LES AMIES DE ZÉPHIRR
ina chambre, el de me livrer avec elle à ma rage erotique. En ce moment, on gratte à ma porte, que je n'avais que repoussée. Je tressaillis, pensant q-ue c'était Zéphire. « Qui est-ce? m'écriai-je. Entrez. — « Sérapliine^r) dit une voix que je crus reconnaître... Je frémis! pensant que c'était Séraphine Destroches, qui venait me reprocher ma conduite avec sa compagne Decoussy. — « Qui est-ce? répétai-je. — « Séraphine Jolon. » Je n'avais connu de ce nom que la gouvernante d'un peintre, notre voisin dans la rue des Poulies^ et je lui avais dit deux fois des douceurs ; mais Largeville survint, puis Jeannette Demailly, et je quittai la maison. Rassuré, j'ouvris la porte... C'était elle... — « Je viens, me » dit cette jolie fille, de la part de Mademoiselle Fagard, » à présent Madame Jolon, ma belle-sœur, qui vous prie » de me présenter et de me recommander à Mademoi- » selle Delaporte, qui vous considère beaucoup, et qui » peut me rendre un grand service! — A l'instant
» même, lui dis-je; asseyez-vous, ma jolie voisine »
Elle était charmante ! En se tournant, elle me montra une taille parfaite..." Je la saisis, la renversai. Elle voulut se défendre. Ce fut de l'huile dans le feu. Je ne pris pas même le temps de fermer ma porte. Je finis, je recommençai... — « Je... ne... vous... ai... pas dit, syn- » copa Séraphine, que... ma sœur Jolon... m'attendait. » Cette idée allait me faire tripler... j'étais comme un forcené... quand on poussa la porte... C'était Fagard, ho! ho! belle... — « A... moi!... à moi!... » lui cria Séraphine achevée.. Je la laisse découverte; je m'élance, pousse la porte du pied, fais tomber la provocante brune sur ma couchette, et, plutôt étonnée que vaincue, je la soumets aussi vigoureusement à un sixième triomphe qu'au premier, soutenu que j'étais par la fougue de mon imagination... plus efficace que tous les satyrions... Agathe Fagard n'était pas encore revenue de sa sur-
prise, lorsque, mes feux apaisés par un triple effort presque simultané, je rougis de ma frénésie, et fis mes excuses aux deux belles-sœurs... — « Il faut l'avoir vu, » pour le croire! » dit Séraphine. J'employai toute ma logique à les calmer, et je n'y réussis qu'avec peine... Je les conduisis chez Zoé, à laquelle je parlai avec tant de chaleur, qu'elle consentit à employer tout son ascendant sur le peintre, pour le déterminer à ce que désirait Séraphine...
Voilà l'effet des lectures erotiques. Mais je connais un livre encore plus dangereux que ceux que j'ai nommés : c'est Justine; il porte à la cruauté : Danton le lisait pour s'exciter.
Je fus honteux et confus auprès de Zéphire. On me demanda plusieurs fois ce que j'avais... Je rencontrai le lendemain Thérèse avec la petite Berthé ; la première me dit : « Vous êtes joli ! — Ha ! si vous saviez tout ! » lui répondis-je, que penseriez-vous de moi ? — Ho ! » nous savons bien qu'en penser ! dit Pèlerine, et on » n'ignore pas où vous allez, les dimanches et fêtes... » Elles sont jolies, et sur un ton... — Va, va, dit Thé- » rèse, les airs qu'il leur joue, valent mieux que leur » ton!... » Et les deux petites voisines passèrent en riant... Mais l'odieuse incartade qu'on vient de lire me brouillera par la suite avec Séraphine et Madelon Destroches, avec Fagard, avec Mademoiselle Jolon, devenue femme du peintre, et avec toute la famille Lavergne, Bonne Sellier exceptée. Cette quintuple aventure et ses suites, me donnèrent de l'horreur pour les ouvrages licencieux, sans correctif: je les repoussai loin de moi, et je repris mes principes.
