‹ Rétif de la BretonneChapitre 2 sur 28 · CHARTRES. IMPRIMERIE ED. GARNIER · texte numérisé non relu

CHARTRES. IMPRIMERIE ED. GARNIER

Nicolas-Edme Restif, ou Rétif de la Bretonne, naquit le 23 octobre (1) 1734 à Sacy, près de Vermenton, dans l'Auxerrois, en Bourgogne. Son père, de bonne famille, cultivateur aisé, se maria deux fois et eut quatorze enfants dont Nicolas était le huitième et le premier du second lit. Rétif a raconté lui-même avec de jolis détails ses années d'enfance. On trouvera ces pages plus loin. A l'âge de dix-sept ans, il fut mis en apprentissage à Auxerre, dans l'imprimerie d'un maître qu'il appelle M. Parangon et dont la femme, qu'il adora passionnément et en vain, sauf un moment de surprise, joue

(1) Rétif dit le 22 novembre ; mais c'est une erreur que son acte de baptême a permis de corriger.

un si grand rôle dans sa vie sentimentale. D'Auxerre, où bien d'autres amours l'avaient dédommagé de la réserve de Mme Parangon, Nicolas vint à Paris exercer son métier, retourna à Auxerre où il eut la fâcheuse idée d'épouser Agnès Lebègue, revint à Paris et un beau jour, à la suite d'une nouvelle passion (c'est l'histoire de Rose Bourgeois) se découvrit la vocation d'écrire.

On peut dire qu'il en abusa, comme il abusa des femmes, car jamais rassasié de volupté, il ne put davantage se rassasier de littérature. La liste de ses œuvres est longue, et ses œuvres sont variées, allant du conte à la philosophie et à la physique, du drame à l'utopie. Cependant cette variété n'est peut-être qu'apparente, car, écrivain des plus subjectifs, Nicolas se raconte indéfiniment lui-même et ne raconte guère que lui-même.

Presque tous ses livres, cependant, sont curieux, par cet excès même de personnalisme qui s'y découvre ; mais le plus intéressant est sans conteste Monsieur Nicolas, mémoires de l'auteur, et l'autobiographie la plus naïve, la plus cynique, la plus extraordinaire, par une sincérité presque dénuée de toute feintise. Ces confessions semblent plus véridiques que

celles même de Jean-Jacques; si elles sont littérairement d'un degré au-dessous, le psychologue et l'amateur de vies humaines les mettra bien au-dessus.

Quelques-uns de ses romans, surtout le Paysan perverti, valent les meilleurs romans du dix-huitième siècle ; le type de Gaudet d'Arras, le perverti à froid, n'a pas été sans influence sur la littérature romantique.

Quand on organisa l'Institut, Mercier présenta Rétif. —Non, répondit-on, il a du génie, mais point de goût. — Eh ! Messieurs, reprit Mercier, lequel de nous a du génie ? La défi- .nition de Rétif est dans ces deux mots : un homme de génie sans goût, — et par conséquent sans mesure, sans équilibre. Mais ses excès sont parfois éblouissants.

Rétif de La Bretonne mourut à Paris le 8 février 1806.

Il était difficile de faire un choix de quatre cents pages dans une œuvre de deux ou trois cents volumes. Nous avons puisé surtout dans le chef-d'œuvre de Rétif, Monsieur Nicolas, et pour le reste nous avons choisi des épisodes particulièrement piquants, notamment une vie de Charlotte Corday, fort peu connue. La vie passionnelle de Rétif est tout entière

dans les pages que nous avons extraites de ses livres. Sa vie littéraire a été écrite avec esprit par Gérard de Nerval : on trouvera à la fin du volume ce chapitre anecdotique qui nous dispense d'entrer ici dans de plus amples détails.

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