POÉSIE
I.° Poésie lyrique. - La poésie lyrique est, suivant l'étymologie du mot, une poésie qui est ou peut être accompagnée du jeu d'un instrument, tel que la lyre. Ce sont les Grecs qui l'ont nommée; mais ce qu'elle représente appartient à toute nation. Toutes les fois qu'un vif sentiment d'amour ou de triomphe, d'admiration ou d'espoir agite notre âme, et que l'imagination s'enflamme au contact de la sensibilité, nous aspirons à exprimer ce travail intérieur de la pensée, a nous délivrer, pour ainsi parler, du poids de nos émotions. L'homme ordinaire trahit cette disposition de l'âme par des exclamations, des paroles vives, colorées et sans suite ; le poëte par une production où l'art se dissimule, et laisse quelque chose de spontané à la nature, maïs ajoute do nobles élans, de la grâce et de l'harmonie à ce fond commun d'enthousiasme qui est à la portée de tous. L'ode est le poème qui exprime l'enthousiasme, tantôt brûlant et abandonné, tantût plus calme et comme comprimé doucement par la raison. C'est un chant véritable, ainsi que le mot le fait entendre, et nulle œuvîe poétique ne s'associe d'une manière plus intime aux secrets du génie musical.
Quel que soit le nom imposé à ce genre de composition littéraire par l' intérêt spécial d' un sujet ou par le caprice du poète, il importe d'en bien
concevoir le caractère. Le poème lyrique est celui qui, resserré dans des bornes étroites, exprime avec feu, avec grâce, l'enthousiasme de la religion, de la patrie, de la gloire, de tftut-ce qui est beau, grand, pur et digne d'amour. Le caractère de la poésie lyrique est donc la noblesse et la douceur: la noblesse pour les sujets héroïques, la douceur pour les sujets ba-, dins ou galants. Elle peut embrasser tous les genres. Les modernes ont un autre genre de poëme lyrique que les anciens n'avaient pas et qui mérite mieux ce nom parce qu' il est chanté, c'est l'opéra.
■ Dans le lyrique, le poète doit principalement s'appliquer à étonner l'esprit par le sublime dos choses ou par celui des sentiments ; ou a. flatter par la douceur et la variété des images, par l'harmonie des vers, par des descriptions ou d'autres figures fleuries ou vives et véhémentes, selon l'exigence des sujets. * (Marmontel)
V enthousiasme lyrique n'a jamais été le caractère dominant de la poésie française. Soumise aux règles du goût, elle a toujours redouté plus ou moins les hardiesses et les écarts du génie. Cependant l'ode est un des genres littéraires qui ont été cultivés heureusement en France, et si la correction, la noblesse, l' harmonie sont prises à leur juste valeur, la poésie lyrique fournira un glorieux fleuron à la couronne nationale.
La poésie du midi, de la langue d'oc, ,fut surtout lyrique ou élégiaque; celle du nord, ou de la langue d'oïl, surtout dramatique ou satirique. Du XI e au XIV e siècle, les troubadours remplissaient de
leur renommée le raidi de la France. Beh'psés par le» trouvères , dont la langue était celle- de la France nouvelle, il B disparurent bientôt.
Guillaume, comte de Poitiers, est le plue ancien des troubadours connus. Sur le point de partir pour ta croisade, il adressa à ses amis et compagnons d'armés des adieux touchants qui trouvent place dans le genre qui nous occupe. Citons encore liaimond Bôranger, comte de Provence, Thibaut, comte de Champagne, Bertrand de Born et Arnaud Daniel qui se sont fait un nom par la douceur ou l'énergie de leurs vers lyriques. Bernard de Ventadour fut le plus célèbre des troubadours de naissance obscure.
Au XIV e et au XV 9 siècle', la poésie des trouvères fit oublier celle des poètes du midi. Charles d'Orléans, captif en Angleterre, rencontra l'un des premiers, le génie de la nouvelle langue française, dans des compositions gracieuses. Bien que depuis ce temps la langue poétique du midi se soit modifiée de jour en jour au point de n'être plus qu'un patois harmonieux, elle a cependant inspiré, depuis trois siècles, plusieurs poètes restés fidèles aux traditions dos vieux troubadours. Gondouli au XVIlo siècle ; Gros, Despourrins au XVIII e , et, de nos jours, le coiffeur Jasmin, ont retrouvé plus d'une fois les naïves inspirations du moyen-âge, associées non sans grâce aux impressions de la vie moderne. ■ -
Puis vinrent les tentatives ampoulées de Ronsard, imitateur malheureux de Pindare, complétées et bientôt redressées par Malherbe le plus ancien de nos vrais lyriques: c' est lui qui fixa la langue poétique.
Les admirables chœurs d'Esther et d'Athalie sont, comme ceux des tragiques grecs', des portions J'œuvre dramatique. Cependant, ils appartiennent à la poésie lyrique la .plus élevée, et noua croyons devoir les mentionner ici.
Ponr trouver un grand lyrique, il faut franchir tonte la première moitié du règne de Louis XIV, et arriver jusqu'à J. B. Rousseau. Ses psaumes, ses odes et ses cantates lut assignent un rang honorable. Lamotte-Hondart et Lefranc de Pompignan Tiennent à sa suite. Malfilàtre, Gilbert, André Chénier, Casimir Delavïgne , de Lamartine et Victor Hugo ferment la liste qui, pour être complète, doit encore mentionner Eeouchard-Lebrun, et, suivant nous, Béranger.
S.° Epopée. - La France a -t-elle une épopée? Nous n'hésitons pas à répondre: oui. Cette question a été spécialement, traitée par nous au chapitre V du premier volume de notre Histoire de la littérature; nous y renvoyons le lecteur, ne voulant pas nous répéter et n'ayant rien a ajouter a notre démonstration qui nous parait assez claire et concluante.
Dans ce Résumé, nous devons exposer et non discuter. Nous nous contenterons donc de faire observer qu'un poème épique ne doit pas être nécessairement écrit en vers: pour nous, les Martyrs de Ghateaubriand, le Téléma,que de Fénelon sont de la haute épopée. En poésie, nous avons la Jfenriade'da Voltaire, le Philippe Auguste, en 12 chants, de Parseval-Grandmaison, et la Frandade de M. Viennet, grand poème épique national, en dix chants (1863), 1 - ■'■
D'autres essais de mérite, et parmi eux nous en distinguons de récente, nous font voir que ce genre n'est point abandonné en France.
S." Drame. - Le troisième grand type de production littéraire n'est pas le moins important et il est bien plus populaire que les deux premiers. Le drame, la poésie dramatique, dont le nom (d'un verbe grec qui signifie agir ) indique qu' il est destiné à peindre l'action, plus positif que l'ode, plus direct que l'épopée, a pour but de mettre en scène les réalités de la vie, sinon telles qu'elles se montrent toujours à l'observation, du moins telles que la vraisemblance permet de les représenter. 11 y a donc, cbez le grand poète dramatique, à coté de l' imagination qui trace le plan et colore le style, un vif sentiment de la réalité, qui attache les spectateurs, les lecteurs, à la peinture des actions de leurs semblables. . ■ ■ •?
Cependant, remarquons bien ceci, les actions seules, reproduites dans le drame, noteraient qu'une copie froide et insipide des simples dehors de la vie. La vie réelle ne se compose pas seulement d'actes extérieurs, mais de sentiments et de passions qui infiuent sur la conduite individuelle, sur les rapports des hommes entre eux, enfin sur les diverses époques de notre carrière. Le drame doit donc reproduire avec fidélité, avec intérêt, îos sentiments que nous éprouvons dans des circonstances données et les émotions qui nous agitent; plus ses traits seront vifs et saillants, plus une production littéraire, qui est toute de mouvement et do pratique, portera sa véritablo empreinte.
