‹ Résumé des opérations exécutées jusqu'à la fin de 1911 pour la description géométrique détaillée des Alpes françaisesChapitre 45 sur 111 · AUS TES · texte numérisé non relu

AUS TES

Description du Terrain des Opérations. — La superficie intéressée

par ce projet était de proportions toutes différentes de celle des années

antérieures, puisqu'il s'agissait de faire traverser à mon enchainement

une étendue d'environ 150

km Au Nord au Sud sur 30°" de largeur

So

moyenne. En conséquence, décrire le terrain de ces opérations reviendrait à donner le détail orographique des deux départements de la Savoie et de la Haute-Savoie, ce qu’il ne me vient pas à l’idée d'essayer

Néanmoins, si l’on se reporte à une Carte générale de ces régions, il est facile d'envisager, par un coup d’œil d'ensemble, les situations respectives des différents groupements montagneux sur lesquels je devais désirer poser les jalons de ma Chaîne Méridienne de Savoie.

Dans la partie méridionale de l’espace considéré, je quittais les terrains parcourus précédemment, à peu près suivant la grande ligne de faite formant limite entre le Dauphiné et la Savoie. J'avais à traverser la vallée large et profonde de l'Arc pour aller me placer sur les puissants massifs séparant la Maurienne de la Tarentaise, où je devais tout naturellement choisir les points culminants des massifs des Encombres, de l’Aiguille de Péclet et de la Dent Parrachée. De ce premier relais, la marche vers le Nord me conduisait à suivre les alignements des grands massifs de la Vanoise à l'Est, de la chaîne de la Dent de Burgin au Centre et des crêtes séparatrices de la vallée de la Maurienne et de la Tarentaise à l'Ouest. J'aboutissais ainsi d’une manière générale au fossé de la grande vallée de l'Isère dans la partie de son cours où elle coule à peu près de l'Est à l'Ouest entre Bourg-Saint-Maurice et Moutiers. De l’autre côté de la vallée, je n’avais que l'embarras du choix pour installer mes relais sur les dorsales qui se détachent de la frontière italienne au Nord du Col du Petit-Saint-Bernard et s’alignent encore dans une direction générale Est-Ouest. A partir de là, s’étalaient devant moi les massifs de la Haute-Savoie, bordés à l'Est par les murailles du Mont Blanc, mais présentant en maints sommets un groupement aussi varié que possible de belvédères favorables, entre lesquels il n'y avait qu'à choisir par les considérations de conditions les plus propices au meilleur enchainement théorique. Enfin, du haut de ces dernières stations aux altitudes déjà plus faibles, il ne restait qu'à venir

aborder par une descente progressive aux rives du Léman.

Projet de Triangulation (!). — « Dans le premier projet que j'avais conçu, Je m'arrêtais au Sud du lac Léman et par suite je ne cherchais

pas à me relier aux chaînes du Parallèle de Bourges et de la Méri-

dienne de Strasbourg. Mon enchaînement s’attachait dans la Triangulation Intermédiaire du quadrilatère Lyon-Aurant-Belley-Le Buis, au côté Goléon-Thabor; passant surles sommets dela Grande Chible (où j'avais déjà stationné et construit nn signal en 1906), du Rateau d’Aussois, du Mont Brequin, de la Pointe Rénod, de l’Æiguille de Péclet, il se soudait à la triangulation du prolongement du Parallèle Moyen par les côtés du triangle Zhabor, Roche Chevrière, Encombres et par ceux du triangle Æncombres, Roche Chevrière, Mont Jovet, qu'il joignait aux stations intermédiaires de la Dent de Burpgin, de la Dent Parrachée et du Dôme de Chasseforét. Il posait déjà le principe d’une station au sommet de la Grande Casse, sauf après vérification par des renseignements sûrs, à la remplacer par une autre au Grand Bec de Pralognan. Vers le Nord, l’enchaînement se poursuivait par le sommet de Belle Côte, le Roignais, le Grand Mont, le Charvin, la Pointe de la Forclaz, se liant à la triangulation italienne par le côté Aiguille Rouge-Fours et se liant à la triangulation Vallot par les côtés Fours-Mont Joly et Mont Joly-Brévent ; continuant sur les sommets de la Pointe Percée et du Colloney par où il se soudait à la triangulation suisse, puis par le Buet et la Pointe de Marcelly, il venait parles Hauts Forts, le Môle, le Roc d’Enfer et la Pointe de Grange se terminer au Mont Billiat et à la Dent d'Oche. » Ce tracé était modifié au bout de peu de temps par les considérations suivantes : 1° il était inutile de multiplier les stations de précision dont les intervalles pouvaient atteindre 20% à 25%, quitte à remplir ceux-ci lors des triangulations complémentaires par des stations primaires comprenant un nombre important de réitérations,

mais exécutées avec un instrument de dimensions moindres. J’élimi-

(*) Descript. géom. détaillée des Alpes Françaises, t. 1, p. 42-43.

