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Wsîi^i cepfliaaril, ils daignaient le lui dire. Mais nerf, rien, rien ne décelait en eux l'intelligence de ce Peuple, dont ils portaient les destinées. Partout dans leurs actes, au lieu de ces pensées univcrsclles,siiblime9, qu'enfante ïe Peuple, on ne trouvait que chaudes allocutions,, chaleureuses paroles, utopie, routine, contradiction, discorde.
Examinons quelques-uns des actes de ce gouvernemenl qui avait en main la plus grande Révolution qui se fût jamais accomplie sur la terre , et qui la livra misérablement par son incapacité à ses ennemis.
La première cliose dont s'est occupé le gouvernement, c'est d'exclure le drapeau rouge. La Révolution , on ne peut le dissimuler, avait été faite par le drapeau rouge ; le gouvernement provisoire décida de garder le drapeau tricolore. En agissant ainsi, il ne faisait rien de moins que d'éliminer la question sociale : toutes les fois que le Peuple, vaincu par la souffrance, veut exprimer, en dehors de celle légalité juridique qui l'assassine, ses vœux et ses plaintes, il marche sous une bannière rouge. Qu'on garde, si l'on veut, le drapeau tricolore, symbole de notre nationalité ; mais qu'on se souvienne que le drapeau rouge est le signe d'unfl révolution qui sera la dernière. — Le drapeau rouge ! c*cst l'étendard fédéral du genre liumain.
Après rinlcrdiclion du drapeau rouge , est venu lé décret d'accusation des ministres. Informer, passe ; maia accuser était absurde, surtout après l'abolition de la peine de mort pour crimes poliliques. De plus c'élail ihjuricux au Peuple. Comment! le gouvernement provisoire n'avait pas compris que la Révolution de fèvrie|r était la fin d'une conslitutiou , et mm le renversement à'aa m//i/stèro? Le 2i , M. Cuiiol pouvait être mis en
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accusalion ; mais seulement par les députés de la gauche : soQ crime alors était de jouer l'exislenee de la mouarchk' et de compromellre pnr un conflit les inslituliona de juillet. Le 23 encore, M. Guizot, quoique démissionnaire, élait responsable du sang versé; l'opposition triomphanle pouvait lui demander compte de sa résistance intempestive. La victoire du 94 avait absous M. Guizot; elle avait cltangé pour lui comme pour tout le monde le terrain de la légalité. Elle l'honorait ra^me en un sens; car elle prouvait qu'il avait mieux jugé du Peuple que l'Opposiliou. M. Guizot ne pouvait fitre accusé qu'en vertu de la Cliarte : la Charte détruite, M. Guizot n'était plus justiciable que de sa conscience et de l'histoire : il avait le droit de décliner la compétence de tribunaux républicains.
Faut-il que nous parlions de tous ces décrets incompréhensibles dans lesquels éclate à chaque instant l'inintelligence des hommmcs de la Révolution?
Et d'abord h quoi bon un décret pour délier les fonctionnaires de leur serment? Quoi! il ne suffisait pas, pour la conscience des fonctionnaires, d'une révolution qui abolissait la monarchie coustilulionnelle, qui nonseulementévinçait la dynastie, quichangcaltleprincipe! Il fallait aux fonctionnaires l'absolution d'un M. Crémieux. Ce n'était pas savoir le premier mol du catéchisme politique. Louis-Philippe et sa race vivaient encore, c'est vrai; mais la royauté élait morte. Or, la royauté morte, vive In République ! Cela ne souffrait pas plus do difficulté que de passer de Louis XVIII à Charles X.
Et le décret qui garantissait l'organisation du travail? Remarquons ceci. Ce n'était pas la République qui garantissait; c'était le grtuv(!rncmcTi\. çtONVi'awç- "^JtîMi
r— XTI — qu'était-ce , nous vous le demandons, que la garantie d*un provisoire? N'élail-ce pas le cas de dire : Le bon billet qu'a La Châtre} Qu'esl-il arrivé? que le gouvernement définitif a donné tort au gouvernement provisoire, Il a trouvé que ce n'était pas à lui d'organiser; un de ses premiers actes a été de décréter la liquidation des ateliers prétendus nationaux et de déclarer vide de sens la pensée de la Révolution. A force de vouloir que l'idée vînt de plus haut que la République, le gouvernement a fait la planche à la réaction.
