DONT UNE FEMME DOIT AIMER SON MARI
Je vais continuer, mesdames et très honorées sœurs, à vous exposer la conduite de l'aimable Hélisenne. Si cette nouvelle mariée fut aimée, si elle continue à plaire, au bout de trois ans, vous en avez vu la raison, c'est qu'au moyen de sa retenue, de sa modestie, elle conserva les grâces de fllle^ qui lui avaient donné le cœur de son époux. Mais, à mesure qu'elle avance dans la carrière de la vie, la nature lui donne d'autres moyens, non de plaire, mais d'attacher, car les moyens de plaire deviennent de jour en jour plus difficiles ! Cependant, il faut bien se garder de les abandonner ! il faut seulement s'appuyer sur les moyens d'attacher, rendre ceuxci agréables et ne pas s'en faire un titre d'exigence et de mauvaise humeur, comme tant de femmes... Mais il est inutile de multiplier les préceptes ; l'exemple vaudra mieux.
En trouvant son bonheur dans l'amour de son mari, Hélisenne sentit, avec le désir de le conserver, une vive reconnaissance pour celui qui le lui procurait. Ce dernier sentiment lui fit faire bien des réflexions sur h manière dont elle devait l'aimer, pour le rendre heureux et l'être par lui 1 Elle vit deux choses à faire, l'une!
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absolument extérieure, et l'autre plus morale, plus dépendante du cœur et de l'esprit.
La première chose fut d'étudier les goûts de son mari, relatifs à elle, sur sa conduite, sur le genre de parure qu'il semblait préférer et ses goûts généraux. Comme il faut tout particulariser dans ces discours de morale pratique, je vais vous exposer les goûts qu'Helisenne découvrit dans son mari, relativement à elle.
Le comte de Gucbeau aimait sa taille dégagée, sa marche molle et A'^oluptueuse, son air de douceur et de naïveté, la juste proportion de la jambe, la forme agréable de son pied, la beauté, la blancheur de sa gorge, de son bras, de sa main. Elle mit son étude à conserver tout cela, autant que le mariage et le temps qui détruit tout, le lui permettaient : elle changeait ; mais elle avait soin, par son attention sur elle-même, de changer si imperceptiblement, que le comte s'en aperçut à peine. Hé ! combien de femmes affectent au contraire de changer rapidement, de s'abandonner ellesmêmes, quand il ne s'agit que de leur mari, sous prétexte, disent-elles, qu'elles n'ont plus personne à qui plaire ! Infortunée, tu as ton mari ; tu as à plaire à l'homme qu'il t'importe le plus de charmer !
Mais quoi qu'on fasse, l'on ne saurait empêcher les ravages du temps ; et si l'époux n'a pas des goûts factices, de ces goûts, enfants de la corruption, si l'on veut, ou tout au moins de l'exaltation, il est difficile de lui plaire longtemps et d'exciter en lui les désirs. Heureusement, de nos jours, les hommes sans goût pour la parure sont excessivement rares, ou plutôt, il n'en est point : nos habits nous sont identifiés dès l'enfance, et quand une fille inspire de l'amour, sa manière de se mettre est un de ses attraits, aussi essentiels que les yeux, ses traits, sa taille. Souvent on a vu des amants qui n'avaient été touchés que par un seul de nos attraits,
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celui d'un pied bien fait, chaussé d'une manière qui leur convenait : ce goût faisait partie de la jeune personne, et tout en se l'avouant peu jolie de visage, on l'adorait, ou elle inspirait les plus ardents désirs. Helisenne, en étudiant les goûts moraux de son mari, ne négligea pas ceux du caprice et de la fantaisie, et ce fut pour elle le moyen le plus efficace, le plus facile de conserver dans son mari la partie physique de sa tendresse. Les agréments, la fraîcheur passent, mais l'art de se mettre avec grâces, la propreté, tel genre de coiffure, une chaussure provocante, peuvent être les mêmes jusqu'à cinquante ans. Je conviens que pour employer ces moyens avec une assiduité qui jamais ne se démente, il faut bien aimer son mari î mais c'est en cela qu'excellait Helisenne : Vous avez vu quelquefois de ces négligés, qui vieillissent une femme tout d'un coup de dix ans ? Vous avez vu aussi de ces parures qui rajeunissent