CHAPITRE f
tous les esprits préoccupés des singuliers phénomènes de Pélectricité Paient regardée, surtout à l'époque où tous ces phénomènes n'avaient pas encore été bien analysés, comme le feu élémentaire, comme la cause qui entretenait la vie dans les corps organisés. Ces corps cessaient-ils d*être dans leur état normal par un trouble quelconque dans le jeu des fonctions, il y avait diminution de fluide électrique ; dès lors il fallait leur en redonner une certaine dose. Une théorie aussi spécieuse, que l'enthousiasme avait fait naître, ne tarda pas à être renversée; mais, si l'électricité n'est pas la panacée universelle, il n'est pas dit pour cela qu'elle soit sans aciion sur l'économie animale. Cette aciion , quelle est-elle ? Nous l'ignorons encore.
• Pour appliquer rélectricité à l'art de guérir, les physiciens se sei*virent de machines assez puissantes pour fournir un courant d'étincelles plus ou moins fortes, de bouteilles de Leyde de diverses grandeurs, d'un tabouret et d'excitateurs de diverses formes, qu'ils prônèrent comme des moyens infaillibles de guérison. Avec les bouteilles ils donnèrent des commotions ; avec les excitateurs ils tirèrent des étincelles de diverses parties du corps du patient. Ils administrèrent encore l'électricité sous forme de bains, et crurent reconnaître que Télectricité était de quelque utilité : V dans quelques contractions qui dépendent de l'affection d'un nerf; 2" dans les entorses, relâchements, foulures, etc., lorsque nnflammalion est passée ; 3® dans les tumeurs indolentes ; 4° dans quelques cas de paralysie (42) , etc. Les effets obtenus devaient-ils être attribués plutôt à la nature qu'à Télectricité ? On l'ignore.
On voit toutefois que les modernes emploient cet agent , la plupart du temps, à peu près dans les mêmes cas où les anciens se servaient de la torpille , tant il est vrai que l'homme , par un sentiment instinctif, cherche à appliquer des moyens semblables à des souffrances du même genre.
§ V. Phénomènes naturels rapportés à rélectricité.
Les phénomènes électriques , par leur singularité , prêtaient tellement à l'illusion que l'on cherchait, dans le siècle dernier, comme on le fait encore aujourd'hui, à rapporter k rélectricité les phénomènes dont la cause était inconnue. Nous citerons d'abord l'aurore boréale; les physiciens étaient partagés d'opinion sur son origine : les uns pensaient que ce phénomène était produit par la lumière
18 DB L^ÉLKCTIUCITÉ £T DU 31AGNÉTISUE.
zodiacale (Mairan); d'autres eurent recours à un iluide imagiimire, le fluide magnétique^ etc. Ces hypothèses furent abandonnées quand les propriétés de la lumière électrique furent mieux coonues.
EJ^erhart^ professeur à Halle^ et Paul Frisi^ à Pise^ furent les premiers qui attribuèrent une origine électrique à Taurore boréale, en s'appuyant sur les apparences lumineuses de Télectricité dans un air plus ou moins raréfié. L'air devenant moins dense en s'élevant au-dessus de la terre^ les décharges électriques devaient produire to mêmes apparences que dans des milieux plus ou moins raréfils. On considéra dès lors les aurores boréales comme des décharges électriques qui avaient lieu dans des régions élevées. Cette thème fut adoptée et perfectionnée par Canton^ Bcccaria, Wilke, Frankiio. et d'autres physiciens (-43).
On chercha aussi à expliquer, au moyen de Télectricité , les trombes, les tourbillons, la grêle, la phosphorescence, etc. Beccaria, qui avait étudié les propriétés lumineuses qu'acquièrent certains corps après avoir été exposés pendant quelques instants à la lumière solaire, reconnut que ces mêmes corps pouvaient également être influencés par la lumière électrique et devenir lumineux après avoir fait passer sur leur surface lu décharge d'une bouteille de Leyde.
Canton s'occupa aussi de cette question ; il étendit le nombre des substances qui devenaient lumineuses après la décharge éleetrique ; il reconnut cette propriété dans le gypse et les coquilles d'huîtres. Ces expériences étaient d'un grand intérêt, mais elles ne démontraient que deux choses : i"" qu^il existait une certaine ressemblance entre la lumière phosphorique et la lumière électrique; ^ que les corps qui étaient phosphorescents spontanément sous l'influence de la lumière acquéraient aussi cette propriété par les décharges électriques.
§ VI. Distribution de V électricité sur la surface des corps, et lois des attractions et répulsions électriques, — Travaux de dmlomb.
Parmi les physiciens qui se sont occupés de la distribution do l'électricité à la surface des corps conducteurs, on doit distinguer eu premier lieu Bcccaria (/ii), qui a découvert, à l'aide de soo puits électrique, que cet agent se transporte à leur surface, sans qu'il en reste la moindre trace dans l'intérieur. La capacité élec-
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trique d'un corps ^ qu'il soit vide ou plein, est donc la même pourvu que la surface ne change pas.
