‹ Retour à la terre [microforme]Chapitre 31 sur 61 · CHAPITRE XII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XII

Il faut étudier la terre et apprendre à la cultiver

Point nécessaire d’être instruit pour cultiver la terre! La science agricole ? Un vain mot, ou elle n’a point, du moins, l’utilité qu’on lui attribue ! Voilà bien le préjugé qui a ralenti le progrès agricole dans plus d’un endroit. Il est malheureusement constaté, parmi un grand nombre de nos cultivateurs, que la “ vieille routine ” fait encore loi. On admet qu’un apprentissage sérieux peut être bon pour devenir tailleur, chauffeur, mécanicien, mais on le croit tout à fait inutile pour un cultivateur. On se croit fermier du jour où l’on peut tenir les mancherons de la charrue ou jeter le grain en terre; et l’on traite de futilité la variation de la culture, ou l’adaptation des semences à la nature du sol. Heureux encore, si On ne va pas jusqu’à traiter de superstition le croissement des races dans l’amélioration des troupeaux. La science agricole ? Bah ! des simagrées que tout ça ! Nous touchons là du doigt, n’en doutons pas, la cause du peu de succès des nôtres dans l’exploitation agricole. Mais, tout a marché dans le monde depuis quelque cinquante années, la littérature, l’art, l’industrie, la médecine. Quoi? Peut-on

croire que l’agriculture seule soit restée stationnaire ? Nous sommes bien loin du temps où l’on fauchait à la faucille et où l’on battait le grain au fléau. Soyons-en convaincus, nous vivons dans un temps nouveau, avec une science perfectionnée, et ce qui s'applique aux autres professions, s'applique à la profession agricole.

Les découvertes de la chimie ont entièrement bouleversé les anciens modes de culture; la terre s'enrichit de nouveaux produits; on adapte l’usage de nouveaux engrais plus richés et moins coûteux ; on exploite sur une grande échelle l’industrie laitière sous toutes ses formes; on amende l'élevage des ibestiaux ; on améliore, par la greffe, la culture des arbres fruitiers. Enfin les nombreuses inventions de la mécanique ont complètement révolutionné cette industrie dans l’art agricole; les moissonneuses, les faucheuses, les herses mécaniques,

les machines à battre le grain doublent le rendement du sol en diminuant de moitié ce que son ex-

ploitation pourrait avoir de pénible. La science agricole, un vain mot ? Mais voyez donc ce vaste champ d’étude qui s'étend devant vous! A moins. de le fouiller en tout sens, vous n’arriverez que médiocrement à travailler “l’autre champ” qui fera germer et pousser vos grains. On ne peut faire, de nos jours, d'agriculture vraiment payante, qu’à la condition qu’elle devienne intelligente, D’où

IL FAUT ÉTUDIER LA TERRE 65 F la nécessité d'étudier. Il faut donc s’instruire! On le fera par la lecture sérieuse de toutes ces feuilles qui traitent ces questions du travail des champs, soit dans nos journaux locaux, soit dans ces revues exclusivement destinées à cet effet, et qui nous apportent, avec leur science compétente, tout ce qu’il y a de nouveau dans l’art de cultiver. (1).

Enfin, c’est dans les écoles ou dans les collèges d'agriculture que nos jeunes gens trouveront ce qu'il leur faut connaître pour travailler la terre avec compétence, Ces cours d'agriculture ont déjà fait, dans la province de Québec, de véritables merveilles au milieu de la Population rurale. Pour- ‘quoi ces prodigieux effets ne s’étendraient-ils pas jusqu’à nous ? Le besoin d’une instruction solide et complète. dans l’art agricole se fait sentir ici plus qu'ailleurs.

Un bon nombre de gens, bien pensants, admettront cette vérité, mais que font-ils, par exemple, pour en promouvoir le succès au milieu de notre population terrienne ? Quels sont les sacrifices .que feront les parents Pour assurer à quelques-uns

(1) Le Bulletin de la ferme (1230, rue St-Valier, Québec. $0.25 par année).

Le Journal d'Agrisulture (Québec).

Le Comptoir Coopératif de Montréa! (164, rue St-Jacques, Montréal).

La Société des Fromagers (rue William, Montréal).

The Maritime Farmer (Sussex, N.E. $1.00 par année), la seule is agricole des Provinces Maritimes.

à ns manu ren OO

ho a a cie

pe ais lé da te an

de leurs enfants le grand avantage d’un cours d’agriculture ? Partout un mouvement se dessine dans notre province pour étendre le plus possible l'instruction agricole. Des conférences ont été établies un peu partout dans ce but, mais on a compris, avec raison, que ce n’était pas suffisant. Il faut à tout prix, avec cét enseignement, atteindre les enfants. On a créé, pour cette fin, les jardins scolaires. (1), Le rapport de l'Agriculture de 1915, nous donne les plus belles espérances de snccès

(1) “L'école primaire n’est pas une école d'agriculture et ce serait faire fausse route que de lui faire jouer ce rôle. Et, d’ailleurs l’institutrice n’a pas reçu la formation agricole nécessaire pour enseigner pratiquement les travaux de grande culture, etc. Par agriculture à l’école, nous entendons faire aimer et respecter cette profession aux enfants, leur donner les notions générales de cette science, leur inculquer les principes généraux que doit connaître tout bon agriculteur. De plus, nous croyons être en mesure de former des cultivateurs d'élite qui feront de l’agriculture une industrie; des cultivateurs “ liseurs et travailleurs ”, non des théoriciens, mais des hommes qui ne craindront pas de lire les journaux et les revues agricoles.” Jean-Charles-Magnan. (P. de Québec).

“Ce que l’enseignement de l'Agriculture prétend faire, c'est développer cette partie du futur agriculteur qui se trouve audessus des épaules et qu'on appelle la tête. Le succès en agriculture ne dépend pas seulement des travaux manuels, du talent de bien labourer, de bien herser, de bien semer, de bien récolter, non; mais la source du bonheur et du suecès, c’est la faculté de b'en raisonner, d'observer minutieusement, de lire, de penser à son travail, d'y avoir du plaisir et de l'intérêt, et de désirer l'amélioration, — voilà ce qui mène au succès et voilà ce que les écoles primaires peuvent faire. Elles peuvent inciter les enfants à penser à cette vie agricole, à en être fiers, à avoir le désir de lire les écrits qui s’y rapportent” S. B. McCready, du Département d'éducation de Toronto, et directeur de l'Enseignement élémentaire agricole. (P. d’Ontario),

Page 1