Noua ne prétendons pas tracer ici les régies de la composition dramatique, mais marquer d'une manière sensible ce qui la distingue des autres genres.
-Nous voyons paraître dans le drame des personnages; ces personnages ont chacun leur caractère, ainsi que tout le monde: et, comme toute représentation tend à généraliser ce- qu'on représente, ils sont plus complets que dans la réalité. De ces caractères résultent, comme conséquence nécessaire, des combinaisons dramatiques, fondées' sur les qualités- et les défauts, sur les vertus et les vices; et de ce forer jaillissent les sentiments prêtés aux personnages, les passions qui , les poussent, le langage qui leur échappe, /ion-seulement ils agissent en nous, mais ils parlent, et la parole complète l'action. C'est une image de la vie qui nous est, offerte, soit entourée d'un relief qui la place en dehors de nos habitudes personnelles, soit dans une vérité plus commune, plus à notre portée, qui nous fait voir, comme dans un miroir , nos propres goûts et nos propres travers.
. 11 y a en. effet deux faces. dans le drame, comme, il y a deux situations dramatiques dans la vie humaine: la joie et la douleur. De cet éternel partage est née la division juste et naturelle du drame en tragédie et on comédie. Toutes les nuances reviennent à ces deux couleurs principales. L'auteur d'un drame a toujours en vue d'exciter en. nous le. rire ou les pleurs. L'admiration seule, quoi qu'en aient pu dire quelques critiques, est un faible, ressort dramatique; un petit nombre d'Bxeeptions s'expliquent par le génie du poëte, et non par l'excellence du moyen.
Le drame peut avoir un caractère religieux ou patriotique, mais accidentellement, et non par né-
cessité. Ce qui est nécessaire an lui, c'est io caractère de l'humanité lui-même, avec ses idéea et ses passions, avec ses instincts prives et ses émotions: sociales. Il comporte donc une généralité incomparablement plus grande que les autres productions littéraires', et admet une variété dont oui autre genre ne saurait même approcher.
Ceci explique pourquoi le drame est indigène en tout pays, appartient & tout degré dè civilisation, et n'est pas étranger aux peuplades sauvages, t* homme, essentiellement imitateur, se plaît à la représentation de la vie humaine, grossière s' il est grossier, raffinée et polie, s' il est plna avancé en civir lisatiou. La vie elle-même n' est-elle pas un long drame, dont 1' image fidèle, et surtout l' image embellie, plait à l'esprit humain ?
La même raison noua explique les innombrables tentatives faites dans ce genre de composition. Tout le monde n'ose pas porter la main à la lyre; on ne se fait guère illusion sur la présence de l' enthousiasme. Un petit nombre affronte l'épopée; l'amour -propre mémo recule devant cet effort d'une imagination puissante. Au contraire, chacun se croit capable d'observer le cœur humain, d'étudier 1" histoire, de crayonner des scènes d' intérieur. Les matériaux du drame semblent se placer sous notre main. De là, à toutes les époques, et sous des noms divers, une foule de représentations scéniques, et l'avidité du public égale a la fécondité des auteurs. De là, plus de chutes, mais aussi plus de succès que dans aucune autre arène .-littéraire.
A considérer attentivement la nature du drame, on comprend qu' il puisse étro écrit en proso. Des-
tinû à peindre la, réalité, il semblerait même qu' il fiit plus à, propos de lui donner pour instrument le langage simple et uni dont nous nous servons dans la vie rébile. Pourtant nous croyons la conclusion incomplète, et il y aurait plusieurs réserves importantes à faire sur ce point.
Le théâtre est une des plus riches expressions de la littérature française. Dans la comédie comme dans la tragédie nous possédons de nombreux et admirables chefs-d'œuvre, et les étrangers n'ont point de noms à mettre au-dessus des noms de Corneille, de Racine et de Molière,
Dana le moyen-âge, les mystères mêmes de la religion étaient traduits sur la scène , et la piété grossière de nos aïeux jetait dans un drame confus -les seatiments et les usages que leur suggérait une sorte de mythologie chrétienne. Vers le XV1° siècle, l'art dramatique fit quelque pas. On traduisit en vers français un .petit nombre de pièces grecques; Jodellô, au lieu de traduire, imita. L' idée était d'un inventeur, mais l'exécution manqua de force. Garnier se rapprocha davantage de la noblesse tragique, mais tomba dans l'enflure. Le naturel du style .commence à poindre dans la Sepkoni&bt de Mairet, la première de nos tragédies qui offre un plan régulier. Puis vint la Marianne de Tristan , pièce assez froide et sans intérêt, mais qui fut très- applaudie. Hardy, Duryer, Ftotrou, quelques autres «noore moins .connus, préparèrent par leurs travaux l'avènement du grand Corneille, ou travaillèrent i ses côtés. Thomas Corneille, élève de «an frère et contemporain
de Racine, a fait oublier sa, fécondité souvent malheureuse, par quelques belles scènes du Comte d' Esiex, et surtout par la touchante tragédie à' Ariane. Oh sait à quelle sublimité arriva Racine et en quoi il diffère de Pierre Corneille qu' il compléta si heureusement. L' Abialon de Duché ne manque pas de pathétique, ni le Manlius de Lafosse de traits quelquefois heureux. Crébillon dans ses tragédies de Miadamistc, d'Alrée et d' Electre, où brillent des scènes véritablement tragiques et quelques beautés semées ça et là, précède Voltaire, Dans le riche et brillant théâtre de ce dernier, distinguons surtout les tragédies de Métope, Zaïre, Alsire et Mahomet.
En aucun pays, les inspirations du génie dramatique n'ont été aussi abondantes ni aussi fécondes qu'en France. 11 y aurait à faire une interminable listo des auteurs tragiques de second ordre. Nommons Lagrange-Chancel , élève de Racine, dont les pièces les moins défectueuses sont Ino ot Amasis; Lamotte, homme d'esprit qui a rencontré un sujet dramatique dos plus touchants, Inès de Castro. Piron se signala dans le Gustave, Lefranc do Pompignan dans la Didon, Lanoue dans le Mahomet II , Chàteaubrun dans les Trotjenncs, Lemîerre dans Hyperttmestre et dans Guillaume Tell, de la Touche dans la pathétique tragédie d' iphigènie en Tauridc. Spartacus et Blanche et Guiscard, do Saurin, manquent de vraisemblance et do style, mais non d' intérêt. Un écrivain qui obtint une grande réputation, ot qui la dut en partie au choix de ses sujets historiques, du llelloy, a laissé plusieurs tragédies faites, a dit M. Villoniain,» avec plus d'industrie que de talent. . Tels sont
1g Siège de Calait, Gaston et Boyard, Gabrielle de Vergy. La Harpe, par une heureuse imitation de Philociête de Sophocle, surtout par sa tragédie de Warviiçk qui a du mouvement et de la noblesse, mérite bien un souvenir.
