‹ Résumé des connaissances positives actuelles sur les qualitésChapitre 28 sur 94 · CHAPITRE XI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XI

Des mortiers constamment exposés à l'air et à toutes les intempéries.

Nous avons dit, Chapitre IX, que les seuls mortiers capables de braver les vicissitudes de l'atmosphère et d'acquérir en même temps une grande dureté, étaient ceux qui se composent exclusivement de sables purs quartzeux, granitiques ou calcaires, et de chaux hydrauliques ou éminemment hydrauliques. Si donc nous traitons, dans ce qui va suivre , des mortiers ordinaires ou mélanges de sables et de chaux grasses , c'est parce que le tableau complet des phénomènes que nous avons à exposer l'exige ainsi ; car notre opinion bien prononcée est qu'on devrait à jamais en proscrire l'usage , du moins dans les travaux de quelque importance.

Parmi les résultats qui se déduisent de la comparaison générale des mortiers avec les hydrates , ou corps solides formés par la seule combinaison de l'eau et des diverses chaux connues, les plus remarquables et les plus importants peuvent s'énoncer ainsi qu'il suit :

i° Les hydrates de chaux qui acquièrent à l'air la plus grande du-

reté sont ceux dont le mélange avec les sables purs produit au contraire les mortiers les plus faibles.

2° L'intervention des sables purs ne contribue pas, comme on le croyait autrefois, à augmenter la cohésion dont toute espèce de chaux indistinctement est susceptible; mais elle est nuisible aux chaux grasses, très-utile aux chaux hydrauliques et éminemment hydrauliques, et n'ajoute ni n'ôte rien à quelques espèces intermédiaires.

Les sables n'étant, comme on Ta dit au Chapitre VII, que des matières inertes, sembleraient ne devoir différer en qualité que par la forme, la grosseur et la dureté du grain. Les anciens constructeurs voulaient qu'on préférât les sables fossiles, rudes au toucher, aux sables arrondis et polis: ils consultaient aussi la couleur, rejetaient les sables jaunes, etc., etc. Mais tout ce qu'ils ont écrit sur cette matière est si vague , les expériences sur lesquelles ils s'appuient sont si incomplètes, conduites avec si peu de méthode, qu'on n'en saurait absolument rien conclure. Ce qu'il y a de très -certain et ce qu'il ne faut jamais perdre de vue, c'est qu'il n'est aucun sable, rouge ou jaune, gris ou blanc, à grains ronds ou anguleux, etc., qui puisse, s'il est inerte, former un bon mortier avec la chaux grasse; tandis qu'au contraire, tous les sables possibles, pourvu qu'ils soient purs, que le grain en soit dur et n'excède pas une certaine grosseur , donnent d'excellents mortiers avec les chaux hydrauliques ou éminemment hydrauliques. Nous admettons, toutefois, des différences dans la qualité des sables, selon que leurs éléments constitutifs sont granitiques, ou calcaires , ou schisteux , ou volcaniques , etc. ; mais ces différences étant généralement très-petites , nous n'aurons égard , dans ce qui va suivre , qu'à celles qui résultent de la grosseur du grain (53).

Page 1