Yolta^ en 1778^ publia un travail dans lequel il prouva que^ de deux corps de même surface, le plus long recevait la plus forte charge; il en conclut qu^il y avait un immense avantage à substituer aux larges conducteurs des machines électriques un système de très*petits cylindres^ quoiqu'en somme ceux-ci ne formassent pas un volume plus grand.
Coulomb {A&), de 1785 à d787, fit plus pour la statique électrique qaec^uxqui l'avaient précédé. Il fut le premier qui porta dans les recherches sur Télectricité une précision mathématique dont on n'avait pas cru possible cette branche de la physique. Il découvrit d'abord les lois suivant lesquelles s'opèrent les attractions et répulsions électriques, lois qui sont les mêmes que celles qui régissent le mouvement des planètes autour du soleil. Muni d'une balance de torsion de son invention, il comparales intensitésdes forcesélectriques à diverses distances à des forces capables de tordre un fil de métal d'un certain nombre de degrés , et trouva ainsi qu'elles agissaient proportionnellement aux quantités d'électricité possédées par les corps, et en raison inverse du carré de la distance (46); il découvrit ensuite les lois suivant lesquelles l'électricité accumulée sur une surface se perd par le contact de l'air, et par les supports qui ne la retiennent qu'imparfaitement.
Étant parvenu, au moyen du calcul, à ramener la réaction électrique des corps à un état constant, malgré la déperdition conti» nuelle qui s'opère par l'air et les supports, il chercha le mode de distribution de l'électricité entre les diverses parties d'un même corps, tant à l'intérieur qu'à l'extérieur. Il démontra d'abord (47), comme l'avait déjà fait Beccaria, que l'électricité se portait en entier sur la surface des corps conducteurs, et qu'elle n'y était retenue que par la pression de l'air ambiant ; il conclut de là qu'en admettant que l'électricité fut un fluide , celui-ci y formait une couche trèsmince, dont il dé{ermina l'épaisseur en différents points en touchant ces points avec un plan d'épreuve qu'il transportait ensuite dans la balance de torsion, pour déterminer la tension ou la quantité d'électricité enlevée.
Il appliqua ensuite sa méthode à la distribution de l'électricité sur des corps de forme cylindrique et conique , ainsi que sur des lames ininces et isolées. Dans ces corps, la couche électrique n'a pas partout la même épaisseur: dans les lames très-minces, par exem-
:iO i)Ë l*£lëctricité £t du magmétisme.
ple^ ii y a accumulation d'électricité aux extrémités : il trouva dans ce fait une explication très-simple du pouvoir des pointes^ caria tensimi électrique^ étant très-grande à leurs extrémités^ ne fait plus équilibre à la pression de Pair.
Les travaux de Coulomb sont empreints de Tesprit mathématique qui le guidait dans toutes ses recherches^ et ont contribué à placer l'électricité au rang élevé où elle se trouve maintenant dans les sciences physiques.
Ici se termine la première période^ comprenant tous les travaux faits jusqu'à Galvani^ c'est-à-dire les obser^'ations relatives aux phénomènes d'électricité statique; ou, si l'on considère la science électrique en elle-même , abstraction faite de l'électricité atmosphérique et des effets physiologiques, on reconnaît quatre époques bien marquées dans les travaux des physiciens : ces époques correspondent, 1» à la découverte delà conductibilité par Gray; 2" à celle des deux électricités par Dufay ; 3" à celle de la bouteille de Leyde, imaginée par Cunéus ou Muschenbroeck, et qui a eu pour conséquence la découverte de l'électricité par influence , et celle du condensateur ; 4° aux recherches de Coulomb.
Si l'on joint aux recherches de Coulomb les travaux mathématiques de Poisson, et ceux de plusieurs savants de Tépoque actuelle, travaux dont nous parlerons plus tard, on a un ensemble assez complet de tout ce qui est relatif aux phénomènes d'électricité statique, dont nous venons d'esquisser l'histoire, et auxquels les découvertes récentes ont peu ajouté. Il semble que les physiciens aient été guidés par cette pensée, que 1 électricité devait être assimilée à un fluide élastique, et de là les lois que l'on a déduites de son état d'équilibre. Les travaux de Galvani et ceux de Volta, comme on va le voir, en faisant connaître d'autres propriétés de Télectricité, ont ouvert une voie nouvelle, et deviendront la source de découvertes importantes dont on ne peut prévoir le terme.
LISTE -DFS lIÉIfOIIlES ET OUVRAGES CITÉS DANS LE CHAPITRE !*■'.
(I ) Traité des pierres précieuses, de Ttidophraste.
(2) Commentarii Cœsaris, de Bello Africano, XLVIII.
(3) Tite-Uve, chap.xxiii.
(4) G. Plioii SeiUuUi Historiarum mundi, lib. II.