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III. — INFLUENCE DES SELS DE CHAUX

A propos de l’historique des méthodes d’isolement du cœur, nous avons vu l’opinion des différents auteurs sur l’influence des sels de calcium. Tous

s’accordent à reconnaître leur utilité pour le fonctionnement du muscle cardiàque.

Il résulte, de recherches faites sur 1a, toxicité de l’acide oxalique, que le cerveau et le cœur sont les premiers organes touchés. Nous avons cru que le cerveau était primitivement atteint (1). Après la lecture du travail consciencieux de Corbey (2), faut-il admettre que le myocarde est plus vite annihilé. Des expériences ultérieures encore inédites semblent le prouver. Admettons donc l’action nocive prépondérante sur le myocarde, et cette manière de voir est une démonstration indirecte de l’influence des sels de calcium sur le cœur, car, nous avons démontré d’autre part qu’en injectant simultanément par les deux jugulaires une solution de sel de chaux et une solution d’acide oxalique, la toxicité de l’oxalate était annihilée ou tout.au moins prodigieusement diminuée. D’où notre hypothèse que les oxalates tuent en provoquant mie spoliation calcique de l’organisme, et les parties les premières atteintes seraient celles qui ont le plus besoin de chaux. Mais il fallait démontrer directement que les sels de calcium sont indispensables à l’activité du myocarde et c’est pour résoudre ce problème que nous avons étudié les procédés d’isolement du cœur.

(1) Maurice D’halluin. A propos d’un cas d’empoisonnement par le sel d’oseille, recherches expérimentales sur la toxicité des oxalates. — Journal des Sciences médicales et Comptes-rendus de la Société anatomo-clinique de Lille , 1903.

(2) Corbey. Archives de pharmacodynamie et de thérapie , t. X, 1902, p. 293. Recherches sur la nature intime de la toxicité de l’acide oxalique et des oxalates.

Voici, d’ailleurs, les observations détaillées de nos recherches. Mais avant de les exposer, «nous devons dire qu’afin d’éviter l’objection que les résultats obtenus sont dus à un mauvais fonctionnement du cœur sous l’influence du sérum de Locke, nous n’avons considéré comme positives que les expériences dans lesquelles le passage de l’un ou l’autre sérum reproduisait plusieurs fois de suite le même résultat.

Observation 50

Cœur de tortue.

Circulation artificielle avec sérum de Locke complet: Cœur bat avec énergie.

Circulation artificielle avec solution salée à 7,50 °/0 :

Cœur bat faiblement.

Injection d’oxalate de soude (dans le but de décalcifier le cœur) :

Contractions à peine appréciables.

Circulation avec solution salée:

Les battements restent à peine appréciables. Circulation avec sérum de Locke complet :

Les battements reprennent avec énergie.

Circulation avec sérum de Locke sans calcium :

Les battements deviennent très faibles.

Injection d’oxalate de soude :

Les battements s’arrêtent.

Circulation avec sérum de Locke sans calcium:

L’arrêt persiste.

Circulation avec même sérum, auquel on ajoute un peu de CaCl2 :

Reprise énergique des battements.

Observation 55

Cœur de tortue.

Sérum de Locke sans calcium :

Battements faibles.

Sérum de Locke :

Battements intenses.

Observation 51

Petit chien tué par piqûre du bulbe :

Extraction immédiate du cœur, on attend son arrêt complet avant de faire passer le sérum artificiel.

On prépare sérum de Locke suivant la formule habituelle.

On prépare sérum de Locke moins le chlorure de calcium.

On pratique avec une trompe à eau l’aération extemporanée.

3 h. Circulation avec sérum de Loche complet :

Les battements reprennent avec une grande énergie et se produisent d’une fa-;on régulière comme dans le cœur in situ.

3 h. 10. Circulation avec sérum de Locke sans chaux: Les battements s’affaiblissent progressivement.

On injecte solution d’oxalate de Na; le cœur s’arrête sauf l’oreillette droite, animée toutefois de battements imperceptibles.

On cesse bientôt l’injection d’oxalate; mais le sérum sans chaux ne peut rendre plus énergiques les battements de l’oreillette droite qui sont à peine visibles.

3 h. 17. Circulation avec sérum de Loche complet :

Les battements reparaissent progressivement et avec énergie dans les oreillettes et les ventricules.

o h. 23. Circulation avec sérum sans chaux, puis simultanément injection d’oxalate de soude :

Les battements s’arrêtent. Ils ne reprennent point malgré la cessation de l’injection d’oxalate.

3 h. 28. Circulation avec sérum de Loche complet :

Les battements reprennent dans les deux oreillettes, que l’on observe en activité durant 3 h. 1/2. A ce moment, on arrête l’expérience; les ventricules sont restés au repos.

Observation 54

Chien tué probablement par le chloroforme au cours d’une opération, vers 6 heures du soir.

Dispositif habituel:

On prépare sérum de Locke complet.

— — — sans calcium ni glucose.

On prépare sérum de Locke sans glucose mais avec calcium.

