‹ Retraite ecclésiastique d'après l'Évangile et la vie des saintesChapitre 158 sur 207 · S DE SALES · texte numérisé non relu

S DE SALES

pas à jouir de sa croix, ni à la montrer à d’autres; on la porte en silence, presque à son insu ; la vie elle-même, la vie ordinaire, est devenue « sa-

crifie » par une transformation imperceptible. . Voilà pourquoi le Saint recommande tant les - petites croix, les croix de la rue, les croix du foyer domestique. Il sait combien elles sont hum- bles, fréquentes, mortifiantes. Quel dommage, quel

. malheur ce serait de les fouler aux pieds!

Le sacrifice accepté, c’est beaucoup; François

trouve que c’est trop peu, il le veut aimé et

joyeux. Aussi est-il éminemment le docteur de

l'amour divin « fondé sur Jésus en croix ». Quand

il parle, de cet amour, c'est ZX Maître ‘qu’on

entend; quand il en écrit, c'est un chef-d'œuvre

qui sort de sa plume. Comme il est beau son

Traité de l'amour de Dieu! C'est toujours notre

Saint, avec ses idées et son style, mais revêtus

d’une majesté insolite, unis à l'exactitude théologique la plus irréprochable; un souffle de la « Cité de Dieu » de S. Augustin, anime ces pages; c’est plus qu'une cité, c’est un sanctuaire

où brille, où enseigne, où répand ses douces flammes, le divin Cœur de Jésus. Et ce ne sont pas, de la part de François, des enseignements purement théoriques; avant de les donner au monde, il les a longtemps pratiqués envers Dieu et envers les hommes: «Il n’y a donc que moi à aimer le Po. prochain! » disait-il tristement, en voyant la tendance générale à censurer impitoyablement les

autres. Que si la censure venait de gens à la vi austère et fiers de leur intégrité de mœurs, il leur faisait remarquer, en usant de l’antithèse à la ma-. nière de S. Augustin, qu'«<à la charité de js chasteté, il faut joindre la chasteté de la charité ».

° Le point de départ. - C’est l'âme avec ses faiblesses, mais aussi avec ses ressources, surtout sa bonne volonté, Rien, en effet, où il faille plus de dépendance que dans la direction; rien en même ‘temps où il soit donné plus large part au jeu de la liberté, celle de Dieu et celle de l’âme. Notre Saint le comprenait. Il traitait donc les

âmes avec un respect, des ménagements, une …

largeur d’esprit incomparables; rien de moins per-

sonnel que lui, rien de plus contraire au parti-.

pris et à la prétention de s'imposer; il s’oublie,

au contraire, il s’efface, il se fait tout à tous, le

dernier serviteur de tous. Le pénitent remarque ces

procédés, il laisse là les défiances qu'il avait peut-

être conçues; il ne craint plus qu’on l’enlace, qu'on l’absorbe, et spontanément il s'offre à marcher, il implore le soutien, il se montre avide d'écouter les conseils, et met son plaisir à exécuter les ordres.

À ce respect de la liberté de l’Ââme, François de Sales ajoute un sens pratique exquis: il l’a par nature, il le développe par l'expérience ét il s’en sert habilement comme guide. Quel discernement des aptitudes et des attraits, selon les âges, les conditions, les pays, la complexion physique elle-

nÊême | A madame de Chantal, au commencement sa vie parfaite, il laisse divers ornements de nité qui semblent déparer sa vertu; il sait que spontanément elle les éliminera bientôt, car « quand le feu est à la maison, on se hâte de jeter par la fenêtre tout ce qui l’encombre ». Au contraire, RE: sainte Chantal déjà plus avancée, il permet le vœu de faire en tout le plus parfait, et un jour, parce qu'elle a changé de son propre chef la destination assignée par lui à une somme d’argent, il a réprimande avec une sévérité qui lui fait verser des larmes. |

