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LA REVIVISCENCE DU CŒUR DE MAMMIFÈRES

Il résulte des faits précédents que, grâce à certaines précautions techniques, on peut isoler complètement et faire battre le cœur des mammifères à

(1) 1901. Locke F. S. Loc. cit., p. 13.

l’instar de celui des animaux à sang froid. De là à ranimer le cœur plus ou moins longtemps après la mort, il n’y a qu’un pas.

Si la possibilité d’entretenir l’activité rythmique du cœur repose sur le principe des circulations artificielles, le fait de la reviviscence a, pour points fondamentaux, a) la prolongation de ses battements, 6) la conservation de son irritabilité, phénomènes qui démontrent la grande vitalité du myocarde même chez les animaux à sang chaud.

a) Prolongation des battements du cœur.

On sait que, dans de nombreux cas de mort accidentelle, cet organe se montre Yultimum moriens. Tous les vivisecteurs ont observé la persistance plus ou moins longue des battements cardiaques après l’arrêt complet de la respiration. Vulpian (1) a vu chez un chien les contractions « fibrillaires » de l’auricule droite persister 93 heures après la mort. Waller et Reicl (2) ont observé les battements cardiaques durant 72 minutes. Cyon a constaté que les cœurs de chiens soumis préalablement à des pressions de deux atmosphères à deux atmosphères et demie et respirant sous ces pressions de l’oxygène pur, pouvaient continuer à battre régulièrement plus d’une heure, même quand ils sont complètement exsangues. Kuliabko cite l’observation de Rousseau qui signale des battements du cœur humain 29 heures après la mort. Nous trouvons dans nos

(1) Vulpian. Comptes rendus de la Société de Biologie , 1858.

(2) Waller et Reid. Philosophica Transactions , 1887.

notes (1), à propos d’un chat tué par une injection d’oxalate do soude : « A l’autopsie (faite quelques minutes après la mort), on constate des mouvements rythmiques des oreillettes et du ventricule droit. Ces mouvements sont observés plus d’une heure, bien que le cœur ait été retiré de la poitrine et placé sous un cardiographe construit extemporanément sur le modèle du cardiographe de grenouille. »

La connaissance de ces faits est très importante, car elle explique les résultats merveilleux obtenus, dans certains cas, avec la respiration artificielle ou les tractions de la langue pratiquées même tardivement. Toutefois, il faut se défier de ces résurrections tardives (par exemple un noyé ranimé après 20 minutes ou plus de submersion) (2) et penser parfois à la possibilité d’une erreur d’interprétation dans la longueur du temps écoulé. Expérimentalement, en effet, Richet a démontré que, chez le chien, la résistance du cœur à l’asphyxie est beaucoup moindre. La respiration artificielle ne lui a plus

(1) Observât. 31. — Recueil expériences du laborat. de Physiol. 1901.

(2) On sait qu’il y a deux catégories de noyés : les noyés bleus et les noyés blancs. Chez les premiers seulement il y a pénétration abondante d’eau dans les poumons et asphyxie rapide. Les seconds sont en état de syncope. Une syncope peut se prolonger quelquefois durant un temps considérable. Cet heureux phénomène, quand il survient au moment d’une submersion, empêche la pénétration de l’eau dans les poumons et facilite le retour à la vie, même après un temps considérable. Mais, chez tous les noyés, un spasme de la glotte joue au début le même rôle et, si la submersion n’a pas été prolongée, on peut ranimer ces noyés au bout d'un temps fort long (une heure parfois), ainsi que le prouvent les faits cités par Laborde dans son livre : Le traitement physiologique de la mort; Les tractions rythmées de la langue, etc.

permis de ranimer les chiens en expériences, 7 minutes 30” après l’occlusion de la trachée chez le chien normal ou 16’ chez les animaux refroidis à 25°.

Dans deux expériences (1), nous avons étudié la mort du cœur, par la méthode graphique, chez des chiens curarisés ayant reçu de plus une injection de strychnine. Nous n’avons pas noté la température ; mais elle était certainement abaissée, car ces animaux étaient en expérience depuis une heure et demie à deux heures. A un moment donné nous avons cessé la respiration artificielle et observé les phénomènes consécutifs. Nos chiffres concordent avec ceux de Richet. Dans l’observation 42, le cœur cessa de battre au boutde 8’ 15”, dansl’observation 44, au bout de 7’ 8”.

6) Conservation de V irritabilité.

