donc, lorsqu'il apprend que sa liberté est en péril et que le moment est venu pour lui de résister, ne comprend, ne peut comprendre qu'une chose : c'est qu'à lui appartient non pas de protester, mais de décider souverainement. L'Opposition était donc bien ignorante des droits du Peuple et de sa logique, quand voulant, disait-elle, montrer par un exemple que le Peuple était capable de respecter le pouvoir et de protester contre le pouvoir, elle t'invitait à venir avec elle signer une proteslatîon contre le gouvernement. Protester, c'était abdiquer. Quand le Peuple se love, -il entend que c'est - lui qui juge et qui exécute.
Le Peuple laissa l'Opposition se renfermer dans les limites étroites de la légalité. Sa protestation, à lui, fut un acte de .'souveraineté. D'une simple émeute, il flt une Révolution.
Or, s'il est vrai quel'aeledu ministôrequi interdisait le banquet du 12" arrondissement, légal en soi, n'a été pour le Peuple qu'une occasion; s'il est vrai ensuite que la protestation toute parlementaire des députés de la gauche n'a été qu'un cri d'Hiarme , sur quoi lorabe l'insurrection qui a suivi? Y avait-il raison suffisanle de renverser le ministère, de chasser une dynastie , de changer la forme du gouvernement , de révolutionner de fond en comble la société? Car c'est là , qu'on y prenne garde, que doivent se trouver la moralité de l'événement et toute l'idée révolutionnaire.
Ji/awl le (tire bien haut, le mouvement n'était dirigé
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fontre ie ministère, ni contre le prlhCo, n! mémo contre le système. Tout cela, h certains égards, était indigne de l'attention du Peuple. Ce que le Peuple a voulu frapper ot détruire, c'est la Constitution. Cela résulte des illégalités commises et du progrès des idées et des faits depuis dix-sept ans.
La Révolution de 1830, révolution légale s'il en fui, est essentiellement l'œuvre de la bourgeoisie ; la classe ouvrière n'en avait été que l'instrument. Quant au Peuple lui-même , pris dans son in tégralilé , il eut sans doute pour but en 1830 de pousser jusqu'au bout l'expérience du gouvernement constitutionnel, œuvre de 1 789. Or, dix-sept ans ont suffi pour mener l'espérience â fin et pour démontrer au Peuple toutes les contradictions qui gisaient au fond de la Charte restaurée.
Tout, en effet, était louche et équivoque dans cette Charte de 1 830 , où tout était pour le prince , et rien pour le Peuple. Sur les choses les plus essentielles , la Charte était muette, et toujours ce silence était interprété en faveur de la prèrogalive royale, contre l'intérêt de la masse.
La Charte impliquait que le gouvernement , comme la loi elle-même, no pouvait être que l'expression de la volonté générale. Le roi était préposé par la nation, non pour modifier cette volonté , mais pour en assurer la sincère exécution. La puissance législative distribuée entre le roi , In Chambre des pairs et la Chambre des députés semblait une combinaison lieureuse capable de maintenir l'équilibre. Mais, h lort ou à raison, il arrivait que la loi, que le gouvernement était toujours plus l'œuvre du roi que des trois pouvoirs et des ministres; en sorte que la nation pouNaW &e feïft%.wiM^
raine , mais à condition seulement de consenlir aux volonlés du roi.
Ce mensonge constitutionnel , dénoncé par tous les hommes qui avaient occupé le pouvoir ou qui l'approchaient, a déterminé la Révolution. La difficulté eût été tranchée , qu'on le remarque bien , alors même que la Révolution se serait arrêtée aux manifeslalions du 22 et du 23, sans aller jusqu'à l'abdication duroi, jusqu'à l'expulsion de la dynastie. La Charte élucidée par l'abolition du gouvernement personnel, le pouvoir changeait de forme- La question révolutionnaire était posée de cette façon depuis 1 830 : en principe et au point de vue constilulionnel, la volonté du prince doit-elle l'emporter sur la volonté du Peuple ? Le 22 février, le Peuple avait répondu d'une manière définitive : Nonj désormais ce sera ma volonté qui prévaudra.
Tout en s'inclinant devant la souveraineté du Peuple, le gouvernement était devenu l'apanage , la propriété de la classe moyenne. Mais le Peuple : Je veux, dit-il, que les choses changent. Dorénavant les ouvriers, comme les bourgeois, auront part au gouvernement. Tel était le sens de la réforme électorale appuyée dans ces derniers temps par tout le monde.