Enfin à une époque plus rapprochée de noue, Duois a transporté sur la scène française plusieurs des sujets tragiques traités par Shakespeare: Hamlet, Macbeth, Roméo et Miette, le Roi Lear. Quoique inférieure à l'original, cette imitation est pleine d'éloquence. Dana Œdipe à Colonne, il a reproduit quelques-unes des beautés de Sophocle, et son talent poétique s'est déployé avec plus d'indépendance dans le drame pathétique d' Abufar. Marina à Min- (urnes et les Vénitiens d'Arnault; Epicharis et Néron de Legouvê; Agamemnon de Lemercier, une des plus énergiques inspirations de la tragédie moderne; la noble et éloquente tragédie des Templiers de Raynouard ; enfin les pièces correctes, mais un peu froides, de Marie-Joseph Chénier, entre lesquelles une juste admiration doit distinguer son Tibère, nous conduisent jusqu'aux œuvres des auteurs tragiques contemporains. Nous nous arrêterons a cette limite en reconnaissant seulement comme le dernier héritier de Racine l'auteur des Vêpres Siciliennes , du Paria, des Enfants d' Edouard, Casimir Delavïgne, enlevé à la poésie dans la force de son talent.
Arrivons à la comédie. Si le moyen âge avait ses mjttères, berceau informe de la tragédie moderne, il avait aussi, ses farces et sotties, d' où la comédie devait sortir un jour. Au XV e siècle parut une pièce pleine de vrai comique, l'Avocat Patelini
puis vint la comédie du Menteur que nous devons à Corneille et. qui précéda de vingt ans les admirables pièces de Molière, de i' immortel Molière qui a eu tant d'imitateurs en Franco et a l'étranger: noua pensons que malgré leur esprit et môme malgré le talent hors ligne de quelques-uns, ils sont tous demeurés s, une grande distance de son génie. En 1696, vingt-trois ans après la mort de Molière, le Joueur annonça non un rival, maïs un digne successeur, dans la personne de Regnard; le Légataire du môme auteur soutint dignement sa réputation. Destouches se fît surtout remarquer dans son excellente comédie le Glorieux. Le Méchant de Gresset, la Métromanie de Piron, le Turcorel de Lesage, le Barbier de Sémite et les Noces de Figaro de Beaumarchais, le Philinte de Fahre d'Egl&ntine, l'Optimiste et les Châteaux- en Espagne de Collin-Harleville, les Etourdis d'Andrieux, la Petite Ville, les Marionnettes, les Ricochets de Picard, les Comédiens et l'Ecole des Vieillards de Casimir Delavigne, sont dés œuvres d'un mérite réel qui méritent de vivre, et, à certains égards, de servir de modèles. Plusieurs autres auteurs sont loin d'être sans talent, bien qu'ils ne puissent prétendre qu'aux honneurs du troisième rang. Tels sont: Quinault, Umeys, Palaprat, lioursault, Dufrény , Dan- . court et Marivaux.
il est un autre genre importé d' Italie en France, essayé déjà par Corneille, plus ou moins heureusement cultivé par divers poètes, mais où le seul Quinault mérita Ja gloire : l'Opéra. Depuis, les paroles sont devenues un simple accessoire de la musique; dans Quinault, on ne peut méconnaître le talent lyrique et le talent dramatique réunis.
Enfin nous avons encore lejdràme bourgeois, es- -pèce de tragédie, quelquefois écrite en v«rs, le plus ■souvent en prose, dont les personnages et les événements sont pris dans les conditions, moyennes de -la société. La Chaussée, au XVIII 0 siècle, donna le premier exqmple du drame bourgeois. Diderot, Beaumarchais et la Harpe ont laissé plusieurs pièces de ce genre. Aujourd'hui nous en avons une quantité, beaucoup trop à notre avis. : .r : : .1
4,° Apologae. - L'apologue, ou la fable, (*) est un drame, en ce sens que nous y voyons des personnages, des acteurs, qui expriment des sentiments gais ou tristes, gais le plus souvent, et qui agissent dans un cadre circonscrit pour atteindre un but marqué. Le récit et le dialogue s'entremêlent, il eat vrai; mais la scène est tonj ours vivante, et Y. action, dans un si court espace, n'a pas de longueurs à craindre. C'est par ce coté que l'apologue se lie au drame dans la série des genres littéraires. 11 repose sur la disposition inhérente à l'esprit humain de comparer, de rechercher des analogies. Les animaux vivent et respirent; ils nous présentent des traits do mœurs fort différents. L'un est le type de la ruse, l'autre de la stupidité. Tel nous donne l'idée de la puissance, tel autre de ltt souplesse et de l'imita-
. Cl L'apoiosM peul éïre regardé comme le genre, la /Mil* comme l'espèce. La fable ne fall parler que les animaux, les chose* Inanimée», l'apologue fait parler les animaux, les dieux, les nommas, aie, .. ;.nUiii '. jj ,
Apologue rient du grec irto et ><j70t; table du lilln fabvla, formé du grec je parle, d'où les Italie» ont tiré, dans le «rime sans. fatiUm, les Portugal, fatlar, M lei.tapagnoll àaWar.
lion : c'est un théâtre à cent acteurs divers, où nous surprenons des ressemblances éloignées avec ce qui nous entoure et avec nous-mêmes. Les plantes mêmes, malgré leur immobilité apparente, nous saisissent aussi par des analogies intimes avec notre nature; nous leur empruntons des comparaisons pour peindre la jeunesse et la beauté; et quoique moins voisines de nous que les animaux, elles nous fournissent des termes de rapport qui ne manquent ni de justesse ni de grâce.
L'allégorie, la parabole, l'emploi fréquent des métaphores, loin d'être des raffinements de l'art, sont au contraire le langage naturel d une société primitive. La fable est de cette famille: elle en résume les traits, et les fait servir au progrès de la raison. Elle sert grandement à l'instruction dé la jeunesse, car il n'y a pas de fable sans morale exprimée ou sous-entendue.
On serait tenté de croire, à la vue d'une composition littéraire si courte, d'une simplicité si grande, où le style doit garder une modeste familiarité, que cotte œuvre est à la portée de tout lo monde, et qu'il n'y a pas de poSte do second ordre à qui le genre de la fable ne promette revanche et dédommagement. Hais on serait trompé par cette apparence; car l'apologue est un des genres où les chefsd'oeuvre sont les plus rares, et un très-petit nombre de fabulistes ont conservé des titres à l'admiration. En effet trois ou quatre hommes, Esope chez les Grecs, Phèdre chez les Romains, La Fontaine en France, représentent complètement ce genre littéraire. C'est qu'il faut, dans.ee petit poème, un ensemble de^uaU-
tés difficiles à. réunir: une imagination douce et un jugement sain, beaucoup de naturel et beaucoup' de malice, une fleur de bon goût, dont l'absence se trahit bien vite en si peu de vers. Une bonne fable est un diamant de petit volume, mais qui doit être de la plus belle eau, et dont la pureté fait le prix.
L'apologue appartient-il nécessairement au domaine poétique? Nous pensons qu'une fable en prose perd une grande partie de son agrément. Dès qu' il s'agit de peindre, la versification est une ressource puissante; elle a aussi le précieux privilège de graver dans la mémoire non-seulement le trait pittoresque, maïs la maxime, et répond ainsi à deux besoins. Sans doute une intention piquante peut être rendue avec esprit dans une fable' écrite en prose; mais ce n'est pas là une œuvre d'art avec toutes ses conditions, et la fable en elle-même n'en sera pas moins classée toujours parmi les genres de poésie les plus aimables et les plus ingénieux.
La Fontaino lui-même a marqué la difficulté de l' apologue, en même temps que son singulier mérite, dans ces vers célèbres:
L'apologue est nn don qui vient des immortels,
Ou, si c'en un présent des Hommes, Quiconque Dons 1'» Tait mérite des autels.
Nous devons tons, tant que nous sommes, Eriger en divinité Le sage par qui fut ce bel art Inventé.
C'est proprement an charme; Il rend l'ime attentive, Qu plutôt 11 la tient captive.
