‹ Resumee de l'histoire de l'electricite et du magnetisme, et des applications de ces sciences a la chimie, aux sciences naturelles et aux artsChapitre 7 sur 76 · CHAPITRE I · texte numérisé non relu

CHAPITRE I

pailles. De Saussure, en 1783, adapta à rélectromètre de Cavallo une tige métallique de plusieurs décimètres de long, dans le but d'étudîer rélectricité atmosphérique. Deux ans après, Voltaauginentala puissance de cet appareil en fixant à l'extrémité supérieure de la tige métallique de de Saussure une simple mèche enflammée, pour échauffer Tair environnant, le rendre meilleur conducteur, et faciliter, par le renouvellement de l'air dû à Tascension des gaz brûlés, l'écoulement de Télectricité. Enfin Coulomb construisit un des «îlectromètres les plus délicats que Ton connaisse, et qu'il appela àleciroscopé , en remplaçant le fil de métal de la balance îie torsion par un fil simple de cocon.

§ m. Des divers moyens de provoquer la production de l'électricité.

Vers le commencement du dix-huitième siècle^ on reconnut que le frottement n'était pas le seul moyen à l'aide duquel on provoque la puissance électrique dans les corps. Un minéral jouissant de propriétés attractives, quand il était chauffé, attira l'attention des physiciens. Ce minéral fut apporté par les Hollandais des Indes orientales, et surtout de l'île de Ceylan , où les naturels lui avaient donné le nom de tournamal ou tire-cendre , en raison de la propriété qu^il acquiert d^attirer les cendres quand on le jette au feu ; il porte actuellement le nom de tourmaline.^

Lémery (28) annonça pour la première fois, en 1717, quelquesunes des propriétés de cette pierre, qui jouissait, disait-il, après avoir été chauffée, de la propriété d'attirer et de repousser les corps légers qu'on lui présentait à la manière, des corps électrisés.

iEpinus reconnut que ce phénomène était dû à l'électricité dégagée par la chaleur ; Canton (29) remarqua qu'il n'avait lieu que par élévation ou abaissement de température, et qu'en brisant la pierre, quand elle était électrique , chaque fragment jouissait do la polarité électrique.

Les poissons électriques, qui avaient attiré l'attention des philosophes de l'antiquité, furent aussi, au commencement du dîx-huitièmesiècle, le sujet des recherches des physiciens.On attribuait jadis les secousses vives que produisait la torpille, le gymnote et le silure,, en les touchant, à une faculté engourdissante qui leur était propre. Réaumur, en 1714, essaya de donner une autre explication, sans faire intervenir l'électricité. -Aussitôt que Muschenbroeck eut reçu la commotion de la bouteille de Leyde, il la compara à la secousse

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que donno la torpille , sans pouvoir toutefois établir Pidentité enire les deux phénomènes. On conunença, d'après ce simple rapprochement, à appeler poissons électriques tous ceux qui donnaient la coinniotion.

En J772, Walsh reconnut que Ion recevait la commotion de la torpille quand on la touchait avec un corps Ion conducteur, etiion avec un mauvais; qu^elIe exerçait à volonté une action à distance sur les petits poissons dentelle voulait faire sa proie. Le même observateur, en expérimentant sur le gymnote ( anguille de Surinam) avec un corps conducteur dans lequel se trouvaient des solutions de continuité , aperçut une lueur semblable à celle de l'étincelle électri-. que. A ces observations se bornent les recherches des physiciens du dernier siècle sur les propriétés des poissons électriques.