Un décret qu'on peut considérer comme le plus au rebours des idées de la Révolution , c'a été ta création des ateliers nationaux. Le socialisme en a toujours décliné la responsabilité, et il a eu raison. De tous les actes du gouvernement provisoire, c'est celui qu'on peut considérer comme ressemblant le plus h une trahison. Quel meilleur moyen d'en linir avec les aspirations sociales du Peuple, que de les parodieraussi indignement. Du reste, l'utopie n'est pas exemple de reproches : son idée des ateliers sociaux n'était guère plus raisonnable. Il y avait dans Paris 30,000 tailleurs sans ouvrage. Le Luxembourg leur offrit des ciseaux , des aiguilles, des salles de couture, des presses pour le décatissage... Mais du travail?., — La moitié des imprimeurs chômaient. On parlaiie créer aux quatre-vingt-dix imprimeries de la capitale un supplément de matériel de trois millions... Mais du travail?... — Les chantiers de construction étaient fermés. On parle d'en établir d'autres à côté, afin de leur faire concurrence... Mais du travail?.., — Lalibniirie ancienne et moderne, classique, politique, religieuse, médicale, regorgeait de livres qui ne se vendaientpas. Le gouverncmentparlaitde délivrer
cinquante nouveaux brevels.... Mais des acheteurs?... — La passemenlerie, l'orfèvrerie, la chapelierie , tous les corps d'état étaient à bas. Il y avait un remède bu chômage : les travailleurs n'avaient qu'à s'associer. Le gouvernement provisoire leur offrait des patentes, parlait de leur fournir des directeurs, des contrôleurs, des Inspecteurs, des comptables, des gérants, des commis! Il y en avait de reste. — Mais des capitaux? mais des commandes? mais des débouchés?
La moitié des maisons étaient délabrées; le quart des appartements vides. Il fallait augmenter la valeur de cette partie de la propriété foncière. Le gouvernement provisoire proposait des plans pour la construction de casernes, d'hospices, do palais nationaux , afin de loger les ouvriers. Il y revient encore, sous la présidence de Louis-Bonaparte.
Les terres en exploitation étaient mal cultivées ; l'agriculture manquait de bras et de capitaux. Le gouvernement provisoire pensait aux dunes, aux friches, aux bruyères, aux landes, à toutes les terres incultes et stériles !
Voilà sur quelles idées économiques la France a vécu pendant six mois. Les badauds ont pu admirer; le Peuple indigné a fait rentrer tous ces charlatans dans la poudre.
Mais on aurait pu pardonner le charlatanisme et l'ignorance, si à côté de cela ne s'était pas trouvée une déplorable tendance à caresser les préjugés de la multitude. C'est cette manie qui nous a valu le fameux décret sur la réduction des heures de travail et l'abolition des tâches et du marchandage.
L'ouvrier gagnait peu et travaillait beaucoup. O^a. W
~ xviir — avait insinué que, pour son bonlieup, il devait travailler moins el gagner davanfag'e. Dans l'économift politique fie la routine, c'était irréprochable de raisonnement ; mais le Peuple, lui, aune tout autre logique; il trouve qu'augmentation de travail, diminution de salaire' et accroissement de ricliesses sont trois termes identiques d'une seule el môme série. Cela a l'air contradictoire, et pourtant cela est.
Informé que des maîtres Taisaient difficulté d'obéir à ses ordres, le gouvernement provisoire rendit de nouveaux décrets, expédia des circulaires, débita des harangues portant en siibstance : " Que la production pourrait avoir à souffrir de la réduction des heures de travail; mais que la volonté du gouvernement voulail être obéie, et qu'elle le serait, quoi qu'il advînt! Que les commissaires eussent à y tenir la main, qu'il y allait de l'égalité el de la fraternité! »
C'était ainsi que le gouvernement provisoire entendait le problême social. Il prenait les entrepreneurs d'industrie pour des seigneurs féodaux, les ouvriers pour des serfs, le travail pour une corvée; il s'imaginait, après tant d'études sur la matière , que le prolétariat moderne résultait de l'oppression d'une caste; II ignorait ou faisait semblant d'ignorer que ce qui a établi les heures de travail, déterminé le salaire, divisé les fonctions, développé la concurrence, constitué le capital en monopole , asservi le corps et l'àmc du travailleur, c'est un système de causes fatales, indépendantes de la volonté des mallres comme de celle des compagnons.
Mais ce qu'il comprenait moins encore, c'est qu'après avoir mis ainsi la main sur le travail, il était obligé
d'inlervenir dans tous les accidents de In production » de décréter le taux des salaires, puis de forcer !ti vente, puis de requérir le paiement, puis de fixer la valeur...
A côté de ces non -sens économiques, on fit des nonsens philanlliropiqucs. Tel était le décret qui avait fait des Tuileries les Invalides du Peuple! Nous nous demandons commeni il était possible d'accorder cette liste civile de la misère avec l'é^alilé et la fraternité !