Or, le gouvernement personnel aboli, la réforme électorale et parlementaire obtenue, le roi restant aux Tuileries, la royauté n'était déjà plus qu'un vain litre, la Révolution était politiquement consommée. Ce qui a suivi n'a été qu'une déduclion rapide et sans moyens termes de ces deux prémisses : l'abolition du gouvernement personnel et la rtforme électorale. Le parasitisme proscrit dans son incarnation la plus
haute : la royaoté qui règne ; comme le despotisme l'avait été dans son expression la plus complète, la royauté qui gouverne ; comme la vénalité, le privilège et l'agiotage l'avaient été dans leur source la plus profonde, la royauté qui corrompt ; la question sociale se trouvait posée de fait et de droit.
Le Peuple, quoi qu'en disent ceux qui ont intérêt à soutenir le contraire, demandait non pas que le gouvernement s'emparât du commerce, de l'agriculture et de l'industrie pour les ajouter à ses attributions , et faire de la nation française une nation de salariés; mais qu'il s'occupât des choses du commerce , de l'agriculture et de l'industrie, de manière à favoriser, suivant les règles de la science, qui sont celles de la justice , le développement de la richesse publique, et à procurer l'amélioration matérielle et morale des classes pauvres. Et le gouvernement de répondre que ces choses n'étaient point de sa compétence , qu'il ne s'en occuperait pas. Mais moi, s'écria le Peuple, je veux que le gouvernement s'en occupe.
Ainsi , la réforme du gouvernement personnel contenait la réforme parlementaire ; la réforme parlementaire contenait la réforme électorale ; la réforme électorale impliquait la réforme de la Constitution ; la réforme de la Constitution entraînait l'abolition de la royauté , et l'abolition de la royauté était synonyme de révolution sociale. Les seuls qui eussent compris la situation, c'étaient d'une part le gouvernement, de l'autre le Peuple. Par le fait seul de la protestation de la gauche , qui devait avoir lieu le 22 février, là Révolution tout entière était accomplie;^ le Peuple n'a fait que dégager l'événement qui était dans la pensée de tout le rnow^^.
Le problème de la reconslitulion sociale étant posé, il s'agissait de le résoudre. Cette solution, on ne pouvait l'apprendre que du Peuple. On a vu comment , en généralisant ses idées sur le gouvernement, le Peuple avait conclu tout à coup à une révolution et converti la monarchie en République. Le tort de ceux qui prirent la lêle de cette Révolution fut de n'être pas à la hauteur des idées du Peuple.
La Révolution de février n'était pas seulement une négation du principe monarchique, c'clail une négation du principe représentatif, de la souveraineté des majorités.
Le gouvernement provisoire , composé en grande partie de juristes, déclara que la France serait constituée en République ; mais il y mit pour condition la ratification des citoyens. « Quoi de plus juste en effet ^ disaient les formalistes de l'H6lel-de-Ville, que de réserver l'adhésion des départements? Le bon plaisir de quelques centaines d'insui^és pouvait-il annuler le droit de 36 millions d'hommes, et la proclamation faite à Paris de la République obliger les cœurs monarchiques des départements? N'y avait-il pointencela contradiction au principe républicain? Ne serait-ce point une Hsurpalion flagrante? ■
B Mais, disait de son côté le Peuple, si c'est moi qui ai parlé à Paris , je ne puis me contredire à Bordeaux. Le Peuple est un et indivisible; il n'est pas majorité et minorilé; il n'est point une mullitude; il ne se scinde pas. Sa volonlé ne se compte ni ne se pèse comme des sufTrages d'actionn6i''c« : elle est unanime. Partout où il y a division, ce n'est plus le Peuple : les théories rejirésenlatives sont une négalioa de sa souveraineté. Le
Peuple est toujours d'accord avec lui -mémo; tout se tient, tout se lie dans ses décisions ; tous ses jugements sont idcnijques; Supposer qu'après l'événement du 2i ffivrier, préparé, prévu de si loin, aceouipli par le concours ou l'antagonisme de foutes les idées, la ppoclamalion de ia République pût être objet de controverse , c'était frapper de nullité tout ce que, pendant ces trois jours, avait fait le Peuple, et donner gain de cause à M. Guizol. »
En effets!, après la déclaration du Peuple de Paris, la République devait être remise en question devant les assemblées électorales, cela laissait supposer que la volonté du Peuple n'est pas unanime et que cette volonté n'est autre que la volonté de la majorité. Or, si c'est à la majorité de faire la loi, il faut dire encore que c'est h la majorité des majorités , et ainsi de suite jusqu'à ce qu'on revienne su gouvernement personne! ; qu'ainsi le gouvernement appartient à la classe moyenne élue par la majorité des assemblées primaires; que la classe moyenne â son tour doit respect à sa propre majorité, à la majorité de ses électeurs; que la majorité des électeurs doit obéir k la majorité des députés, la majorité des députés se 'soumettre au ministère, lequel est tenu de faire la volonté du roi, qui, en vertu de la majorité, règne et gouverne.