AT re

nais ainsi, comme stations de la chaîne, la Grande Chible, la Dent Parrachée, le Rateau d’Aussois, la Pointe Rénod, le Dôme de Chasseforêt, la Pointe de la Forclaz, la Pointe de Marcelly et la Pointe de Grange; 2° la station Grande Casse étant, d’après les renseignements obtenus, vraisemblablement interdite aux observations de haute précision, notamment par la présence de l’arête de glace qui en forme le sommet culminant et dont l'épaisseur est trop considérable pour en espérer le déblaiement facile, est remplacée par le Grand Bec de Pralognan ; 3° il y a intérêt à traverser le Léman ou tout au moins à arriver sur sa rive méridionale : en conséquence, la chaîne sera augmentée au Nord par des stations aux Voirons, à Ripaille (près Thonon), aux Cornettes de Bise et comportera des visées d’intersection de ces points sur la tour de la Cathédrale de Lausanne, point du premier ordre de la Méridienne de Strasbourg et du Parallèle de Bourges. Sur ce deuxième projet, arrêté avec Henri Vallot après quelques semaines d’études, devaient venir se greffer de nombreuses modifications qui aboutissaient dans le printemps 1907 à un troisième projet, cette fois définitif. J'avais en effet poursuivi mes recherches sur les éléments des triangulations à raccorder et j'avais élargi mon programme ; Je m'étais convaincu de la possibilité de stationner au sommet de la Grande Casse dans des conditions spéciales, c’està-dire à une époque avancée de l’été, au moment où la corniche de

glace laissait à découvert une partie de la crête rocheuse du sommet ;

» ] avais reconnu infiniment préférable à la Roche Chevrière la station

voisine, au sommet de la Dent Parrachée, dominant toute une partie de la Maurienne ; j'avais jugé intéressant d’avoir avec la triangulation suisse un côté plus important que le côté Pointe Percée-Colloney et J'avais reporté la liaison principale sur le côté Trélod-Colloney ; puis ayant appris l'existence de signaux et de points géodésiques suisses identifiés avec ceux du Dépôt de la Guerre, à la Dôle et au Mont Tendre, j'avais voulu les comprendre dans mes visées d’inter-

section; enfin tout en pensant, d'accord avec mon ami Henri Vallot,

il VA . . L e À L e qu'il était indispensable de stationner, pour le raccord avec la trian-

gulation italienne, au point occupé successivement par les Français,

les Sardes et les Italiens, sur le contrefort Nord de l’Aiguille Rouge,

je ne me contentai pas de ce point géodésique, mal choisi et défavorable pour les triangulations de détail ultérieures et je fixai, sur le sommet même de l’Aiguille Rouge, à 250" plus haut, le point du passage de mon enchainement général.

» Le projet de ma chaîne géodésique Méridienne de Savoie, tel que Je lai établi d’une façon définitive, et tel que je l’ai exécuté dans la suite, comprend trente-deux sommets stationnés et six sommets intersectés. »

Construction des Signaux (1). — « [étude du choix et la construction des signaux a commencé en même temps que celle de la chaîne ellemême. Au fur et à mesure, en effet, qu’une station nouvelle entrait dans mon projet, je me préoccupais de rassembler des données sur l'existence et l’état de conservation du signal qui pouvait déjà s’y trouver et sur son utilisation possible pour mes observations. De cette étude, se dégagea rapidement la nécessité de tout refaire à neuf en vue des conditions spéciales à mon programme, sauf à examiner la possibilité de conserver exceptionnellement quelques anciens grands signaux, si leur importance, leur état et la régularité de leur forme cadraient encore avec la précision que je recherchais.

