ETUDE COMPARATIVE DES RESULTATS
Pour pouvoir faire une comparaison ayant une valeur démonstrative certaine, il faudrait comparer des statistiques faites dans les mêmes conditions, portant sur les mêmes matériaux, avec la même technique, à quinze ou vingt ans d'intervalle.
Les différentes statistiques que nous avons exposées ne répondent pas à toutes ces conditions, mais néanmoins nous pouvons comparer quelques-unes entre elles.
Il en existe particulièrement deux qui donnent toute satisfaction. Ce sont les statistiques faites toutes deux à Trondjem (Norvège), celle d’Arnfinsen, en 1914, et celle d'Ustwedt en 1930, ayant pour objet les enfants des écoles populaires. Les écoles étaient les mêmes. Dans l'intervalle des deux époques, les caractères de la population locale n'avaient en somme pas changé. Sur l’ensemble des enfants de cette ville, le pourcentage de ceux qui fréquentaient les écoles populaires étaient à peu près le même aux deux époques.
I] semble donc que nous avons là une base de comparaison aussi bonne que possible. À 7 ans, en 1930, 8:% seulement réagissent contre 24 % en 1914. Dans
PUR] pont
15 ans
Fat.
les classes d’âges suivants, la différence est un peu moindre, mais à 15 ans elle est encore de 20 % (40 contre 60 %).
La différence se manifeste nettement à tous les âges. Tout en reconnaissant la difficulté de comparer deux séries de ce genre, on a pourtant le droit de dire qu’il s’est produit une régression dans la fréquence de l’infection tuberculeuse pendant la prime enfance, et que dans une certaines mesure l'infection s’est déplacée vers la période de l’adolescence. (Voir figurel, page 30, la courbe qui reproduit les résultats des deux enquêtes.)
Si nous comparons les résultats obtenus par Monrad, de Copenhague, sur 3.408 enfants, de 1907 à 1914, et ceux de Stiassnie, sur 1.481 enfants examinés au Dispensaire anti-tuberculeux des Usines Michelin à Clermont-Ferrand, en 1935, nous constatons le même recul.
Evidemment les conditions, le lieu d’études ne sont pas les mêmes, mais les résultats proviennent d’enfants vivant au milieu des sources de contamination.
À 4 ans, Monrad trouve 28 % de cuti-positives, Stiassnie 16,5 %. À 6 ans, 32,3 % contre 13,2 %. Et, à 12 ans, les 55 % de Monrad s’opposent aux 21,3 % de Stiassnie. (Voir figure II, page 30, représentant les résultats de Monrad et de Stiassnie par une courbe, montrant cette diminution des cuti-réactions positives.)
Si nous comparons les résultats d’Arnfinsen et ceux de Stiassnie, nous arrivons aux mêmes conclusions.
Lemaire, interne du professeur Hutinel, en 1909, et
le professeur Lereboullet, en 1934, firent tous deux, au dépôt des Enfants Assistés, dans les salles de médecine, une statistique de cuti-réactions à la tuberculine.
Les proportions des cuti-réactions positives sont élevées dans les deux statistiques, car elles ont été faites toutes deux dans un milieu contaminé, mais les résultats sont différents.
Lemaire note 65 % de cuti-positives entre 3 et 10 ans, et 80 % entre 10 et 15 ans. Lereboullet note seulement 34 et 50 % entre 4 et 8 ans et 53 et 61 % entre 9 et 11 ans, donc des chiffres nettement inférieurs.
Voir figure III, page 33, la comparaison des résultats.
M. le professeur Lereboullet, en 1936, a fait une étude comparative entre les statistiques de Mile Mioche, de Lesne, et celle qu'il a faite dans son service (enfants des « Divisions »).
Voici les courbes qu’il a publiées (voir figure IV, page 33). La comparaison des trois courbes superposées montre que :
1’ À 4 ans, les résultats de Lereboullet sont très différents de ceux de Mile Mioche et Lesne. Moins de 10 % ont une cuti positive, alors que ces observations relèvent 45 % de cuti-positives. Ceci concorde avec ce qu'on voit en clinique ; on ne voit plus actuellement 40 % de sujets allergiques à 4 ans.
2' De 4 à 6 ans, les courbes s'élèvent dans les trois statistiques ; une proportion importante de sujets restés sains se contaminent. Mais dans la statistique de Le-
ts
reboullet, c’est le tiers des enfants seulement qui est contaminé, alors que Mioche et Lesne atteignent 50 % des enfants.
3° De 6 à 11 ans, la proportion des sujets contaminés s'élève plus lentement dans la courbe de 1936. À 11 ans, les chiffres de Lereboullet n'atteignent pas encore 50 %, ceux de Lesne sont de 61 %, Mioche de 70,8 %.
4' De 11 à 13 ans, les trois courbes augmentent à nouveau rapidement. La statistique de Mile Mioche monte à 88 %, celle de Lesné à 78 %, celle de Lereboullet à 75 %. Parmi les enfants du professeur Lereboullet, un quart échappe encore à la contamination, proportion importante et qui se rapproche des résultats signalés récemment chez les adolescents et les jeunes adultes.