Si la prolongation des battements du cœur est un fait intéressant, la conservation de son irritabilité explique la possibilité de ranimer l’organe même après son arrêt complet. Il suffit de trouver un excitant capable de réveiller cette activité qui sommeille, une main pour lancer le volant et la machine se remet à marcher comme autrefois.

La conservation de cette irritabilité est démontrée par des faits expérimentaux.

Chez un animal récemment sacrifié on peut, par des chocs ou des interruptions électriques, provoquer

(1) Observât. 42-43. Recueil d’expr. du labor. de Phys., 1903.

des systoles isolées, à condition que l’organe n’entre pas en contractions fibri Maires (1). Même quand elles se produisent, on peut les faire cesser par des méthodes que nous verrons plus loin et le cœur reprend alors son activité rythmique. C’est là une preuve évidente de la conservation de son irritabilité et la possibilité de ranimer un animal par le massage du cœur en est une autre.

Ainsi, prolongation des battements cardiaques, conservation de l'irritabilité du myocarde, voilà les principes fondamentaux ; la reviviscence du cœur isolé en est la conséquence logique.

Ce phénomène de la reviviscence semble avoir été entrevu depuis longtemps. Et ce n’est point sans étonnement que nous avons lu dans X Histoire de la Médecine , de Sprengel, t. IV, p. 135, que Wepfer (2), auteur d’excellentes observations sur les effets de la ciguë et de plusieurs autres poisons, publiées en 1679, avait remis en jeu, quelques

(1) Prévost. — Contribution à l’étude des trémulations fibrillaires du cœur électrisé. Revue médicale de la Suisse Romande , 20 nov. 1898, p. 545.

(2) Jean-Jacques Wepfer naquit à Schaffhouse en 1620 et y mourut en 1695. Ses principaux ouvrages sont :

Diss. de palpitatione cordis, 1647.

Observât, de apoplexia , 1675 et 1710. Leyde, 1734, in -8°.

Historia puellæ sine cerebro natæ.

De dubiis anatomicis epistolæ duæ.

Cicutæ aquaticæ historia et noxæ , 1679-1715, 1733.

Observationes de affectibus capitis internis et externis, 1726. — Zurich, 1745.

Les Recueils de l’Académie Léopoldine des curieux de la nature offrent un grand nonqbre de ses observations.

Biographie universelle de Micliaud, t. 44.

instants après la mort, le cœur vide de sang, grâce à l’action de certaines substances. Malheureusement Sprengel ne donne aucun détail (1).

S’agit-il d’un phénomène de reviviscence, c’est possible; mais, quoi qu’il en soit, Arnaud, Hedon et Gilis, trois français, sont les premiers auteurs qui ont démontré d’une façon indiscutable la possibilité de ranimer un cœur de mammifère extrait de la poitrine et arrêté depuis un temps plus ou moins long.

Il est intéressant de rappeler ici que, chez le lapin refroidi aux environs do 20°, le cœur peut rester sans le moindre mouvement durant une demi-heure et si, réchauffant l’animal, on pratique la respiration artificielle, on est tout étonné de voir revenir les battements cardiaques, puis la respiration spontanée (2). Waller (3) congèle le cœur durant trois heures, et, après ce laps de temps, le réchauffe et fait reparaître les contractions. Langendorf. \ étudiant l’action des differentes températures sur le cœur de mammifère, remarque que cet organe refroidi, même durant un certain temps, s’arrête et rebat si on le réchauffe. De plus, cet auteur admet que l’on peut ranimer un cœur par transfusion de sang dans les coronaires, aussi

(1', Un lecteur de la Chronique médicale demandait si quelqu’un pouvait le renseigner sur les expériences de Wepfer ou connaissait des expériences analogues antérieures encore ; la question est restée sans réponse.

(2) Richet. — Dictionnaire de Physiologie , t. I, p. 752, article Asphyxie.

(3) Waller and E. Waymouth Reid. — On the action of the excised mammaliam heart. Phil. Transact. Roy. Soc. London , 1888, p. 215.

longtemps que le myocarde n’est pas entré en rigidité cadavérique. Nous en arrivons aux travaux de Kuliabko. La reviviscence du cœur de mammifère n’est donc point un fait imprévu. L’originalité de Kuliabko consiste surtout dans la longueur du délai entre le moment de la mort et celui de la reviviscence. Cette découverte curieuse, dont le mérite lui revient tout entier, est à rapprocher de celle de Brown Sequard, démontrant en 1850-51 que les muscles en état de rigidité cadavérique n’avaient de la mort que l’apparence, puisque l’injection du sang défibriné frais, leur rendait et leur souplesse et leur contractilité.

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