‹ Résumé historique des explorations faites dans l'Afrique australe de 1849 à 1856 par le rév. docteur David LivingstoneChapitre 10 sur 12 · CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII

Résultats. —Conclusion. — Considérations sur le Zarabèse.

On vient de voir quelles ont été les remarquables explorations entreprises par le docteur Livingstone. Il a parcouru, le premier Européen, muni d'instruments d'observations, abandonné à ses propres ressources, le plus souvent à pied, l'Afrique australe dans plusieurs directions. Et ce que l'on ne saurait trop remarquer, il a montré jusqu'à quel point pouvait atteindre le pouvoir moral de l'homme civilisé sur les sauvages, lorsqu'il sait eh faire un noble usage.

On lui doit les premières notions certaines sur la géographie de l'intérieur de cette partie du continent africain, et plus particulièrement ce que nous savons aujourd'hui sur les pays qui s'étendent entre les 10e et 20e parallèles et les 15e et 25e degrés de longitude orientale du méridien de Paris. Il a traversé le continent de l'ouest à l'est, et, pour la première fois , il nous est permis d'espérer une relation plus certaine , plus précise que celles que nous ont laissées, jusqu'à présent, les marchands portugais et les Arabes qui, dans leurs courses aventureuses , n'avaient pour mobile que l'appât mercantile (1).

(1) Vers la fin du siècle dernier, le savant docteur Lacerda, muni de bons instruments, se proposa de traverser l'Afrique méridionale, allant de la côte orientale vers l'occidentale. Malheureusement la mort le surprit au milieu de ses savants voyages dans les États du roi de Cazembe.

Plus tard d'autres voyageurs entreprirent de traverser l'Afrique, et

La publication de ces découvertes suffirait déjà seule pour mériter au docteur Livingstone une juste popularité. Mais il ne s'est pas contenté de parcourir le pays en observateur, en curieux, il a fait plus encore, non-seulement il l'a vit, mais il l'a étudié; fixant la position des lieux principaux, et rendant, surtout en cela , à la science géographique de signalés services, se détournant de sa route pour compléter les renseignements oraux qu'il devait aux naturels ; séjournant là où ses observations physiques ou astronomiques l'exigeaient; étudiant la structure géologique du sol , l'aspect du pays, son hydrographie, son histoire naturelle; vivant avec les indigènes , observant leurs mœurs au milieu du familier abandon que la plus entière confiance faisait régner entre le visiteur et ses hôtes ; recueillant enfin des notes sur la langue et les dialectes des indigènes, composant des vocabulaires , précieux documents , destinés à nous ouvrir un jour ces contrées en rapprochant par la parole et la communication des pensées des membres de la grande famille humaine qui , tout à l'heure, s'ignoraient encore les uns les autres.

On juge donc à l'avance quelle doit être l'im-

de 1809 à 1811, Pedro Jean Baptista et Amaro José, avec les instructions du colonel Francisco Honorato de Castro, allèrent de la côte occidentale à l'orientale, et revinrent à Loanda par le même chemin, après une absence de plus de quatre ans. Le Journal de leurs voyages a été imprimé. Malheureusement, ils n'étaient pas assez instruits pour pouvoir déterminer astronomiquement la position des différents lieux qu'ils ont parcourus. Nous pensons que les archives de Lisbonne renferment plus d'un document curieux et inédit sur la géographie de l'intérieur de l'Afrique.

portance de la publication que nous promet le docteur Livingstone, et combien son ouvrage doit être impatiemment attendu , non-seulement des géographes, mais encore de tous ceux qui s'intéressent aux pacifiques conquêtes de la religion du Christ, de la science et de la civilisation.

Au point de vue géographique, le seul qu'il nous soit permis d'envisager ici, un des résultats les plus curieux de l'exploration du docteur Livingstone est celui de l'identité du Liambye avec le cours supérieur du Zambèse.

Voilà, en effet, un grand fleuve qui n'a pas d'analogue sur la terre! Son cours, que l'on peut évaluer à 5 ou 600 lieues géographiques, se compose de deux parties distinctes, dont les remarquables chutes de Mosiotunya peuvent marquer la séparation. La saison des pluies sur le Liambye ou Zambèse supérieur (juillet) coïncide avec la saison sèche du Zambèse inférieur et vice versa. De telle sorte que la vallée de Barotsé et les contrées voisines sont inondées périodiquement comme la vallée du Nil, alors que dans la partie inférieure de son cours le fleuve, amaigri par la saison sèche, coule clans son lit le plus rétréci et que ses embouchures, qui d'ailleurs s'obstruent de plus en plus, ne sont pas même navigables pour les embarcations d'un faible tirant d'eau (1).

