‹ Résumé des connaissances positives actuelles sur les qualitésChapitre 2 sur 94 · PRÉFACE · texte numérisé non relu

PRÉFACE

L'art de composer les ciments calcaires se réduisait encore, il y a peu d'années, à la connaissance d'un petit nombre de faits, et à l'observation de certaines règles admises depuis long-temps, sans examen , sur l'autorité de Vitruve et des architectes qui l'ont suivi. Mais les règles se trouvaient presque toujours en défaut, et les faits manquant de corrélation, n'étaient que d'un faible secours. Pouvaiton, par exemple, fabriquer de bon mortier en France, en mêlant trois parties en volume de sable de mine, ou deux parties de sable de rivière, avec une partie de chaux éteinte, provenant d'un marbre blanc trèsdur? Voilà cependant les proportions du mélange, et les caractères de la bonne pierre à chaux indiqués par Vitruve. Il importait peu , du reste, à ceux qui sont dans l'impossibilité de s'en procurer, que la pouzzolane d'Italie et le traas d'Audemack fussent doués de qualités ferrumentaires extraordinaires; qu'il existât à Metz, à Viviers, à Nismes, etc. en France, à Laea en Uplande, à Alberthaw en Angleterre, et ailleurs, des chaux éminemment propres aux constructions hydrauliques. Avec tous ces documents , et en y comprenant même les découvertes du suédois Baggé et de M. le comte Chaptal , sur la transformation de quelques sclustes et de quelques argiles ocreuses en pouzzolanes par la calcination, il n'en fallait pas moins marcher au hasard la plupart du temps , ou faire dépendre d'analogies incertaines le succès des constructions les plus importantes. Tel ingénieur vantait

l'efficacité de la poudre de tuileau bien cuit; tel autre regardait comme ingrédients par excellence le mâchefer, les laitiers, etc.; ceux-là assuraient , au contraire , que ces matières sont dépourvues d'énergie ; enfin cette différence d'opinions s'étendait jusqu'à la manipulation des alliages : fallait-il éteindre la chaux à grande eau, ou la laisser tomber en poussière après l'avoir immergée pendant quelques instants ? devait-on l'employer froide ou bouillante, etc., etc.? Chaque méthode avait ses partisans, et, ce qui paraîtra invraisemblable sans doute, c'est que chaque méthode aussi était appuyée d'expériences et de témoignages dont il n'était guère possible de contester l'authenticité. La suite expliquera ces contradictions.

Nous laisserons le lecteur apprécier un tel état de choses , et décider si ce chaos d'opinions et de faits divers pouvait ou non constituer une science, une doctrine des ciments calcaires. Peut-être répondra-t-on qu'à l'époque même dont nous parlons, on parvenait à fonder sans traass ni pouzzolane , et dans des pays où la chaux n'a aucune qualité extraordinaire, des ponts, des écluses, etc. Tout en convenant de cette vérité, nous ferons remarquer que la plupart de ces ouvrages n'ont subsisté, et ne subsistent encore, qu'à l aide d'entretiens fréquents et dispendieux ; qu'il a fallu , sur divers canaux , reconstruire un grand nombre d'écluses dont les bajoyers se trouvaient, après quelques années, complètement dégarnis de mortier; qu'une foule de digues, de déversoirs, de barrages, d aquéducs, etc., d'une construction récente , offrent déjà tous les caractères de la vétusté, sans qu'il soit possible d'assigner à ces dégradations inattendues d'autres causes que la mauvaise qualité des mortiers ou ciments employés.

Ces faits, connus d'une multitude d'ingénieurs, accusaient depuis

long-temps l'insuffisance de l'art, et cette insuffisance allait se manifester de plus en plus, à raison de la multiplicité des travaux de navigation réclamés par le service d'une industrie toujours croissante. Ce fut pour mettre un terme à cet état de choses, que nous commençâmes en 1812 les recherches expérimentales publiées en 18 18. Il est des matières d'une importance pour ainsi dire intrinsèque, et qu'il suffit, par conséquent, de traiter, pour appeler l'attention publique; il nous sera donc permis de dire, sans que notre amour-propre ait à s'en prévaloir, que les recherches expérimentales sur la chaux et les mortiers, ont été l'objet d'un examen sérieux de la part des chimistes, des architectes, et des ingénieurs. Quelques points de théorie, indépendants des résultats généraux , ont donné lieu à des discussions , qui elles-mêmes ont provoqué de notre part un nouveau travail ; des expériences entreprises contradictoirement , sur divers points du royaume, par ordre de M. le conseiller d'état Becquey, Directeur-général des ponts-et-chaussées et des mines, tout en consolidant les bases essentielles posées par nous, ont agrandi le domaine des faits, à ce point, que pour en coordonner l'ensemble, une nouvelle rédaction est devenue nécessaire. Mais par cela même qu'en se multipliant et eu se fortifiant mutuellement, les faits ont ajouté de nouvelles certitudes à celles que l'on avait déjà , ils ont permis aussi de resserrer le cadre qui les comprend, soit en se prêtant à un mode de classification auparavant impossible , soit en laissant la faculté de rejeter dans des notes une foule de détails et de documents historiques ou scientifiques bons à consulter, mais non indispensables à l'intelligence de l'ensemble.

Il est, au surplus , dans la nature des choses, de se simplifier à mesure qu'elles se perfectionnent; et cela est d'autant plus heureux, qu'aujourd'hui , plus qti'autrefois encore, les gros livres effraient et ne sont point lus.

Ces explications données, nous nous empressons de proclamer ici les obligations nouvelles dont nous sommes redevables aux travaux analytiques et synthétiques de MM. John et Berthier, sur les calcaires mélangés et les chaux hydrauliques; aux recherches de M. l'inspecteur-général des ponts et chaussées Bruyère, sur la fabrication des pouzzolanes et ciments artificiels résultant de la calcination des argiles combinées avec une petite proportion de chaux; aux expériences très-remarquables de MM. les ingénieurs Avril et Girard de Caudemberg, le premier sur les psammites du Finistère, le second sur les arènes du Périgord; à l'étude des chaux de la Russie, par M. Raucourt, étude qui a conduit cet ingénieur à enrichir la science de plusieurs observations importantes; enfin, aux intéressants résultats obtenus par M. l'ingénieur Lacordaire, en traitant comme ciments naturels des pierres à chaux hydrauliques imparfaitement cuites.

Il est des services d'un autre genre auxquels nous ne devons pas moins de reconnaissance : c'est la manière bienveillante et éclairée dont M. l'inspecteur-général Bruyère a, le premier, en 1818, appelé sur notre travail l'attention et les suffrages de M. le Directeur-général et du Conseil des ponts et chaussées; c'est aussi l'appui donné à ce travail par l'honorable mention qu'en ont bien voulu faire dans leurs leçons à l'École polytechnique, MM. Gay-Lussac et Thénard ; dans le résumé de V son cours de construction, M. l'inspecteur-général Sgauzin; et enfin

dans un savant rapport à l'Académie des sciences, M. Girard , membre de cette académie.

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