Nous alla chant I tu réélis , Qui mènent a son gré les cœurs et les. esprits.
La Fontaine est le seul grand fabuliste de France^ nous résumerons toute notre pensée à son sujet en le nommant 1' incomparable. A une immense distance de lui, nous placerons Lamotte, homme d'esprit qui a fait d' heureuses rencontres, mais qui était privé du sentiment poétique, et aussi éloigné que possible du naturel de son maître. Il se distingue cependant quelquefois par un mérite de finesse et de précision qu' il serait injuste de lui refuser. Nous rapprocherons davantage du grand modèle l'aimable, le gracieux Florian; non qu' il y ait entre eux môme une comparaison possible, La Fontaine est placé trop haut; mais c'est beaucoup que do se faire lire et goûter après lui. Une des plus jolios iables do Florian est celle du Singe qui montre la lanterne magique. Mentionnons aussi les fables estimées d'Arnault et de M. Viennet.
5". Élégie et pastorale. - Nous rapprochons l'un de l'autre, à causo de certaines analogies intimes, quoiqu' elles soiont séparées par des différences assez graves, l'élégie et la pastorale, ot nous divisons celle-ci en églogue ot en idylle. Ce qu'elles ont de commun, c'est l'expression de sentiments doux et tristes, renfermés dans un cadre poétique assez étroit. L' élégie est comme une voix plaintive qui pleure sur un malheur personnel ; 1' églogue et l'idylle sont de simples et naïves pointures de la vie champêtre, telle du moins qu'on se plaît à l' imaginer, avec ses joies candides, ses affections innocentes, et les défis gracieux de ses bergers. La pastorale s'élève quelquefois aux proportions dramatiques, comme dans le Berger fidèle do' Guarini ; mais
ahjnri-alle .doit, être .appelée: drame-, et* rejitrç dan», une autre catégorie, où elle introduit seulement une. nuance Je plus. :.i Lii caractère' poétique, sentimental et la brièveté; de la composition rapprochent donc l'élégie et la pastorale; mais nous reconnaissons sans peine, les difficultés qui-les séparent, La première n'est qu'une plainte, et ne comporte nécessairement aucun tableau; elle retentit à nos oreilles avec un accent qui nous pénètre; mais la variété lui est étrangère: c'est le gémissement monotone. de la douleur. La seconde, au contraire, aime la vivacité, et les. contrastes; elle admet les scènes animées ; les. couleurs vives et fraîches lui conviennent, et le sentiment s' y fait jour parmi Iûb gracieux tableaux de la nature. . . ,
Dans la pastorale française nous distinguerons Raean et Segrais. M.™ Deshoulières a fait aussi quelques jolies pièces dans le môme genre. On a. retenu surtout la pièce allégorique par laquelle elle attire sur ses enfants les regards de Louis XIV, et qui commence par. cea vers: '
D»ns «a prés fleuris
;1 - Qu'arrosa | a seine, - ■ ■ ■
Chercher, qui vous mène, ■
. Me* cliirw Lrebisi J , ,
Dans l'élégie il faut compter au premier rang, pour la date comme pour l'exécution, les stances de Maîlierbo à Duperrier sur la mort de sa fille, la' touchante élégie de La Fontaine, auxNymphes de Vaux
est tout à la fois une noble action et un bon ouvrage. L'histoire de l'élégie pourrait réclamer, comme celle de l'ode, les stances composées par Gilbert peu dejours avant sa mort ; il y a de l' élévation et du sentiment dans le Jour des Maris de Fontanes; la Chute des feuilles de Mtllevoye est d'un intérêt douloureux , et en môme temps qu' on y admire un poô'te, on y reconnaît ses derniers accents. Plusieurs des méditations de Lamartine peuvent passer pour des élégies : mais on s' est habitué à les assimiler aux odes et nous ne contredirons pas ce jugement do l'opinion.
*.° Epitrc et Mtlre. - Le désir de simplifier le classement des genres, sans les confondre, nous porte à comprendre dans une môme subdivision l'épitre et la satire. Disons en quoi elles sont analogues , en quoi elles différent, et a quels principes la critique peut les rattacher.
L'épitre, comme la satire, est avant tout une œuvre de jugement, rendue plus piquante, plus vive, par l'emploi du rbythme poétique. L'une et l'autre, sous une forme libre et familière, expriment des idées qui s'enchainent, indiquent des raisonnements, et traitent un sujet dans une intention d'éloge ou de censure. Si quelques rares exemples venaient contredire ce type, nous ne les prendrions que pour des exceptions rares & un principe reconnu.
La satire bornée par son titre môme, ne peut être consacrée qu'au blâme, soit des personnes, soit des défauts. Le blâme des personnes, à moins qu'il ne porte sur des points toujours justiciables de la critique, comme les imperfections littéraires, constï-
tue moins le genre que l'abus du genre,, et le. mot de satire personnelle est rayé du vocabulaire des honnêtes gens. La- censure des défauts et des vices, lorsqu'elle emprunte le secours de la forme poétique, acquiert plus de précision et plus de vigueur; la mémoire retient mieux les vers d'Horace ou de boileau que la prose satirique de l'allemand Rabener, et la véhémence comme la malice, trouve son profit à parler un langage mesuré qui se grave dans l'esprit en charmant l'oreille.
L'épître n'est qu'une forme donnée à des expressions très-diverses de la pensée. I.e mot même signifie hitre, et la correspondance peut tout exprimer. Mais une pure convention, justifiée par la commodité de la forme épistolaire, attribue à l'épître des intentions philosophiques, rendues tantôt avec gravité, tantôt avec un facile badinage. C'est un moyen de rendre le raisonnement moins aride, de faire passer, sous une libre allure, des conseils de conduite ou de bon goût qu'on veut préserver de pôdantisme.
Il est aisé de comprendre que la satire et l'épître, malgré les analogies de la forme, et quelquefois du but, sont séparées par une différence essentielle^ La satire, en effet, est contemporaine des premiers figes; elle tient à l'instinct de critique et de blâme, qui est aussi naturel et plus puissant que celui de l'approbation et de l'éloge. JI n'y a pas do littérature, à quelque degré de sa durée qu'on l'étudié, qui ne puisse offrir et qui n'offre des traces d'invective, de véhémence accusatrice ou de maligne ôpigramme. La satire s'explique par une disposition universelle et perpétuelle de l'esprit humain.
H n'en est pas ainsi de Vépitre, C'est One invention du goût, un cadre adopte pour y enfermer des matériaux divers, et dont on n'a. voulu faire; un genre que parce qu'on le trouvait aussi agréable que: commode. C'est un serviteur utile qu'on a fait monter en dignité. Autrefois même la forme épistolaire s'appliquait à de longs poèmes. Aujourd'hui t'épitre est plus bornée dans son étendue: Boileau nous donne une juste idée du point où en est restée cette forme littéraire, et de l'emploi qu'en peut faire un goût épuré.
Dans le moyen âge, les satires hardies, personnelles ne manquèrent pas en France, et les airventes étaient des compositions satiriques qui participaient du mouvement de l'ode. La satire Ninippèe dépasse les proportions ordinaires de ce que nous appelons satire, et ce tableau animé et moqueur des passions de la Ligue est bien prêt de ressembler à un drame.