Un autre mode de production d'électricité attira vivement leur altention, nous voulons parler du dégagement d'électricité par influence , qui a lieu dans un corps conducteur isolé placé à peu de distance d'un corps électrisé. Les phénomènes qui s'y rapportent paraissent avoir été observés pour la première fois par les missionnaires de Pékin (30). Ils annoncèrent, en 1755, que Télec- Iricité qui était ainsi développée par Taction d'un corps électrisé, se montrait ou disparaissait suivant que les corps étaient séparés ou en contact immédiat. Canton, yEpinus,\Vilke, Franklin, Beccaria et Voila s'occupèrent de cette importante question. Nous devons cependant faire remarquer que Canton (31) avait parlé du dégagement d'électricité par influence dans un mémoire lu à la Société royale le 6 décembre 17ë3, deux ans , par conséquent, avant que lès lettres des missionnaires parussent en France, et quelques années après la découverte de la bouteille de Leyde. Wilke et ^Epinus se sont beaucoup occupés de celte partie de l'électricité.

Volta appliqua le principe du dégagement de l'électricité par influence à la construction de l'électrophore, appareil composé d'un gâteau de résine et d'un disque de cuivre, auqiiel est adapté un manche isolant pour le soulever sans le toucher. 11 suffit de frapper la résine avec une peau de chat pour avoir une source continuelle d'électricité, enposant dessus le disque et le touchant du doigt avant de l'enlever. Volta ne tarda pas à transformer son électrophore en condensateur très-sensible , dont le principe avait été donné par ' iEpinus (3r); véritable microscope qui décèle la présence du fluide électrique là où on ne la soupçonnait pas jadis.

On avait remarqué souvent qu'un homme placé loin de l'endroit

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OÙ la foudre éclatait était exposé à être dangereusement blessé ou à perdre la vie, par suite de l'explosion : lord Mahon (32) rapporta cet effet, appelé choc en retour, à une action par influence.

Le 6 mnrs 1781, Lavoisjer et Laplace annoncèrent à l'Académie des sciences que les actions chimiques donnaient lieu à un dégager ment d'électricité; mais ils ne firent paraître leur mémoire (33) que deux mois après. Ce mémoire avait pour titre ; Sur l'électricité gu absorbent les corps qui se réduisent en vapeur. Ils firent voir que, . dans la réaction de l'eau acidulée par l'acide sulfurique sur la limaille de fer, ilse dégageait suffisamment d'électricité pour tirer une assez vive étincelle. La combustion du charbon leur donna, avec le condensateur, de Pélectricité négative. Le titre du mémoire, Texposé des expériences et les conséquences qu^ils en tirèrent prouvent que Lavoisier et Laplace attribuaient seulement Féiectricité dégagée au changement d'état des corps. Les effets, au surplus, étaient tellement complexes que ces savants rie purent en déduire aucune loi.

De Saussure (34) s'occupa^ de son côté, de la même question, mais, de même, sans pouvoir la résoudre; dans ^es expériences il y avait décomposition del'eau, oxydation du feret dégagementd'hydrogène, trois causes qui donnaient de l'électricité. En opérant avec une masse de fer chauffée au rouge qu'il projetait dans un vase de fer contenant une petite quantité d'eau, il obtint des effets électriques qu'il attribua à la volatilisation de l'eau précédée d'une ébullition.

Volta (35), en suivant à peu près le même mode d'expériences, a été conduit aux mêmes conséquences que Lavoisier et Laplace.

De Saussure (36) reprit les expériences de Volta , mais sans plus de succès, par la raison toute simple que plusieurs causes concouraient àla production des effets observés; n'ayant pu obtenir d'électricité avec un linge mouillé isolé et placé devant un grand feu, il en conclut que l'évaporation sans ébullition ne donnait pas de l'électricité. La question qui avait occupé Lavoisier, Laplace, Volta et de Saussure ne fut résolue qu'après la. découverte d'OKrsted, comme on le verra dans un autre chapitre.

§ IV. Effets divers produits avec l^élfctricité.

Quand on eut découvert la machine électrique , on obtint des étincelles capables d'enflammer Féther, l'alcool, et des corps combustibles (37). Les effets de combustion furent plus marqués en em-

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ployant la bouteille de Leyde et des batteries formées de la réunion d'un certain nombre de ces bouteilles.

