PR NE
Quant au projet de triangulation à appliquer à la seconde partie de mon programme, je n'avais qu’à choisir, sur les crêtes encaissantes de la vallée de l'Isère, les sommets culminants comme stations primaires et certains sommets centraux comme stations secondaires. D'ailleurs, des observatoires principaux des campagnes précédentes s’échappaient une quantité de visées sur ces lieux de stationnements forcés, notamment sur le Mont Pourri, la Grande Sassière, la Tsantaleina, la Pointe de la Galise, la Pointe de l’Archeboc, Lancebranlette, etc. Je devais, bien entendu, fidèle à toutes les organisations précédentes, réoccuper les points de ma Méridienne de Savoie, compris sur le territoire de mes opérations et qui se trouvaient être, pour 1911, Belle Côte, l’Aiguille Rouge du Mont Pourri et la Dent de Burgin. Ensuite je devais songer, si l'été me favorisait, à multiplier le plus possible et la densité des stations secondaires et tertiaires et aussi le nombre des visées issues de chacune d’elles, de facon à créer un canevas très dense tant surles hautes crêtes de la frontière et du Mont Pourri que sur les plateaux intermédiaires et dans les fonds de vallée. Enfin, j'avais à terminer, aux environs de Brides, l'occupation d’un réseau primaire et secondaire écourté par les mauvaises séries météorologiques de l’année dernière et dont quelques cimes, comme l’Aiguille du Fruit, n'étaient pas sans offrir un
grand intérêt à plusieurs points de vue.
Construction des Signaux. — Les opérations des années précédentes m'avaient permis de constater que, dans la haute vallée de l'Isère, un nombre très important de signaux couronnaient les crêtes. Je n’ai donc pas jugé utile d'envoyer à l’avance une équipe de construction ; et si, dans la suite des stationnements, il m'est arrivé souvent de faire ériger sous mes veux un nouveau signal, comme par exemple sur les sommets de la Grande Sassière et dela Pointe de l’Archeboc, j'ai, en général, utilisé toutes les pyramides édifiées par des alpinistes ou construites en vue de travaux topographiques antérieurs.
Il n’en a pas été de même pour la triangulation de la Grande Char-
treuse où, à part quelques grandes croix et deux signaux en bois récents du Service Géographique, j'ai dû faire exécuter tout un programme important d'établissement de signaux. Deux équipes se sont done mises en route au début de juin : l’une, sous la direction de Baroz, était chargée de l'édification de signaux d’une partie de mon réseau primordial, notamment au Grand Rocher, à Brame Farine, à la Dent de Crolles, à la Pinéa, à Chamechaude, au Charmant Som et en plusieurs points secondaires ; la deuxième, dont M. Buisson avait bien voulu se charger de contrôler directement les travaux, devait me placer des signaux plus spécialement destinés à être intersectés pour l’utilisation immédiate par ses levés topographiques.
Ces deux programmes furent parfaitement remplis et j’eus ainsi, à mon arrivée sur le terrain, plus de vingtgrands signaux à ma disposition
3" de hauteur.
dont quelques-uns atteignaient
Historique des Opérations. — [,a campagne, favorisée par un temps magnifique, dont il faut remonter à 1906 pour retrouver une constance aussi complète, peut se diviser en trois périodes :
Dans la première, qui s’est étendue du 20 juin au 20 juillet, la triangulation du Massif de la Grande Chartreuse s’est effectuée, non seulement en conformité de mes projets, mais avec une extension du nombre des stations et de la superficie intéressée. Le réseau fondamental a été constamment l’objet de vingt séries azimutales que n’ont jamais interrempues les intempéries. Mes centres principaux de rayonnement furent Grenoble, puis Saint-Pierre-de-Chartreuse où me rejoignit ma famille.
Dans la seconde, qui débuta le 21 juillet pour ne finir que le 3 septembre, j'avais installé ma famille et mon centre principal à Val-d’Isère. Le beau temps permanent me permit d’être constamment en route, exécutant sans interruption les stations même les plus élevées. J’ai pu ainsi, notamment, stationner toutes les cimes importantes de la fronère italienne et camper, plusieurs nuits, à proximité immédiate du
sommet du Mont Pourri.
AL
Dans la troisième, qui a porté sur l’intervalle compris entre le 3 et le 23 septembre, j'ai achevé tout mon réseau des massifs situés au Sud du Doron de Bozel et j’ai porté — conformément au programme que je m'étais donné — la limite septentrionale de mes réseaux de détail à une ligne idéale joignant le sommet de Crève-Tête au sommet de Lancebranlette. Mon centre était placé à Brides.
Des lignes de bases de nivellement ont été établies, l’une dans le Grésivaudan, la seconde dans le cœur mème du Massif de la Chartreuse, et la troisième le long du cours de la haute Isère, en amont de Bourg- Saint-Maurice.
J'ai occupé ainsi 164 positions géodésiques, chiffre que je n'avais jamais atteint dans aucune de mes campagnes; sur cenombre, 16 furent établies à plus de 3000" d'altitude.
J'ai rapporté de ces divers théâtres d'opérations, 96 douzaines de clichés photographiques, donnant pour la plupart les tours d'horizon complets des principaux sommets de ma triangulation.