d'autant, et qui ramènent l'air et les grâces de vingt ans dans une personne de trente et trente-cinq. Les actrices qui souvent ont besoin de ces ressources sur le théâtre, les poussent aussi loin qu'elles peuvent aller. Cependant, je crois que certaines femmes d'une figure arrondie, peuvent encore les porter plus loin, et j'ai connu particulièrement une simple bourgeoise, qui, à quarante ans, n'en paraissait que vingt, lorsqu'elle voulait s'en donner la peine. La comtesse de Guebeau, qui trouvait le bonheur suprême dans la tendresse qu'elle avait pour son mari, essayait en particulier tout ce qui pouvait réparer les injures du mariage et du temps et elle ne paraissait jamais devant lui, qu'à son avantage. Il ne la vit jamais dans un négligé repoussant ; elle avai^ toujours, même en se levant, ce coquet des jeunes filles^ et pour l'avoir, elle rejetait, elle repoussait loin d'elle avec une sorte d'horreur, tous ces aisés qu'affectent: les femmes, comme peignoirs, simarres, etc. Tout c^
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([u'ellc portait montrait sa taille et semblait prendre sur elle une sorte de vie, une teinte de volupté. Le son de sa voix était doux, son articulation était naïve ; elle cultivait avec soin ces deux qualités naturelles et tâchait de n'en rien perdre. Son rire avait été loué par son mari ; elle le conservait comme il lui avait plu. Et il ne faut pas croire que cela fût difficile ! Helisenne aimait, et tous les soins devenaient un plaisir : Helisenne aimait, parce qu'elle avait l'esprit juste, et qu'elle avait senti, qu'il n'est de bonheur pour une femme, que dans l'attachement à son époux.
Mais elle allait plus loin : elle l'aimait pour lui-même, et trouvait son bonheur à l'aimer ainsi. Le comte, quoique raisonnable et vertueux, comme vous l'avez vu, mesdames et chères sœurs, avait les défauts inséparables de l'humanité. Quelquefois il était brusque et repoussant; une brusquerie de la part de l'homme a quelquefois détruit la paix et la tranquillité d'un ménage, lorsque la femme est exigeante et boudeuse ; d'autres fois M. de Guebeau était ardent, jusqu'à la brutalité, car il ne faut pas s'imaginer qwe ce fut toujours cet homme réservé qui respectait la pudeur de sa jeune épouse ; en avançant en âge, il devenait moins délicat, et comme il avait des mœurs, qu'il était uniquement attaché à sa femme, il arrivait qu'après des absences de nécessité, il revenait plein d'une ardeur, qui ressemblait bien plus à la passion des anciens héros d'Homère, qu'à la tendresse d'Amadis et de nos chevaliers romanesques. Que devait alors faire la pudique Helisenne ? Refuser ? C'aurait été la plus grande des imprudences, et exposer les mœurs, la fidélité de son époux. Elle cédait; elle cédait avec toute la complaisance d'une femme qui n'existe que pour son mari : ce n'était plus cette réserve de nouvelle mariée, qui la rendait encore fille ; c'était une recherche, une réalisation de tout ce qui pouvait satis-
faire une passion peu délicate ; elle portait la complaisance si loin, qu'aucune femrame ne peut l'égaler, loin de la surpasser L'époux s'attachait à elle par un motif nouveau, parlajouissance plus entière, plus délicieuse: Elle ne se contentait pas des complaisances, qui, à la longue, deviennent insipides dans un objet sans attraits; Helisenne, qui avait étudié les goûts de son mari, ne se présentait jamais à lui que parée de la manière qui lui plaisait davantage : propreté exquise, coiffure élégante, parure convenable ; c'était ordinairement un déshabillé plus blanc que la neige, avec tous les agréments qui en augmentaient la grâce ; bas de soie ou de coton très fin, soulier blanc, fait dans la forme qui provoquait davantage le goût de son mari : un bain journalier était la base de sa parure. Dans cette situation, le comte trouvait dans son épouse une perle pour la propreté ; une grâce pour l'élégance ; Cypris, pour l'amour et la volupté ! Hé ! quelle femme égalait la sienne ! En était-il qu'il pût lui comparer ? Tout ce qui frappait ses regards était éblouissant, et nourrissait le goût que les charmes extérieurs avaient inspiré...
