‹ Retraite ecclésiastique d'après l'Évangile et la vie des saintesChapitre 136 sur 207 · LL - Vocation ecclésiastique · texte numérisé non relu

LL - Vocation ecclésiastique

Tertullien parle d’une âme naturellement chré-

fienne, bien que païenne de naissance. Charles

Borromée, lui, était une ame naturellement eccle-

stastique. Rien, dans les circonstances extérieures …

qui entourérent son enfance et sa jeunesse, ne

T'inclinait à l’état clérical: ni l’appât des richesses,

des honneurs, du bien-être, il avait tout cela en surabondance dans le palais de ses pères: ni le spectacle imposant d’un clergé modéle et apostolique, cet idéal était loin, très loin: ni l'influence

de quelque saint directeur, ou de quelque voix

céleste, rien de semblable ne paraît avoir eu lieu:

on avait Dis vu une lumière ler de nuit sur

la chambre où il allait naître, mais il ignorait le prodige. Toujours est-il que sa piété croissait

avec l’âge à la grande consolation de son pére,

homme aux sentiments si religieux, qu'il récitait chaque jour les Heures canoniales, et qu’entendant sonner l'élévation de la Messe, il interrompait

la conversation ou le travail, pour adorer Notre- Seigneur. L'enfant, de son côté, prenait goût à

orner l'autel de l’oratoire domestique, et s’essayait

0 j L 2 0 à y reproduire les cérémonies de l’Église. Vers douze ans, il prit la soutane et en fut au comble

de ses vœux; il réalisait déjà, par un esprit de

religion supérieur à son âge, les paroles sacrées dont le titre de clerc provient, et qu'il devait plus

‘ tard faire prononcer à tant d’aspirants au sacer-

doce, dans la cérémonie de la première tonsure; « Le Seigneur est /4 part de mon héritage et de

mon calice * »

Ses études à Pavie ne ralentirent nullement

sa ferveur. Il n’y obtint pas de succés éclatants ;

un esprit sérieux, bien pondéré, tenace au travail était plutôt son partage, que le charme et les qualités brillantes. Une difficulté dans l’élocution achevait de voiler ses talents et le fit d’abord passer pour un étudiant très médiocre; cependant les plus clairvoyants rappelaient à son sujet l'exemple de Thomas d'Aquin, surnommé d’abord par déri-

1 Ps. xv, 5.

oracles de l'Église. Un autre trait de la jeunesse

de Charles le rendit semblable à l’Ange de l École, lorsque, dans son propre palais, un serviteur coupable osa lui présenter l’occasion de perdre l’innocence : un mouvement d’indignation fut toute la

réponse. À la fin de ses études, Charles soutint

sa thèse de docteur; déjà ses talents s'étaient fait

mieux apprécier, la défense fut remarquable, et quand on vit sur la fin de son discours le ciel, sombre jusque là, s’entr’ouvrir et illuminer son

front d’un rayon de soleil, ou regarda Ceait

comme augure d'un avenir glorieux.

Tout, en effet, semblait ouvrir à Charles la voie des grands honneurs. Son oncle maternel

ayant été fait pape sous le nom de Pie IV, l’ap- “

pela sans délai à Rome, pour le promouvoir aux plus hautes dignités ecclésiastiques; il se mit en voyage par obéissance, aprés s'être préparé par la réception des sacrements, et il se vit à 21 ans créé cardinal, promu à l’aréhevêché de Milan et chargé en même temps d’une partie importante du gouvernement pontifical. Son train de vie, quoique très correct, correspondait à cette haute situation: mais son oncle Frédéric Borromée étant mort sur ces entrefaites, ce fut pour lui le coup

de la grâce, ce qu’il appelait plus tard s& con

version. La nuit même de cette mort, résolu de couper court aux instances qu'on allait certai-

nement lui faire pour retourner dans le siécle,

sion «le bœuf muet de Sicile », et devehu l’un des

PE

afin d'y représenter et d'y perpétuer, à la place du défunt, le nom des Borromées, il promit à Dieu

plus tôt possible le sacerdoce. Après le sacerdoce ce fut la consécration épiscopale qu’il demanda, non par orgueil, mais pour pouvoir gouverner en personne son Église de Milan. Le pape s'étant plaint de cette résolution, qui semblait fâcheuse

pour Rome et prise sans avoir assez demandé conseil, il répondit: /e n'ar pas senti le besoin de conseil, ayant choisi une épouse qui me sera toujours chère.

Certaines perplexités d’un ordre tout différent

le tourmentérent, il est vrai, à ce sujet. Frappé - des responsabilités de la charge épiscopale, sur- tout dans les circonstances d'alors, il pensa long- temps à résigner son archevêché, pour s'appliquer

exclusivement à sa propre sanctification. Le vénérable Barthélemy des Martyrs, qu’il prit pour arbitre, l'en dissuada; et Saint Pie V confirma plus tard ce jugement. L'appel du ciel au ministère ecclésiastique était manifeste; la correspondance fut admirable jusqu'à la fin.

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