Régnier est le premier poète français qui ait cultivé ce genre de littérature. 11 a de l' originalité et de la force, mais une trop grande crudité d'expression. Boileau l'appelait son maître. Le maître du genre, c' est le même Boileau, qui est encore supérieur dans ses êpitres. Les Discours sur l'homme de Voltaire peuvent être comptés parmi les ôpîtres, on y trouve des pensées frappantes et des vers heureux. Marie-Joseph Chêuier, dans son épître sur la Calomnie a fait preuve de verve et de vigueur. Quant à la satire, le successeur incomplet, mais légitime de Boileau, c' est le malheureux Gilbert qui, dans son Tableau du XVIU* tiieie et dans son ApoiogU, ren-
contra' des? traits; mâles,, énergiques, 'injustes quel-> quefois, maie partis d'une âme sincère, d'un talent qui se serait mûri aux rayons, d'un plus doux soleiL Les. philosophes qu'il attaquait, et La Harpe, dont il avait livré le nom à la risée publique, découragèrent son génie, et le jugèrent avec une sévérité, partiale que n'adopte pas la postérité. De nos jours, M. Vienne! composa de nombreuses épitres. . ...\
V.° Genre didactique et genre descriptif. - Apparions encore deux genres qui se rapprochent ou s'éloignent l'un de l'autre, suivant le point de vue sous lesquels on les considère, et dont chacun, pris à part,, a son importance et son agrément. Le premier est. le genre didactique, le. second le genre deicripti). , ... ... . . >
t'n. poème ididâctique (du grée j'enseigne) est celui par lequel on. enseigne les préceptes d'un art ou .d'une science. IL semble au premier abord qu' il aoit fort inutile, pour atteindre ce but, d'employer la forme .poétique. Ne serait-il pas plus rai-: sonnable de donner dos leçons dans le langage grave et. sévère de la prose? et n'est-il pas à craindre que l' imagination , faculté prédominante ches le poète, ne fasse tort à l' instruction positiva que l'on prétend, nous donner?
À cette objection il y a deux réponses. Nous l'avons, dit déjà, la forme poétique et l'emploi du vers donnent, aux .préceptes une couleur qui les fait briller et une précision qui les grave dans le souvenir. C'est une vérité, d'expérience, que les vers se retiennent mieux que la: prose;, et, lorsque notre esprit nous suggère de citer une maxime, une loi morale
ou littéraire, c'est plutôt un beau vers qu'une. belle ligne de prose qui vient se présenter à nous, 11 y a donc déjà, un grand intérêt à revêtir les préceptes de la forme poétique, puisque cette forme leur donne plus de popularité et d'effet.
Il est bien vrai que la partie technique de l'enseignement peut en souffrir, et il est des sciences pour lesquelles on ne pourrait sans ridicule recourir à la poésie didactique. Mais nous ne parions pas de celles-là. Il faut que l'art ou la science enseigné en vers se prête naturellement à. cette parure, et que, par le secours de quelques artifices de style, le poSte fasse passer sans effort ie petit nombre de détails rebelles à la versification. Lors donc que cette condition du chois est remplie, nous retrouvons intact l'avantage, déjà signalé, d'une forme plus persuasive et plus populaire.
En résumé, toutes les fois que le sujet admet l'emploi de la versification, le poème- didactique a sur le traité en prose l'avantage de plaire en instruisant, et d'imprimer dans la mémoire des traces plus profondes et plus lumineuses. Mais pour plaire, pour échapper à la sécheresse nue des préceptes, pour associer l' imagination au sens pratique, il faut que le poème didactique se pare de descriptions et de tableaux. L' intérêt, qui languirait peut-âtre malgré 1' habileté des détails,, a besoin de se ranimer par des épisodes chaudement coloriés. De là, dans le plus grand des poStes latins, flans Virgile, les peintures épisodiques qui . terminent chaque chant; do là aussi, dans Delille, les fraîches couleurs jetées sur des leçons de jardinage, le poste n'enseigna pas
sans décrire; mais, dans la poésie didactique, renseignement est la chose, la description n'est que le moyen.
Dans ce qu'on appelle la poésie descriptive, c'est le contraire. La peinture des objets est l'essence de ce genre de composition, l'instruction n'est . que l'accessoire. Ainsi, lorsque Delille nous peint les illusions ot les charmes de l' imagination, il veut sans doute imprimer en nous quelques idées justes, nous ider, nous prémunir; mais il prétend surtout nous plairo et nous séduire ; nous décrire, dans un style vif, brillant, inspiré enfin par la faculté qu' il chante, ses prestigieux effets.
Maintenant, est-ce un genre bien légitime que la poésie descriptive? est-ce une forme nécessaire en quelque sorte de la pensée littéraire? qu'est-ce que décrire pour décrire? N'est-ce pas faire un tout au moyen d'une seule partie, et prendre pour l'étoffe môme la broderie légère qui en relève le fond? U y a du vrai dans ce scrupule. La description est en elle-même un moyen, non un bnt; un agrément, et non la matière d'une œuvre. Nous reconnaissons que l'abus touche de fort près à l'usage, et que le poète descriptif tombe promptement dans les menus détails, par cette excellente raison que sa pensée première est déjà une pensée de détail, un peu plus complexe que les autres. Néanmoins ce serait être trop sévère, croyons-nous, de condamner l'usage avec l'abus. Convenons que l'un est voisin de l'autre, mais pardonnons au talent, qui, dans des poèmes courts et gracieux, fait passer et comme voltiger devant nos yeux, de légères, de brillantes images.
■r Du. -reste :1b. ipoSaie descriptive, ■ flf>ramé; .66 ftH? ; sentait, eue-marne âw insuffisance, appelle ordinaireraent le précepte n. son aide, et nous repose d'une suite de peintures des objets.' matériels par quelque utile, leçon de morale. C'est en effet le, double besoin de l'esprit humain. Il est. quelquefois assez difficile de bien distinguos la poésie .descriptive, de la poésie didactique. Elles ont chacune un çanactere différent, puisque, à. la rigueur, l'une charme les yeux. L'autre occupe 1; intelligence et la mémoire; mais, comme elles ont un mutuel besoin lune de l'autre, le caractère d'un ouvrage paut dépendre de la proportion de ces deux éléments. LMrt poétique de Boileau sera un poème didactique, parce que la description n'y occupe qu'une faible place; l' Imagination, de Delille sera un poème descriptif* parce que le précepte n' y. est qu'accidentel et indirect. .....
Le poème didactique est ancien en France, et, dès les premiers, temps de notre poésie, on rencontre des préceptes mis en vers. Il n'en est pas de même du poème purement descriptif. Longtemps, suivant l'ordre naturel des idées, la description n'a été qu'une dépendance, un ornement de poëme, et non la substance même d'une composition littéraire. Aussi, même après avoir conquis une existence à part, a-t-elle difficilement conservé un caractère gui lui fût . propre. Elle s'est fondue plus ou moins dans la poésie didactique t et c'est la leçon qui a fait passer la peinture des choses sensibles, en lui donnant un fond solide, un canevas essentiel
- ta plus beau sans contredit de nos poèmes didactiques, c'est l'Art poétique de Boileau. Après lui, vîent immédiatement Louis Racine qui, dans ses deux -poèmes de la Grâce et de la' flexion, nous présente une versification pure et correcte, un style élégant et clair, une composition sage et délicate. Quant & Delille, ses poèmes descriptifs et didactiques sont très- nombreux. Depuis la traduetion célèbre qu' il a Faite des Géorgiques de Virgile jusqu'au poëme des Quatre Eléments, il a cbanté toutes les scènes de la nature: Bon chef-d'œuvre est le poème de T Imagination. Citons encore le poëme des Jardins, celui des Trois régnes de la Nature, l'Homme des Champs, la Pitié, etc.
