CHAPITRE XI
Il faut aimer la terre
La terre n’est-elle pas pour l’agriculteur “la grande amie ” par excellence ? Il trouvera paix et bonheur en la cultivant, s’il l’aime de toutes les fibres de son âme. Tout le secret du succès pour lui est là. S'il la dédaigne, elle lui parlera peu au cœur ; s’il la méprise ou la néglige, comme une amie jalouse, elle se vengera cruellement: son sol deviendra stérile et ses rendements seront peu abondants.
Pour être à la hauteur de sa position, l’agriculteur doit aimer sa profession. Alors la tâche lui sera douce et agréable, et le travail même lui apparaîtra léger et facile.
Il se fera aussi un devoir d’inculquer cet amour de la terre à ses enfants. Il leur parlera souvent de la noblesse et des mérites de la carrière agricole; il cherchera à leur démontrer les précieux avantages qu’il y a de travailler le sol du pays natal ; il ira plus loin encore. Le père de famille, qui a vraiment à cœur de transmettre à ses enfants le culte de la terre, les habituera de bonne heure au travail des champs; il leur perrettra de cultiver un petit coin de terre, dont les revenus seront
60 RETOUR À LA TERRE à eux en propre; il abandonnera le soin d’une génisse à celui-ci, d’une brebis à l’autre, en leur promettant que ces bestiaux deviendront leur propriété. Il verra avec bonheur, l’émulation -6gner parmi ces enfants qui s’efforceront de soigner, à qui mieux mieux, leurs bestiaux. Ils grandiront ainsi attachés à la profession de leur père et feront, plus tard, des agriculteurs sérieux et compétents.
Si Je père n’inculque pas à son fils le respect et l'amour de la carrière agricole, s’il ne le fait pas s'intéresser de bonne heure à toutes ces nobles oc- Cupations, afin qu’il puisse se familiariser avec le travail de la terre et qu’il s’y affectionne, qu’arrivera-t-il ? La plupart du temps, le jeune homme n'aura que de l'indifférence et du dégoût pour la culture de la terre, et ne saura en comprendre la noblesse ni les avantages. Alors, il quittera le toit paternel, pour aller dépenser ailleurs le meil-
“leur de sa vie dans le rude travail des chantiers ou dans celui non moins absorbant d’une scierie , Quelconque. Heureux encore, — si nouveau pro- digue, — il ne perd Pas son temps en voyages d’aventures qui sont toujours, à cet âge, un dânger Pour les mœurs et souvent pour ia foi. Au reste, dans l’un ou l'autre Cas, il traînera une vie inutile, sans but duns le monde, et maintes fois, ne recueillera pour sa vieillesse que la misère, peut. être le déshonneur.