On prépare sérum de Locke sans calcium mais avec glucose.

7 h. 13. Sérum sans calcium ni glucose. 36°5 : Contractions fibrillaires des deux ventricules.

7 h. 17. Sérum de Locke sans glucose mais avec calcium, 37° : Les contractions fibrillaires augmentent d’intensité. 7 h. 23. Sérum de Locke complet, 36°5 :

Les contractions des deux oreillettes commencent brusquement et avec énergie.

7 h. 26. Sérum sans calcium mais avec glucose, 36° :

L’énergie des contractions des oreillettes décroît progressivement.

L’oreillette droite s’arrête.

L’oreillette gauche bat d’une façon imperceptible.

7 h. 32. Sérum de Locke complet, 36° :

Les oreillettes battent avec énergie.

n. 35. Sérum sans calcium, avec glucose, 36° :

Les oreillettes s’arrêtent; l’oreillette gauche s’arrête la dernière.

7 h. 38. Sérum de Locke complet, 36° :

Les oreillettes battent avec énergie.

7 h. 42. Sérum sans calcium, avec glucose, 36° : .

Les battements des oreillettes s’arrêtent, h. 45. Sérum de Locke complet, 36°.

Les battements des oreillettes se produisent avec une intensité remarquable.

On arrête l’expérience.

Observation 61

Chien de quelques semaines tué par piqûre de bulbe, 3h.8’. Sérum (eau d'Emmerin, 1.000 gr. ; NaCl, 7gr. 50) ;

Contractions énergiques des ventricules et de l’oreillette droite. L’oreillette gauche reste au repos. Le cœur faiblit rapidement et s’arrête en totalité.

3 h. 14’. Sérum de Locke oxygéné sous pression.

Les battements des ventricules reprennent (faiblement), puis ils s’arrêtent. Mais les deux oreillettes se contractent avec énergie. Cependant, à 3 h. 37, leurs battements sont très faibles.

Nous ne donnons pas la suite de cette expérience, au cours de laquelle nous avons fait des recherches d’ordre tout différent. Mais cette première partie prouve d’une façon indiscutable l’action bienfaisante du calcium. Tandis que le sérum salé n’entretient pas les battements du cœur de mammifère, nous voyons un sérum salé calcique le ranimer et entretenir ses battements, au moins durant quelques minutes; il est vrai que cette activité n’est que passagère. Le sérum de Locke ranime le cœur épuisé par le sérum précédent. Par ce résultât, il est démontré que si le calcium est utile et indispensable,

d'autres sels que lui peuvent avoir une importance considérable.

Observation 64

Chien griffon m., 6 k. 670, sacrifié au cours d’une vivisection.

A 3 h. 40 on observe les derniers battements du cœur.

4 h. Circulation avec sérum de Locke (longuement aéré) : Contractions fibrillaires des ventricules.

Battements rythmiques progressivement plus énergiques des oreillettes.

4 h. 7. Sérum de Locke sans calcium :

Les contractions fibrillaires des ventricules cessent. Les battements des oreillettes sont excessivement faibles.

4 h. 15. Sérum de Locke :

Contractions énergiques des oreillettes.

Les mouvements fibrillaires. des ventricules reparaissent.

Observation 124

Chien de 2 k., a mangé le matin vers 8 heures, est sacrifié vers 3 heures après curarisation et injection d’extrait de têtes de sangsues. Il est refroidi à 29°. On compte les minutes à partir du début de la circulation artificielle.

On a préparé 10 litres d’eau distillée aérée par une insufflation d’air durant 1 h. 1/2. On a ensuite ajouté les sels nécessaires. On a préparé 5 litres sans CaCl2. On injecte d’abord du sérum de Locke complet dans le cœur isolé. Après avoir battu régulièrement, les ventricules s’arrêtent, les oreillettes continuent à battre. Puis les contractions rythmiques reparaissent dans les ventricules. On les enregistre en appliquant un tambour à la surface

du cœur. La température du sérum durant toute la durée de l’expérience est au voisinage de 37°. Malgré l’aération préalable, on a recours à l’aération extemporanée.

Ne pouvant reproduire ici le graphique entier, nous en avons isolé quelques fragments typiques, recueillis à différents moments de l’expérience.

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Fig. VII Observation 124

On fait alternativement circuler dans le cœur du sérum de Locke complet et du sérum de composition identique moins le Ca et Cl2. Les contractions du cœur sont enregistrées au moyen d’un tambour appliqué sur les ventricules.

19’ = sérum avec chaux. • | 51’ = sérums avec chaux. <

31’ » sans » | 1 h. 05 = » sans »

La dernière ligne, (extrait du graphique pris à 1 h. 17’), donne les pulsations obtenues avec sérum de Locke complet.

D’autre part, nous avons mesuré la hauteur des systoles obtenues avec l’un et l’autre sérum, et en faisant la

moyenne, nous avons établi un diagramme montrant très nettement l’action incontestablement favorable du sérum contenant de la chaux.

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