Ces détails vous paraissent extraordinaires, mesdames et très chères sœurs ! Ha ! je sais bien qu'ils ne sont pas ordinaires ! je sais bien, que dans les avis que nos graves moralistes donnent aux femmes, ils n'emploient que de vaines et vagues formules ! On parle de vertu, d'attachement, de tendresse, de décence, sans penser, que tout cela n'est que des mots, et qu'un soulier crotté, un bas sale ou mal tiré, un déshabillé en ruche et malpropre, ont quelquefois éloigné pour jamais de sa femme un mari dégoûté ! Que ne puis-je dire ici les autres eau ses de cet éloignement des maris pour leurs femmes ? Combien en est-il, dans notre sexe, qui négligent l'usage du bain et même absolument de l'eau? tandis que les ablutions fréquentes sont aussi nécessaires au corps des
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femmes que les bons musulmans les croient utiles à leur âme
Helisenne, lorsque le hasard découvrait quelque partie de son corps, annonçait par sa blancheur de lait, l'attention qu'elle avait sur elle-même. Elle n'avait pas d'odeurs, mais c'est qu'elle n'en avait pas besoin ; l'eau fraîche et pure lui tenait lieu de lavande, et son extrême propreté contribuait également à sa fraîcheur et à sa santé, au lieu que les eaux-de-vie, de senteur, etc., racornissent l'épiderme , le rendent écailleux , rude , brunâtre, et donnent à la peau l'aridité de la vieillesse. Une passion tumultueuse et criminelle ne troubla'jamais la tranquillité de ses nuits : elle a toujours présent l'objet qu'elle aime le mieux, et son contentement habituel rend son humeur toujours égale. Mais elle n'est contente, que parce qu'elle cherche tous les moyens pour l'être. Elle n'attend pas son bonheur du hasard ; elle le fait elle-même, par les précautions que j'ai détaillées.
Le bonheur n'est pas une plante sauvage, qui vient spontanément, comme les mauvaises herbes des jardins : c'est un fruit délicieux, qu'on ne rend tel, qu'à force de culture. Qui pourrait exprimer les scrupuleuses attentions qu'employait Helisenne ! Tout était prévu, tout était préparé, sans air d'apprêt. Son mari arrivait-il ? Elle étudiait son air, avant même qu'il l'eût aperçue, pour s'y conformer dans son accueil, dans son empressement. Car sa manière de recevoir n'était pas toujours la même. Tantôt, elle se précipitait dans les bras de son mari : c'était lorsqu'elle voyait qu'elle était vivement désirée ; d'autres fois elle paraissait timide, craintive, mais d'une manière affectueuse ; quelquefois elle était raisonnable, sensée, presque froide : s'il s'en plaignait, elle lui disait en riant : mon ami, je m'essaie dans la manière de te recevoir quand nos enfants seront mariés.
