DIRECTEUR-GÉNÉRAL DES PONTS-ET-CHAUSSÉES ET DES MINES
Monsieur le Directeur-Général,
Exposer ici toutes les obligations dont l'art de bâtir vous sera redevable, c'est justifier l'hommage que vous m'avez permis de vous offrir de ce nouvel Essai. Vos soins ne se sont pas bornés à favoriser la publication de mes premières recherches, vous avez voulu encore, en les soumettant à une investigation générale, entourer de tous les genres de certitude les résultats auxquels elles nf ont conduit. L'appel que vous avez fait au zèle et aux lumières de MM. les ingénieurs a été entendu : il est aujourd'hui peu de localités en France, où
l'on ne puisse, sans autre secours que celui des matériaux du pays, fabriquer, à des prix très-modérés, des mortiers et ciments comparables à tout ce que l'antiquité nous a laissé de plus parfait en ce genre. L'ancienne Bretagne, les rives de la Loire, du Rhône, du Doubs, du Cher, de la Charente, de la Dordogne, delà Vezère, etc., présentent eu chaux hydrauliques, ou en substances argileuses faciles à transformer en pouzzolanes, des ressources immenses inconnues à nos devanciers. Ces résultats, Monsieur le Directeur-général, seraient encore à obtenir, si votre volonté persévérante ne m'eût aidé à surmonter des obstacles contre lesquels, livré à mes propres forces, j'eusse vainement essayé de lutter. C'est en parcourant, par vos ordres, les lignes de navigation les plus importantes du royaume, et en unissant ainsi immédiatement mes efforts à ceux de mes camarades, que le domaine des faits a pu s'agrandir et s'enrichir d'observations nouvelles. Si maintenant on peut fonder avec économie et facilité, sans épuisements ni pilotis, des ponts et des écluses; si le luxe de la pierre de taille commence à faire place à cette excellente maçonnerie à petits matériaux dont les Romains nous ont laissé de si beaux exemples; si les mortiers, enfin, résistent aux intempéries et promettent des constructions éternelles , c'est à vous , Monsieur le Directeurgénéral, qu'une grande partie de ces précieux avantages seront dus. De tels services ne seront jamais oubliés : les
hommes éclairés qui développent et propagent les découvertes utiles n'ont pas moins de droits à la reconnaissance publique que les inventeurs mêmes.
Je suis avec respect ,
Monsieur le Directeur-général,
Votre très-humble et très -obéissant serviteur.