CHAPITRE VII
M. Miitteucci^ prenant en considération ies effets électriques produits quand on fait évaporer do Teau dans un vase de métal oxydable^ a opéré avec une capsule de platine, au fond de laquelle il avait étendu un petit morceau de potassium. En laissant tomber une 'goutte d'eau sur le potassium, il s'est produit aussitôt une vive déflagration^ et la capsule est devenue fortement négative. On voit donc que toutes les expériences faites depuis les recherches de M. Becquerel ont confirmé l'exactitude des lois qu'il avait données du dégagement de Télectricité dans les actions chimiques. Il s'agissait de rattacher les effets électriques qui se manifestent dans les actions chimiques à Tétat électrique présumé des atomes; M. Becquerel (79) a exposé les vues d'Ampère à ce sujet. Ce dernier établit que les molécules des corps possèdent un état électrique permanent dépendant de leur nature, qu'une molécule oxygène est éminemment négative et entourée d'une autre atmosphère d'électi'icité contraire , et qu'une molécule d'hydrogène est dans des états opposés; une combinaison a-t-elle lieu, les atmosphères, en se combinant, forment du fluide neutre, et les molécules restent unies l'une k l'autre en vertu de l'action attractive des électricités contraires, comme cela a lieu quand deux corps mauvais conducteurs et chargés d'électricité sont en contact. Cette théorie ingénieuse, présentée avec art, n'a pas été adoptée, à raison des objections sérieuses qu'elle a soulevées.
. Polarisation; pile à (jaz. Lorsque des lames de platine ou d'or ont servi à transmettre un courant électrique dans un liquide tel que l'eau acidulée, elles sont dites polarisées, car elles peuvent donner lieu à un courant inverse après le passage de l'électricité dans le liquide, mais Peffet secondaire est de courte durée ; cette polarisation, qui avait été observée par Ritter dans les piles secondaires (voir page 36), avait été rapportée en i825 par M. Delarive (80) à un état moléculaire particulier communiqué par l'électricité. M. Peltier prouva, de son côté, que les colonnes liquides se polarisaient également. M. Becquerel (81) expliqua le premier la polarisation par la présence d'éléments alcalins et gazeux sur les lames qui avaient servi à opérer des décompositions électro-chimiques. ' M.Matteucci{82),eni838, communiqua à l'Académie des sciences les résultats d'expériences qui furent le complément do cette explication , en montrant que deux lames de platine plongées préalablement l'une dans l^oxygène, l'autre dans Thydrogène, puis immergées dans Feau acidulée, constiluent un couple. 11 montra plus
170 OP. l'rlectbigitb et nu magnétisme.
tard qiio dos gnz autres que roxyg(>ne et Thydrogène pouvaient donner Heu à dos ofTots analogues.
M. Grove (83), en i8.'i9, eut Tidée de réunir en piles des couples formés par des lames de platine plongées mi-partie dans de Toxygène ou de Thydrogène^ et mi-partie dans Feau acidulée. Il ol)tint ainsi ce que l'on nomme la pile à gaz , dans laquelle il n'entre qu'un seul liquide^ un seul métal et deux gaz. Les recherches qui furent faites h Taide de cet appareil^ soit par M. Grove, soit par les autres physiciens, parmi lesquels nous citerojis MM. de la Rive, Faraday, Schœnhein, ont montré que la cause de la production de l'électricité dépend de la combinaison lente des gaz dissous dans le liquide, sous Tnction des lames de platine. Gomme le gaz hydrogène est fort peu sohible dans Peau , il est donc probable que le dégagement de rélectricité provient de la combinaison de Toxyg^ne dissous dans le liquide avec l'hydrogène adhérent au platine; ce métal , comme le charbon ou d'autres corps solides que l'on peut employer, ne sert que d'intermédiaire pour opérer la coniki* naison des gaz, et permettre la circulation de l'électricité.
Lorsque Ton opère avec une pile à gaz, un seul gaz, comme l'hydrogène, ne peut déterminer d'effet électrique, à moins que le liquide ne soit aéré ou ne contienne une substance en dissolution capable de réagir sur l'hydrogène ; tel est l'effet produit quand on opère avec de l'eau chlorée. M. E. Becquerel (8i) a morftré qu'une dissolution du chlorure d'or, pouvait produire un effet analogue et remplacer l'oxygène et l'eau acidulée dans la pile à gaz.
Des recherches ont été faites sur la polarisation des lames, nonseulement par les physiciens que nous avons cités, mais encore par MM. Wheatstone, Svanberg, Lenz et Sawelgev (85), Poggendorf (86), ' Beetz (87) et E. Becquerel (88).
M. E. Becquerel a montré quelle était l'influence de la nature du métal et de l'intensité du courant initial sur le phénomène de polarisation, en faisant usage d'une méthode particulière pour déterminer la force électro-motrice due à la présence des gaz à la surface des lames métalliques. 11 a été conduit à cette conclusion, qu'au moment de la polarisation, non- seulement chaque lame avait une action spéciale et indépendante Tune de l'autre, comme on l'avait admis auparavant d'après les observations de M. Scha'nbein, Matteucci, Lenz cl Sawelgev, etc., mais encore que le gaz^ qui est dit à l'état naissant à la surface de la lame, agissait autr^îment et plus éncrgiqnement que si la lame eût été plongée