Si maintenant, du XIX e siècle commençant, nous remontonsàla seconde moitié du XVI II S , nous devons nommer Lëmierro, poète d'un style dur; Saint-Lambert, imitateur du poète anglais Thomson; liosset, poète incorrect qui lance dans la nuit quelques étincelles ; Roucher et surtout Lebrun. Puis revenant à l'époque où brillait le talent de Delille, nous le voyons entouré de Castel, d' Esménard , de Chénédollé , de Legouvé, chantre du Mérite des femmes, et enfin de Campenon, aimable auteur de la Maison des Champs.
De nos jours, l'élément didactique et descriptif tend à se fondre dan3 des compositions dont il devient l'accessoire. Noua pensons qu'il n'y a pas ù s'en plaindre.
8.° Poé»ieH diverse". - Le dernier genre mérite à peine ce nom, car on ne saurait la déterminer d'une manière précise:. il comprend tout ce. que -les autres genres de poésie ne renferment pas. La poésie lé-
gère, par exemple, offre plusieurs petits chefs-d'œuvre. Ordinairement, dans la poésie légère, le fond n'est rien, tout est dans la grâce de la forme. La mort d'un animal chéri peut fournir un élégant badinage. Un compliment, une douce plaisanterie peuvent inspirer do belles strophes et de beaux distiques sans prétention , où l'esprit assaisonne d' une manière piquante la médiocrité du sujet.
Rien n'est plus capricieux que la poésie légère. On no lui demande que de la grâce et do la souplesse. Nous lui demanderons encore, nous, do la réserve.
La France est riche, trop riche peut-être, en ce genre où ont brillé Voltaire et La Fontaine, et où se sont distingués tant d'autres poètes. On a retenu de beaux vers du malheureux Malifàtre, mort jeune et dans l'indigence. Son poème de Narcisse, tiré d'Ovide, renferme de réelles beautés. Marot, demandant de l'argent à François ].« a traduit sa requête en vers harmonieux et faciles; Vert-Vert de Gresset, badinage' gracieux, le Lutrin de Boileau, monument de notre littérature, sont des poèmes que peuvent revendiquer plusieurs genres. Il en est de même de certains ouvrages de MM. de Lamartine et Victor Hugo. Nous allions oublier Déranger qui forme un genre à part, tant il a d'originalité et de puissance.
Nous passons sous silence, et pour cause, bon nombre d'autres productions qui' devraient prendre place dans ce genre. Nous nous reprocherions de les faire connaître à nos jeunes et pudiques lectrices.
fl.° Genre Oratoire. - Nous disons avec intention le genre oratoire, et non pas 1' éloquence. En effet l'éloquence est partout, dans la poésie comme dans la prose, dans V histoire comme dans les discours, dans une lettre comme dans une méditation. Ce serait confondre les productions littéraires, ou changer le sens des mots, que d'établir une division méthodique sur des termes aussi généraux, sur des principes aussi indépendants des applications. L'éloquence est surtout la voix de la passion, et, lors même qu'elle se fait douce et insinuante, c'est toujours la passion qui parle, aussi bien que lorsqu'elle tombe véhémente et inspirée; seulement elle a plus d'une ressource, et peut s'exprimer sur plus d'un ton. Or, la passion n'est pas exclusivement propre aux œuvres oratoires, dont quelques-unes môme peuvent n'être que de froides et élégantes productions de l'art. Il est donc entendu que nous -voulons parler d'abord d'un genre de composition littéraire où l'éloquence domine, mais qui ne constitue pas, à beaucoup près , tout le domaine que l' éloquence peut réclamer.
Sous ne rangeons pas non plus sous le genre oratoire des morceaux qui ne s'y rattacheraient que
par le style: ce serait retomber dans la confusion que nous voulions éviter; car il y a chez les historiens, chez les philosophes t de nombreux mou-eaux écrits dans le style oratoire ; et que deviendrait alors la division précise quanons avons voulu établir? Par genre oratoire, nous entendons les discours, les allocutions sous toutes les formes, ou plutôt dans toutes les situations, au barreau, à la tribune, dans la chaire, à l'académie, à la téte d'une armée, dans le secret m&me des relations privées, partout enfin où l'habileté peut soutenir une thèse et la passion
jeter un cri.
Quel est donc le lien commun qui unit entre elles les -œuvres oratoires ? et comment imposer un même titre à des productions si dissemblables, dont les unes sont froides et polies, les autres ardentes ou accidentées? Ce lien commun, il faut le dire, c'est la forme, mais une forme d'une telle importance qu'elle justifie l'autorité qu'on lut attribue. Ainsi, toutes les fois que 1* homme parle directement à son semblable, il le fait, soit pour lui plaire, soit pour le persuader, soit pour le troubler par une émotion profonde. Ce qu' il y a de commun dans ces différences, c'est l'action que l'homme cherche à exercer par la parole directe sur son semblable, la provocation immédiate de l'intelligence à l'intelligence, du sentiment au sentiment, de la passion à la passion. L'orateur veut obtenir par le discours, soit l'approbation, soit une résolution quelconque de ceux qui l'écoutent, et, quelle que soit la matière de l'œuvre oratoire, elle se propose- toujours ce but direct, qui fait son caractère et son unité. -
Or, depuis qu'il va des êtres humains sur la terre, et dans l'État mémo le plus imparfait do la dwlis&tion, il s'est rencontré des hommes naturellement doués du talent de parler à leurs semblables, et de les persuador, de les émouvoir, dans les occasions où il importait qu' ils fussent persuadés ou émus. On rencontre chez les sauvages des harangues guerrières, des plaidoyers, des oraisons funèbres ; et de3 élans d'une véritable éloquence ont pu partir du sein des forêts et des déserts. Chez les peuples cultivés, cet essor de la passion se règle, ot l'art ajoute son calcul à la force instinctive de la nature; mais l'art ne fait pas l'orateur: il ie perfectionne et lui révèle une partie de son pouvoir qu' il ignorait.
Nous commençons à saisir ie vrai génie do l'œuvre oratoire. Une dernière distinction achèvera de nous en faire comprendre la portée et les limites.
11 ne faudrait pas exagérer l'importance que nous avons donnée tout à 1' heure a la forme de l'allocution. Toute allocution n'est pas une production oratoire; on n'est pas orateur à la seule condition d'adresser la parole à son voisin. Pour qu'un discours soit une œuvre oratoire, il faut qu' on y trouve do la passion ou de l'art. Une de ces deux conditions peut suffire ; la réunion des deux constitue les productions éminentes, et peut être regardée comme le secret des chefs-d'œuvre les plus admirés.
La composition oratoire peut donc réclamer à bon droit une des premières places parmi les genres littéraires. On peut la regarder comme un genre impérissable et tenant aux entrailles même de l'humanité.
En France, l'éloquence a pris toute les formes: car c'est un caractère, le plus saillant peut-être, du génie français, que cette souplesse infinie qui lui permet de se développer en tous sens. Cependant les trois grandes applications de l'éloquence, savoir, la chaire, le barreau, la tribune, n'y ont pas atteint le môme degré de perfection relative. Le barroau, longtemps encombré de science pédantesque, de diffusion , de citations parasites , a conquis un éclat récent, et brille plutût par les qualités soudaines de 1" improvisation que par la couleur littéraire. La gloire de la tribune, récente aussi, mais haute ot éclatante, est également mêlée de ces imperfections de forme qui tiennent au sérieux mémo des affaires, à l'entraînement des discussions chez un peuple vif et impatient. L'art oratoire en France, a trouvé son triomphe dans la chaire chrétienne , champ glorieux où nous pouvons opposer des chefsd'œuvre sublimes et des inspirations correctes et touchantes aux plus célèbres productions soit de l'antiquité, soit des littératures étrangères.
