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CHAPITRE XIII

Les exigences du temps et la classe agricole

Ils sont loin ces temps où nos agriculteurs désiraient peu, et le peu qu'ils désiraient, ils le désiraïent bien peu. La forêt, alors tôute voisine de leur maisonnette, «t qui bornait l’horizon, bornaït aussi leurs désirs. Mais depuis, que les choses sont changées ! Est-ce pour le mieux? Voilà ce qui serait difficile à résoudre,

Il est des exigences auxquelles on ne peut se soustraire; l’homme des champs les subit comme tous les autres. De nos jours, on ne peut plus, à la campagne, se loger, s'habiller et vivre modestement comme autrefois. En cela, je ne vois pas grand mal, pourvu que nous sachions mettre des bornes sages et prudentes à ces désirs du bien-être. Pour avoir mal compris cette marche du temps, nous avons perdu beaucoup de jeunes gens qui ont abandonné la terre uniquement parce qu’ils croyaient trouver aïlleurs ce que Ja vie des champs leur refusait, c'est-à-dire, maisons coquettes, confort, habits, amusements, en un mot, une vie plus agréable.

À la campagne, bien souvent, on n’a qu’un pauvre réduit tout délabré qui n’a jamais reçu la moin-

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dre couche de peinture; on porte des habits néghgés et malpropres ; aucune réunion, point d’amusements, et pour toute récréation la messe du sixième ton le dimanche... et c’est tout. Voilà comment nos jeunes gens de 19 à 20 ans parlent, bien souvent, de la vie monotone à la Campagne, On ne doit pas s'étonner de les voir se dégoûter de ce genre de vie et, s’en débarrasser définitivement. Il y a là, à notre point de vue, une révolution à faire dans les idées de bon nombre d’Acadiens. Je suis de ceux qui croient que, pour garder nos jeunes gens attachés au sol, il faut leur faire une vie plus attrayante à la maison paternelle et à la campagne.

Le cultivateur est roi sur sa ferme; sa position, sociale est supérieure à celle des ouvriers des vil- Jes. Pourquoi alors ne tiendraitl pas son rang ? Sa maison doit être simple, sans doute, mais sil veut la faire aimer de ses enfants, pourquoi ne la fait-il pas quelque peu coquette ? Qu'il lui donne une plus belle apparence, en y ajoutant galerie, véranda." Est-ce bien difficile ? Il suffit de quatre poteaux et de quelques planches. Qu'il y applique deux pots de peinture (ce n’est pas la mer à boire), lorsqu'il en a le temps, disons, par exemple, entre les semaibles et les récoltes. Qu'il entoure sa maison d’un joli petit jardin, bien clôturé, où pousseront à l’unisson les légumes et les fleurs. Tout cela donnera un air de fraîcheur et de gaieté qui

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