» J'étais d’ailleurs très désireux, d’une façon générale, de retrouver les traces des axes des anciens signaux, là où il en avait été établi, afin d'adopter cet axe pour ma nouvelle construction.

» J’adoptai presque aussitôt le signal en pierres dont j'avais éprouvé la grande stabilité lorsqu'il est construit avec soin, et la longévité lorsqu'il repose sur une base importante... »

Pour le cas où le signal en pierres devait être d’une construction

(:) Op. cit., p. 49-53.

RSS

difficile par manqne de matériaux sur les sommets inférieurs couverts de gazons, j'avais également prévu dans les instructions envoyées à mon guide Baroz un type de signal en bois dont l'éventualité ne s’est d’ailleurs présentée que quatre fois.

« Accompagné d’un second guide qu’il avait choisi et autorisé à » embaucher chaque fois sur place le nombre de manœuvres supplé- » mentaires qu'il jugeait nécessaire, Baroz commença sa reconnais- » sance et ses constructions, un mois environ avant mon arrivée sur le » terrain. Doté des indications que je lui avais minutieusement détail- » lées pour chaque cas, emportant quelques instruments de reconnais- » sance et les nombreux outils indispensables à la construction pro- » prement dite, il devait m'adresser après chaque érection de signal » une fiche de renseignements comprenant les principales caractéris- » tiques et, par la même occasion, des indications utiles à l'occupation » ultérieure de la station. Je lui fis imprimer, dans ce but, des feuilles » de construction qui furent scrupuleusement remplies... » (").

Les opérations de précision particulière de cette Chaîne Méridienne de Savoie m’avaient conduit, d’autre part, à envisager certaines précautions que je n’avais pas jugées nécessaires dans l’exécution de mes triangulations de détail; c’est ainsi que je faisais confectionner des repères en bronze qui furent scellés dans le sol en projection de l’axe des signaux.

C’est également pour rester dans la mesure de cette recherche de précision spéciale que j'ai employé comme appareil de travail le grand théodolite réitérateur de Brunner que le Service Géographique de l’Armée voulut bien me prèter. Une des caractéristiques des opérations fut précisément le transport des deux caisses le renfermant (pesantavec leurs accessoires respectivement 22% et 28%), sur quelques grands sommets d'accès relativement très difficile pour des hommes chargés.

€ Get instrument, avec lequel je comptais faire 20 réitérations, par

(LORIE p.67,

EAN PRES

» suite 80 lectures sur un même signal, devait me donner l’approxima- » tion de 5 à 7 secondes centésimales par direction. Traduisant cet » écart angulaire en écart de longueur, c’était, pour une visée de 20“", » rester dans un doute d'environ 30° ; et enfin, en tenant compte de » la multiplicité des directions de ma chaîne, c'était, pour la position » d’un point, par rapport à ceux le précédant immédiatement, ne pas » faire une erreur probable de plus d'une quinzaine de centimètres. » Bien entendu, pour atteindre un pareil résultat, je devais m’attacher » à éliminer le plus possible les causes nombreuses d’erreur résultant, » d’ailleurs, de toutes les opérations de centrage du signal, d'installation » de l'instrument, de torsion diurne du support, de réfractions laté- Hal dCEductHonsAumcentre, etc, > Co):

Historique des Opérations. — Je renvoie pour le détail de ces opérations sur le terrain aux pages du Volume publié. En résumé, comme je l'avais prévu, tout le programme ne put être accompli, en cette campagne qui, commencée le 12 juin, se termina le 28 septembre. Pendant ces trois mois et demi, il a été cependant occupé 26 des stations fondamentales de la Méridienne de Savoie sur les 32 que j'avais projetées. Les six autres furent remises à l’année suivante. Par contre, deux stations de relèvement ont été occupées qui rentreront dans les réseaux de détail des années suivantes.

« En général, six à neuf guides et porteurs furent nécessaires pour » amener sur les stations mon matériel pesant de 40" à 140", suivant » la durée du séjour et la nécessité du campement sous la tente avec » toutes ses conséquences ; plusieurs orages m'ont d’ailleurs surpris et » quelquefois le mauvais temps persistant m'en a chassé, me forçant » à faire l'ascension complète deux fois. J’ai exécuté à chaque sommet » plusieurs tours d'horizon photographiques avec des éclairages diffé-

» rents et un grand nombre de téléphotographies. Il a été aimsi rap-

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