‹ Résurrection du cœurChapitre 5 sur 21 · I. — PROTOCOLE DE NOS EXPÉRIENCES · texte numérisé non relu

I. — PROTOCOLE DE NOS EXPÉRIENCES

Avant d’en arriver à nos recherches personnelles, nous décrirons en détail notre méthode. N’ayant point trouvé la description de l’appareil dont se sert Kuliabko, et ne connaissant comme appareil similaire que celui de Langendorf, nous avons dû en combiner un ; car celui de ce physiologiste permet difficilement de réaliser une oxygénation extemporanée intensive. Nous n’hésitons pas à consacrer un chapitre entier à la description de notre technique. On sait les opinions si souvent contradictoires d’auteurs s’occupant d’une même question ; ces divergences sont souvent dues à des différences ou même à des fautes de technique. Nous voulons donc ici soumettre notre méthode à la critique. Pour qui désirera poursuivre cette étude, la pre-

mière besogne sera simplifiée, et ayant l’attention attirée sur les inconvénients que nous signalerons au cours de notre description, il lui sera peut-être plus facile d’y porter remède.

Le sérum employé est conforme à la formule donnée par Locke :

Eau distillée NaCl Cad2 KC1

C03NaH Glucose .

1000 cc.

6 gr. (grenouilles) 0,9 à 1 (mammifères).

0 gr. 20.

0 gr. 20 ou 0,10.

0 gr. 20 ou 0,10.

1 gr.

Au lieu d’employer de l’eau distillée, nous avons eu recours à l’eau d’Emmerin (1) qui a l’avantage d’être plus ou moins aérée. Ce sérum nous a d’ailleurs donné des résultats apparemment aussi bons que celui fait avec de l’eau distillée.

L’oxygénation a été réalisée d’une façon très simple, sinon parfaite, au moyen d’insufflation d’air dans le liquide employé pour la circulation artificielle. Cet air était fourni par une trompe à eau; l’aération était prolongée durant toute la durée de l’expérience. Nous avons adopté cette manière de faire après avoir remarqué que l’oxygénation du sérum par de l’oxygène pur (2) ne donnait pas de

(1) M. Caron, chef des travaux pratiques de chimie, nous remet l’analyse suivante exprimant la teneur en sels par litre de l’eau d’Emmerin : Sels de magnésie, 0 gr. 01066. — Sels de calcium (chlorure et sulfate), 0 gr. 02548. — Carbonate de calcium, 0 gr. 26355.

(2) Nous avons oxygéné notre sérum en y faisant barboter de l’oxygène pur ou bien en dissolvant ce gaz sous pression dans notre sérum, grâce à un appareil ad hoc que l’Institut aéropneumatique de Lille a gracieusement mis à notre disposition.

meilleur résultat que cette aération extemporanée.

La préparation du cœur a peu d’importance. On peut le détacher sans grande précaution, néanmoins chaque fois que nous pouvons le faire nous sectionnons les vaisseaux après les avoir ligaturés. L’aorte descendante étant isolée en môme temps que les artères issues de la crosse, nous comprimons l’aorte à sa naissance, afin d’éviter l’introduction d’air dans les coronaires. Après avoir vidé les cavités des caillots ou du sang qu’elles contiennent, nous y faisons passer un peu de sérum tiède afin de les laver. Puis nous introduisons une canule dans l’aorte, tandis qu’une ligature est placée en aval du tronc bracchio-céphalique laissé ouvert. On commence alors à faire passer le sérum. L’air accumulé dans le vaisseau peut s’échapper librement. On enlève alors la pince qui comprime la base de l’aorte, et au bout d’un instant on lie le tronc bracchio-céphalique. Nous devons ajouter que nous avons laissé le cœur à l’air libre sans le réchauffer ni le protéger d’aucune manière.

Dispositif expérimental. — Il se compose de plusieurs parties représentées sur le schéma ci-joint.

D’abord une potence P permettant d’élever à différentes hauteurs une planchette sur laquelle on dépose les flacons contenant le sérum. Nous avons, dans la circonstance, employé des récipients de cinq litres à tubulure inférieure. Un tube en Y permet de faire déboucher deux flacons dans un conduit unique.

Grâce à ce dispositif, on peut renouveler le sérum sans interrompre la circulation.

Le conduit arrive à un serpentin en étain (A),

plongé dans une étuve à eau chaude de grande capacité. Nous avons fait ce serpentin assez long (1), pour que le sérum ait le temps de prendre à peu près la température de l’étuve quelle que soit la vitesse de l’écoulement du liquide.

Pour maintenir notre étuve à une température constante, nous avons fait primitivement usage d’un régulateur Cliancel. Mais, comme les variations de température étaient quelquefois un peu brusques, à cause de la vitesse d’écoulement, un régulateur à mercure ne nous a point paru assez sensible et nous l’avons remplacé par un régulateur à alcool très simple à construire et qui, grâce à sa sensibilité, nous a donné de bons résultats. (Ce régulateur est représenté en bas et à gauche de la planche.) Il nous a paru nécessaire de chauffer l’étuve avec plusieurs becs de gaz; de la sorte le refroidissement déterminé par la circulation d’eau froide est aisément combattu par un chauffage rapide. En pratique nous avons employé trois becs Bunsen.

En sortant du serpentin où il s’échauffe, le sérum' arrive dans un tube (B) vérificateur de débit, en même temps que tube de sûreté destiné à empêcher l’introduction de bulles d’air dans la portion terminale de l’appareil. Il suffit de regarder la figure pour en comprendre le fonctionnement. Les bulles d’air, s’il y en a, s’accumulent à la partie supérieure du tube et, de cette façon, on peut, en examinant le tube

(1) Il mètres. Sa capacité est de 120 cc. environ.

recourbé par où arrive le sérum, constater la régularité du débit.

