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DE L'EMPLOI OU IMMERSION

Tous les soins apportés à la fabrication sont à peu près en pure perte, quand l'immersion d'un béton est mal faite; dans aucun cas on ne doit le lancer à la pelle. Si la profondeur de l'eau est peu considérable, comme d'un mètre par exemple, il faut le conduire jusqu'à fond et l'y déposer doucement. Les trémies devraient être généralement proscrites: la masse d'eau qu'elles renferment, quoique stagnante , détrempe toujours le béton qui la traverse.

La caisse proposée par Bélidor est sans contredit ce qu'il y a de mieux. Nous l'avons sinqtlifiée en lui donnant la forme d'une pyramide quadrangulaire tronquée renversée : on la suspend un peu au-dessus de son centre de gravité; arrivée au fond de l'eau , elle se vide, comme les camions, par un mouvement de bascule. Le béton en sort en forme pyramidale , et s'assied constamment sur sa plus large base.

L'immersion du béton se fait par couches successives, dont l'épaisseur ne doit point excéder o* 4o*; à mesure qu'une couebe s'avance dans l'encaissement, ou la fouille, elle chasse devant elle une bouillie ou laitance qui s'accroît sans cesse, et devient d'autant plus abondante

que l'étendue et la hauteur de la couche sont plus considérables. Cette laitance, à raison de sa fluidité, fait place au produit de chaque immersion partielle, et finit, lorsqu'on n'y prend pas garde, par remonter de couche en couche, mais non pas de telle manière qu'il n'en puisse rester une épaisseur de trois à cinq centimètres entre deux couches successives: chose très - fâcheuse , car, composée comme elle l'est d'une chaux noyée, cette bouillie ne fait jamais qu'une prise imparfaite, et détruit ainsi la continuité de la masse, dont elle favorise d'ailleurs le tassement.

Il est facile d'obvier à cet inconvénient dans une eau courante; il suffit de ménager de petites ouvertures dans les parois de l'encaissement, et de les multiplier de manière que l'eau de l'enceinte puisse se renouveler sans cesse. On les tient cependant assez étroites pour que le béton ne puisse filer au travers.

Dans une eau stagnante, on peut placer une ou deux fortes pompes à l'extrémité de l'enceinte où chaque couche vient se terminer, et pomper la laitance à mesure qu'elle arrive. Les balais sont employés avec succès quand l'encaissement offre une issue ; mais ce moyen suppose qu'on puisse donner à chaque couche le temps de faire prise.

On réduit, au surplus, la formation de la laitance à peu de chose, quand on apporte un grand soin à l'immersion. On doit se garder surtout de battre le béton immergé; c'est une opération parfaitement inutile, et de plus très-nuisible. Le béton se tasse de lui-même autant qu'on puisse l'exiger; la massivation n'a d'autre effet que de le délayer et de l'appauvrir. La seule chose que l'on puisse se permettre, c'est d'étendre ou d'affaisser par compression, mais sans choc, le produit de chaque immersion partielle (49).

Une pratique assez généralement admise autrefois , et qui dérivait naturellement de cette persuasion que la prise la plus prompte conduit à la dureté absolue la plus grande, consistait à employer de la chaux bouillante, et à immerger le béton tout chaud. Or, un béton chaud est nécessairement un béton mal broyé; il est, en effet, de

toute impossibilité que la chaleur développée par la chaux vive se maintienne pendant tout le temps qu'exige une bonne manipulation. Toute manifestation de chaleur, à cette époque, indique le développement successif d'une chaux paresseuse , et par conséquent une extinction et un mélange imparfaits. Or, si un tel mélange est immergé dans un espace où rien ne le contienne, il se gonfle, se détrempe et s'étend. Nous devons en conclure qu'il ne convient d'employer la chaux qu'après son entier refroidissement, signe certain d'une extinction complète. C'est , au surplus, à la sagacité du constructeur à distinguer quand la chaleur, manifestée par un grand volume de chaux éteinte en pâte, est le résultat d'un travail intime actuel, ou la suite de la première effervescence (5o).

On ne doit point, comme le prescrit Bélidor, attendre, pour immerger le béton , qu'il ait été privé de sa ductilité par un commencement de dessiccation ; car il se divise, s'émiette alors d'une manière incroyable, et ne forme plus qu'une bouillie dont la prise devient nécessairement très-lente et très- imparfaite : un tel béton n'acquiert dans la suite que du £ au * de la dureté dont il est susceptible, quand il est immergé convenablement.

Quand, à raison d'empêchements imprévus, on est forcé, sur les travaux, d'ajourner l'immersion d'une certaine quantité de béton déjà préparé, et que, par suite, ce béton vient à durcir, il n'y a point d'inconvénient à le rebattre de nouveau, et à le ramener à sa consistance première avec addition d'eau ; pourvu toutefois que la dureté acquise ne résulte que d'une dessiccation très -rapide, provoquée en quelques heures par un coup de soleil ou un vent brûlant.

Quand il est possible d'employer les mortiers ou ciments à sec dans une enceinte épuisée, on remplace ordinairement le béton par une maçonnerie. On double alors la résistance future dont ces mortiers ou ciments sont capables, en leur laissant prendre, avant que d'introduire l'eau dans l'enceinte, une certaine dureté compatible encore

avec une humidité apparente; telle, en un mot, que la teinte blanche qui caractérise la dessiccation ne se soit point encore montrée.

ACTION DE L'EAU SUR LES PARTIES DES MORTIERS ET CIMENTS EN CONTACT IMMEDIAT AVEC ELLE.

Les parties des ciments et mortiers en contact immédiat avec l'eau, après avoir acquis , à des époques variables pour chaque nature de chaux et d'ingrédients, une certaine dureté, finissent quelquefois par rétrograder au point de perdre la consistance même qu'elles avaient au moment de l'immersion. Il se forme ainsi une espèce d'enveloppe , dont l'épaisseur s'accroît sans cesse et tend à gagner le centre : si on l'enlève avec une lame de fer en raclant la surface jusqu'au vif, il s'en forme une seconde, et ainsi de suite.

Ces phénomènes, qui sont très-remarquables quand on emploie des chaux grasses et des pouzzolanes peu énergiques , sont insensibles dans tous les cas, lorsqu'on fait usage de pouzzolanes très-énergiques ou de chaux hydrauliques, ou éminemment hydrauliques, combinées avec les ingrédients qui leur sont propres. On conçoit toute l'importance de cette observation pour la dureté des ouvrages exposés au battillage et au frottement d'un courant ou d'une eau agitée; mais, dans une eau tranquille , les progrès de cette espèce de décomposition ont un ternie. Une croûte noirâtre ou blanchâtre fort mince tapisse insensiblement l'enveloppe molle dont on a parlé; sous cette espèce de bouclier, dont la formation est due à l'acide carbonique dont toutes les eaux sont plus ou moins imprégnées, les parties molles reprennent peu à peu de la consistance , et tout semble annoncer qu'un jour la solidification en sera complète. Il est certain qu'après six années , elles n'égalent pas encore le centre en dureté.

Soumises à l'examen, les parties détériorées donnent beaucoup moins de chaux que les autres; celle qui manque a donc été dissoute et entraînée; elle était en excès dans le composé.

La nature, comme on le voit, s'efforce d'arriver aux proportions exactes , et corrige pour y parvenir l'erreur de la main qui a dosé. Aussi les effets que nous venons de décrire sont-ils , dans les cas précités, d'autant plus sensibles, qu'on s'est plus écarté de ces proportions exactes (5i).

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