LE BOIS, L’ENNEMI DE L’AGRICULTEUR
vous versiez si généreusement vos sucurs et le meilleur de votre vie au profit du marchand de bois, qui, lui, s'est enrichi à vos dépens, croyez-moi. Dites, lequel des deux, de vous ou du marchand de bois, a bénéficié de votre labeur ? Si vous n’êtes Pas très convaincus, écoutez ceci : Je connais un marchand de bois, un homme superbe, qui a exploité la forêt durant vingt ans avec les bras de braves Acadiens de toute une Paroisse, Ils étaient tous cultivateurs, mais ce monsieur avait su si bien les faire à sa main qu’il arriva un moment où on le croyait devenu l'être nécessaire, indispensable, sans iequel nul ne pouvait vivre; il y en eut même qui lui décernèrent le titre pompeux de bienfaiteur et de père nourricier de la paroisse. Or, cet homme vient de mourir. Il laisse à ses héritiers, les uns disent un million, les autres un demi-million ; estce vrai? je ne le saurais affirmer, mais ce dont je suis certain, c’est qu’il laisse aux siens toute une fortune. Nos petits Cultivateurs eux, sont restés sans le sou, quelques-uns avec des dettes, et un grand nombre avec des terres négligées et ruinées. Cet horime s’est enrichi et eux se Sont appanvris. Tel est le résultat. Cette histoire vraie, vécue, se renouvelle malheureusement trop fréquemment, car C’est la même chose partout.
Vous avez travaillé, durant vingt ans pour ce mar- Chand de bois, en donnant six et huit mois de votre
temps par année ? Que n’eussiez-vous employé ce temps sur votre terre ! Aujourd’hui, elle serait défrichée d’un bout à l’autre; vous auriez de superbes récoltes; vous seriez à l’aise et indépendants, sinon riches. Avec tous ces biens, vous auriez conservé votre santé; vous auriez connu e& goûté les joies pures et solides du foyer domestique; vous auriez vu grandir vos enfants chez vous, et vous les auriez conservés bons, purs et sobres à vos cô-
tés... tandis que maintenant. ..? A vous de tirer la conclusion.