‹ Résumé des travaux scientifiquesChapitre 8 sur 14 · MÉTHODE RÉGULIÈRE · texte numérisé non relu

MÉTHODE RÉGULIÈRE

DU TRAITEMENT DE L’ASTHME PAR L’IODURE DE POTASSIUM ET L’IODURE D’ÉTHYLE

(Bulletin de l'Académie de médecine, 1878, 2' série, t. VII, p. 61.)

Au mois de mars dernier, j’ai soumis au jugement de l’Académie de médecine un traitement de l’asthme qui n’avait pas encore été expérimenté d’unemanièreréÿuÆére; je veux parler de l’emploi de l’iodure de potassium et de l’iodure d’éthyle.

Depuis longtemps déjà, au moins en Amérique, l’iodure de potassium faisait partie de formules secrètes ou empiriques, sans qu’on eût songé à le dégager de ces combinaisons, à en analyser les eetfts. Trousseau fut le premier, en 1868, àle donner sans adjuvant, mais il se proposait seulement défaire cesser l’accès; il y réussit parfois; mais comme il ne prescrivait pas de doses suffisantes, il eut aussi des insuccès.

Depuis lors, ce mode de traitement n’est plus signalé que de loin en loin, par Hyde Salter,qui indique un cas favorable sur cinq; par Jaccoud, qui dit « avoir réussi dans quelques cas où les moyens ordinaires (haschich, belladone, arsenic) avaient échoué » ; par Pidoux, qui a employé l’iodure de potassium aux Eaux-Bonnes, sans publier les résultats qu’il avait obtenus.

Depuis environ huit ans, j’ai pu recueillir plus de cinquante observations de guérison, et les cas de guérison se sont encore multipliés depuis l’époque de ma communication à l’Académie. Aujourd’hui, mes conclusions ne trouvent plus guère de contradicteurs.

Ce traitement, pour lequel j’ai seulement trouvé trois malades absolument rebelles sur plus de deux cents, consiste dans l’emploi continu de l’iodure de potassium, associé dans un sirop quelconque avec une petite quantité d’extrait thébaïque (5 à 10 centigrammes). La dose

d’iodure, qui est d’abord de 1 ! ',25 par jour, est portée graduellement et assez rapidement à 2 grammes et demi ou 3 grammes. Ce traitement, pour être utile, doit être continué pendant des mois entiers; il ne s’agit pas, en effet, de guérir ou d’enrayer un accès commencé ; à cela suffisent d’autres moyens, tels que l’aspiration de vapeurs nitrées, la fumée de cigarettes de belladone, les injections souscutanées de morphine, que j’ai employées bien des fois depuis six ou sept ans, avec plusieurs de mes confrères. On peut encore avoir recours aux inhalations de chloroforme ou aux inhalations bien autrement efficaces d’iodure d’éthyle, que j’ai indiquées il y a quelques

Ce qui importe véritablement, c’est d’empêcher le retour des accès, c’est de guérir l’état morbide lui-même : et c’est là le résultat que j’ai obtenu en prolongeant fo traitement, c’est-à-dire en opposant à une maladie chronique des soins chroniques.

Voici ce que l’on observe alors : 1" La respiration devient libre au bout de quelques heures, et l’accès qui devait suivre est supprimé. 2" L’air entre librement dans les bronches, et le murmure respiratoire devient de nouveau perceptible dans la région où il faisait défaut. 3' L’emphysème récent disparaît, ainsi que la sonorité exagérée qui en décelait l’existence. 4" Les mucosités bronchiques, épaissies, et qui donnaient lieu à des râles sibilants, deviennent plus fluides; elles laissent pénétrer l’air, et les râles deviennent humides, muqueux.

