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CONSÉQUENCES RATIONNELLES PROBABLES DU QUATRIÈME CAS

i° La gangue G'"' doit donner les plus mauvais de tous les agrégats, et cette conclusion évidente est justifiée par l'exemple des alliages d'argile avec les sables de toute grosseur.

Ainsi les mortiers à chaux hydraulique et éminemment hydraulique sont les seuls que la théorie des agrégats ne puisse expliquer. Force sera donc d'avoir recours à d'autres considérations; et la plupart des difficultés vont disparaître si l'on consent à admettre, i" Que l'action de l'adhérence n'est point bornée à un effet superficiel ou de contact, mais qu'elle augmente la cohésion propre à la gangue sur une certaine étendue ; a° Que les limites de cette étendue sont d'autant plus grandes, que l'alliage se trouve placé dans des circonstances plus favorables à la persévérance du mouvement moléculaire qui a lieu dans la gangue ; 3° Qu'enfui l'augmentation de cohésion de cette gangue est en raison inverse de la distance de ses parties au corps agrégé qui sert de noyau.

Nous allons appuyer cette hypothèse par des faits et des considérations d'un grand poids : qu'on examine la plupart des incrustations calcaires attachées aux parois des cavernes et surtout des aqueducs antiques; on remarquera que la densité des couches décroît à mesure qu'elles s'éloignent de la partie incrustée; ce fait est, pour ainsi dire, écrit sur plusieurs échantillons

tirés de la rigole de l'aquéduc du Gard, échantillons que nous avons sous les yeux. Le mouvement moléculaire et successif dans les corps solides est attesté par une foule d'observations : M. Arago nous en a cité «les exemples sans réplique dans le changement d'élasticité des ressorts d'acier; comment refuser de l'admettre dans des gangues qui, telles que l'hydrate de chaux hydraulique, paraissent douées d'un grand pouvoir de cristallisation? Est-il contraire aux principes de la science de supposer que la couche «le chaux, qui se constitue en adhérence contre la face d'un coq>s dur, devient ellemême corps dur par rapport à la couche suivante, et que, de proche en proche, ces couches doivent finir par adhérer les unes aux autres avec une force qui s'ajoute à la cohésion qui leur est propre? Non sans doute, tiu tel travail peut même durer fort long-temps, surtout quand l'état humide delà gangue le favorise.

Les expériences très-remarquables de M. Petot, ingénieur des ponts-etchaussées, sur les rapports qui existent entre les solubilités de la chaux hydraulique mêlée avec le sable et les proportions des mélanges, ne laissent aucun doute sur l'influence que la cohésion de la chaux reçoit de la présence du quartz. Les conclusions , auxquelles cette observation conduit nécessairement, sont analogues à celles qui précédent.

Nous laisserons au lecteur le soin «l'appliquer ces principes aux divers cas de résistance offerts par les mortiers à chaux hydraulique; et quant aux mortiers à chaux grasse éteinte spontanément ou par immersion, nous nous bornerons à remarquer qu'au lieu de chercher à rendre compte de leur médiocrité par l'hypothèse purement gratuite d'une supériorité de la cohésion sur l'adhérence de la gangue, il vaut beaucoup mieux croire avec M. Petot, qu'étant dépourvue de toute force de cristallisation, la gangue n'a que faire de la présence du sable dans l'intérêt «le sa propre cohésion.

lies ciments calcaires, ainsi que nous l'avons déjà fait remarquer, ne sauraient être assimilés aux agrégats: leur solulification présente des phénomènes «l'un autre ordre, qu'on n'a commencé à envisager sous leur véritable point de vue que depuis quelques années ; la chaux grasse, logée entre les grains de quartz -d'un mortier ordinaire, y conserve ses propriétés caractéristiques, qui sont d'être soluble dans l'eau jusqu'à la dernière parcelle, et de se maintenir molle pendant un grand nombre d'années lorsqu'elle est privée du contact «le l'air. Mêlée au contraire en certaines proportions avec une pouzzolane énergique et à l'état pulvérulent, la chaux disparait en quelque sorte,

devient insoluble , et donne au composé la faculté de durcir en peu de temps , soit dans l'eau, soit dans des enveloppes imperméables à l'air; or, comment cette chaux change-t-elle ainsi de nature? Les anciens paraissent avoir attribué une partie de ces phénomènes à la faculté des pouzzolanes d'absorber une grande quantité d'eau; mais il est évident que cet effet est nul quand l'imbibition de la pouzzolane est complète; or, mêlez une chaux grasse en pâte avec une pouzzolane imbibée jusqu'à saturation, et immergez le mélange , il n'en durcira pas moins après quelques jours.

En lisant attentivement les observations de M. Johu sur l'efficacité des pouzzolanes, qu'il compare ni plus ni moins à toute espèce de sable, et surtout cette singulière assertion : « Que si la bouillie de chaux ne s'endurcit « pas par elle-même , et toute seule , cela ne peut s'opérer non plus par des « mélanges » , nous avons compris sur-le-champ que ce savant chimiste n'avait point étudié les ciments immergés, et qu'ainsi, sur ce point, son autorité ne pouvait être d'aucun secours.

M. l'ingénieur en chef des mines Berthier, qui a parfaitement senti tout ce qu'il y avait d'étrange dans l'opinion de M. John, a tenté d'expliquer la solidification des ciments hydrauliques par l'intervention de l'acide carbonique, tenu en condensation à la manière de quelques autres gaz dans le tissu poreux des pouzzolanes et des substances analogues; mais l'analyse ne confirme pas cette supposition; elle prouve, au contraire, qu'il y a fort peu d'acide carbouique dans la plupart des ciments immergés. Sur 32,76 de chaux, par exemple, donnée par 100 parties de ciments de traass, M. John n'a trouvé que a,a5 d'acide; comment, avec cette hypothèse, expliqueraiton d'ailleurs la détérioration qui, chez certains ciments immergés, succède à une solidification déjà avancée, et en vertu de quelle affinité la chaux une fois carbonatée se dessaisirait-elle de son acide pour redevenir soluble?

Nous persistons à penser, ainsi que nous l'avons soutenu jusqu'à présent, que la chaux, dans les ciments à pouzzolanes naturelles ou artificielles, ainsi que dans les ciments à psammites et arènes non calcinés, entre en combinaison chimique avec ces substances ; notre opinion est d'accord avec les faits nombreux exposés dans le cours de cet ouvrage; ces faits, il est vrai, ne peuvent pas être considérés comme des preuves directes, mais on sait qu'en pareille matière les preuves directes sont extrêmement difficiles et quelquefois impossibles à obtenir; on sait encore que les géomètres tiennent pour égales deux lignes droites quand on a prouvé que l'une ne peut être ni plus petite ni plus grande que l'autre.

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