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CHAPITRE XVI

La classe des moitié-bûcherons et moitié-agriculteurs

“ Spectacle désolant que celui d’un homme intelligent et courageux qui épuise sa vigueur sur un sol ingrat, mais combien plus désolant encore celui d’un homme intelligent et courageux qui épuise son intelligence et sa vigueur sur un sol riche et fertile, qu'il ne sait pas cultiver, parce qu’on ne le lui a pas enseigné! Alors à quoi bon grossir le nombre des paroisses ? : L'agriculture s’y trouve dans une souffrance extrême. Puis, le colon n’a plus qu’à se faire le serviteur du lumberman qui, après avoir accaparé nos dépouilles, s’enrichit encore des sueurs et du sang de notre travail, presque toujours rétribué Par un salaire de famine. C’est là l’origine de cette classe d’hommes moitié-bûcherons et moitié-agriculteurs, classe ignorante, sans ambition Souvent, malheureusement sans fierté, habituée qu’elle était à courber l’échine devant le maître qui lui servait ga maigre Ditance.”{1).

Ne pouvant vivre sur sa terre, l’agriculteur prend le chemin des chantiers. Pourquoi cet état de choses ? Nouveau problème à résoudre. Ce n’est

(1) Jean Rivard, p. 22. Citation du Rév. P. Th. Couët, O.P. “Le Bois, voilà l'ennemi.”

pourtant pas le terrain qui manque. Une terre de cent âcres, mais c’est un domaine seigneurial dans les vieux pays ! En France, en Belgique, en Iollande, en Allemagne, partout, sauf en Amérique,

‘il est bien rare que le petit propriétaire terrien

possède plus de dix à vingt âcres de terre. Et sur ce domaine, il vit lui et sa famille et trouve moyen encore de faire des épargnes. Est-ce que la moyenne du terrain possédé par chaque habitant, en Danemark, n’est pas de huit âcres seulement ? Et peut-on trouver ailleurs un pays où l’agriculture soit plus en honneur et dont les revenus soient plus prodigieux ?

Lorsque les émigrés d’outre-mer nous crrivent au pays et qu’on leur donne une terre de cent âcres, du coup ils se croient grands seigneurs. Si, là-bas, à l’étranger, l’agriculteur vit très bien sur Un :0pin de terre de vingt âcres, pourquoi nos cultivateurs canadiens ne vivraient-ils pas sur une terre de cent âcres ?

On nous dira peut-être, mais là-bas on y fait deux récoltes. C’est vrai en certains endroits, mais pas partout. En supposant même qu’en d’autres Pays, On y pratique deux récoltes équivalent-elles à la seule récolte d’une terre de quarante âcres.

À Québec, dans maints endroits, les vieilles terres ont été divisées et snbdivisées pour permettre aux enfants de s'établir près des vieux parents. Or,

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