Pendant longtemps la littérature française chercha sa route. Entre i' imitation souvent aveugle des anciens, et l'inspiration naïve, mais noble du génie français, se distinguèrent quelques poètes, quelques chroniqueurs. L'éloquence éclata par intervalles dans cette nuit, mais pour s'éteindre aussitôt. Elle se montra railleuse et amère dans la satire Ménippêe au XVI 5 siècle , anima quelques pages de Balzac au commencement du siècle suivant, et déploya toutes
les ressources d'une agression vive et irrésistible dans los Previneiales de Pascal.
Mais nous avons 1 nommé des écrivains, éloquents et nous cherchons des orateurs. Pour en trouver il faut arriver d'emblée au siècle de Louis XIV. Patru et Lemaistre se signalèrent dans le- barreau; Pollisson se fit remarquer et admirer- dans ses défenses en faveur de Fouquet. Puis vinrent les Bourdaloue , les Bossuet, les Ftéehier, les Massillon qui illustrèrent à tout jamais la chaire chrétienne. D'autres noms, pour avoir moins d'éclat, ne doivent pas être couverts d'un injuste oubli. Cheminais qui eut des inspirations pleines d' onction et de douceur ; Mascaron habituellement confus, qui fut une fois- admirable, La Rue, Neuville, Poulie, Beauvais, Boismont, Bridaine le véhément missionnaire, et l'abbé Maury tour à tour célèbre à la tribune et dans la chaire, sont tous des sermonnaires distingués à des titres divers, comme de nos jours les P. Ravignan, Lacordaire, Félix, Hyacinthe, etc. A la tribune, Maury, Cazalès, Barnave, Vergniaud, et plus qu' gui tous, Mirabeau, brillèrent pendant la Révolution française. Enfin nous clorons cette liste en nommant cinq panégyristes qui honorèrent surtout le XVlIr 3 siècle et qui se distinguent entre tous les autres: Champ fort, La Harpe, d'Alembert, Thomas et Fontenelle.
ï.° Genre historique - A considérer le genre historique en lui-même, on reconnaît qu'il est naturel de reproduire dans un récit les faits dont on a été témoin, ou qui nous ont été racontés à, nousmêmes. A ce compte, l'histoire daterait des premiers' rapports établis entre les hommes, et l'on trouverait
au berceau des sociétés un narrateur et un admirateur. Mais une conversation librement nouée, librement rompue, un échange de paroles à propos d'un fait, n'ont rien de commun avec l'histoire, avec le récit suivi et raisonné d'une succession de faits d'un i&térèt générât
Aussi le discours est-il une inspiration primitive tandis que l'œuvre historique ne peut éclore qu'aux rayons d'une civilisation déjà avancée. L' imaginanation, l'enthousiasme, l'émotion n'attendent pas les progrès de la société; mai3 le jugement qui procède avec calme, qui se commande à lui-môme, qui n'appelle les autres facultés que comme des auxiliaires, attend, pour s'exercer dans l' histoire, un état.de civilisation plus mûr et plus rassis. Les premiers temps d'ailleurs, ne sont pas privés de tout moyen de raconter ce qui les frappe. Ils ont la poésie, la poésie lyrique surtout, qui est le plus naturellement affranchie des conditions de 1' art. Le poëte chante une expédition, une victoire, mais sans ordre, sans marche tracée; il ne s'astreint pas à une servile chronologie ; il dédaigne d' expliquer les lieux communs où s'est passée l'action qu' il célèbre, et les scrupules géographiques ne l'arrêtent pas.
Plus tard, au contraire, que dit-on? Comment établit-on les principes du genre historique, non pas à une époque de civilisation raffinée, de goût sévère et délicat, mais aussitôt que le jugement a prévalu dans l'adolescence d'une nation? On exige de l' historien la connaissance exacte , la reproduction fidèle des temps et des lieux, selon le besoin, et pour la clarté du récit; on proclame la chronologie et la.
géographie les deux yeux de l' histoire. Loin de lui savoir gré de conserver une allure poétique, on se défie du talent qui sacrifie aux grâces, ou qui sème dans ce champ d' idées positives les hardiesses de l' imagination, et cependant on veut qu" il soit peintre par le style et on ne lui permet pas d'être froid, sec et sans couleur.
L'histoire, on le voit, ne peut commencer qu'à' une époque où déjà le jugement national s'est formé, et où la vivacité de cette imagination, qui appartient à la jeunesse des peuples comme à celle des individus, s'est un peu réglée et refroidie. Ainsi l'histoire, inconnue aux sociétés dans leur enfance, est un genre littéraire qui naît inévitablement de la civilisation. Ajoutons qu'il marche avec elle, se perfectionne avec elle, et survit ordinairement aux autres genres qui sont nés avant lui.
Nous n'avons encore parlé que de l' histoire; ilest temps de dire, sans insister, que diverses -productions peuvent encore être rapportées à ce genre. On peut y ranger le roman poétique ou historique, et le roman d'imagination. Subordonnons encore a cette division les Mémoires, pleins de renseignements historiques, sans avoir la suite ni la portée littéraire, d'une histoire; composition libre et capricieuse, qui permet dé mêler les confidences personnelles aux vues politiques, aux détails des affaires d' Etat ; qui, le plus souvent familière, passe quelquefois de tfW treme simplicité à la véhémence, et n'affiche d'ailleurs d'autre prétention que celle de fournir à l'histoire ses plus précieux matériaux.
La. France a. eu beaucoup d'historiens, elle possède peu de grands historiens. HAtons-nous d'ajouter que le siècle présent s'honore de plusieurs écrivains, de génie dans un genre qui convient surtout à la. maturité des nations.
L' hùttrire des Francs, écrite en latin au VI° siècle par Grégoire de Tours, est précieuse comme une révélation de la société barbare de cetto époque. Du règne de Childérin, il faut passer à celui de Charlemagne pour trouver une biographie de ce prince, écrite aussi en latin, celle d' Eginhard. Au XI e siècle, apparurent les romans de chevalerie, qui, en se modifiant, se perpétuèrent jusqu'aux premières années de Louis XIV, commençant par Alexandre et les pairs de Charlemagne, pour finir par Cyrus et par Clélie; compositions naïves, bizarres, subtiles, inépuisables, qui ont le mérite, au milieu do mortels discours, de reproduire des mœurs effacées aujourd'hui. Depuis le Xll a siècle, les chroniques offrent de précieux et abondants matériaux A 1' histoire. Villehardouin éorit 1' Histoire de la conquête de Constantinopte qui va de 1 198 à 1207, Sous le règne de Saint Louis (Louis tX), bous avons les mémoires de Joinville A qui succède au XIV e siècle le vif et pittoresque Froissa rt qui raconte l'histoire de son. temps. L' historien du siècle suivant, c'est un confident intime, on négociateur de Louis XI, le pénétrant et froid PMlippede Comuies. Pois vientde Thou. L! histoire, ia véritable histoire commence en France atfec Mézerai en 1643, époque A laquelle parut le premier volume .de m i grande Mitoirt de France (jusqu'A Louis XIII): son Abrégé chronologique de l'his-
- ao -
Uïre de France, 1663, mit le comble à sa réputation. 11 manque cependant bien des qualités à cet historien. Noua voici arrivés à Iiossuet , Voltaire , Montesquieu, qui jetèrent un si vif éclat sur le genre historique. A leurs côtés, et dans leur ordro respectif, nous voyons leB Vertot , les Saint- Real, l'abbé Fleury, le président Hênault, Mably, Duclos, le sage Roilin et ses deux disciples Crévier et Lebeau, rendant tous, à des titres divers, des services importants aux études historiques. Mentionnons encore Raynal, Rulhière, Anquetil, et terminons, sans prétendre avoir fourni une liste complète, par de grands noms contemporains: Sisinondi, Ségur, Chateaubriand, Lacretelle, Lamartine, Augustin Thierry, Thïors, Michelet, Guizot, de (tarante. Notre siècle est riche en monuments historiques, et en hommes capables d'en élever encore de nouveaux.
