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CHAPITRE III

Des chaux hydrauliques artificielles.

Dix ans se sont écoulés depuis la publication de nos premières recherches sur cet objet, et déjà les chaux artificielles ont été appliquées à une foule de constructions importantes : les canaux Saint-Martin et de Saint-Manr eu ont fait un usage presque exclusif ; il en a été employé près de mille mètres cubes au port de Toulon , dans l'espace de cinq années; ces chaux ont servi à la fabrication du béton des fondations de divers ponts, et la consommation s'en accroît chaque jour dans Paris et aux environs (i4).

Nous n'avons donc plus à nous occuper maintenant d'expériences de laboratoire, mais bien d'un art nouveau parvenu, à très-peu près, à sa perfection.

Les chaux hydrauliques artificielles se fabriquent par deux procédés: le plus parfait, mais aussi le plus dispendieux , consiste à mêler avec de la chaux grasse éteinte d'une manière quelconque, une certaine proportion d'argile, et à faire cuire le mélange ; c'est ce qu'on appelle chaux artificielle de double cuisson.

Par le second on substitue à la chaux , des substances calcaires trèstendres (telles que la craie ou les tufs par exemple), faciles à broyer, et à réduire en pâte avec l'eau. De là résulte une grande économie, mais aussi une chaux artificielle d'une qualité peut-être un peu moindre que par le premier procédé, à raison de la moindre perfection du mélange. Il est impossible, en effet, de réduire les substances calcaires au même degré de finesse que la chaux éteinte, sans autre secours que celui des agents mécaniques : toutefois cette seconde manière est la plus généralement suivie, et les résultats auxquels elle conduit deviennent de plus en plus satisfaisants (i 5) (*).

(*} I.<-s chaux hydrauliques artificielles fabriquées à Meudoo, sous notre direction, par MM. Brian et de Saint -Léger, ont obtenu la médaille d'or, au concours des produits de l'industrie de i»a7.

On conçoit qu'étant maître des proportions, on l'est également de donner à la chaux factice le degré d'énergie que l'on désire, et d'égaler ou de surpasser à volonté les chaux hydrauliques naturelles.

On prend ordinairement vingt parties d'argile sèche pour quatrevingts parties des chaux très-grasse , ou pour cent quarante parties de chaux carbonatée. Mais si la chaux ou le carbonate sont déjà naturellement quelque peu mélangés, quinze parties d'argile doivent suffire. 11 est convenable, au surplus, de déterminer les proportions pourchaquelocalité; toutes les argiles, en effet, ne se ressemblent pas à ce point qu'on puisse les regarder comme identiques. Les plus fines et les plus douces sont les meilleures.

Il existe à Meudon, près de Paris, une fabrique de chaux artificielle, montée par MM. Brian et Saint-Léger; les matières employées sont la craie du pays, et l'argile de Vaugirard, qu'on divise préalablement en fragments de la grosseur du poing. Une meule établie de champ, et une forte roue à jantes et rayons, liée invariablement à un système de herses et de râteaux , sont mises en mouvement par un manège à deux chevaux, dans un bassin circulaire de deux mètres de rayon environ. Au centre du bassin est un noyau en maçonnerie sur lequel pivote l'arbre vertical auquel le système est fixé; c'est dans ce bassin, où l'eau arrive au moyen d'un robinet, que l'on jette successivement quatre mesures de craie et une mesure d'argile. Après une heure et demie de manège on obtient environ i™ '>o' cubes de bouillie claire, que l'on évacue par un conduit percé horizontalement au niveau du fond du bassin.

La matière se rend, par son propre poids, dans une première fosse, suivie d'une seconde, d'une troisième, et ainsi de suite jusqu'à quatre ou cinq. Ces fosses communiquent ensemble par le haut. Quand la première est pleine, la nouvelle bouillie qui arrive, ainsi que les eaux surnageantes, s'écoulent dans la seconde, de la seconde dans la troisième, et ainsi de suite jusqu'à la dernière, qui déverse ses eaux claires dans un puisard. D'autres fosses, échelonnées comme les précédentes, reçoivent les nouveaux produits du manège, pendant que la matière prend dans

les premières la consistance nécessaire au moulage. Moins les fosses sont profondes relativement à leur superficie, plus tôt la consistance susdite est acquise.

On subdivise alors la pâte en solides dune forme régulière, à l'aide d un moule. Ce travail s'effectue avec rapidité. Un mouleur à la tâche fait moyennement cinq mille prismes par jour, lesquels cubent ensemble environ six mètres. On distribue ces prismes sur des séchoirs, où ils prennent en peu de temps le degré de dessiccation et de dureté convenables pour la cuisson. Celle -ci peut s'effectuer par l'un quelconque des moyens décrits dans le chapitre précédent. A Paris, on emploie un mélange de coak et de houille, et le mode ordinaire de cuisson à feu continu, exigé par ce genre de combustible.

Les chaux hydrauliques artificielles sont destinées à remplacer les chaux hydrauliques naturelles, dans les pays où le calcaire argileux manque complètement. Elles se vendent à Paris de soixante-dix à soixante-quatorze francs le mètre cube. Elles reviennent en province à quarante francs, prix moyen, lorsqu'il y a double cuisson , et ne sauraient coûter au-delà de trente francs, lorsqu'elles résultent du simple mélange de la craie et de l'argile (i(>).

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