[Monsieur Nicolas^ V« époque)
AGiNÈS LEBÉGUE
Agnès Gouillard, ma future belle-mère, avait eu de la beauté; il lui restait une belle gorge et quelques autres débris. Ce furent les matériaux qu'elle employa pour seconder Parangon, et se débarrasser d'une fdle déshonorée. J'ignorais tout; concentré dans mon travail, je ne voyais que les gens intéressés à me tromper. Je parlai trois ou quatre fois aux demoiselles Baron ; mais elles étaient cousines d'Agnès, et d'ailleurs, peut-être n'étaient-elles pas encore instruites de ma recherche. Mon air modeste plut sans doute à la voluptueuse Agnès Gouillard; j'étais moins automate que certains amants qui s'étaient présentés pour sa fille, moins fat que d'autres. Un fond d'orgueil qui lui faisait croire qu'elle valait encore mieux que sa fille, lui persuada qu'elle réussirait plus aisément que celle-ci à tisser les liens qui devaient me retenir. Elle s'empara donc de moi les soirs; elle parlait bien, chantait mieux encore; et tandis qu'elle me tenait assis sur ses genoux, dans ses bras, le visage appuyé mollement sur sa gorge dextrement rebondie, un des boutons rosés pressés entre mes lèvres, elle chantait des paroles expressives et tendres ; ou elle me racontait la manière dont son mari, délicat et sensible, l'avait adorée, dans les premiers temps de leur union ; ou elle me peignait ses charmes, à elle, les trans-
ports qu'ils excitaient en lui... Et, comme elle avait de l'esprit, ces récits étaient intéressants dans sa bouche. Souvent sa fille venait augmenter le charme ; elle se plaçait derrière moi, me prenait une main, qu'elle pressait du velouté de ses lèvres, y ajoutant de légères titillations de langue, qui me causaient un frémissement voluptueux. Elle ne s'en tenait pas là : elle le redoublait, en mettant dans sa bouche et suçant un de mes doigts. On eût dit que Madame Lebègue pensait : — « Tu es » avide de sensations libidineuses ; il te faut de la vo- » lupté? Mais les faveurs essentielles rassasient de la » personne ; je me charge de préluder, mais délicieuse- » ment; et s'il faut quelque chose de plus, avant le ma- » riage, c'est encore moi qui te le donnerai... si tu es » rassasié, ce ne sera pas de ma fille. » Je crois qu'elle fit ce raisonnement ; mais ce ne fût pas son unique motif : libidineuse elle-même, comme jamais femme ne le fut, elle voulait jouir en premier de toutes les douceurs de l'amour, même inspiré par une autre... Si ces deux femmes s'accordaient pour me procurer un double plaisir, c'était aussi la conduite la plus propre à me maîtriser par les sens. Aussi me maîtrisa-t-on.
Insensiblement un goût factice naquit de l'habitude ; je sentis le besoin de goûter journellement les plaisirs que me procuraient Agnès et sa mère, et je pris, malgré mon expérience, ce goût factice pour de l'amour... C'est une erreur dans laquelle donnent trop souvent les jeunes gens, et que des parents sages devraient approfondir, pour les préserver du dégoût et des regrets. Je trouvais le plaisir auprès d'Agnès; donc notre union devait être délicieuse... Mauvaise conséquence! L'estime l'eût rendue délicieuse ; mais la Volupté est une courtisane qui trompe toujours.