En effet, de juillet à février, le voyageur qui arrive aux bouches du Zambèse doit faire, par terre,

(1) C'est en mars et avril que les eaux du Zambèse atteignent leur plus grande hauteur, alors les eaux du Liambye sont au plus bas dans la vallée de Barotsé.

deux fortes journées de marche jusqu'à ce qu'il ait atteint la tête du Delta (1) où il peut alors s'embarquer pour Sena. Depuis Sena jusqu'à Tête, la navigation du fleuve n'est jamais entreprise dans la saison sèche, et le voyage se fait par la voie de terre dans un tipoia ou palanquin, le long de sentiers tortueux à travers une contrée difficile et montagneuse; il dure un mois entier. Au delà de Tête, le fleuve est navigable pour les embarcations, mais entre cette ville et les ruines de Zumbo, le point le plus éloigné de la côte où se soient jadis établis les Portugais, la navigation est interrompue par des cataractes, et ce n'est plus que bien au delà des chutes de Mosiotunya, découvertes par le docteur Livingstone , qu'on peut le remonter en canot.

Au moment des grandes pluies in ter tropicales, en juillet, les eaux qui affluent de toutes parts dans le Liambye sont, à leur arrivée aux chutes de Mosiotunya , resserrées tout à coup dans leur lit : une partie parvient à s'échapper par le déversoir des chutes, maisl'autre est retenue-, alors les eaux s'accumulent et s'élèvent dans le bassin supérieur du fleuve. Ce temps d'arrêt se fait sentir à tous les affluents ; ils débordent à leur tour, et bientôt toute la vallée ne présente plus qu'une vaste nappe d'eau, du milieu de laquelle surgissent comme en Egypte, des villes construites sur des élévations factices et qui ne sont alors abordables qu'en canot. C'est ce qui arriva au docteur Livingstone pendant son premier voyage à Linyanti , en 1851 . A la même époque, ainsi que nous l'avons

(1) Le Cuamo et le Luabo sont les principales branches du Zanibèse.

dit, le Zambèse n'est pas même navigable pour un canot à son embouchure, et il faut attendre mars et avril pour voirie fleuve apporter à l'Océan ses eaux les plus abondantes ; celles-là proviennent des pluies tombées dans le bassin inférieur du Zambèse et dans une faible proportion seulement des eaux du Liambye échappées par la grande faille de Mosiotunya. Il est probable que sur un aussi grand parcours , à une telle latitude, lévaporation doit jouer un rôle important dans le phénomène curieux qu'offre le régime du Zambèse.

Ajoutons, qu'ici comme dans l'Amérique méridionale , pendant la saison des pluies sur le Liambye, c'est-à-dire en juillet, il peut y avoir une communication accidentelle d'un océan à l'autre ; en effet , le docteur David Livingstone insiste sur ce point, qu'à cette époque le lac Dilolo verse le trop plein de ses eaux , soit dans la Liba, affluent du Liambye ou Zambèse qui les porte à l'océan Indien, soit à l'un des petits affluents du Casaï qui les porte par le Zaire ou Congo à l'océan Atlantique. Mais, hâtons-nous de dire que cette communication fortuite ne pourra malheureusement pas être utilisée à cause des obstacles de toute nature qu'offre, même pour un canot, la navigation embarrassée de chutes, de rapides, etc., du Zambèse.

Nous terminerons ici notre rapide esquisse, renvoyant nos lecteurs à la relation importante que le docteur Livingstone va publier de ses voyages. Nous avons déjà, dans un résumé précédent, fait connaître l'ensemble des explorations du docteur Barth

dans l'Afrique centrale (1). Les noms de ces deux grands voyageurs appartiennent désormais a l'histoire de la géographie ; à l'un nous aurons dûi la plus intime connaissance , dans l'Afrique au nord de l'équateur, de royaumes, d'Etats, de pays jouissant d'une civilisation déjà avancée et sur la plupart desquels on n'avait cependant guère que des données trop insuffisantes ; à l'autre, dans l'Afrique australe , la découverte de toute une région nouvelle avec ses sites pittoresques , sa vigoureuse végétation , splendide panorama qui se déroule tout à coup à nos yeux étonnés , à la place de ce désert aride et silencieux que supposaient nos cartes ; panorama vivifié par la présence de nombreux animaux, et de l'homme encore à l'état de nature; tout un monde nouveau qui semble sortir des mains mêmes du Créateur , et qu'il était réservé au docteur Livingstone de nous faire connaître. Si l'on considère l'étendue des découvertes dues à ces deux voyageurs, n'est-on pas admis à dire que : Barlh et Livingstone résument dans leurs travaux , à l'honneur des dix dernières années qui viennent de s'écouler, ce que nous appellerons Y Afrique Nouvelle.

(1) Résumé historique de la grande exploration de l'Afrique centrale, faite de 1850 à 1855, par J. Richardson, H. Barth, A. Overweg, avec une carte itinéraire, aux Annales des Voyages de septembre 1856. — Le même , une brochure in-8° de 108 pages avec carte. — Paris , 1856. Librairie Arlhus Bertrand.

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