Le docteur Watson, en 1764^ annonça que^ lorsque rélectricité traverse un fil de métal suffisamment fin^ ce fil s'échauffe jusqu'à l'incandescence , et tombe ensuite en gouttes qui brûlent le papi».

Canton^ ayant opéré sur un fil de laiton^ reconnut' sur le papier, avec la loupe, à l'endroit où les gouttes étaient tombées^ des particules de cuivre arrondies y et ne put trouver aucune trace du zinc qui avait été évidemment briilé.

Déjà^ à cette époque^ on conmiençait à rechercher Tinfluence de l'électricité comme force chimique; Franklin avait observé que le fer était rongé à force d^étre exposé à des étincelles souvent répétées. Priestley^ qui rapporte ce fait (38)^ ajoute : a N'est-il pas possible de a changer les couleurs bleues des végétaux en rouge , par quelque « application de Pélectricité ? Je crois avoir entendu dire qu'on l'a- « vaitfaità Edimbourg. » Beccaria (39) parvint à fondre le verrect le borax avec des décharges électriques; il revivifia des métaux de leurs oxydes^ et décomposa le sulfure du mercure. Il observa aus&i le premier qu'en faisant passer des étincelles dans l'eau^ entre deux fils conducteurs, il s'élevait des bulles de gaz. S'il eût recueilli ces bulles pour déterminer leur nature, il aurait découvert la composition de l'eau au moyen de l'électricité.

Priestley observa, Li première fois qu'il fit usage d'une batterie électrique, qu'à chaque décharge il s'élevait une poussière fort noire, même lorsque la chaîne de cuivre à travers laquelle s'opérait la décharge était très-propre. Le papier sur lequel était posée la chaîne était marqué d'une trace noire , comme s'il eût été brûlé dans les endroits où les chaînons l'avaient touché. Ayant examiné avec soin la nature de la fumée noire, il reconnut qu'elle provenait du métal même, qui avait éprouvé cette modification, et la considéra comnio une combinaison de la chaux du métal avec le phlogi§tique.

Gavendish, en J781 , produisit de l'eau en faisant détoner au moyen de rélectricité un mélange d'un volume d'oxygène et de deux volumes d'iiydrogène. Il combina également, à l'aide de Tétincelle, les deux éléments de l'air, l'azote et l'oxygène, d'où résulta de l'acide nitrique dont il détermina la composition (39'). Volta> à peu près à la même époque, construisit la lampe à gaz hydrogène et l'eudiomètre, avec lequel il a analysé l'air au moyen de l'étincelle électrique (48).

Yan-Marum(40) fit également des observations mtéressantes ton-

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chant le pouvoir chimique de ^électricité, Ses recherches se trouvent consignées dans pn ouvrage en quatre volumes in-4°, publié de 1785 à 1798^ et dans lequel il a donné la description d'une très-grande machine électrique qui se trouve encore dans le musée de Teyler, à Harlem. Il a observé avec cette machiqe :

i"* L'inflammation de la poudre à canon^ celle de l'amadou et d'au^ Ires substances inflammables. â^Leseflets produits en faisant passer la décharge dans différents gaz : l'oxygène acquiert une odeur trèsforte^ analogue à celle qui est produite dans la décharge au travers de l'air^ première indication de Fozone (40) 3 Thydrogène placé dans une éprouvotte sur le mercure rougit un peu Tinfusion de tournesol; l'air ordinaire , placé sur^une infusion de tournesol^ diminue de volume^ et la couleur de Pinfusion devient rougeâtre(41). S*» La calcination des métaux dans Pair [oxydation ) et dans différents gaz ; des expériences sur l'influence de l'électricité sur le pouls ^ sur Tirritabilité des plantes , sur la reviviflcation des oxydes métalliques^ etc.

