VII. — Appréciation de la galvano-caustique chimique
C’est en comparant la galvano-caustique chimique aux autres moyens de cautérisation, et avec l’emploi de méthodes différentes dans le traitement de certaines maladies, que l’on peut arriver à la connaissance de sa valeur pratique.
Comme la chaleur électrique produit les effets du feu en brûlant, l'action chimique du courant agit sur les tissus organisés à la manière des agents chimiques capables de les décomposer, et d’en faire des produits nouveaux en les réduisant en eschares.
Pour la galvano-caustique thermique, il faut des appareils spéciaux doués d'une grande intensité, en général coûteux et difficiles à manier, et des électrodes de forme particulière ; pour la galvanocaustique chimique, on peut se servir des appareils les plus simples et à la portée de tous; les électrodes à employer n’ont rien de particulier.
Le fil conducteur, chauffé à blanc, peut cautériser des trajets su-
perliciels ou profonde, couper des sinus fistuleux ou des tumeurs pédiculées. La propriété de couper promptement est toute particulière à la galvano-caustique thermique; mais son effet manque souvent par la rupture du fil conducteur ou par l'hémorrhagie qui détruit son incandescence. On peut obtenir les mêmes effets par la galvano-caustique chimique, d’une manière plus lente, permettant encore l’usage des anesthésiques; ses effets sont plus sûrs, les eschares plus profondes. On ne peut faire qu’une cautérisation à la fois par lagalvanocaustique thermique, tandis qu’on peut en faire plusieurs par la galvano-caustique chimique. En agissant dans des cavités profondes ou dans le voisinage d'organes délicats, le rayonnement du fil chauffé peut nuire aux parties que l'on doit épargner; l’action chimique du courant peut être limitée aux parties que l’on veut cautériser, et cela tout aussi bien dans des cavités profondes, par l’isolement des rhéophores.
De cette comparaison on doit conclure que la galvano-caustique chimique peut être substituée à la galvano-caustique thermique, ainsi que les caustiques chimiques sont généralement substitués au cautère actuel; que la première, d’une application plus facile et d’un effet plus sûr et limité, peut être employée dans un plus grand nombre de cas.
Pour comparer la galvano-caustique chimique avec les caustiques chimiques, il faut distinguer les différents effets caustiques des deux pôles, répondant aux qualités différentes des caustiques chimiques.
Par faction chimique de l’électricité positive (galvano-caustique acide ) on obtient des cautérisations et des eschares sèches, circonscrites, avec coagulation du sang, comme par faction des acides concentrés, ou mieux des caustiques métalliques, tels que les chlorures d’antimoine, de mercure, de zinc employés en forme de pâte. Ces caustiques peuvent réduire en eschare le tissu cutané et les productions pathologiques; on peut obtenir le même effet par la galvanocaustique acide, dans un temps plus court, en épargnant une douleur prolongée. Dans cette cautérisation il n’y a pas à craindre l’absorption du principe métallique, qui reste en liberté sous faction des caustiques chimiques.
Les cautérisations du pôle négatif ( galvano-caustique alcaline ) peuvent être comparées à celles qui sont produites par l’ammoniaque, par la potasse caustique, par la pâte de Vienne ; les eschares sont humides, moins circonscrites que celles du pôle positif, mais plus
circonscrites que celles produites par les caustiques fondants susdits, dont l’action ne peut pas être limitée.
Des deux galvano-caustiques chimiques, l’alcaline est plus facile à obtenir; c’est pour cela qu’on la préfère à l’autre, lorsqu’une circonscription rigoureuse de l’eschare n’est pas nécessaire, et qu’on désire une suppuration consécutive plus abondante.
Les effets de la galvano-caustique chimique, plus prompts que les effets des caustiques chimiques, permettent l’usage des anesthésiques. Les cautérisations qu’on obtient à l’aide de l’acupuncture sont toutes particulières à la galvano-caustique chimique. Par ce moyen on peut faire des cautérisations profondes, et limitées au point qu’on désire. On peut faire des cautérisations dans des cavités profondes, pourvu que le tissu à cautériser soit accessible et qu'on puisse y implanter une aiguille, ou, comme dit M. Tripier, y introduire une sonde ou un stylet; c'est encore une prérogative de la galvano-caustique chimique que de permettre la cautérisation de tissus occupant des cavités profondes au milieu de parties délicates qu’on est sûr de pouvoir épargner, et où aucun des autres moyens de cautérisation ne serait applicable, du moins d’une manière parfaite et sans présenter des dangers.
L’application de deux plaques métalliques, formant un couple électromoteur avec le tissu organisé, n’est pas le moyen qu’on devra choisir en général pour obtenir les cautérisations électriques. L’action du courant est longue et douloureuse ; l’eschare ne se forme d’ordinaire que sous la plaque zinc. Cependant on peut mettre utilement en pratique cette manière d’application lorsqu’on cherche, outre l’action cautérisante, une forte révulsion, comme dans les altérations articulaires profondes ou dans certaines affections nerveuses. Une action particulière à cette manière d’application se manifeste sous la lame négative, en procurant promptement la cicatrisation de certains ulcères anciens et chroniques. Cette manière de faire agir le courant peut rendre de grands services, en associant à la simplicité de l’appareil une puissance chimique assez énergique ; mais il faut encore l’étudier par des expériences et par des faits cliniques nombreux et variés.
La galvano-caustique chimique constitue une méthode générale de cautérisation dont les effets peuvent être essayés dans des cas très-variés; les observations rapportées plus haut donnent déjà une idée de sa valeur thérapeutique. C’est par des observations mul-
tipliées, soumises à un examen rigoureux, en comparant l’application et les effets de la galvano-caustique chimique à l’emploi d’autres caustiques et d’autres méthodes de traitement dans certaines maladies, qu’on pourra préciser les cas et les circonstances qui doivent déterminer les praticiens à lui donner la préférence.
On s'est borné jusqu'ici à considérer l’action chimique de l’électricité dans ses manifestations matérielles et visibles; il faut pousser les recherches daüs l'intérieur des tissus, où son action n’est pas arrivée au degré nécessaire pour produire la mortification, mais a dû cependant altérer les éléments organiques; cette étude conduira à l’explication de beaucoup de phénomènes propres à l'électricité.
Je ne puis finir ce travail sans rappeler ce que j’ai dit dans mes études relatives à l'action chimique de l’électricité sur les tissus organisés vivants, à savoir que la galvano-caustique chimique ouvre aux chimistes un nouveau champ de recherches. Par elle on arrive déjà à séparer des animaux vivants des principes acides et alcalins qui entrent dans leur composition. Les acides, en formant avec les différents métaux dont se composent les électrodes, des oxydes, pourront être déterminés par l’examen de ceux-ci. Les principes susdits agissent sur les tissus en les réduisant en eschares, dont les caractères permettent presque de déterminer l'agent chimique qui les a formées. Les principes eux-mêmes rendus libres pourront être essayés à l’état naissant par des réactifs differents, et l’on pourra ainsi en déterminer la qualité, les propriétés et les différences qu’ils présentent, suivant qu’ils proviennent d’un organisme mort ou vivant. Peut-être arrivera- t-on ainsi à la connaissance d’une différence de composition chimique correspondant à l’état de vie ou de mort, tandis que jusqu'ici on ne connaît la composition des animaux qu’à l’état de mort, alors qu'ils sont entrés dans le domaine des lois chimiques générales.