Du reste , d'égalité et de rraternitc, le gouvernement provisoirenesesouciaitguère.Cequ'il lui fallait, c'était d'avoir à sa dévotion une armée de prétoriens. C'est pour cela qu'il excitait les passions cupides de l'ouvrier, qu'il faisait de l'ïutiraidalion à la bourgeoisie en soulevant les masses contre elle.
Rappellerons-nous cette incroyable circulaire du ministère (le l'instruction publique aux recteurs , qui disait que pour tout citoyen rinstructlon primaire suffisait, mais qu'il fallait à la République «ne êtile d'hommes, et que celte élite il fallait la choisir dans tout le Peuple? Une élite d'hommes ! Mais il y avait eu jusque-là dans le Peuple une élite plus ou moins réelle qu'on appelait bourgeoisie , et si la Révolution avait été faite, c'était alln que tout le monde fit partie de l'élite. Or, la circulaire du ministre de l'instruction publique venait donner un démenti à la Révolution. Il est vrai que la question, comme le problème économique, était passablement complexe. Comment, sans faire tort aux supériorités naturelles, rendre les citoyens égaux? Le gouvernement provisoire sabrait la difficulté : capacités, incapacités, sujets médiocres, sujets d'élite, qu'importe cela?
Ce n'est pas tout. " j ' - . »
Le gouvernement provisoire décréla que l'inlérét des sommes déposées aux caisses d'épargnes serait porté à 5 pour cent, « attendu, disail-il, que l'intérêt des bons du trésor était aussi de 5 pour cent; que les Truils du travail devaient s'accroître de plus en plus, et que, de toutes les propriétés , l'épargne du pauvre était la plus inviolable et la plus sacrée. » Certes, c'était là un touchant lémoignage de ses sentiments d'égalité. Sans doute, si les porteurs de bons du trésor devaient seuls parfaire l'intérêt des caisses d'épargnes ; mais si c'était le prolétaire, n'ayant ni bons du trésor ni livret d'épargnes, qui dût payer l'un et l'autre intérêt, n'était-il pas clair qu'en mettant l'égalité entre les créanciers de la dette flottante, on avait rendu l'inégalité entre les créanciers de l'État et les débiteurs de l'État plus grande qu'auparavant? Il n'y avait dans tout cela qu'un bavardage hypocrite.
Nous ne continuerons pas à examiner les uns après les outres tous les décrets de ce gouvernement qui avait en main l'avenir de l'humanité, et qui, comme la Sybille antique, en a dispersé les feuillets à tous les vents. Tous sont marqués au coin de l'ignorance, de la duplicité, ou, ce qui est pis, de la philanthropie. L'auteur dont nous venons de résumer les opinions a exprimé son jugement sur toutes ces mesures avec une énergie peu commune, quand il dit que toute la pohtique des dictateurs de Février avait consisté à montrer le poing au capital tout en se prosternant devant la pièce de cent sous.
■ Vous voulez, leur disait-il à la fin du mois de mars 1848, vous voulez exterminer les juifs, les rois de l'époque, et vous adorez le veau d'or ! Vous dites, ou vous
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laissez dire, que l'Étal va s'emparer des chemins de fer, des canaux, de la batellerie, du roulage, des mines, des sels; qu'on établira des impôts sur les riches, impôt sompluaire, impôt progressif, impôt sur les domestiques, les chevaux, les voilures; qu'on réduira les emplois, les traitements, les rentes, la propriété. Vous provoquez la dépréciation de toutes les valeurs financières, indi^triellos , commerciales; vous tarissez la source de tous les revenus; vous glacez le sang dans les veines au commerce, à l'induslrie, et puis vous conjurez le numéraire de circuler ! vous suppliez les riches de ne pas le retenir! Croyez-moi, citoyens dictateurs, si c'est là toute votre science, hàtez-vous de vous réconcilier avec les juifs ! Rentrez dans ce statu quo conservateur, au delfi duquel n'espérez rien , et dont vous n'auriez jamais dû sortir. »
Nous ne pouvons mieux faire, pour donner une idée de cette période révolutionnaire aux lecteurs , que leur mettre sous les yeux la fin du chapitre \" de la Solution du problème social.
« Non, s'écriait l'auteur en s'adressanl aux hommes du gouvernement provisoire , vous ne comprenez rien aux choses de la Révolution. Vous ne connaissez Qi sa logique, ni son principe, ni sa justice ; vous ne parlez .pas sa langue. Ce que vous prenez pour la voix du Peuple n'est que le mugissement de la mullilude, ignorante, comme vous, des pensées du Peuple. Refoulez ces clameurs qui vous envahissent. Respect aux personnes , tolérance pour les opinions : mois dédain pour les sectes qui rampent à vos pieds, et qui ne vous conseillent qu'afin de mieux vous compromettre. Les sectes sont les vipères de la Révolulion. LcV^iUiVe,