I. - Importance de la lecture spirituelle
Quelle étonnante puissance a sur l’homme le désir d'apprendre! Le petit enfant, qui ne sait pas encore lire, s'amuse déja à feuilleter lé livre” : qu’il rencontre sous la main, comme impatient de savoir ce qu'il contient. Que si, ayant grandi, il tombait sur des lectures funestes, qu’en résul-
terait-t-il pour lui? Le temps perdu, le goût per-
verti, l'imagination déversondée, le cœur dépravé;
tels seraient les déplorables résultats de sa soi- x.
disant culture intellectuelle! Donnez au contraire l’homme, par des lectures choisies, un objet
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: digne de lui, où il trouve la vérité suprême avec ses applications à la pratique des vertus, son esprit deviendra grand, noble, lumineux; aux émotions factices des lectures malsaines se substituera un plaisir pur et calme, une science élevée et utile de la vie. Visité par l'épreuve, il se gar- dera d'aller chercher une diversion dans des lectures dissipantes ou réveuses; sa diversion consistera dans des lectures consolantes et instructives. La vie des Saints est remplie à cet égard de pré- . leçons, trop connues pour qu’on les relate i. L'exemple de S. Jean Colombin est cependant à citer. Noble seigneur, mais violent de caractere,
ù il était venu traiter dans une maison le réglement
d’une affaire pressée; ne pouvant le contenter de
suite, on lui mit en main, pour lui faire prendre
patience, un volume à parcourir; mais, de dépit du retard, il le jeta par terre. Cependant, presque aus- sitôt il se sentit honteux de son emportement, ra- massa le livre et l’ouvrit: c’ était la vie des Saints; il en fut saisi, se convertit, et devint l’homme juste, simple et doux dont Philippe de Néri recommandait si volontiers la vie, surtout aux pénitents encore prétentieux et d’un esprit raisonneur.
Il y a sans. doute d’autres moyens que la lecture, pour faire connaître à l’homme la vérité du dogme, les leçons de l’histoire et les lois de la sainteté. L'enseignement donné à tous dans l’église, du haut de la chaire, a plus d’autorité et parfois de véhémence; une conférence entre
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les membres d'un ptit groupe homogène, c où \ se discutent librement les choses, fait jaillir des éclairs: inattendus. Mais dans la lecture spirituelle, c'est
la divine Sagesse qui donne au lecteur une au- dience intime et secrète, comme d’égal à égal; il peut ralentir, s’arrêter, admirer, lever les yeux, gémir, baiser le livre, le serrer sur son cœur, s'agenouiller et, s'il le veut, recommencer le lendemain, car la page bénie reste là, elle l'attend, elle sera toujours aussi vivante, aussi salutaire, peut-être encore davantage. Quelle source pré-
cieuse, abondante, ouverte à tous!
- Temps et lieu.
° Le temps. Le trésorier de la reine Candace, faisait un long voyage, il avait des loisirs et les employait à des lectures saintes. Était-ce pour lire
. plus en paix qu'il suivait une route déserte, ou. voulait-il éviter les regards des passants, l'Éthiopien étant mal vu en Judée? Toujours est-il qu'il nous enseigne à profiter des temps libres, pour vaquer à la lecture. S'ils abondent dans notre vie, loin d'en être fatigués comme d’un poids, nous en profiterons pour prolonger notre exercice ; s’ils sont rares, nous les multiplierons pour ainsi dire, en retranchant les inutilités, si fréquentes parmi les hommes, et en conduisant avec esprit d'ordre nos occupations les plus variées, de sorte qu’elles soient moins absorbantes, Généralement ce sera
| chaque j jour, À une heure fixe et pendant un temps | déterminé, que nous lirons; ce repas spirituel, car c'en est un, devient plus fortifiant quand il est bien réglé. Que si le temps prévu vient à nous manquer absolument, les quelques minutes affectueusement données à la lecture seront toujours précieuses, comme autrefois les « menus grains de Ja manne ’» dans le désert. Cette lecture fugitive, nous füt-elle par extraordinaire absolument impossible, nous saurions, un autre jour Fins libre, nous a largement.
° Le choix du lieu de la lecture a son impora comme la fixation du temps. Dans une cel-
lule solitaire, sur les sentiers paisibles d’un jardin,
en vue des montagnes, ou de l'océan, ou du ciel,
il est doux de lire posément, ayant pour unique distraction quelque regard sur le grand livre de la nature. Cependant l'agitation fiévreuse et la
frivolité du monde, quand il faut les subir, ser-
vent aussi, par manière de contraste, à mieux nous faire entendre et apprécier les vérités de l'ordre divin; « tout est pour les élus ?
On se rappelle que S. Paul, emprisonné à Rome et sachant qu’il devait mourir bientôt, demandait à Timothée de lui envoyer ses livres et ses rouleaux de parchemin * renfermant, croit-on, l’ancien Testa- L. ment. Il voulait, en les relisant, adoucir ses chaînes,
* consoler son cœur et se préparer au martyre.
É : + Exop. xvi, 14. — 2 IL Tim. m1, 10. — 3 Il Tim. 1v, 13.
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