L'AGRICULTURE AU POINT DE VUE MORAL
de Dieu. Pour lui, la nature est un grand livre ouvert où il voit à chaque jour, à chaque instant du jour, la puissance, la sagesse et la bonté du Créateur; pour lui, les nuées sont des lettres ; il
les épelle, tandis que le vent les emporte. Y eut-il
plus d'agriculteurs, il y aurait moins de déséquilibrés qui chercheraient à vouloir éteindre les étoiles du ciel.
La nature à la Campagne, plus que partout ailleurs, parle, chante et prie. Elle parle par son symbolisme touchant. “II y a la leçon du matin et la leçon du soir; la parole de l'aurore et celle du couchant. Chaque saison a la sienne. Et ensemble, et tour à tour, que nous disent ces voix ? La loi universelle de la vie et de la mort, la doi de croissance et de décroissance. Mais aussi la loi de transformation et de résurrection, qui présidera à notre avenir et qui déjà fait notre espérance sublime ” (1), La nature chante le “sursum corda ” perpétuel. Le doux bruissement des feuilles, le sourd mugissement des forêts, l’eau qui coule clair et limpide, l’hirondelle qui fend l'air en sifflant ses trilles joyeux, la suave chanson des épis d’or, le délicieux arôme des fleurs et des foins, la fraîcheur des rosées matinales, les brises apaisées du cou- Chant,... tout est comme un concert harmonieux qui chante un reflet de la Beauté éternelle et de la Bonté infinie.
(1) Mgr Beaunard. “Le Vieillard,” page 338.
La nature prie... et sa prière C’est l'admiration, l’action de grâce et ladoration. Témoin à toutes les heures, de ce langage et de cette prière continue de la nature, l’agriculteur n’a qu’une chose à faire : s’ascocier à la prière universelle de Ja terre, “Quand j'étais au Champ avec ma pelle et ma pioche, disait souvent le curé d’Ars, je priais tout haut; quand j'étais en Compagnie, je priais à voix basse. Si ive les âmes, j'avais le temps iais lorsque je cultivais mon champ, que je serais heureux ! Oh alors, c'était le beau temps. Et donnant mon Coup de pioche, je me disais : il faut que je cultive mon âme en arrachant les mauvaises herbes ” ( 1), Quoi de plus naïf et de plus sublime tout à la fois ! Pourle vulgaire, pour l’homme matérialisé, il ne voit de la . nature que le dehors, que la face, que le COTPS, Mais son Âme, son âme ? Il n’appartient qu’à l’homme des Champs de la voir toute et de la com-. prendre. Avec le poète, et mieux que lui encore, il peut dire : « Objets inanimés avez-vous donc ure âme”... qui Parle, qui chante et qui prie ?
Homme des champs, mon frère, écoute oute la chanson suave des épis :
Voix sublime et sans fin dont la Campagne est pleine.
Quand tous les bruits humains, Je soir, sont assoupis, Ouand la tige s'endort au fond de la ravine Et que les gais oiseaux au bois se sont tapis,
dans la plaine,
A - . Le
(1) Vie du Curé d’Ars, A, Monin. ss
(1) Eloges de 1