Je n'ai rien dit des enfants d'Helisenne ; je réserve cet article pour un a.utre discoui's ^ ou, si j'en parle dans celui-ci, c'est relativement au mari seul. Durant ses grossesses, pendant le travail et dans ses couches, la comtesse de Guebeau était toujours attentive aux grâces, à l'amabilité, à la propreté la plus recherchée : elle avait pour maxime, qu'être vue non attrayante une fois, une seule fois par son mari, c'était porter à son goût un coup irréparable. Elle évitait ce qui pouvait le porter, ce coup funeste ; et souvent, dans la crainte de n'avoir pas tout ce qu'il fallait pour plaire, elle interdisait adroitement sa présence. Pour tout au monde, elle n'aurait pas voulu qu'on introduisît, ni lui, ni tout autre homme, même un domestique, quand elle ne se croyait pas un objet attrayant, intéressant; et peut-on être intéressante sans attraits ? J'ai dit aucun homme : c'est qu'un homme pouvait dire comme il l'avait vue, et son mari l'entendre; il fallait qu'on n'eût d'elle qu'une idée agréable. Hé ! ne pensez pas que tout cela fût difficile, et demandât des attentions infinies ! Helisenne le faisait naturellement.
Durant la première grossesse, les attentions de son mari étaient tendres, empressées ; c'aurait été le mortifier, le priver d'une des plus grandes douceurs du mariage, que de n'en pas user. D'ailleurs, quel être intéressant, qu'une jeune et tendre épouse à sa première grossesse ! Sa pâleur même est un charme de plus. Dans les suivantes, Hélisenne fut plus gaie, moins mignarde, moins langoureuse ; elle évitait tout ce qui pouvait la faire paraître souffrante, traînante, capricieuse : elle prenait une gravité douce et sereine,, qui lui allait infiniment bien. Elle parlait alors à so mari, plus en sœur qu'en épouse ; elle était aussi affec tionnée, et moins caressante ; elle avait plus de dignité ; elle semblait dire à son époux : Respecte ton ouvrage,j
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et prends garde de souiller l'être innocent que je porte dans mon sein !...
Son mari n'assista qu'une fois à ses couches ; ce fut aux premières ; encore ne fut-ce qu'en partie. Elle était alors doublement intéressante ; sa jeunesse, son inexpérience, ses craintes, la joie dont elles étaient mêlées, l'attendrissement du comte, l'espoir d'un fils, tout cela fiiisait qu'il n'y avait aucun échec à craindre. Mais ensuite, Helisenne sut toujours l'éloigner. Il cédait par complaisance, et ne la revoyait que dans un état de tranquillité, où elle était maîtresse d'elle-même. Durant la gésine , elle s'observait plus scrupuleusement que jamais. Il ne lui fallait, pour cela, pas plus de soins que n'en a une simple bourgeoise ; la propreté est une vertu facile, quand on l'aime, et on fait soi-même, en cela, plus que tout autre. Il existe cette différence entre la propreté vertu, et le luxe qu'on nomme ainsi, que la première tient à l'âme, et qu'elle en est une qualité, au lieu que le luxe est extérieur; il est l'ouvrage des autres ; il demande des soins, des dépenses, et souvent ne remplit aucunement le but principal.
Nous avons maintenant deux grandes observations à faire. La première, c'est le temps et la manière de recevoir un homme après ses couches. La seconde, s'il faut nourrir son enfant. Je commence par la dernière.
Naturellement on doit nourrir ; c'est la règle générale, c'est la loi delà nature ; mais il est des exceptions. Le goût et la volonté du mari doivent régler la femme ; elle ne peut et ne doit absolument pas aller contre ce qu'il désire et ce qui lui plaît. Une autre exception, pour les villes, c'est la vie tumultueuse, échauffante ; il faut, ou la changer, ou renoncer à nourrir. Enfin, il peut y avoir des obstacles naturels. Helisenne n'en eut aucun : elle nourrit. Ce fut un surcroît d'attentions, car une femme a beaucoup à faire, quand elle est nour-
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rice, pour entretenir le goût de son mari ! Observez que le goût n'est pas l'estime, l'attachement, pas même la tendresse ; mais une femme accoutumée à une extrême propreté , surmonte tous les obstacles ; elle conserve le goût, et trouve le moyen, en nourrissant, d'exciter davantage l'attachement et la tendresse ; car pour l'estime, cela est naturel.