A toutes ces indications se bornent les observations faites, dans le siècle dernier, sur l'action chimique de Télecti^icité à forte tension.

Beccaria avait avancé que l'électricité transportait avec elle les substances légères qui se trouvent sur son passage ; Priestley vérifia ce fait (41'). On doit aussi à ce dernier dos expériences intéressantes sur les taches circulaires faites sur des lames de métal par de fortes explosions électriques (4P). -

Nairne, en 1780, trouva que des fils métalliques traversés par des décharges étaient raccourcis (4P).

§ V. Application de l'électricité à la physiologie et à la médecine*

Les propriétés physiques, chimiques et mécaniques de Pélectricilé , qui se découvraient de jour en jour, frappaient tellement les esprits par leur singularité que de toutes parts on voulut appliquer cet agent à la végétation, à la physiologie et à la médecine.

On commença par chercher l'influence qu'il pouvait exercer sur la germination et la nutrition des végétaux. On avança que l'électricité atmosphérique agissait efficacement, et que, dans les années orageuses, les récoltes de céréales et de légumineuses étaient pins abondantes que dans les années ordinaires; mais, si l'on eut tenu compte des effets produits par la température élevée de l'air et les vapeurs qui accompagnent toujours les orages dans les saisons où ils éclatent, on eût été plus circonspects dans les conséquences qui fu-

10 DI-: L'tLECTKlClTK ET l)t" !U AU>ÉTIS!ttE.

rent déduites des observations.Les expériences xle Bertholon el de Jalabert qui se rapportent ii ce sujet, et qui concernent Tinfluence exercée par- rélectricilé sur la végétation, n'ont aujourd'hui aucune valeur scientifique.

Les applications à la physiologie et à la médecine furent Irèsnombreuses, tant on était persuadé que l'électricité était un principe universel; on doit faire remonter à la découverte de la bouteille de Leyde les premières^xpériences faites dans le but de déterminer l'influence de rélcctricité sur l'économie animale. . Cette expérience produisit un effet tel sur ceux qui reçurent les premiers la commotion , que Muschenbroeck écrivait à Béaumu): qu'il ne la répéterait pas, quand bien même on lui donnerait b France entière. L'impression morale qu'il éprouva fut telle, a-t-il dit, qu'il en perdit la respiration, et que deux jours après il était à peine revenu de l'émotion cl du malaise qu'il en avaitressentis, Winkler lissura aussi que la premiài'e décharge de la bouteille, de Leyde lui avait occasionné une crampe dans tout le corps, et que son sang en avait été tellement agité que, craignant une fièvre" chaude, il avait eu recours à des remèdes rafraîchissants. Les préjugés sur les dangei^s de l'expérience de Leyde s'étant affaiblis, on s'occupa de son application médicale.

Nollet paraît être le premier qui ait mis en pratique Télectricifé en médecine ; il commença par chercher les effets que produisait cet agent sur les liquides pendant une action prolongée : il obsena qu'il accélérait leur évaporation, et que celle-ci était d'autant plus forle que les vases qui les renfermaient avaient une ouverture plus large et étaient formés de substances conduisant mieux ^électricité. Boze, dims le même temps, observait que l'eau électrisée sortait des tubes capillaires sous forme de rayons, au lieu d'en sortir goutte à goutte, comme lorsqu'elle ne l'était pas. Ces deux expériences furent regardées comme fondamentales par tous les physiciens qui s'occupèrent de l'application de rélcctricité à la médecine. On se livra à des recherches touchant les effets produits par l'électricité sur les corps organisés ; on tua des animaux, on fit périr des plantes, etc.

Lorsque l'on découvre dans la nature un agent énergique, riiomme qui souffre et celui qui cherche à apporter des adoucissements à ses maux essayent son action sur les organes malade^, dans l'espoir d'arriver à une guérison vainement tentée par d'autres moyens. Il n'est donc pas étonnant que, dans le dix-huitième siècle,

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