THÉORIE NOUVELLE DE L’AUDITION
On peut considérer l’ébranlement sonore, soit au point de vue de l’oscillation moléculaire simple, soit d celui des variations de l'espacement intermoléculaire. Toutes les molécules d’un milieu ébranlé n’effectuant pas en même temps le même déplacement (sauf celles que sépare une exacte longueur d’onde), deux molécules quelconques sont, à chaque instant, en train de se rapprocher ou de s’éloigner
proprement dit, une variation constante de pression, un phénomène d’ordre manométrique.
Le phénomène vibratoire l’a jusqu’ici emporté dans les considérations des auteurs, et les a amenés à chercher dans l’appareil auditif les condilions de la
Je m’dtais élevé, dès 1895, contre la théorie de foreille-résonnateur, et j'avais si^alé l’énorme conlre-sens physiologique et biologique qui consistait à supposer
maladies et des üuctualions physiologiques elles-mêmes, cerlaines parties de l’oreille gardaient, toute la vie, l’identité de leurs propriétés physiques et de leurs aptitudes vibratoires. L’hypothèse classique, en elTct, admettait que ces organes si délicats, si variables, dont certains, les cellules auditives de Corti, vivent en véritables infusoires fixés dans le liquide labyrinthique, gardaient l’accord toute la vie. La rigidité morphologique qu’on n’oserait attribuer à un cristal, on l'octroyait sans hésitation à l’organe vivant.
Non seulement il est impossible d’admettre que tel élément organique reste, toute la vie, accordé pour un certain son, mais encore il est facile do constater qu’aucun do cos éléments ne possède les qualités physiques do la vibration par influence; que leurs dimensions, même en les supposant capables de vibrer ainsi, ne se prêtent nullement è la tonalité des sons que nous percevons; et que l’échelle de leurs dimensions sériées ne correspond pas à colle des péi-iodicités connues
allant do 1 à 12, celles des périodicités de notre échelle auditive allant de 1 è 2.000 et plus.
D’autre part, en supposant que la papille auditive élait directement irritée par l’ébranlement moléculaire, traversant les divers milieu.x de l’oreille comme autant de milieux indifférents, les auteurs commettaient un non sens comparable h celui qui montrerait dans le rayonnement calorique, moléculaire, du foyer d’une machine la cause immédiate de la rotation de la roue. Ce n’est pas parce que la roue s’écliaulîo qu’elle tourne, ce n’est pas parce que la papille reçoit l’ébranlement moléculaire qu’elle s’émeut.
Enfin la théorie classique, è travers toutes les adaptations, a gardé immuable la conception de parties organiques distinctes, respectivement attribuées à des périodicités vibratoires différentes. Tel son est perçu ici, tel autre là. Or, attribuer aux diverses périodicités vibratoires autant de récepteurs différents était constituer, en faveur de l’oreille, une exception à tout ce que nous savons de la physiologie sensorielle, et que rien ne justifiait. Nous n’avons pas, pour les divers degrés de température, d’humidité, de pression, autant de récepteurs tactiles différents ou différemment localisés et distribués. De même, dans le champ de la vision nette, le même point de l’espace pourra prendre pour le même point de la rétine les tonalités lumineuses et colorées les plus diverses. Il n’y avait donc aucune raison d’admettre a priori que l’oreille élait, en ses diverses parties, accordée aux diverses
Ma théorie personnelle date de 1895; elle diffère en tous points de la théorie
Au lieu de faire do l’oreille un résonnateur vibrant parinlUiences, par accord, elle en fait un enregistreur de pressions, accueillant également toutes les variations de pression du milieu cxiérieur, depuis les plus lentes variations barométriques jusqu’aux plus rapides ébranlements sonores. Kl!e fonctionne absolument comme les enregistreurs barométriques et manométnques que nous connaissons, mais elle s’est pliée à des adaptations remarquables dans la série animale et peut être regardée comme le plus délicat des appareils enregistreurs. Je rappellerai plus loin mes recherches sur ces adaptations dans la série animale, et je me borne à indiquer que la susceptibilité à renregislrement des pressions à variations lentes ou rapides, régulières ou non périodiques, se manifeste en toute évidence dans la série des formations auriculaires et préauriciilaires.
L’ébranlement moléculaire du milieu aérien qui nous entoure se propage par conduction aux divers milieux de l’oreille, comme la chaleur rayonne dans une machine, mais sans produire, sous cette forme, de travail utile. Plus une oreille est raidie, scléreuse, ossifiée, mieux elle conduit le son, mais moins elle entend.
L’oreille enire dans la formule générale dos machines qui transforment l’ébranlement moléculaire en ébranlement molaire, total.
La clinique montre que Paudition est liée à la liberté d’oscillation totale des milieux auriculaires, et nullement à la conduction sonore par voie moléculaire.
Do même que dans la machine h vapeur, l’ébranlement thermique, tout en rayonnant, va développer en certains milieux susceptibles des forces capables de mettre en mouvement molaire certaines parties et, par l’intermédiaire de surfaces mobiles, de leviers articulés, déterminer la rotation de la roue et la mise en marche du train, — de même dans l’oreille, l’ébranlement moléculaire va saisir des milieux inertes, suspendus, libres d’osciller en totalité, et faire naître ainsi des forces capables de produire un travail physiologique bien plus effectif que la simple sollicitation moléculaire au cours de son rayonnement. Si l’on considère le travail produit par l’une et l’autre sollicitation, on constate que la masse sollicitée et la vitesse du déplacement l’emportent infiniment dans le second cas, car dans une même période vibratoire nous avons, au lieu de l’oscillation d’une molécule en un CerUiin point, le déplacement de tout un milieu organique, déplacement assez considérable pour être visible à l’œil quand la période est lente, ou même sensible tactilement.
Les divers milieux auriculaires sont susceptibles d’osciller en totalité ; l’air du conduit au voisinage du tympan, le tympan, les osselets formant un système de leviers coudés et articulés, l’étrier avec son piston, le liquide labyrinthique fluant de la fenêtre ovale où le saisit la compression jusqu’aux voies d’échappement et de recul que lui offrent la fenêtre ronde et les aqueducs lymphatiques, les tympans membraneux du limaçon, le otolilhes du saccule et de l’utricule, la membrane çiliairc de Corti, la papille elle-même suspendue sur la membrane basilaire, toutes