Tout cela prouve que l’iodure a une action immédiate sur la sécrétion qui obstrue les bronches, qu’il la liquéfie, et la rend perméable à l’air. Or c’est là un avantage qu’on n’avait jamais obtenu d’une manière certaine et permanente, par aucun des moyens usuels ; aussi, après avoir longuement étudié tous ces moyens dans mon travail sur l'asthme (1865), j’ai fini, après bien des déceptions, par les abandonner complètement, pour employer exclusivement l’iodure de potas-

Ce médicament a encore un autre effet que l’on ne pouvait guère soupçonner : il facilite en effet la respiration, même dans les cas les plus invétérés; quand l’asthme est compliqué d’un emphysème permanent et caractérisé par une oppression continue, l’iodure fait dispaattre cette dyspnée, ainsi que l’emphysème, l’ai constaté ce fait dans

les circonstances les,plus graves, dans des cas où la maladie remontait déjà à dix ou quinze ans, et surtout lorsqu’il s’agissait d’un asthme sec. Si, au contraire, l’affection revêt les caractères de l’asthme catarrhal, l’oppression disparaît, à la vérité, mais le calarrhe persiste d’une manière plus ou moins marquée : c’est dans ces conditions que j’ai constaté quelques insuccès.

Voici d’ailleurs une nouvelle preuve de l’action que l'iode exerce sur le système nervo-musculaire de la respiration. On sait que les dyspnées d’origine cardiaque sont souvent confondues avec l’asthme ; or, dans ces cas, s’il s’agit d’une dyspnée mécanique, comme cela se voit dans les lésions des valvules ou des orifices du cœur, sans que du reste le cœur présente d’hypertrophie compensatrice, l’iode n’a qu’une action douteuse et en tout cas passagère; lorsque, au contraire, l’oppression dépend d’une altération du muscle cardiaque lui-mème (dégénérescence graisseuse du myocarde, dilatation des cavités avec ou sans hypertrophie de l’organe musculaire), l’iodure de potassium peut encore rendre de réels services.

L’iodure d’éthyle asru comme l’iodure de potassium, mais d’une façon beaucoup plus rapide, et pour ainsi dire instantanée, à cause de sa facilité d’absorption. Ici encore c’est l’action de l’iode qui prédo-

Ainsi donc, l’iode agit sur le centre respiratoire et facilite la respiration, soit directement, soit par l’intermédiaire de la circulation qui, étant activée, apporte une plus grande quantité de sang aux centres nerveux de la respiration. Bien que ces diverses questions secondaires ne soient pas encore résolues, l’action physiologique de l’iode n’en reste pas moins acquise.

Un point intéressant dans l’histoire de cette médication, c’est que l’iodure semble beaucoup mieux supporté par les asthmatiques que par ceux qui n’ont pas de dyspnée : en effet, les malades tolèrent facilement 2 à 3 grammes d’iodure de potassium par jour, éprouvant à peine une irritation passagère des muqueuses, des narines, de la gorge ou du larynx ; la plupart subissent un amaigrissement marqué sans perdre leurs forces. Toutefois, dans deux cas, les phénomènes de l’iodisme ont été assez accusés pour me décider à supprimer le traitement : chez l’un des deux malades, j’ai, pendant deux mois, remplacé

l’iodure par l’arsenic, qui facilite également la respiration : les effets du premier traitement restèrent acquis, et le malade, depuis plusieurs mois, parait complètement guéri.

En appliquant cette nouvelle méthode de traitement de l’asthme, j’ai pu .me convaincre une fois de plus que les médicaments n’agissent que sur l’état morbide local, qui dans le cas actuel constitue un trouble et une lésion nervo-pulmonaire, et qu’ils ne tiennent, si l’on peut ainsi dire, aucun compte de l’état général. En effet, que l’asthme dépende de la goutte ou des dartres, l’effet du traitement est identiquement le même que lorsqu’il s’agit de l’asthme simple ou primitif. La cause première, dialhésique, qui a troublé les fonctions et la texture des poumons, ne peut pas ou ne peut plus être atteinte, à supposer même, ce qui est fort douteux, que nous eussions eu prise sur ces diathèses à une période moins avancée. Que pourraient donc faire sur l’asthme les alcalins, l’acide salicylique ou les autres médicaments destinés à guérir l'arthritis? — L’iodure de potassium, comme tous les médicaments, agit sur une partie troublée de l’organisme, sur le système nerveux de la respiration et les muqueuses respiratoires ; en d’autres termes, sur l’ensemble des symptômes, ou syndrome auquel on donne le nom d’asthme, quelle qu’en soit d’ailleurs l’origine.

Page 1