3° Ze chemin. — S'agit-il de le choisir en décidant la question capitale de la vocation, on sait quelle lenteur apparente, quelle pondération de toutes choses François sait y mettre, non seule-

ment s’il s’agit d’une vocation religieuse, comme

celle de sainte Chantal, mais même s'il s’agit

d’alliances terrestres. S'employer le moins possible

à négocier celles-ci est un acte de sagesse; mais le Saint, avec son autorité morale et sa grâce de | discernement exceptionnelles, est en mesure d’employer utilement sa médiation entre les familles qui s'adressent à lui. Toutes les classes de la société, tous les états de vie ont son estime, trouvent en lui conseil, et encouragement. De là ces paroles : « Dieu commanda en la création aux plantes de porter leurs fruits chacune selon son | genre; ainsi commande-t-il aux chrétiens, qui sont les plantes vivantes de son Église, qu'ils produi-

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sent des fruits de dévotion, chacun selon sa qu lité et vocation ». Vouloir exclure de la pe fection chrétienne un état de vie quelconque, I milice, le négoce, même le service à la cour de:

princes, ce serait « une erreur, et même. uns hérésie ». ù L

Mais entrer dans le sentier terrestre : par | choix d’un état, et accomplir les devoirs qui s’: rapportent, n’est pas tout. Il y a, dans le secret des conseils divins, des voies spirituelles nom breuses et variées. De deux frères qui marchen dans la vie côte à côte, habitent la même mai

son, mangent le même pain, on pourra dire avec. S. Augustin Aus sic, alius sic ibat,. «l'un mar che par tel chemin, l’autre par tel autre ». S'y a diversité de voies, il y a aussi dans la même voie

des variantes, des crises, des moments d'arrêt. Faut-il s’en étonner, faut-il regretter d’avoir entre: pris le voyage, faut-il se résigner et s'endormir à mi-chemin ? François de Sales le défend et enseigne

à tirer parti de tout, même des faux pas et de. chutes: «Il faut bien que, pour l’ exercice de notre : humilité, nous soyons quelquefois blessés en cette bataille spirituelle; nous y sommes toujours vain-. queurs, pourvu que nous voulions combattre ».

Cependant, pour assurer la marche en avant ‘ dans les voies de Dieu et la victoire sur toutes … les oppositions, il ne suffit pas, que le guide trace | le chemin, il faut qu'il excite l’âme à y marcher; le don de la persuasion lui est une grande res-

ource. François de Sales le possède dans un degré éminent. Les comparaisons qu’il emprunte au règne de la nature avec tant d’à-propos et de rrâce, commencent à rendre le chemin fleuri, odorant; puis il sait inspirer "à tout le monde du goût et de l’ardeur pour le parcourir; il aime que l’on se dise à soi-même: « Ma chère âme, ma belle

âme », ou autres paroles également encourageantes. S'agit-il de pénitents qui ont des fautes ou . des inclinations humiliantes à manifester, il leur

inspire confiance, en semblant se faire coupable lui-même. « Hélas! dit-il en soupirant, que nous sommes misérables! » À ceux qui ont à souffrir des défauts d'autrui, il fait comprendre combien . Dieu ‘est sage de nous faciliter l'avancement dans la perfection, précisément avec les imperfections 4 des autres.

Ainsi se réalise en Francois, et par lui dans les âmes, ce qu’il écrivait un jour à sainte Chantal: Afin que nous sachions comme à faut faire Le bien, quel bien il faut préférer, à quoi nous devons appliquer l'activité de l'amour, le Saint- Eprit nous donne le don de Consal.

4° L'heureuse arrivée. - La voie est laborieuse, les péripéties sont nombreuses, on l’a vu. Mais quel beau résultat, même avant d'arriver au terme de la vocation, qui est l'admission solennelle dans la société des Saints! Dieu n'attend pas; il descend sur le chemin et communique à l’âme docile jusqu'au bout aux conseils de notre grand Direc-

LEE. TAl

teur, ses perfections infinies, sa glorieuse resser blance : c’est le terme dernier et sublime...

En effet qu'est-ce que Dieu? 18. est P Étrs simple par excellence, or, l'âme qui a vécu sel les maximes de François de Sales. arrive à un parfaite simplicité; sa candeur et sa rectitude charment les hommes, beaucoup pie les Ange:

et les Saints.

