OE LA MANIPULATION OU FABRICATION
La fabrication comprend l'extinction de la chaux et son mélange avec les ingrédients qui concourent avec elle à la composition du mortier ou ciment.
De quelque façon qu'elle ait été éteinte, la chaux doit être préala- • blement amenée à l'état de pâte bien homogène, pour recevoir ensuite les ingrédients qu'on lui destine.
Cette pâte sera aussi forte que possible, toutes les fois qu'elle devra se constituer, comme gangue, entre des grains durs et palpables, qui
conserveront entre eux une distance appréciable ou du moins sensible. C'est le cas des mortiers ou mélanges de chaux et de sable (46).
Elle pourra avoir une consistance plus ou moins molle, quand elle devra former, avec une matière pulvérulente à grains impalpables et absorbants à la fois, un tout d'apparence homogène, où l'œil ne puisse discerner aucun des éléments constitutifs. C'est le cas des ciments calcaires ou mélanges de chaux, pouzzolanes, arènes, argiles ou psammites (4").
Mais, dans tous les cas possibles, le résultat du mélange, soit mortier, soit ciment, devra se présenter sous bonne consistance argileuse, d'après les définitions données à cet égard au Cluipitre V.
On peut ramener à volonté la chaux éteinte par immersion, ou spontanément, à l'état de pâte ferme ou de bouillie, puisqu'on la prend à l'état pulvérulent ; mais cela n'est plus possible quand il s'agit de chaux éteinte par le procédé ordinaire, si elle a été noyée dès l'origine dans une grande quantité d'eau. Pour ne point se tromper, il convient de n'employer, au moment même de cette extinction, que l'eau rigoureusement nécessaire; c'est-à-dire celle qui suffît pour faire passer la chaux de l'état de pierre vive à l'état de pâte forte. On a toujours le temps, en effet, d'en ajouter au moment de l'emploi, si besoin est.
Les chaux hydrauliques et éminemment hydrauliques offrant à cet égard quelques difficultés, nous allons exposer avec détail le procédé à suivre quand on leur applique l'extinction ordinaire.
La chaux vive en pierre se jette à la pelle dans un bassin imperméable , où on 1 étend par couches d'égale épaisseur (de ao à a5 centimètres); on amène l'eau au fur et à mesure, et de telle manière qu'elle puisse circuler et pénétrer avec facilité dans les vides que les fragments de chaux vive laissent entre eux. L'effervescence ne tarde guère à se manifester ; on continue à jeter alternativement de la chaux et de l'eau ; mais il faut bien se garder de brasser la matière et de la réduire en laitance, selon la coutume des maçons : seulement, quand, par hasard, quelques pellées de chaux fusent à sec, on y dirige l'eau
par des rigoles que l'on trace légèrement dans la pâte, et de temps en temps on enfonce un bâton pointu dans les endroits où l'on soupçonne que leau a pu manquer; si le bâton en sort enduit d'une chaux gluante , l'extinction est bonne ; s'il s'en élève au contraire une fumée farineuse, c'est une preuve que la chaux a fusé à sec; on élargit alors le trou, on en fait d'autres à côté, et on y amène l'eau.
On ne doit éteindre ainsi que la quantité de chaux dont on a besoin pour la consommation d'une ou deux journées au plus. Deux bassins séparés ou deux capacités dans le même bassin sont indispensables : on commence à remplir l'un quand l'autre est près d'être vidé. Par ce moyen , la chaux a au moins vingt-quatre heures pour travailler, et les fragments paresseux se divisent tous.
La chaux éteinte comme il vient d'être dit, est déjà très-ferme le lendemain ; il faut la piocher, ou tout au moins la couper avec une pelle tranchante pour l'extraire. Il semble qu'en cet état elle ne puisse plus être ramenée à l'état de pâte sans une addition d'eau , mais c'est une erreur; on la rend facilement souple à l'aide du pilon. Le rabot ne pourrait jamais la lier; mais si on la bat d'aplomb avec des massettes de fonte assujetties à des manches de bois , elle ne tarde guère à regorger l'eau qu'elle avait pour ainsi dire rendue latente; elle forme alors une pâte suffisamment molle pour recevoir le sable (48).
Les matières qui concourent à former les ciments calcaires, se broient et s'amalgament avec d'autant plus de facilité , qu'elles sont étendues d'une plus grande quantité d'eau; c'est à ce point que le même ouvrier mettra quatre fois autant de temps à confectionner un mortier ferme, qu'à en préparer la même quantité au degré de mollesse adopté par les maçons. Si doue il importait peu à la promptitude de la prise et à la dureté ultérieure du mortier d'être gâché dur ou mou, il importerait au contraire beaucoup à l'économie que l'on connût la limite de la plus grande quantité d'eau convenable,. afin de s'en tenir le plu» près possible.
Mais les expériences les plus authentiques et les plus variées ap-
prennent que tout mortier ou ciment destiné à une immersion immédiate, doit être broyé, comme on la dit déjà, à forte consistance argileuse, sous peine de n'atteindre qu'à la moitié, ou au tiers, et quelquefois au cinquième de la force à laquelle il serait parvenu s'il eût été convenablement traité.
Mais ce n'est point avec les outils ordinaires qu'on peut espérer d'arriver au but indiqué; il faut de toute nécessité substituer aux rabots les pilons dont il a été parlé ci-devant, et battre la matière d'aplomb avec force et vitesse. Ce n'est que lorsque le mortier ou ciment est tout-à-fait confectionné, qu'on y introduit la pierraille ou les cailloux qui constituent le béton ; cette seconde opération se fait encore à l'aide du pilon.