La nomenclature des divers travaux d'une foule d'écrivains, serait innombrable. Citons au moins les Mémoires de Fleurange, de Biaise de Montluc, des Tavanne, de la Noue, de Coligny, do Régnier de la Planche, do d'Aubigné, des frères du Bellay, etc; remarquons ceux de Brantôme et de P. Mathieu, de l' illustre Sully, ministre de Henri IV, du bouillant cardinal de Retz, du duc de Saint-Simon, et ajoutons ceux de M.™ 63 de Montpensier, de Staal, de Motteville, de Lafayette, de Caylus, etc.
Quant au roman, celui que nous pouvons nommer dans ces pages sérieuses, il a été représenté aux deux derniers siècles par Le Sagè, dont le Gil Bios est un tableau éternellement vrai de nos misères et de nos faiblesses, et par M. m - 5 de Staël et de Genlis. Do nos jours le roman fourmille.
S." Genre «Afllqne. - Nous appelons œuvres didactiques en prose des productions diverses et nombreuses, difficiles à réunir sous une autre dé- 1 nomination commune. Ce sont toutes celles où il s'agit de traiter un sujet qui est du domaine de la réflexion, et d'expliquer, par un enchaînement de preuves et par des exemples, une vérité morale ou littéraire. Un traité de littérature entre dans ce cadre aussi bien que les éléments de science morale; l'Education des Filles par Fénelon, l' Esprit des Lois de Montesquieu, le Cours de littérature de La Harpe, exposition de principes ou discussions de critique, appartiennent réellement, quoiqu'à des titres divers, à cette nouvelle subdivision des productions littéraires on prose.
Même en excluant, comme nous devons le faire, tout ce qui est simplement technique, tout ce qui est relatif soit aux sciences exactes, soit aux matières scientifiques purement spéciales, nous trouverons encore beaucoup à élaguer dons toutes les autres productions didactiques en prose. Il ne faut pas que nous ignorions les hautes productions de l'esprit humain en aucun genre; mais nous ne toucherons qu'avec réserve à toutes celles qui se défendent contre nous par l'abstraction et comme par une vénérable obscurité.
La France, depuis le XVI e siècle abonde ■ en écrivains qui ont appliqué la réflexion à la morale, au goût, à la nature ou à l' homme, et dont les ouvrages, marqués du caractère de plusieurs genres, peuvent
cependant recevoir"le titre d'ouvrages didactiques' en prose, sauf la part plus ou moins grande que i' imagination réclame dans leurs travaux.
' Un certain nombre de ces écrivains se sont exercés sur des matières et dans des formes littéraires très-diverses; et leurs noms, pour la plupart, se sont déjà offerts à nous, à propos de l'éloquence ou de l' histoire. Montaigne, do Balzac, Pascal, Nicole, Fénelon, La Bruyère, La Rochefoucauld, Saint- Evremont, J. J. Rousseau, Voltaire, Duclos, Vauvenargues, Fonténelle, Montesquieu, Buffon, l'abbé Barthélémy, d'Aguesseau, Thomas, Rollïn, La Harpe, Marmontel, Maury, Chénier, Bernardin de Saint-Pierre, M. mc de Staël, M. de Donald, Royer-Collard, M. Cousin, Chateaubriand, Sayous, beaucoup d'autres encore, ont fourni des ouvrages de réflexion, de critique, de morale, qui doivent rentrer dans io genre didactique.
La critique littéraire, toujours cultivée en France avec tant d'amour, possède une foule de noms illustres. Groupons, sans ordre de date ni de' mérite, autour des grandes individualités étmmérées dans notre Histoire (les Villemain, les Saint-Marc Girardin, les Sainte-Beuve, les Nisard, etc. J, les noms estimés de Campenon, de Daunou, de Marmontel, de Patin, dé Blair, de Chamfort, de A. de Rémusat, de Geoffroy, de Théry, de Chénier, de Naudet, de Guéroult, de Frayssinous; enfin, car il faut terminer, ceux de MM. Jules Janin, Cuvillier-Fleury et H. Taine.
4.° Genre éplrtolalre. - Il est' encore un genre qui doit terminer notre classification des productions littéraires en prose : c'est le genre êpistola ire. On pourrait penser à première vue que ce n'est pas
là un genre à part; que c'est une forme toute extérieure donnée à la pensée, une nuance, une variété d'un autre genre. Nous ne Je croyons pas.
Il arrive bien quelquefois qu'un écrivain adopte la forme épistolaîre pour donner un intérêt plua piquant à des sujets dont il craignait l'aridité. Nous avons eu des lettres sur la chimie et sur la physique, dont les auteurs se proposaient de rendre la science plu? attrayante, plus accessible, en la présentant sous ce costume familier. D'autres fois, on choisit la forme épistolaire pour redoubler l' intérêt d'un sujet déjà piquant par lui-même , mais qu'on redoutait de voir languir et se refroidir à. la. longue dans un récit. Tel serait un voyage, telle serait la mythologie, tels beaucoup d'autres sujets de cette nature. Hais nous voyons dans ces exemples des emprunts faits au genre épistolaire; son importance n'est pas là.
Qu'est-ce autre chose, en effet, que la conversation écrite, c'est-à-dire la douce et utile prolongation des entretiens de cœur ou d'intelligence, malgré l'absence, malgré l'éloignement? 11 n'y a point là de science à consulter, point de règles proprement dites à suivre; ou plutôt, il n'y en a qu'une qui dispense des autres, le naturel. Mais ce n'en est pas moins un genre littéraire distinct des autres; car, s' il n'est pas soumis à un code, il l'est à des principes spéciaux de hou sens et do bon goût.. II comprend toute une série d'expressions de la pensée, qu'on serait embarrassé de rapporter à tout autre genre: car cette pensée n'est ni. oratoire, ni historique, ni philosophique, ou elle n'est tout cela que par *cci r
dent. Los rares monuments du style épistolaire sont importants à connaître, à étudier. Ils n'enseignent pas le naturel, mais ils le font aimer, et, par là môme, ils l' inspirent. C'est une des plus agréables, comme une des plus nécessaires lectures par lesquelles il convient à la jeunesse de couronner son éducation. Les plus célèbres modèles du genre sont dus à des femmes; et c'est aux femmes qu'il appartient surtout de les imiter. . ;
Au début du XVII e siècle, deux recueils de lettres fixèrent en France V attention publique , ceux de Balzac et de Voiture. Un médecin spirituel et bizarre, Guy-Patin, eut une correspondance pleine de sel gaulois, mais qui se prêterait difficilement à des emprunts: son style a vieilli. Bossuet, Pénelon, Racine se sont aussi distingués dans ce genre, et peuvent être proposés comme des modèles. Mais les vrais et impérissables monuments du genre épistolaire, sous Louis XIV, ce sont les lettres de M.mes Sévignô, de ïïaintenon, et de La Fayette. N'ayons garde d'oublier au XVIII e siècle, les lettres si fines, si étincelantes d'esprit, si naturelles de style, de l'immortel Voltaire. .
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