Qu'est-ce que Dieu encore? C'est litre libr.

et souverainement indépendant: or, la direction de

François de Sales établit l'âme, au milieu de Ja

multiplicité des devoirs, de la diversité des vertus,

de la complication des rapports extérieurs de cette

vie, dans une liberté que rien ne gêne, que rien , . : tits é 7 n’entrave, que tout au contraire favorise, fortifie

et rend capable de produire toute sorte de bien. …

Qu'est-ce que Dieu, sinon la paix? Or voyez | de quelle paix profonde jouit l’âme, dans la nacelle |

de la vie présente, malgré ses oscillations, sous …

le pilote expérimenté qui s'appelle François de ! Sales ! Cette barque possède Jésus et, même quand il semble dormir, il est Jésus, il est bienfaisant.

François veut donc que les accidents du voyage, au lieu de déconcerter l'âme, facilitent ses pro- à grés: «Il faut, dit-il, haïr tranquillement, même … ses fautes ». Et il donnait l'exemple; ceux qui 1e? voyaient de près l’appelaient imperturbable. Averti du danger qu'il courait de tomber entre les mains des hérétiques, loin de s’en émouvoir, il répliqua plaisamment : « Alors j'aurai plus de temps, pour

composer les écrits qué je médite ». Une de ses recommandations était qu'on eût soin de prendre, étant en santé, toutes ses dispositions « pour mourir tranquillement ». | |

. Qu'est-ce que Dieu? C’est l'immense, c’est le tout-puissant. Or la direction spirituelle, comprise

selon les maximes de François, mëne 4 des résul-

tats inespérés; elle étend le règne de Dieu à

toutes les conditions et à tous les âges; partout,

à cause de sa flexibilité, elle fait sentir sa douce

puissance, sachant rendre faciles les plus nobles

actions et donner de la noblesse à celles qui

n'étaient, par nature, que poussière à fouler aux

pieds.

Enfin, qu'est-ce que Dieu? C’est la &cañtude.

Or, l’Âme docile 4 la conduite de notre Saint et

qui, par conséquent, s’ abandonne filialement à la

divine volonté, non seulement marche à pas suürs

vers la béatitude, mais en a déjà l’avant-goût sur cette terre: « Voyez, nous dit-il, les Saints qui vous exhortent, ne désirant que de voir un jour votre cœur joint au leur, pour louer Dieu à jamais,

et vous assurant que le chemin du ciel n’est pas

si malaisé que le monde le fait! O Jésus, mon Sauveur | j'accepte votre amour éternel, non tant pour aucune chose, comme pour vous aimer et vous

bénir à jamais!»

Heureuse direction, flambeau bienfaisant, voix bénie, rênes d’or, qui conduisent l’âme chrétienne À tant. de perfection, de gloire et de bonheur!

MÉDITATION DU Lu

LES BÉATITUDES. - HEUREUX LES PACIFIQUES, PARCE QU’ ILS SERONT APPELÉS ENFANTS DE DIEU.

La paix! toutes les créatures la de : preuve évidente que c’est un trés grand bien, et que ce bien leur manque. La paix, où est-elle ? en Dieu. Ce n’est pas en vain, qu'il aime à s’appeler «le Dieu de la paix, le Prince de la paix. » Et comme ce qui est en lui, c'est Lui, il est luimême la paix. Son royaume glorieux a la paix pour à atmosphère; son activité est pure et sans limites, précisément parce qu’elle s'appuie sur un repos. plus inébranlable ; et les Saints dans la patrie participent à cette paix immense, glorieuse, inaltérable, qui fait leur récompense et leur béatitude. Pour nous, voyageurs sur cette terre, la paix est à faire, et c’est la mission à laquelle se dé- … voue l’homme pacifique, c’est-à-dire «ouvrier de la paix, pacificus ». Appliquons-nous donc à méditer comment nous pouvons pleinement réussir dans cette entreprise, qui doit assurer notre éter- nité et nous en donner l’avant-goût, jusque dans les amertumes et les continuelles agitations de l'exil. — Bases de la paix; la paix au milieu de ceux qui la haïssent ; la paix avec nous-mêmes; la paix malgré les épreuves de Dieu; les conquêtes de l’homme pacifiques: tels seront les points à considérer. : LRU AR RO VIe

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