Le sérum, au sortir de ce tube vérificateur, arrive dans un tube à quatre branches, par un orifice (C). L’autre branche latérale (D) communique avec un manomètre à mercure. Un thermomètre est introduit par la branche supérieure (E), la branche inférieure (F) communique avec la canule (G) introduite dans l’aorte (1). On peut, si l’on veut, introduire dans cette branche un peu de laine de verre qui opère une filtration extemporanée.

Nous avons par la suite modifié légèrement ce dispositif. Quand le sérum s’écoule avec rapidité, la température est constante ; mais, quand on opère sur un cœur en rigidité cadavérique, ou dont les coronaires sont obstruées en certains points par du sang coagulé, le débit se fait goutte à goutte et le sérum se refroidit rapidement dans la partie périphérique de l’appareil. On pourrait disposer cette portion terminale dans un bain maintenu à une température constante au moyen d’un thermo-siphon, ou dans une étuve à chauffage direct. L’un et l’autre système nous ont paru encombrants et nous avons cherché à réduire le plus possible la partie exposée au refroidissement.

Nous avons donc mis le tube vérificateur de débit

(t) On évitera plus sûrement les bulles d’air en faisant communiquer la branche inférieure du tube à quatre branches, avec un appareil semblable à celui indiqué en bas et à droite sur la figure. La canule aortique est reliée directement à cet appareil et, de la sorte, le danger d’embolies gazeuses est réduit au minimum.

avant le serpentin. Cette modification est certainement utile ; néanmoins elle ne satisfait point tous les desiderata, et quand le débit est lent (ceci ne doit pas arriver quand le cœur en parfait état fonctionne bien), le refroidissement ne peut pas être empêché.

Toutefois la constance absolue de la température du sérum n’a point une grande importance pour les recherches de reviviscence pure et simple. Locke fait remarquer que le sérum de Ringer à 30° donne de bons résultats même si on le refroidit encore progressivement. Le cœur à ces basses températures peut battre 8 heures sans glucose ni oxygène. Pratiquement nous avons vu le cœur entrer en activité.

Dans le cas où, au cours d’une expérience, on voudrait modifier la température du sérum, il est bon de pouvoir détourner de l’étuve une partie du liquide. A cet effet, l’origine du serpentin est constituée par un tube en T, d’où part un conduit aboutissant directement au tube à quatre branches en communication avec la canule. Un tube vérificateur de débit et un appareil à filtration extemporanée sont interposés sur le trajet; une pince à pression progressive permet de faire varier le débit de sérum froid et de porter finalement le mélange à la température voulue. Ce dispositif n’a pas été représenté sur le schéma afin de ne point compliquer le dessin.

Sur la figure ci-contre on ne voit pas non plus le tube bourré de laine de verre interposé sur le trajet de la portion terminale de l’appareil et destiné à

réaliser une filtration extemporanée. Cette opération est indispensable, et trop souvent il arrive, hélas, que les corps étrangers s’engagent dans la canule et déterminent des embolies.

C’est à cet accident que nous devons bon nombre d’insuccès et malheureusement, il est difficile de les prévenir. Notre sérum a toujours été soigneusement filtré; mais la complexité de notre appareil, empêchant un nettoyage soigneux, est cause, pensonsnous, de la possibilité de mise en liberté de particules étrangères que la laine de verre n’arrête pas toujours; mais, trop tassée, elle ralentirait le débit d’une façon considérable.

On pourra reprocher à notre appareil de ne pas donner une pression absolument constante. Quand le sérum .s’épuise, la hauteur de la colonne d’eau varie fatalement. Nous avons donc adopté un dispositif plus encombrant mais plus parfait. Nous avons pris deux vases communiquant par une tubulure inférieure. Le sérum est mis dans un grand ballon renversé sur l’un de ces flacons. En vertu du principe bien connu, l’égalité de niveau s’établit entre les deux récipients; mais quand l’écoulement d’eau réalisé au moyen d’un siphon détruit cet équilibre, une certaine quantité de sérum s’échappe du ballon et la pression reste toujours constante. Ce dispositif a en outre l’avantage de permettre l’oxygénation extemporanée qu’empêchait l’emploi d’un simple vase de Mariotte.

Dans nos expériences sur les sels de chaux, nous

avons fait déboucher l’un et l’autre sérum dans le même appareil au moyen d’un tube en Y. Le résultat n’est point faussé; maison n’a point de variation brusque et l’on ne sait point exactement quand le sérum avec ou sans chaux arrive au cœur. Pour remédier à cet inconvénient, il est facile de

disposer dans l’étuve un double serpentin, l’un pour le sérum contenant de la chaux, l’autre pour celui qui n’en contient pas. C’est le même dispositif que celui que nous venons de décrire, mais il est double, et un tube en Y, placé au voisinage de la canule, permet de faire arriver successivement et avec rapidité l’un ou l’autre sérum.

Enregistrement des mouvements du cœur. —

Le procédé de Langendorf, qui consiste à traverser les parois de la pointe du cœur avec un crochet relié à un tambour, a l’inconvénient de produire une lésion qui peut ne pas être négligeable. Il est incontestable que,- par ce moyen, ce physiologiste a obtenu de bons graphiques. Nous avons préféré emprisonner le cœur entre une pièce métallique et un tambour sensible. De cette façon, on enregistre les mouvements directs du cœur sans déterminer la moindre lésion ; de plus, quand ils sont faibles, on les note aisément ; il suffit, en effet, de prendre un tambour plus sensible. Dans d’autres cas, nous avons

relié le manomètre avec un tambour à levier de

Marey, et enregistré de la sorte le pouls aortique.

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