Jamais, avec la théorie représentative, on ne sortira de ce cercle, et c'est justement hors de ce cercle que venait de se placer le Peuple. La loi de majorité, avaitil dit , n'est rien , si ce n'est comme transaction provisoire entre des opinions antagonistes, et en attendant la polulion du Peuple.
Ainsi trois questions générales avaiowv Hé. vt'j.'sVftç^
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raVeflMçl
pnr la Révolution du 24 février en sens diamëtraVe conliuire A toutes les iJées reçues :
4* Question de résistance légale. — Le Peuple T»vail (Ut une fuis pour toutes : Prolester, pour lui , esl synouyme d'ordonner ; blâmer est synonyme de s't^ poser; résister, synonyme de renverser l'objet de 9ii n'rsistauce.
2° Question de réforme. — L'Opposition, tout en demiiiiilnnl les nn^mes choses ot dans les mêmes termes que l'Insurrection, mais ne les envisageant pas séparément ol eti détail, Réservait expressément dans la protestation In monarL'hio, la Charte, les institutions consâliili<iriiii'lles,eri même temps <{u'ellerepous5ait la réforme Miiriiilc'. Le Peuple, au contraire, embrassant toutes les r'-riM'uieK ilemandit's en un seul faisceau, avait compris tille lie ce faisceau rt-sultait une idée nouvelle; il avait timt réduil on poussière, royauté et Constitution.
y" Question de majorité représentative. — Tous les publirislra sont d'accord que c'est la majorité non du Peuple, mais do ses représentants, qui fait la loi. Le Peuple, iiu rebours, avait ^'u que l'autorité des m^oritéa n'est point absolue; qu'elle est sujette à caution, et que, (liuiB certains cas, il peut arriver que l'intégralité ilii IVupIt) soit condamnée par la majorité du Peuple; qu'il .V avait doue lieu il réviser ce principe dans la tliiiislilutiiiu nouvelle.
Sans doute, si chaque citoyen prenait pour régie celte loffique, nous «boutirions forcément à la guerre civile; mais cette individualité supérieure qu'on appelle LE Pkuplk conclut toujours à 1» paix et à l'unité. La logique du Peuple est la loi de l'histoire, la source du droit et du progrés , le principe de toute moralité , la
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source de toute jasiice. — Inieheoger le Peuple! là est le secret de l'avenir ! interroger le Peuple ! c'est loute la science de la société.
Interroger le Peutle! Le gouvernement qui s'installa le 24 février â l'Hôlel-de-Ville ne sut point le faire, et faute de le savoir, il perdit la Révolution.
Qu'avons -nous vu le lenilemain du triomphe populaire? La République transformée en une démocratie doctrinaire; l'empirisme et l'utopie prenant la place des idées et faisant du Peuple une matière à expérimentation; do petits liommes , de petites idées, de petits discours; la médiocrité, le préjugé, le doute, et bientôt la colère de la multitude. La volonté du Peuple, qui aurait dû grandir ses chefs, les avait amoindris. On attendait de ces magistrats improvisés, portés sur les ailes de la Révolution, qu'ils ramèneraient la sécurité, ils semèrent l'épouvante; — qu'ils feraient la lumière , ils créèrent le chaos ; — qu'ils sauraient préciser les questions, dire ce que le Peuple voulait et ce qu'il ne voulait pas, ils n'affirmèrent rien, laissèrent tout croire et firent tout craindre. Il fallait tout à la fois rassurer la propriété et donner des garanties au prolétariat par la conciliation de leur antagonisme; ils les mirent aux prises, ils soufflèrent la guerre sociale. On comptait sur des actes , ils produisirent l'inerlie. On leur demandait du travail, ils formèrent des cadres; du crédit, ils décrétôrentles assignats; des débouchés, ils s'en référèrentà l'attitude de la République. Une fois ils nous dirent que Vorganisation du travail ne pouvait se faire d'un jour ; une autrefois, que la question était complexe; quinze jours après, ils nous renvoyèrent au bureau de placements. Le Peuple s'était retiré de ces homiacs, \ te V av-