Les autres statistiques mentionnées montrent ce recul de l’âge de la primo-infection.
De nombreux auteurs ont signalé ce fait, dans des articles on des rapports, tant en France qu’à l’Etranger, résultant de recherches faites sur la répartition de l’âge de la cuti-réaction tuberculinique, travaux effectués dans tous les milieux : militaires, étudiants, scolaires, infirmières, confirmant l’étude comparative que nous avons faite.
En 1935, M. Popper et H. Aubert, de Bucarest, rapportent que des recherches faites sur des soldats, tant recrues que réservistes, ont montré un pourcentage inattendu de réactions négatives.
La recherche de l’intra-dermo-réaction à la tuberculine, chez les élèves infirmières de l’Institut Regina-
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Maria, jeunes filles âgées de 18 à 20 ans, et venues de différents côtés du pays, a montré des résultats négatifs en proportion de 25 %,.
En 1935, en Norvège, Heimbeck, à Oslo, trouve seulement 65 % de sujets allergiques. Les élèves infrmières de l’hôpital d’Ulleval, ne donnent à leur entrée, de 20 à 21 ans, qu’un pourcentage de réactions positives de 48 %. Anders Kristerson, à Ulleval, également trouve 59 %,.
En Amérique, Lees et Myers, à l’Université de Minesota, trouvent 32,5 % de cuti positives, Herman Baetjer et Doull, à l’Université John-Hopkins et à Western Reserve, trouvent 56,9 %,.
En 1934, en France, Courcoux, chez les étudiants et infirmiers affectés à son service de phtisiologie, trouve seulement de 75 à 80 % de réactions positives.
La même année, Debenedetti et Foret mènent une enquête sur de jeunes soldats récemment arrivés au corps Sur 163 sujets éprouvés par cuti, 86, soit 52,7 %, ont donné des cuti-réactions positives.
Arborelius, de 1927 à 1934, à Stockolm, dans une enquête portant sur 3.288 jeunes recrues, a trouvé seulement 75,3 % de sujets réceptifs.
En 1937, M. le professeur Reiter, président du Reichsgesundheitamt, présente une note au Comité permanent de l’O.J.H.P. dans laquelle il dit :
« La question du nombre des enfants réagissant positivement à la tuberculose est particulièrement importante parce qu’au cours des années, le pourcentage des cas positifs est devenu de plus en plus petit. Tandis qu'en son temps Von Pirquet trouvait, à Vienne,
LG
presque 100 % de réactions positives dans la totalité des enfants des écoles, actuellement la proportion est tombée à 40 % et même encore plus bas. »
La même année, et dans une note présentée au même organisme, Vitry donne les chiffres suivants pour la population scolaire parisienne :
28 % de C.R.+ à 4 ans, 68 % de C.R.+ à 15 ans.
En 1938, Lobjois a étudié systématiquement les enfants d’une école libre et ceux d’une grande collectivité d'employés. Il a trouvé :
Dans 43280 CIRE 10ans 125 PCR 13}ans 37300. RT
Une statistique hospitalière de M. Godias J. Drolet, pour New-York, ne montre que 29,2 % de cuti-réactions positives entre Î0 et 15 ans.
MM. J. Troisier, Bariéty et Nico ont pratiqué des cuti-réactions et intradermo-réactions à la tuberculine sur 100 infirmières des hôpitaux parisiens, âgées de 19 à 30 ans. Ils obtiennent :
De 19 à 23 ans: 63,3 % de C.R.+, et 8,2 % de C.R. dissociées, 28,5 % de C.R.—
De 25 à 30 ans: 72,5 % de CR.+, 12,5 % de C.R. dissociées, 15 % de C.R.—
Chez les étudiants de la Cité Universitaire, on a eu en 1938 :
78:22 UCRTEE 21,78 % C.R— Chez les jeunes soldats, M. Cazelas a obtenu 50 %
de réactions négatives quand ils provenaient de milieux
ans
ruraux et 25 % quand ils provenaient de milieux urbains.
Chez le jeune adulte français, parmi les étudiants de plusieurs établissements, MM. Rit et Tuchila ont trouvé 27 à 33 % de cuüti-réactions négatives.
M. Etienne Bernard, médecin de la Salpétrière, sans donner de statistiques, dit avoir constaté ce recul de l’index de tuberculisation.
En 1936, Paul Rochat fait une enquête auprès de 450 écoliers de la région de la Sarraz (Suisse). Les enfants examinés habitaient La Sarraz ou les localités avoisinantes, donc population rurale.
Il obtient :
a. 07 ans: O:% CR + à 10 ans : 20 % C.R. + AND ans SO0EAICIRTEE
En 1939, E. Rist a pratiqué la cuti-réaction tuberculinique sur les élèves des lycées de Paris.
Voici les résultats auxquels il arrive :
Sur 6.051 cuti-réactions pratiquées chez les garçons :