Une femme, qui ne nourrit pas, joeut recevoir son mari, lorsqu'elle est pleinement rétablie ; c'est-à-dire, lorsque le désordre occasionné pas l'accouchement est pleinement réparé : car il n'en est pas des femmes honnêtes, tendres, aimantes, comme des jîUcs et des libertines ; celles-ci n'ont que les ressources physiques ; au lieu que les épouses sensibles ont leur amour, qui tient lieu de toutes les autres , parce qu'il rend les embrassements délicieux : mais une temme qui nourrit, comment fera-t-elle, si son mari est d'un tempérament ardent, si,... je dois le dire, si ses mœurs sont exposées; si une tendre et vertueuse épouse, occupée des soins de la maternité, s'aperçoit que les regards de l'époux qu'elle chérit, dont la tendresse est essentielle à son bonheur, se portent sur une autre femme, avec l'expression du désir? N'est-il aucun moyen de prévenir les écarts ?... Il en est, et la vertueuse Helisenne, qui nourrissait, est un modèle à citer. Mais, pour me faire entendre de cette chaste Assemblée, je suis obligée d'employer un préambule et des circonlocutions.
L'amour, mêlé de physique et de moral, tel qu'on le ressent dans l'état de civilisation, et surtout dans le mariage, est non seulement un plaisir, mais un baume salutaire, qui contribue à la santé : combien n'a-t-on pas vu de ces hommes tristes, mélancoliques, maigres] avant le mariage, devenir, après leur union avec une épouse aimée, qui a toute leur confiance, gais, bien portants ? C'est que l'amour de tendresse, si délicieux
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par lui-même, épanouit le cœur, atténue le sang et les humeurs, les fail circuler aisément dans les plus petits vaisseaux capillaires, el par là produit dans l'économie animale, un hou ordre qui conlri!)ue à la santé, qui prévient les obstructions, el uu'^me la phtisie, pourvu que le physi(pie, dans ce dernier cas, n'appauvrisse pas trop la partie balsamique du sang. Il suit de ce dernier point, que faire l'amour tendrement, mais vertueusement, serait très favorable aux personnes disposées à devenir poitrinaires ; et nous avons encore ici l'expérience pour nous. Rien de plus brillant en faisant l'amour, que la santé des jeunes personnes délicates, qui languissent aussitôt après le mariage, parce qu'elles sont poitrinaires, et qui périssent au premier ou au second enfant : c'est que l'amour moral leur était aussi avantageux, que l'amour physique leur est devenu • contraire, surtout après l'anéantissement du premier. Il en est de même des hommes : s'ils aiment vertueusement, plus ils sont passionnés, plus l'amour fortifie leur tempérament débile, à raison de cette atténuation du sang et des humeurs, dont j'ai parlé.
Helisenne était instruite de ces vérités, par un médecin, homme estimable autant qu'habile, qu'elle consultait également pour le moral et pour le physique. C'est d'après les principes qu'elle s'était faits, en conséquence de ses lumières, qu'elle régla sa conduite avec son mari, dans le temps de l'allaitement : elle ne s'occupait pas tellement du fils, qu'elle oubliât le père et le mari : elle avait des heures où elle était toute à l'époux, par ces épanchements délicieux de tendresse qui remplissent l'âme. Il arrivait quelquefois, dans ces occasions, qu'il y avait des écarts, mais ils étaient rares, et d'ailleurs ils prévenaient un mal plus grand...
C'est ainsi qu'en tout temps, en toute occasion, Helisiennc suffisait à son mari : non seulement elle était
solidement bonne épouse, bonne ménagère, douce, empressée, soumise, bonne mère, mais elle songeait aux plaisirs : elle les donnait vifs, délicieux ; elle portait la complaisance et le dévouement aussi loin que ces vertueuses romaines, la gloire de notre sexe, et dont l'impie Martial a osé profaner les noms divins, dans une de ses sales épigrammes : (c'est la 105^ du XP liv.)
Voilà, Mesdames et très chères sœurs, ce que j'avais préparé, pour les femmes mariées depuis trois ans.
{Les Parisiennes, 11^ volume. Les Nouvelles mariées : les Mariées depuis trois ans.)