J'ai dit que M*"^ Lebègue s'était chargée des faveurs avant mariage. Elle les porta si loin, qu'un soir, étant
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reste trop tard, elle me fit coucher avec elle... Elle fut trompée dans son attente, et malgré l'éloge que, dans la soirée, elle avait fait de mon libertinage, je ne lui touchai pas... Il faut dire aussi, qu'ayant été souhaiter le bonsoir à la fille déjà couchée, elle avait pris une précaution : ut refrigcsceret Venereos ignés mentalam orc captant emulscrat ! Malheureux ! j'e voyais dans la fille et la mère l'immoralité la plus complète, et je ne fuyais pas!... Je méritais mon sort!... car je fis la réflexion qu'il fallait que la fille eût un grand usage pour songer à de pareilles choses ! (En ejffet, à ce que j'ai su depuis, c'était le genre de plaisir qu'elle aimait à donner, et elle le donnait à Turpin, à Guillaume, à Ghacheré, à Parangon lui-même, quoiqu'il ne lui eût jamais fait le même reproche que les autres, qu'elle ressemblait à la reine Vasthi^ première femme d'Assuérus; il s'y refusait souvent, et ne s'y prêtait que pour avilir davantage celle qui devait être mon épouse ; j'eus par son moyen et par le riche Motré, conformé de même, j'eus, au lieu de la voie étroite des Elus, la voie patente et très large des Réprouvés. Juste punition de toutes mes turpitudes antécédentes !) Depuis ce moment, Agnès, soit faute de politique, soit que celle de sa mère eût changé, soit insatiable lubricité de tempérament, me prodigua sa personne. Dès le même soir, étant venue chez Ruttot, on la retint à souper et je la reconduisis ; entre la première et la seconde porte, elle me permit toutes les libertés que je voulus ; j'observai même que sa gorge était beaucoup moins ferme que celle de toutes les honnêtes filles que j'avais touchées, comme Emilie Laloge, Marianne Tangis, Rose, même que celle de Tonton Lenclos en 1754 ; elle était comme celle des sœurs Guigner, de M""^ Linard, et de toutes les femmes qu'on s'est plu à triturer. Je fus surpris ! Je lui demandai la dernière faveur. Elle me remit au dimanche sui-
vant, pendant que sa mère serait à la grand' mes se- Je ne manquai pas au rendez-vous.
Je trouvai Agnès parée et ayant gardé avec elle sa petite sœur Suzettc^ âgée de dix ans et demi. Je crus la chose manquée, et je m'en plaignis tout bas. — « Non, non, » me dit Agnès en souriant ; « j'ai quelque chose » à faire : nigaudez un peu avec elle ; puis je l'envery> rai me faire une commission. » Suzette, qui était une camuzon charmante, vint jouer avec moi. — « Faites- » moi donc l'amour, me dit-elle, comme à ma sœur, » ou comme à maman ? — « Je le veux bien : allons, » faites-moi comme elles, » lui dis-je, pour voir ce qu'elle savait et où elle en viendrait. La petite me donna des baisers sur la bouche, dardant sa langue, parce que me dit-elle, son cousin Couly [Deschamps] lui faisait comme ça. Elle alla beaucoup plus loin, se fit toucher de ma main, me toucha de la sienne ; elle voulait... En un mot, je vis qu'elle n'ignorait rien des mystères les plus secrets. — « Qui vous a montré cela ? — Ho ! je » vois, sans qu'on s'en doute. — Qui voyez-vous ? — » Ha ! je vois maman, qui sait bien mieux que ma sœur. » » (Ce mot me rassura un peu). — Mais voilà des choses » que votre maman ne me fait pas ? — Elle les fait à un » autre. — A qui ? — A Ruttot... Mais il ne faut pas » dire que je vous l'ai dit. — Et votre sœur ? » (La petite réfléchit). — « Ho î qu'à vous... qu'à vous. » En ce moment, Agnès à laquelle j'avais entendu agiter de l'eau, vint auprès de nous : — « Qu'est-ce donc que » cette position-là, Mademoiselle ? » Et elle l'ôta de sur mes genoux. — « Allez-vous-en me chercher mes sou- ))■ liers, chez Pointe, vous savez bien ? au Marché-aujc- Poules. — Oui, ma sœur. » Elle me sourit finement et se retira. — « Que lui faisiez-vous donc ? me dit Agnès. — « Rien ; elle me faisait ; elle m'a préparé. » Agnès se mit sur sa couchette : — « Venez ! — Suis-je dans un